La Violence en embuscade – Dror Mishani

POLAR ISRAELIEN

J’ai retrouvé avec plaisir Avraham au commissariat de Holon. J’avais apprécié Les Doutes d’Avraham non pour l’intrigue trépidante, en fait pas trépidante du tout, mais pour le policier consciencieux et très humain. 

Dans La Violence en embuscade pas de course poursuite ni de découvertes sanglantes ou gore. Tout est caché. Une disparition inquiétante. Une machine infernale (bombe dans une valise) est placée aux abords d’une crèche.  C’est un jouet – pas de risque d’explosion. La violence peut elle survenir dans un jardin d’enfants? 

L’enquête commence la veille de Rosh Hashana, se déroulera pendant Kippour. Les fêtes ralentissent le travail…Réunions de familles, familles dysfonctionnelles.

Avraham a plutôt raté sa dernière affaire. Il a des doutes (encore). Ce drame le poursuit et le pousse à être encore plus rigoureux…

Résumé comme cela, on ne devinerait pas un polar addictif, et pourtant les pages se tournent toutes seules.

Jules Verne contre Némo – Céline Ghys – Fayard

CHALLENGE AUTOUR DE JULES VERNE

J’ai rencontré l’autrice Céline Ghys à Créteil en poche et ce roman policier mettant en scène Jules Verne dans une enquête policière m’a semblé tout à fait à sa place dans le Challenge initié par Ta d loi du Ciné le squatteur du blog de Dasola CLIC

Evidemment, je ne vais pas divulgâcher en vous racontant l’intrigue!

Je ne déflorerai pas le suspense en précisant que l’action se déroule à Amiens en 1882. Jules Verne a donc 57 ans, et qu’il un personnage considérable à Amiens. Sa notoriété lui ouvrira des portes, facilitant ainsi l’enquête. Occasion de faire le portrait de l’écrivain. 

Elle l’examina et trouva qu’il avait vieilli depuis leur dernière rencontre. Ses cheveux avaient presque tous blanchi. Sa moustache poivre et sel, au-dessus d’une barbe immaculée, lui donnait l’allure d’un patriarche, bien qu’il ne fût âgé que de cinquante-cinq ans.  Cet air, il le devait aussi à son petit chapeau rond, un peu démodé, auquel il demeurait attaché. Claudine observa alors attentivement son oncle. Son œil gauche était légèrement fermé à cause d’une paralysie faciale qu’il avait contractée dans sa jeunesse, mais son regard restait toujours aussi bleu et intense.

Un tueur en série sévit dans la ville, ses meurtres sont organisés avec des mises en scène théâtrales. Il se joue de la police et de l’auteur prenant pour pseudonyme Némo. Némo est un personnage de 20.000 lieux sous les mers, c’est aussi sous ce nom qu’Ulysse berne le Cyclope. Némo c’est aussi personne. 

D’autres allusions à l’œuvre de Jules Verne sont dispersées dans le roman :

Disons que je prendrai un époux quand je verrai un rayon vert à la place du soleil couchant. — Un rayon
vert ? Mais quelle idée ? Où as-tu entendu cela ? — Nulle part, je viens de l’inventer ! Je trouve l’
expression plus jolie que « quand les poules auront des dents ».

Justement le Rayon Vert a été publié en 1882. Est-ce un hasard? Je ne l’ai pas encore lu. Je vais le télécharger! 

Cet aimable polar sans prétention est une agréable lecture que je vous recommande, occasion de mieux connaître le grand auteur et de vous promener dans Amiens.

Contrebandiers – Michèle Pedinielli/Valerio Varesi

ROMAN POLICIER A LA FRONTIERE DES HAUTES ALPES ET DE L’ITALIE

« Ce qui a changé, c’est la marchandise qui y passe. – Il y en a une qui est restée la même : ce sont les personnes qui veulent entrer en France. À une époque, c’était nous, les Italiens, parce qu’on était antifascistes, ou qu’on voulait travailler, maintenant, ce sont les migrants qui arrivent d’Afrique. – Nous, les Italiens, on nous appelait les Macaronis ou les Ritals »

Roman policier écrit à quatre mains par Michèle Pedinielli dont j’ai suivi les enquêtes de Ghjulia Boccanera à Nice et en Corse avec beaucoup de plaisir et Varesi qui m’a fait découvrir les secrets de Parme. Chacun s’est déporté de sa région d’origine pour situer l’action sur la frontière entre la France et l’Italie. Un randonneur français découvre du côté italien un cadavre. Nous ne retrouverons pas Ghjulia mais Suzanne Valadon, guide de montagne qui rapporte sur son dos un très jeune burkinabé transis dans le froid.

Les chapitres s’enchaînent, dans un refuge italien et dans les bergeries d’estive côté français…Mais l’ensemble est cohérent, on oublie qu’il y a deux auteurs. Ce n’est pas le premier polar écrit par deux auteurs : Meurtre aux poissons rouges résultait de la collaboration de Camilleri et Lucarelli . La collection POINTS compte d’autres livres « deux auteurs deux pays, une seule enquête » j’aime bien ce concept et je compte m’aventurer dans cette collection.

Chaque fois que je chronique un polar, j’ai peur de divulgâcher et de donner trop d’éléments concernant l’intrigue. Je vous dirai seulement que j’ai lu d’une traite en une journée (et deux longs trajets en métro Créteil/Auteuil) sans le lâcher. Comme le titre est Contrebandiers,  je ne spoile pas  trop en divulguant qu’il s’agira de faire passer des cigarettes et des migrants 

De la contrebande ? Ça sonne presque romanesque. – Eh bien, c’est loin de l’être, figure-toi. La contrebande, c’est juste l’autre nom du trafic et les contrebandiers ne sont pas des aventuriers de romans. Ils sont tous connectés à une mafia ou une autre. Et la mafia, Suzanne, ça n’a aucun état d’âme, aucun scrupule ; le code de l’honneur, ça n’existe que dans les films. La mafia ne réfléchit qu’à un profit immédiat.

à celà interroge Lassane, le jeune burkinabé :

C’est grave ? Aucune provocation dans la question, plutôt un étonnement sincère. C’est grave de porter des cigarettes ? Par rapport à quoi ? Aux violences, aux viols, aux tortures, aux naufrages ? C’est plus grave que remettre sa vie entre les mains d’inconnus ? Plus grave que se faire vendre ?

 

La Librairie des chats noirs – Piergiorgio Pulixi

LIRE POUR L’ITALIE

Un roman policier distrayant, lecture facile qui ravira ceux et celles qui partagent sur Facebook des vidéos de chats(pas terrible pour la planète), ceux et celles qui aiment bien flâner dans les  librairies un peu désuètes, ceux et celles qui ont une bonne culture polaristique et qui apprécieront les clins d’œil aux classiques.

Evidemment, il y a un crime horrible, un tueur en série qu’il faudra neutraliser avant qu’il ne recommence…

Evidemment, le libraire et son club de lecteurs vont résoudre l’énigme.

Evidemment cela se passe à Cagliari, mais on ne profitera pas trop du paysage.

J’ai préféré les deux autres livres de Pulixi : L’île des âmes qui m’avait plongé dans les secrets et la sorcellerie de la Sardaigne, L’illusion du mal m’avait scotchée La Librairie des chats noirs est une aimable lecture, sans plus. 

Bons baisers de Tanger – Melvina Mestre

LIRE POUR LE MAROC

Après Marrakech et Casablanca, c’est Tanger des années 50 que Melvina Mestre nous fait découvrir avec une enquête rondement menée par sa détective favorite Gabrielle Kaplan et son fidèle adjoint Brahim.

Tanger est cosmopolite, espagnole, française et bien sûr marocaine. C’est aussi un nid d’espions. Services secrets français et américains qui se sont implantés depuis l’opération Torche en 1942. Grand port se  prêtant à tous les trafics où le Milieu corse et marseillais prospère. Ville très animée avec ses bars, ses boites de nuit, ses fêtes somptueuses qui mêlent la jet-set à toute une population interlope.

Kaplan enquête sur la disparition d’un assureur. Elle se déguise en épouse éplorée et nunuche qui cherche son mari. 

Ne comptez pas sur moi pour vous raconter l’intrigue. Lisez-la!

Vous allez voyager.

 

Les Doutes d’Avraham – Dror Mishani – Points Policier

LITTERATURE ISRAELIENNE

« J’aime les gens qui doutent, les gens qui trop écoutent leur cœur se balancer » Anne Sylvestre

Avraham est le policier de la série israélienne de Dror Mishani. Le cancer a contraint sa supérieure à s’arrêter et Avraham se voit confier pour la première fois la responsabilité d’une enquête délicate : un féminicide. Il doute de ses capacités à mobiliser son équipe, il veut agir avec délicatesse. Faire du chiffre, résoudre l’énigme à la va-vite, ne l’intéresse pas. Et cela me convient bien. 

Pas, peu de rebondissement, dans l’intrigue. Mystère cousu de fil blanc : le lecteur connaît dès le début la victime et peut deviner rapidement l’assassin. Reste, le mobile. Surtout les preuves. Avraham prend son temps, il ne veut surtout pas arrêter un innocent. Il laisse l’initiative à ses équipiers. Et c’est bien sympathique.

Cela fait du bien, un policier consciencieux et humain. Je vais le retrouver dans les autres tomes de la série

Moscou X – Thriller – David McCloskey – Verso

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

 

Ouf! Enfin je suis venue à bout des 589 pages, en 10 jours…

Et pourtant je lis vite et j’aime les thrillers, l’espionnage m’intéresse, surtout quand c’est Le Carré. Ce qui se passe en Russie et en Ukraine excite ma curiosité. D’Ukraine, il n’en est pas question. Normal, puisqu’il n’y a pas de guerre, c’est une opération spéciale… pas de reproche de ce côté là.

Pour la Russie,on saute de Saint Pétersbourg à Moscou et dans un domaine, un haras finalement en Carélie. Dépaysement? On boit beaucoup, ce n’est pas un scoop ; cela occupe des dizaines de pages. Les espions américains ont même droit à un stage pour apprendre à supporter les toasts forcément très alcoolisés. Gueule de bois de la lectrice. Les protagonistes sont des oligarques proches du pouvoir. Ils ont des goûts de luxe, s’habillent en Prada, conduisent des voitures occidentales. A-t-on besoin de connaître les marques ? Prada, Louboutin, Gucci….Clichés! 

Violence et informatique. On coupe des bras, des orteils, on s’entretue.

L’informatique est très présente. J’aimais  mieux le temps de la psychologie, des coups tordus et des boites à lettres secrètes.

En bonus, les chevaux. Bonne idée de blanchir des fortunes avec des étalons. Les chevaux  voyagent au mépris des sanctions occidentales, du Mexique en Arabie Saoudite, en Russie. Bonne idée, les chevaux! enfin autre chose que les clichés connus. Les balades au Mexique comme dans la forêt russe me font rêver. L’attachement de l’espionne froide et retorse pour la jument m’a émue.

Les espionnes ont remplacé les James Bond, cela ne rend pas le roman féministe pour autant. Elles tiennent le devant de la scène mais se comportent comme des machos.

Peut être ce monde brutal est celui de l’Amérique d’aujourd’hui?

Encore une fois, je préfère les espions britanniques.

 

 

Le Piège de l’Ours – Frédéric Somon

MASSE CRITIQUE DE BABELIO (MAUVAIS GENRE)

Merci à Babélio et à l’éditeur La collection noire pour l’envoi de ce livre. 

Je suis toujours à l’affut de polars et de nouveaux détectives, même si la compétition avec mes préférés Montalbano, Brunetti et Erlendur met la barre très haute.

Le Piège de l’ours se déroule dans les environs de Lyon, dans un village du Beaujolais où les gendarmes Dominique Deschamps et Stéphanie sont appelés pour un crime particulièrement sanglant : une ukrainienne et son bébé sont retrouvés sauvagement poignardés. Ce double meurtre est suivi de cambriolage, deux hommes sont carbonisés à bord de leur voiture dans les environs immédiats. Sans parler des autopsies….Bien Gore. 

L’enquête enchaîne les clichés. Le légiste est bizarre (il faut être bizarre pour aimer les autopsies), le jeune juge d’instruction veut se faire mousser, la hiérarchie ne veut pas de vague. Stéphanie est une geek, et même une hackeuse…l’informatique fera des miracles.

Rien de bien original, ni de bien passionnant. On se croirait dans une série de France3 « meurtre à…« .

Pourtant cela fonctionne bien. Lecture facile et distrayante.

Parfaite pour un Créteil Université/Balard (1h08 de métro) et aller/retour (2h16) Terminé à la maison pour avoir le fin mot de l’histoire.

 

Crépuscule à Casablanca – une enquête de Gabrielle Kaplan – Melvina Mestre

LIRE POUR LE MAROC

Enchantée par Sang d’encre à Marrakech, j’ai enchaîné avec Crépuscule à Casablanca qui est le premier opus de la série. A paraître Bons baisers de Tanger ( Avril 2025).

J’ai vraiment aimé Gabrielle Kaplan, détective privée, qui se livre davantage dans ce roman. A vrai dire, elle se présente. Juive de Salonique, elle est arrivée en 1941, échappant au destin des juifs de Salonique, déportés presque tous. Francophone, fille d’une parfumeuse, on comprend mieux ses allusions aux parfums qui m’avaient étonnée dans le premier livre. 

Bizarre polar, où l’enquêtrice ne cherche pas à dénouer une énigme mais plutôt à fuit ses persécuteurs. Je n’en dirai pas plus….

Casablanca 1951 est parcourue par de troubles courants, des rivalités, des luttes d’influence. La Résidence avec le général Juin, le sinistre Boniface qui règne sur des policiers corrompus, leitmotiv : pas de vagues. Les Américains arrivés en 1942 avec l’opération Torch en 1942, tête de pont du débarquement et de la reconquête du sud de l’Europe, ils souhaitent étendre leur influence chasser les français quitte à s’allier avec le Sultan et l’es indépendantistes. Les ultras, des colons ne font aucune concession .  Sinistres personnages et mercenaires. Cagoulards, malfrat corses ou marseillais, agents du SDECE ou de la CIA. L’Istiqlal et le sultan luttent pour l’Indépendance du Maroc.

Et puis le reste de la population défini selon une hiérarchie précise:

Delmas faisait donc partie des grands propriétaires terriens et des industriels, ceux qui se situaient au sommet de la pyramide de la société coloniale, la « crème de la crème ». Venaient ensuite les ingénieurs et les cadres de l’administration, puis les « petits Français », fonctionnaires ou militaires. Les juifs, les Espagnols et les Italiens, artisans ou commerçants, complétaient l’édifice. À la base se trouvaient les Marocains, les plus nombreux et généralement les plus précaires, que l’on nommait « les indigènes ».

Les souvenirs de la guerre sont encore très prégnants. On se souvient, ou pas de ceux qui furent vichyistes, qui se sont compromis avec les Allemands. On se souvient aussi de l’héroïsme de la campagne d’Italie.

Gabrielle Kaplan et son lieutenant Brahim se trouvent pris dans ces rivalités. Roman d’action et d’aventure, leçon d’histoire aussi. 

Lu en à peine une journée, un polar très réussi!

Sang d’encre à Marrakech – Melvina Mestre – Points

LIRE POUR LE MAROC (POLAR)

Gabrielle Kaplan, native de Salonique, exerce son métier de détective privé à Casablanca. L’enquête se déroule en 1952 dans le Maroc sous Protectorat.

promenade architecturale :

Casablanca est une ville dynamique, européenne. L’autrice Melvina Mestre a grandi à Casablanca : elle connaît bien la ville qu’elle nous fait visiter telle qu’elle était alors, avec les noms des rues et places du Protectorat. Elle décrit avec soin les bâtiments, s’intéresse à l’architecture pour mon plus grand plaisir. 

Marrakech est encore un gros bourg tranquille, mais promis au développement touristique avec la construction du quartier de l’Hivernage, d’un casino. La Mamounia est déjà un hôtel luxueux et on assiste à une soirée organisée par le Glaoui.

L’autrice resitue l’intrigue dans le contexte historique et politique :

Je veille à ce que mes romans d’atmosphère s’inspirent de la grande Histoire, et qu’en me lisant mes lecteurs soient immergés dans le contexte historique, urbanistique et socio-culturel des années 1950.

En 1952, le souvenir de la guerre est encore très vif. Casablanca était un centre très important qui a vu le Général de Gaulle et les Forces Françaises libres, les Américains. On se souvient encore très bien de Joséphine Baker, de Saint-Exupéry. Les Marocains ont pris part à la Libération, lutté en Italie etc. La présence de nombreux militaires a pour conséquence le développement de la prostitution : à Casablanca se trouve le plus grand Quartier Réservé : le Bousbir.

C’est d’ailleurs ainsi que commence l’intrigue policière : une prostituée est retrouvée assassinée, dénudée et tatouée, puis une seconde….(mais je n’en dévoilerai pas plus). Les autorités locales ne veulent pas ébruiter la macabre découverte qui risque d’être exploitée politiquement. Le commissaire préfère faire appel à la détective privée, pour sa discrétion et parce qu’une femme pourra peut-être glaner des informations auprès des prostituées.

L’intrigue semble partir en tout sens, rebondissements, puis tout s’éclaire. Encore une fois, je ne spoile pas! J’ai été happée et je n’ai pas lâché cette lecture.

Un autre aspect intéressant est l’émergence des mouvements indépendantistes. La décolonisation s’amorce malgré l’aveuglement des autorités qui préfèrent diviser pour régner et s’appuyer sur le Glaoui de Marrakech. J’ai visité le palais du Pacha, et sa kasbah mais sans vraiment comprendre qui était ce personnage. Le roman répare cette lacune. 

Et comme j’en redemande, j’ai déjà commencé une nouvelle enquête de Gabrielle Kaplan : Crépuscule à Casablanca