Arrivée à Berat

CARNET DES BALKANS/ALBANIE 

Berat la ville aux 1000 fenêtres

Retour à Fier par la même route, déserte à l’heure de la sieste. Entre Fier et Berat c’est tout droit. La chaleur (39°) écrase tout. Je remarque une odeur de goudron. De curieux réservoirs cylindriques sont alignés, plus loin brûle une torchère. Nous passons à côté du champ pétrolier de Marinza,  pétrole conventionnel ou gaz de schiste, les articles que j’’ai trouvé sur Internet ne sont pas clairs même si tous s’accordent sur la pollution.

La rivière Osum à Berat

Les montagnes se rapprochent, nous arrivons à Berat vers 15h30. Nous nous orientons grâce à la rivière Osum qui sépare les deux quartiers anciens de Mangalem sous la kalaja où se trouve notre hôtel et le quartier de Gorica  sur l’autre rive, adossé à l’autre colline. Le Road book stipule qui’l faut se garer près de la Mosquée des Célibataires. On se trompe de mosquée, je pars à pied, un peu perdue. Personne ne semble connaître l’Hôtel Nasho Vruho.

au paradis! notre jardin suspendu

Je monte une ruelle et trouve notre logeur qui nous attend et qui se charge de garer la voiture dans « son parking ». Dominique gravit péniblement la ruelle aux galets polis et glissants. Notre hôte ouvre une porte : nous sommes au paradis : la chambre s’ouvre de plain pied sur un jardin suspendu au dessus des toits. La vue est merveilleuse, sur la rivière Osum, les toits de Mangalem, la ville moderne avec sa promenade et la coupole de l’université.

notre vue

J’écris assise sur un siège de pierre, accoudée au muret sous un agrume non identifié en fleur (citron ou orange ? ) une dizaine d’arbres soigneusement taillés, au tronc chaulé poussent entre les dalles. Deux oliviers dépassent les orangers, un petit grenadier tente de se frayer une place. Dans des poteries, des plantes vertes ; les sièges sont maçonnés grossièrement ; Il y a aussi une chaise longue en bois et deux fauteuils de fer forgé très confortables. Des jarres « antiques » complètent le décor.

La chambre est éclairée par deux baies en ogive encadrées de briques. Les murs sont dallés de pierre grise avec des joints peints en rouge. Deux lits, une table de chevet, la télévision sur une tablette. La salle de bain est lilliputienne, la douche est en hauteur alimentée par un tuyau sur le lavabo. Quelle importance puisque nous sommes au paradis ! Le climatiseur est réglé sur 24°, il nous semble arriver dans une glacière ; je me dépêche de l’arrêter. Jamais je n’arriverai à me doucher dans un froid pareil.

Notre hôte parle français, il est aux petits soins et nous a aidé à monter les trois valises (quelle idée d’emporter tant d’affaires !). Pour éviter que Dominique n’ait à descendre en  ville pour dîner, il propose que sa femme nous fasse de la soupe. De la soupe par cette chaleur ? J’irai acheter des yaourts et des pêches !

Après quelques temps dans le jardin je pars à l’aventure sans plan ni guide. Berat n’est pas si grande ! Je situe les deux quartiers de Mangalem et Gorica, de chaque côté de la rivière, emprunte la promenade moderne entre un jardin public et les terrasses des cafés alternant avec des boutiques de mode. Puis je rentre par une rue parallèle commerçante où je trouve les supermarchés et les petites boutiques, elle va de la cathédrale orthodoxe à la Mosquée où nous nous sommes garées la première fois.

merveilleuses boiseries de la galerie des femmes

Un panneau touristique indique le Complexe formé par la Mosquée du Roi, le Tekke halveti et un Caravansérail. Je m’approche timidement de la Mosquée. Pendant le Ramadan c’était un peu compliqué, fermé le jour. Ramadan est terminé depuis trois jours. La mosquée est ouverte mais vide. Je me déchausse, j’ai oublié mon foulard. Le gardien m’encourage en italien « vous pouvez monter à la galerie des femmes et prendre toutes les photos que vous voulez ».

Plafond mosquée du roi

Comme la Mosquée du roi d’Elbasan elle date de 1492 et le Roi est Bayazit II (1481-1512). Le plafond est peint en rouge , des sourates y sont inscrites. Les boiseries de la galerie des femmes sont travaillées ; c’est peut être la plus belle mosquée d depuis celle de Tirana. Au moment où j’allais sortir, la mosquée s’illumine, un groupe de français et leur guide arrivent. Le gardien commente, le guide traduit. Du temps du communisme, la mosquée fut transformée en salle de ping pong et utilisée pour que les femmes s’y réunissaient pour coudre. Une chance pour la mosquée qui ne fut pas endommagée par ces activités.

Tekke

De l’autre côté de la place,  dans le Tekke, les derviches lisaient le Coran et les derviches tourneurs dansaient.  Il fut construit au 18ème siècle et appartenait à la secte Halveti. Je me repère mal dans les sectes soufies confondant Halvetis et bektashis. Le plafond est peint dans le style « baroque musulman »fleuri, doré à la feuille, très différent du plafond ancien de la Mosquée.L’éclairage de la pièce provient de fenêtres décorées d’entrelacs délicats.  On voit pendre les chaînes où étaient accrochées les lampes à huile. Dans le mur du fond,  sous les moucharabiehs pour les femmes, on remarque des trous qui s’élargissent à l’intérieur du mur. Le son était réfléchi par des coupelles de céramiques conférant à la salle une acoustique particulière. N peut accéder à la galerie des femmes par un escalier extérieur. Dans le tekke régnait une atmosphère très différente de celle de la Mosquée voisine. Dans la Mosquée du ri se pratiquait un islam sunnite traditionnel tandis que le tekke était beaucoup plus tolérant : la séparation homme/femmes n’était pas aussi rigoureuse, une femme pouvait se joindre aux danses et aux chants des derviches.  Les Halvetis et les bektashi s étaient plutôt rattachés au chiisme.  Du temps du communisme le tekke fut fermé on y entreposait des légumes ; Le gardien et le guide parlent de cette époque où la prédication était interdite tant pour les musulmans que pur les orthodoxes et les catholiques. Des prêtres de toutes confessions furent emprisonnés. Paradoxalement cette répression eut des conséquences bénéfiques : els religieux de toute obédience se sont rapprochés et la tolérance y a gagné. Des mariages entre communauté ont eu lieu et cela continue actuellement .

Vers le soir la promenade se peuple

Nous avons terminé la soirée dans notre jardin . A 19h les rues se sont animées et la promenade noire de monde. Au bout,une estrade et un écran, les lampadaires se sont illuminés. Un spectacle s’est déroulé jusqu’à tard dans la nuit, musiques diverses puis un spectacle théâtral comique , nous nous sommes endormies dans les rires et le vacarme.

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

2 réflexions sur « Arrivée à Berat »

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