COMPRENDRE LE MONDE QUI CHANGE

Sommaire : I. les victoires trompeuses
II. les légitimité égarées,
III. les certitudes imaginaires
conclusion : Une trop longue Préhistoire.
Dans les victoires trompeuses l’auteur fait l’état des lieux après la chute du mur de Berlin. La Guerre Froide terminée, c’est la victoire du libéralisme et de la démocratie, croit-on. « L’Occident a gagné, il a imposé son modèle, mais par sa victoire-même, il a perdu ». L’hégémonie américaine, l’extension de l’Europe aux pays de l’Est ont eut être conféré un certain optimisme mais l’auteur montre que la supériorité militaire de Washington, n’a pas été contrebalancée par une autorité morale. Passant d’un conflit à un autre, du Panama à l’Irak puis à la Somalie, Haïti, la Bosnie… »cette répétition est préoccupante » note Maalouf. Plus loin il écrit « si l’Occident n’a pas pu profiter pleinement de sa victoire sur le communisme, c’est aussi parce qu’il n’a pas su étendre sa prospérité au-delà de ses frontières culturelles » et il analyse les prémices de la deuxième guerre d’Irak.
Une autre conséquence de la fin de la Guerre Froide est la fin du débat d’idées entre communisme et capitalisme et le retour de l’orthodoxie et de l’Islam, retour des clivages identitaires. Il voit en « Internet un accélérateur et un amplificateur, a pris son essor à un moment de l’Histoire où les identités se déchainaient et où « l’affrontement des civilisations » s’installait et où l’universalisme s’effritait … » En tant que Libanais, Maalouf connait les limites et les dangers du communautarisme qui a détruit la démocratie libanaise.
Le point de vue de Maalouf, libanais exilé est précieux. Se réclamant d’une double culture, occidentale et orientale, il possède aussi une connaissance détaillée de l’histoire du Proche Orient. C’est aussi un conteur formidable. Il analyse les conflits et la colonisation d’un regard non pas neutre mais doublement éclairé. Sans jamais tomber dans l’anti-américanisme primaire il comprend les rancœurs des opprimés et spécialement du monde arabo-musulman.
La deuxième partie : les légitimités égarées est absolument passionnante. Je ne suis pas juriste et je ne sais pas ce que vaut ce concept de légitimité, dans cet essai il est particulièrement fécond. « La légitimité, c’est ce qui permet aux peuples et aux individus d’accepter sans contrainte excessive l’autorité d’une institution personnifiée par des hommes et considérée comme porteuse de valeurs partagées »
Commentant par l’élection en Floride de Bush, il écrit « je le pressentais un peu, aujourd’hui je le sais avec certitude, ce vote en Floride allait changer le cours de l’Histoire dans mon propre pays natal, le Liban ». Et avec son talent d’auteur de romans historiques il narre deux contre-exemples, de légitimité portée par deux leaders Atatürk et Nasser, et dans la foulée c’est toute une fresque historique qui se déroule, de la Première Guerre mondiale avec la défaite de l’Empire Ottoman et les promesses de Lawrence d’Arabie jusqu’à la guerre d’Irak aujourd’hui. Ce concept de légitimité est porteur aussi dans le cas du Liban qui a refusé de faire la guerre à Israël, craignant d’entrainer son armée dans la défaite et qui, en ayant raison, contre son peuple a eu tort. Raisonnablement il aurait été insensé de faire la guerre, et pourtant ne pas l’avoir faite a eu des conséquences encore plus désastreuses.
Bien qu’alarmiste, ce constat n’est pas dénué d’espoir. Maalouf place la solution dans la culture et aussi dans les différentes diasporas qui possèdent une double culture et pourront servir de trait d’union entre leur pays d’origine dans le tiers monde et la culture occidentale.
Amine MAALOUF – Le dérèglement du monde – GRASSET 314p.