La série policière des Juge Ti occupe une belle place sur une étagère depuis de longues années. Distrayante, exotiques. En rentrant de l’Exposition du Musée Guimet : La Chine des Tang,j’ai eu envie de m’y replonger. Avec les images des objets et sculptures.
Belle dame avec une fleur
Le Juge Ti débarque dans l‘île des Fleurs – île dédiée aux plaisirs, restaurants, maisons de jeux, commerce d’antiquités, et surtout prostitution haut de gamme. Les hôtels étant complets on le loge dans le Pavillon Rouge où deux drames ont eu lieu. A vingt ans d’écart, deux jeunes hommes s’y sont suicidés. Désespoir d’amour après le refus de la Reine des Fleurs.Coïncidence qui aiguise la curiosité du magistrat, d’autant plus que les circonstances semblent identiques.
Et si c’était un meurtre?
Il s’ajoute à cela la mort suspecte de la Reine des Fleurs du moment.
Le Juge Ti mène l’enquête. Enquête bien embrouillée avec des rebondissements et des personnages tout à fait inattendus. Il faut être bien attentif aux noms chinois que j’ai un peu confondus au départ.
Lecture fluide, facile, très agréable, sans prétention.
Anatole Le Braz est un écrivain breton qui s’est intéressé aux légendes celtiques et a compilé traditions et contes à la fin du XIXème siècle. Un de ses ouvrages est justement La Légende de la Mort.
Gérard Lefondeur imagine une série de romans policiers ayant pour enquêteurs le Commissaire Le Dantec et Anatole Le Braz. Le commissaire fait appel à l’écrivain comme expert de la culture bretonne. C’est le premier livre de la série Les enquêtes d’ANATOLE LE BRAZ que Babélio m’avait fait connaître avec Le sang de Douarnenez (CLIC)que j’avais beaucoup apprécié.
L’Ouvrier de la Mort qu’on appelle aussi l’Ankou est représenté brandissant une faux conduisant une charrette grinçante.
« Je vous chante qu’il me semble les avoir croisés ce matin, en revenant de la Croix du Chaos du Moulin, sur une drôle de charrette tirée par un postier breton ; une sacrée belle bête, soit dit en passant. Dans leur équipage, ils avaient rien des deux moitiés de vagabonds qui ont disparu il y a belle lurette. Et puisqu’on en parle, maintenant que j’y pense, j’ai eu l’impression qu’ils revenaient par le chemin vicinal qui conduit à la demeure de Goadec, justement. »
Deux décès suspects dans les alentours de Braspart, petit bourg des monts d’Arrée, n’ont pas alerté la gendarmerie : une vieille femme malade décède d’arrêt cardiaque, le garde champêtre et son chien écrasé sous la roche branlante de la forêt de Huelgoat. Le Commissaire Dantec, inspecteur de police d’origine bretonne mais venant de Paris, est intrigué par un détail : une petite faux sculptée en bois, retrouvée chez les deux victimes. C’est à ce propos qu’il fait appel à Anatole Le Braz.
La scène avait quelque chose d’un peu ridicule : un homme bien charpenté et vêtu comme un Anglo- Saxon, suivant à moins de deux mètres un pilote automobile aux lunettes de conduite remontées sur le casque, totalement inutiles car couvertes de condensation ; quel couple étrange…
Le folkloriste habitué à aborder les paysans recueille plus de témoignages que le policier à bord de sa Dion Bouton. Il sait aussi désamorcer les susceptibilités des gendarmes à l’égard du policier supposé Parisien. Le duo va nous faire vivre des aventures étonnantes et sanglantes que je ne révèlerai pas ici. L’humour tempère la teinte sombre du thème de l’Ankou
Vous n’aurez qu’à suivre les pommes et quand leur piste s’arrêtera, sur votre droite, vous verrez l’Arbre aux Pendus. Dans le champ. C’est là, juste au bord, qu’on l’a retrouvé.[…]les premières pommes sur la chaussée. Cela avait quelque chose d’un roman de Lewis Carroll, mâtiné de Charles Perrault ou des Frères Grimm, le tout illustré par Gustave Doré
Le roman décrit les coutumes et croyances de la Bretagne à l’aube du XXème siècle. Coutumes rurales mais aussi irruption de la modernité. Répression de l’usage de la langue bretonne, opposition entre les laïcards et les calotins. Modernité de l’automobile, et du téléphone. Comment Monsieur le Comte n’a pas le téléphone dans son manoir? Arrivée du tourisme comme cet hôtelier belge à Port Blanc…
Cependant, Le sang sur Douarnenez que j’ai lu précédemment m’avait paru plus riche avec les luttes sociales dans les conserveries. J’y avais croisé Conan Doyle avec grand plaisir.
Nous devions passer les deux semaines des JO en Bretagne, j’avais téléchargé ce roman que j’ai lu avec grand plaisir après l’annulation du séjour.
Je ne rate jamais l’occasion d’un petit voyage en Grèce, même s’il s’agit d’un roman policier. A travers la résolution d’une énigme, nous pénétrons dans les arcanes du pouvoir, politique ou financier. L’auteur va démonter les rouages cachés de la société.
Nicolas Verdan est un écrivain et journaliste suisse francophone (vaudois) qui connaît bien la Grèce. Le Mur Grec, paru d’abord en 2015 a été réédité en 2022.
L’action se déroule pendant la Crise dans les années 2010. L‘Agent Evangelos , proche de la retraite, est nostalgique des années anciennes où l’on fumait dans les bars, est assez désabusé. La Troika et l’Union européenne qui met en tutelle la Grèce sont assez mal ressentis
« première mesure d’austérité imposée aux Grecs par Bruxelles : l’interdiction générale de fumer dans les établissements publics. Dans le Batman enfumé, l’air de liberté se respire à noirs poumons. »
On l’appelle pour une affaire étrange : on a trouvé une tête coupée sur les bords de l’Evros – fleuve frontière entre la Turquie et la Grèce, qu’on appelle Maritsa en Bulgarie. Cette frontière est très sensible : lieu de passage terrestre des migrants surveillé par Frontex.
« une plaisanterie ou quoi ? Depuis quand nous allons repêcher les cadavres aux frontières ? Les clandestins
qui meurent en tentant le passage du fleuve, il y en a bientôt un par semaine. »
La tête ne correspond pas à celle d’un migrant, plutôt à quelqu’un qui aurait les moyens de payer un très bon dentiste. L’Agent Evangelos prend l’avion pour Alexandroupoli. Je suis ravie de le suivre en Thraceou nous avons passé des vacances en 2013, région oubliée des touristes très authentique et originale. Au fil des pages je retrouve Xanthi, les Rhodopes, les Pomaks et la via Egnatia. Souvenirs aussi de lectures de Lisièresde Kapka Kassabova. Une tête coupée, cela fait penser à Orphée,Thrace, lui aussi,
« Des scènes dansantes pour représenter le déchirement du roi Penthée par les ménades, des scènes dansantes pour raconter la mort d’Orphée, des femmes aux cheveux dénoués, portant une couronne de lierre, elles dansent, portant la nébride, brandissant le thyrse, sous l’œil amusé du dieu, le voici trônant au centre de l’image, Dionysos qui leur tend une coupe, elles ne supportent pas le vin, il leur monte à la tête, elles tournent, elles tournent, leur couronne tombe sur leur visage en feu, elles mâchent une feuille, puis une autre, elles font gicler le jus dans leur bouche douce-amère, six, sept, onze ménades,
[…]
Penthée déchiré, Orphée décapité, sa tête inconsolable pleurant encore et encore cette femme dont le seul nom irrite les compagnes de Bacchus, ménades devenues bacchantes mais c’est Virgile qui récite, Orphée chantant à jamais, décapitation, une tête tombe, elle roule dans le fleuve Evros et la voici qui nomme encore son Eurydice »
Image d’autant plus relevante que la tête coupée a été trouvée près d’un bordel fréquenté par les soldats de Frontex où se déroulaient d’étranges bacchanales.
Ne nous attardons pas trop dans la poésie lyrique. Cette enquête est plutôt classique avec des politiques opportunistes décidés à exploiter l’affaire pour mettre l’Union européenne dans l’embarras, des appels d’offre truqués pour la construction d’un mur (des barbelés) destiné à contenir les migrants. Le voilà le fameux Mur Grec qui donne le titre du livre….Mais ne spoilons pas!
L’Agent Evangelos a peu d’états d’âme. Il sait qu’il ne trouvera pas la justice, juste un peu de la vérité alors qu’on lui conseille de laisser tomber.
Laisse tomber, Evangelos ! Ils sont contents à Athènes, tu m’as bien compris ? Tout ce qui les intéresse, la seule chose qui compte pour eux, c’est le mur, crois-moi, et cette histoire de tête, ils disent que c’est pour nous, parce qu’ils savent qu’on n’a pas le temps d’enquêter plus loin,
C’est un bon polar qui se lit vite, lecture facile, addictive. Vous n’y trouverez pas de folklore grec. Ce n’est pas la Grèce pour touristes (sauf l’hôtel dans l’Imaret de Kavala, magnifique!).
Excellente pioche de la Masse Critique qui tombe à pic puisque nous retournerons en Bretagne au mois de Juillet et que nous aurons sûrement l’occasion de visiter les lieux du roman.
Ce roman policier se déroule à Douarnenezen mars 1902 . L’auteur, Gérard Lefondeur,recourt au procédé littéraire bien connu : dans une vielle boîte à gâteaux, il retrouve les manuscrits de Carnets secrets d‘Anatole Le Braz . L’écrivain, historien, folkloriste, aurait assisté le commissaire Dantec à résoudre une affaire difficile.L
Les équipages de deux barques de pêcheurs ont été retrouvés morts dans une macabre mise en scène près du rivage… Cette découverte funèbre suggère un rituel qui justifie l’assistance de Le Braz, expert en culture bretonne. Le Braz est ami de Conan Doyle. Par l’intermédiaire de ce dernier il rencontre Bram Stoker, l’auteur irlandais de Dracula. Nous nageons en plein surnaturel, dans une ambiance celte! Le Sang de Douarnenez est un polar très littéraire où un marin pêcheur cite Shakespeare. Le Braz cite aussi Renan, grand homme de Tréguier alors que Le Braz est de Port Blanc.
C’est aussi un polar très bretonnant avec la légende de la ville d’Ys, les Sirènes qui causent les naufrages, les malédictions…
Polar sociologique, sur un arrière-plan de crise sardinière. Douarnenez est le pays des sardinières, les Penn-Sardin. En 1901, les bancs de sardines qui faisaient la richesse de la ville vont à manquer. Pour approvisionner les conserveries, il faut appâter avec des œufs de poisson venant de Norvège. Les pêcheurs deviennent tributaires des conserveurs qui leur vendent l’appât et fixent les prix. La grand grève des sardinières n’aura lieu qu’en 1905, après le dénouement de l’intrigue mais l’auteur dénonce les conditions de travail des ouvrières. Evoque aussi leurs chansons (à propos plusieurs podcasts de Radio-France, passionnants!).
Polar historique. Déjà, les Romains, travaillaient la sardine pour faire du garum. Un épisode des Guerres de Religion avec un nobliau rebelle.
Ce gros livre de se dévore d’un seul trait. Instructif, addictif. Très réussi!
Un roman policier avec Cap Canaille pour titre m’a tout de suite attirée.
« Drôle d’endroit pour mourir. La beauté des lieux l’avait saisi. Il ne pouvait s’empêcher de s’émerveiller. Malgré les quatre hommes qui l’entouraient, le flingue qui le menaçait et la peur qui lui trouait le bide. La lune était de sortie pour éclairer les dernières heures de sa courte vie. Elle lui permettait de voir comme en plein jour les falaises qui le dominaient et la mer qui l’aspirait. Qui l’espérait. 390 mètres plus bas. Magnifique endroit pour mourir. »
Policier classique qui commence avec un « barbecue marseillais » : cadavre calciné retrouvé dans une voiture brûlée. C’est le corps de la Carlton une truande de haut vol, braquages Place Vendôme, habituée des Palaces comme l’Intercontinental de Marseille (anciennement Hôtel-Dieu), se déplaçant sur une moto de rêve….
Enquête classique, sans grande originalité à part peut être l’excès d’acronymes spécifiques à la police, peu gracieux et indigestes pour le lecteur. Des traits d’humour assez lourds, utilisation systématiques de citations archiconnues, un peu agaçantes
L’humour potache de la PJ prend souvent le dessus dans ce genre de débats. Larrivée tape du poing sur la table pour rétablir le silence. Les flics ont l’humour léger, mais le sens de la hiérarchie.
Des enquêteurs sympathiques, avec ce qu’il faut de faiblesses pour les rendre humains. Une histoire d’amour qui tombe bien. Des courses poursuites dans Marseille. Un match de l’OM. Des trafiquants plutôt minables. Des légionnaires virils. Classique.
Mauvaise chance pour ce livre, je viens de terminer trois polars remarquables de Jean Claude Izzo, la classe! Cap Canaille se trouve relégué au niveau des séries policières régionales de Fr3 qui se regardent et s’oublient.
La trilogie est composée de trois romans à lire de préférence dans l’ordre : Total Kheops,(1995), Chourmo(1996) Solea(1998) que j’avais lus séparément il y a bien longtemps. Une relecture donc, avec beaucoup de bonheur à l’occasion de notre semaine de vacances à Marseille.Pas pris une ride et (malheureusement) toujours actuel…
C’est le meilleur guide touristique que j’ai trouvé pour me promener dans Le Panier, où Fabio Montale,le narrateur a passé son enfanceauxGoudes où il se réfugie dans le cabanon légué par ses parents, et dans les cités des Quartiers Nord où il exerce comme policier. J’ai donc mis mes pas dans ceux du héros et cela décuple le plaisir de la touriste!
« La répression du grand banditisme est à Marseille une priorité. La seconde, c’est le maintien de l’ordre dans les quartiers nord. Les banlieues de l’immigration. Les cités interdites. Ça, c’était mon job. Mais, moi, je n’avais pas droit aux bavures. »
TOTAL KHEOPS
Fabio Montale est policier. Il a été relégué au maintien de l’ordre dans les quartiers nord. C’est un enfant de Marseille. Fils de l’immigration italienne. Avec ses copains, à l’adolescence, il aurait pu devenir voyou braquer des pharmacies. Une fois, une de leurs expéditions a mal tourné. Il a fui, s’est engagé, Djibouti, en rentrant, policier. Ses copains ont eu un autre destin. Quand s’ouvre Total Khéops, Manu, l’espingouin, est mort, exécuté. Ugo sous les balles de ses collègues, une bavure? Trois mousquetaires et Lole, dont ils sont tous les trois amoureux. Fabio va chercher à comprendre ce qui est arrivé à ses amis, ses frères. Et cela tournera à la tragédie…C’est un roman d’amitié, de fidélités, de trahisons accompagné de jazz et de rap marseillais, de poésie aussi.
CHOURMO
« Le chourmo, en provençal, la chiourme, les rameurs de la galère. À Marseille, les galères, on connaissait bien.
Nul besoin d’avoir tué père et mère pour s’y retrouver, comme il y a deux siècles. Non, aujourd’hui, il suffisait
seulement d’être jeune, immigré ou pas. Le fan-club de Massilia Sound System, le groupe de raggamuffin le
plus déjanté qui soit, avait repris l’expression. Depuis, le chourmo était devenu un groupe de rencontres autant
que de supporters ».
Fabio Montale a donné sa démission après le massacre qui clôt Total Khéops.Il vit dans son cabanon des Goudes,va à la pêche
les Goudes
« Les Goudes. L’avant-dernier petit port avant les calanques. On longe la Corniche, jusqu’à la plage du Roucas-Blanc, puis on continue en suivant la mer. La Vieille-Chapelle. La Pointe-Rouge. La Campagne-Pastrée. La Grotte-Roland. Autant de quartiers comme des villages encore. Puis la Madrague de Montredon. Marseille s’arrête là.[…]Ma maison, c’est un cabanon. Comme presque toutes les maisons ici. Des briques, des planches et quelques tuiles. Le mien était construit sur les rochers, au-dessus de la mer. »
Et nous sommes allées aux Goudes en suivant l’itinéraire indiqué par Izzo etcomme nous nous sommes plu nous y sommes retournées…
Sa belle cousine, Gélou débarque un jour, son fils Guitou a disparu. Fabio Montale part à sa recherche. Il a gardé des contacts chez ses anciens collègues. Une autre énigme se greffe, devant ses yeux dans une cité, Serge, un ancien animateur de quartier se fait tuer sous ses yeux. Avec l’aide des gamins du quartiers qui l’ont apprécié quand il exerçait son métier de policier de proximité, il mène une nouvelle enquête.
SOLEA
Dernier livre de la trilogie.
Soléa est la musique jouée par Miles Davis qui accompagnera le roman. Solea est associé à Lole, partie à Séville.
« La Solea, m’avait-elle expliqué un soir est la colonne vertébrale du chant flamenco »
Voila pour la tonalité.
Fabio Montale est devenu la cible de la Mafia.Son amie, la journaliste, Babette est partie en Italie pour un reportage sur la Mafia. Explosif! Se sachant menacée elle a choisi de disparaître. Des proches de Fabio Montale sont exécutés dont une jeune femme avec qui il avait ébauché une relation, un ancien copain boxeur…Fabio craint surtout pour Honorine et Fonfon, ses voisins des Goudes qui lui tiennent lieu de famille.
Paysages urbains, musique et beaucoup cuisine. J’ai souligné avec soin les recettes:
Je m’étais mis à la cuisine tôt le matin, en écoutant de vieux blues de Lightnin’ Hopkins. Après avoir nettoyé le loup, je l’avais rempli de fenouil, puis l’avais arrosé d’huile d’olive. Je préparai ensuite la sauce des lasagnes. Le reste du fenouil avait cuit à feu doux dans de l’eau salée, avec une pointe de beurre. Dans une poêle bien huilée, j’avais fait revenir de l’oignon émincé, de l’ail et du piment finement haché. Une cuillerée à soupe de vinaigre, puis j’avais ajouté des tomates que j’avais plongées dans l’eau bouillante et coupées en petits cubes. Lorsque l’eau s’était évaporée, j’avais ajouté le fenouil.
Honorine avait une manière incomparable de faire des poivrons farcis. À la roumaine, disait-elle. Elle remplissait les poivrons d’une farce de riz, de chair à saucisse et d’un peu de viande de bœuf, bien salée et poivrée, puis elle les déposait dans une cocotte en terre cuite et elle recouvrait d’eau. Elle rajoutait coulis de tomate, thym, laurier et sarriette. Elle laissait cuire à tout petit feu, sans couvrir. Le goût était merveilleux, surtout si, au dernier moment, on versait dessus une cuillerée de crème fraîche.
Thriller, guide touristique de Marseille, analyse socio-politique….cuisine méditerranéenne.. quelques aspects de cette trilogie. J’ai oublié la musique, les livres..et la célébration de l’amitié, de la chaleur humaine.
Merci à Babélio et à la Masse Critique pour cet envoi que j’ai dévoré. Mauvais genre? plutôt genre polar addictif qu’on ne lâche pas. Après, difficile de rédiger une chronique qui ne divulgâche pas….
Comme Sur le toit de l’enfer l’histoire se déroule dans le Frioul et j’ai le plaisir de retrouver la Commissaire Teresa Battaglia et son assistant Massimo Marini. Policière tout à fait atypique, profileuse, empathique, s’intéressant à la psychologie du tueur en série. Combattive, dans un monde d’hommes avec un supérieur macho, et un mari abusif, elle a gagné ses galons de commissaire de haute lutte. La commissaire livre un autre combat, perdu d’avance, contre la maladie d’Alzheimer qui progresse…
Trois histoires, à trois époques s’entrelacent dans le livre : une enquête « aujourd’hui » le début de l’intrigue « 27 ans plus tôt » et un récit « Au IVème siècle » du temps de l’Empire romain, quand coexistaient le culte d’Isis, les débuts du Christianisme, et un curieux christianisme égyptien, cultes barbares aussi avec des guerriers Sarmates et leur chamane. J’ai eu l’occasion de découvrir le site d’Aquilée avec des mosaïques mystérieuses.
Quelle plaisir, cette aventure dans Florence, 1557 en compagnie des plus grands. Roman épistolaire où les plus grands correspondent : Cosimo de Medicisle Duc régnant (1537-1569), Catherine de Médicis reine de France et Piero Strozzi, maréchal de France…pour les politiques mais surtout, Michel-Ange Buenarroti fort occupé à peindre la Chapelle Sixtine mais sollicité, Benvenuto Cellini dont on connaît le Persée, Giorgio Vasari,moins connus, Bronzino , Allori et Bacchiacca (Francesco d’Ubertino). A tous ces artistes illustres s’ajouteront un page, le chef de police du Bargello, un broyeur de couleurs…et d’autres comparses, y compris des religieuses assez retorses…
Enigme policière : Jacopo da Pontormo est retrouvé assassiné au pied des fresques de la chapelle qu’il décorait depuis de nombreuses années dans un secret jaloux. Vasari, dépêché par le Duc et chargé de l’enquête découvre une anomalie, le mur a été repeint. Seul un artiste de talent a pu commettre le meurtre. Florence regorge d’artistes!
A ce meurtre, se mêle une affaire gênante pour les Médicis: Pontormo a peint un portrait de Maria de Medicis, fille du duc, dans une position compromettante. Il s’agit de faire disparaître le tableau.
Les deux affaires s’entremêlent, l’affaire du tableau semble prendre beaucoup plus d’importance que la découverte de l’assassin du vieux peintre.
Et pour compliquer le tout deux religieuses fanatiques, partisanes de Savonarole, mais se piquant de peinture sont mêlées à l’affaire du tableau.
Une révolte des petites mains de la peinture, broyeurs de couleurs, préparateurs des fresques, etc… s’organise. Exclus des corporations, ils tiennent des réunions secrètes….
La lectrice s’y perd un peu, mais s’amuse beaucoup en faisant de nombreuses incursions avec le smartphone dans les tableaux et fresques maniéristes. Quel plaisir de découvrir les œuvres dont il est question dans le livre.
Les péripéties autour du tableau sont rocambolesques, caché dans le cadre du lit de Cosimo, suspendu à une corde pour franchir le poste de garde de la Seigneurie, transporté dans l’inondation de l’Arno…c’est un vrai roman d’aventure.
Et voici que Vasari, pris dans une embuscade qui a mal tourné est forcé de se défendre avec une arbalète et qu’en tendant le carreau, il découvre (re-découvre) …la Perspective(?) et assène à son correspondant – Michel-Ange) toute une leçon d’histoire de l’art, de Masaccio à Uccello en passant par Brunelleschi. Echappant de peu à la mort, menacé par un Scaroncolo (oh Lorenzaccio!), il trouve le temps de faire de la théorie. Jouissif!
« C’est en vain que tu tends ton arc si tu ne sais pas où diriger ta flèche » – et moi je savais à cet instant! je déclenchais mon tir, et le carreau d’arbalète, suivant une trajectoire parfaite que mon esprit avait calculé et qu’une main invisible avait tracée dans l’air vint se ficher exactement entre ces deux yeux. Il bascula en arrière, le coup de feu se perdit dans le vide, et j’eus l’impression que la détonation me réveillait d’un long rêve d’une seconde.
Mais je n’avais pas rêvé. je m’étais souvenu de la perspective. Et voilà de quoi je veux m’entretenir, Messire Michel-Ange, mon cher maître. Dans notre soif de trouver une nouvelle manière de peindre pour surmonter, ou plutôt pour contourner la perfection atteinte nos pères et la vôtre, celle de Raphaël et celle de Léonard…..
Je ne veux quand même pas divulgâcher…et vous laisser le plaisir de vous perdre dans ces aventures et d’apprendre tout sur la peinture maniériste!
les blogueuses et blogueurs ont été nombreuses (x) à donner leur avis : Claudialucia,
Un très mince Pocket de 156 pages réunit les détectives de ces deux auteurs connus. Plaisir de les retrouver, surtout Salvo Montalbano qui n’aura plus de nouvelle enquête (mais la production de Camilleri est abondante et je suis loin d’avoir épuisé le sujet).
L’éditeur, Daniele di Gennaro, à l’occasion du tournage d’un documentaire réunissant les deux auteurs suggère :
« Comment se comporteraient vos personnages, Salvo Montalbano et Grazia Negro, avec un cadavre sur les bras? Comment agiraient-ils ensemble? «
et qualifie les échanges de Jam-session littéraire !
Cinq ans plus tard, un roman épistolaire concrétise cet essai!
Et c’est réussi! Cela ne restera pas dans les annales comme un chef d’œuvre, plutôt comme un clin d’oeil amusant pour les lecteurs fidèles.
“Nous y sommes allés sans préparation, mal commandés et indécis et, ce qui est pire, sans le sou. En nous fiant à la chance, à l’art de s’arranger et à notre bonne mine. Nous l’avons fait pour donner un désert aux plèbes déshéritées du Midi, un débouché au mal d’Afrique des rêveurs, pour la mégalomanie d’un roi et parce que le président du Conseil doit faire oublier les scandales bancaires et l’agitation de la rue. Mais pourquoi est-ce que nous faisons toujours ainsi, nous autres, Italiens ?”
Comme Le Temps des Hyènes, La Huitième Vibration, raconte la colonisation italienne de l’Erythrée et la guerre contre l’Ethiopie en 1896 qui a abouti à la défaite d’Adouale 1er mars 1896. L’action se déroule dans la ville portuaire de Massoua, sur la rive africaine de la Mer Rouge.
Les personnages sont pour la plupart des Italiens militaires. Les officiers ont choisi (pas toujours) le service en Afrique, et pas toujours pour de bonnes raisons. Les soldats ne comprennent pas tous ce qu’ils viennent faire. Ils proviennent de différentes régions d’une Italie qui n’a été unifiée que depuis une trentaine d’années et qui ne se comprennent pas tous. L’auteur s’applique à jouer avec les différents dialectes, accents si différents que le berger des Abruzzes ne comprend pas ses chefs, et ne s’en fait même pas comprendre, que le carabinier sarde né à Bergame, mélange les deux prononciations, Siciliens et Vénitiens sont aussi très différents… le traducteur s’amuse à différentier les différents parlers : c’est Quadruppani rompu à l’exercice quand il traduit Camilleri. Mon niveau en Italien ne me permettrait pas d’apprécier les nuances.
Différentes origines sociales se croisent, se toisent. Il y a même un anarchiste pacifiste, réussira t il à ne pas tirer? Le journaliste cherche un scoop. Un carabinier cherche un meurtrier d’enfant, anonyme, il poursuit le suspect. Roman policier. Roman d’amour.
Les Africains, tigréens, éthiopiens, arabes vivent à la marge de la colonie. Les femmes sont le plus souvent des prostituées. Askaris, zaptiés, supplétifs de l’armée italienne. Espions de Ménélik aussi….
« Vous le savez comment on l’appelle, Otumlo ? – Non. – Minableville, on l’appelle. – Bon, d’accord. Et qu’est- ce qu’il vend, le Grec ? – Les personnes. Il vend des sharmutte… des putains, des gamins, des ouvriers agricoles… autrefois aussi des esclaves, quand il y avait les Égyptiens. Maryam a dit à mon espionne que l’autre soir un soldat italien est venu pour acheter un enfant. »
Il fait très chaud à Massoua. L’action s’englue. L’histoire se traîne (c’est voulu) dans une atmosphère de corruption. Elles ne sont pas jolies, les colonies.
Quand les troupes partent en guerre des fiers-à-bras, des lâches, des idiots se révèlent
“Non, ce n’est pas du patriotisme, non, par Dieu, d’envoyer de nouveaux soldats au massacre… ni de garder là-bas ceux qui y ont été envoyés, parce que vos erreurs, ce sont vos fils qui les paient… mais vous ne comprenez pas, oh, bande de crétins, que les patriotes, ce sont les Abyssins ?” Et il aurait même ajouté : Ribellione, d’Ulysse Barbieri, un grand auteur, mais le sergent s’était immobilisé d’un coup. »
Et le désastre est inéluctable.
Après Le Temps des Hyènes , l’effet de surprise ne joue plus. J’avais été bluffée par ce dernier livre. Je retrouve la même histoire ; policier, historique, africain.