Boukhara – Au bord du Bassin et Mille et unes Nuits

CARNET OUZBEK

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Déjeuner sur le bord du bassin

Nous nous attablons dans le restaurant que j’avais négligé hier, rendez vous des touristes européens avec leurs guides mais aussi des familles ouzbèkes ; la plupart commandent des spaghettis sauce tomate avec des œufs frits, plat peu onéreux qui ne me dit rien. Nassim commande de l’ayran qui me fait envie mais me le déconseille : il est coupé avec l’eau du robinet. Je choisi du plov et Dominique des « côtelettes » qui sont des boulettes d’agneau haché très douces. Le plov est fait de riz long un peu gras, caché sous des carottes en longues lanières et des raisins secs. Les morceaux de viande en cube sont sous les carottes. C’est roboratif, gouteux et cela tient bien au corps.

En rentrant à l’hôtel,  nous passons devant un bassin où se baignent de jeunes gens. Nous passons une après midi tranquille sur les banquettes de l’auvent. Les coussins dorés et les stucs incitent à la paresse. Je prends du retard dans mes comptes-rendus ! Trop tentées par la cour nous ne faisons pas de vraie sieste.

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colonnes doubles, papillons zoroastriens de la mosquée Magori Attori

 

17h, la visite recommence par le bazar des changeurs Toki Sarrefon sous la coupole où est installé le miniaturiste. En se dirigeant vers l’hôtel Asia, nous découvrons la petite mosquée Magori Attori (12ème – 16ème ) qui ressemble un peu au Mausolée Ismaïl Samany : pas de versets du coran, des symboles zoroastriens. Un temple zoroastrien se tenait à proximité et fut détruit par les arabes. Les 2 colonnes doubles peuvent être interprétées comme symbole des 4 éléments. Comme le mausolée Samany, la petite mosquée fut ensablée avant l’arrivée des Mongols. Le sable a bien conservé la décoration Tamerlan lui a ajouté une coupole. A l’intérieur se trouve maintenant un Musée des Tapis.

Non loin de là, en face de l’Hôtel Asia, des fouilles archéologiques ont mis à jour les fondations d’un hammam et un caravansérail. Les archéologues ont rehaussé les fondations, rien n’est reconnaissable< ;

Un  peu plus loin : le Bazar des chapeaux Telpak où se tient le marché de l’Astrakhan. A Boukhara l’Astrakhan s’appelle karakul (lac noir) ce sont les Russes qui l’appellent Astrakhan dont la région froide importe des toques et des fourrures.

Bassin Labi Khaouz

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madrasa Divan Beghi : deux simurghs, encadrent le soleil de la connaissance, dans leurs serres, des hases

 

Il est encadré par 3 madrasas et un khanaka, 4 monuments magnifiques.

La madrasa NadirDivan Begi est cachée par des arbres immenses dans un petit parc gazonné où Nasreddine Hodja en bronze sur son âne est le centre d’intérêt des familles qui viennent se faire tirer le portrait. Nadir Divan Beghi était ministre des finances. Il avait conçu l’ensemble madrasa et khanaka qui portent son nom. Au départ il avait prévu un caravansérail qui devait lui rapporter des bénéfices. L’Emir a trouvé que » le bâtiment était une très belle madrasa ». Nadir Divan Beghi n’eut plus le choix que de contenter le désir pieux de l’émir. Madrasa et caravansérail sont conçus selon un même plan : une cour carrée et des cellules ou chambres pour les caravaniers, à l’étage, au rez de chaussée des entrepôts. La façade est décorée de deux grands oiseaux, phoenix ou simurgh, un soleil et plus curieux encore, des animaux étranges mi-chiens, mi-cochons , le guide Olizane précise que ce sont ds hases. Comme je m’étonne de la représentation d’êtres vivants, Nassim explique qu’au 16ème siècle les Chiites étaient alors nombreux et qu’ils étaient plus enclins à la décoration figurative. Le Phoenix représenterait la paix, le soleil, le savoir universel qui éclaire le monde, les étudiants seraient figurés par des animaux.

 

En face de la madrasa Nadir Divan Begi, le khanaka Nadir Divan Begi se reflète dans l’eau du bassin. Le Khanaka était l’ »hôtel des derviches » qui ne pouvaient être hébergés dans les caravansérails avec ls marchands parce qu’ils prient,  tournent toute la nuit et ne dorment pas. Deux petites tourelles rondes encadrent sa façade décorée de majoliques bleues à entrelacs géométriques surmontés d’un bandeau d’écriture coranique. Cinq mûriers rompent la symétrie

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Les deux autres côtés du quadrilatère sont construits d’une part d’une série de boutiques, caravansérail, d’une part, de l’autre un restaurant borde le bassin tandis que la grande madrasa Kokel Dash (16ème s) est cachée derrière des arbres.

La madrasa Kokel Dash, pendant la période soviétique fut utilisée pour stocker des engrais chimiques puis comme école russe.

Le bassin a lui-aussi une légende : sur son emplacement une femme juive possédait une maison (le quartier juif est tout près). Elle ne désirait pas se défaire de sa maison. L’émir fit creuser au tour un canal et la maison s’effondra du fait de l’humidité. La juive vendit alors le terrain à condition qu’on construise une synagogue.

Les Mille et unes nuits

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Spectacle folklorique et présentation de couture dans la Madrasa Nadir Divan Beghi

Tous les soirs, à 18h, pour 25€ on peut y assister en dînant devant les danses ou prendre le thé (12.5€). les tables des dîneurs sont mieux placées. Ce spectacle est la surprise du jour. Sur le coup, nous décidons d’y aller, notre table est au deuxième rang. Si on se lève on pourra filmer.

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Le cadre de la madrasa est somptueux, l’atmosphère très détendue. Sur notre table avec la théière bleue nous trouvons une assiette de  bonbons fondants blancs à grignoter pendant le spectacle. Les musiciens sont assis sur une rangée de sièges : 3 joueurs de tambourin (qui feront une démonstration), un flûtiste (Ney), un violoniste « debout » – le violon est debout sur sa cuisse, un gense de psaltérion et un instrument à corde (rebab ?).

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Les danseuses revêtent des costumes des Mille et Unes Nuits : costume jaune avec une traine blanche attachée à la toque, manteau serré comme une redingote vert, et même à la fin, manteau de brocart orange faisant ressembler la danseuse à une tente cachant la danseuse habillée de grenat quand elle se dépouillera du manteau. Les mouvements de mains et d’épaule, très souples et très sophistiqués rappellent les dans es indiennens ; les bras ondulent, les poignets se cassent, parfois la danseuse s’immobilise et seules les mains sont en mouvement ; puis une pirouette, un tourbillon et les danseuses virevoltent. Folklore ou danse de cour ? On s’imagine invitées de l’émir.

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Des défilés de mode entrecoupent le spectacle. Cinq mannequins très grandes et très minces comme tout mannequin contemporain, quatre d’entre elles sont blondes et semblent être russes. Les robes, vestes et manteaux sont proposés à la vente. La coupe en est moderne. Il s’agit de vêtements que l’on peut porter, non pas de la Haute couture pour les stars. Les mannequins perchées sur de hauts talons actuels, parfois sont bottées de cuir souple. On ne s’ennuie pas une minute.

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A 19h15, nous prenons place à la tchaikhanna sur le bord du bassin, commandons des glaces, regardons le soir tomber et les lumières s’allumer. La façade du khanaka est comme une scène de théâtre où les ombres des passants dansent. L’eau est un miroir où se reflète le khanaka comme un palais des Mille et une Nuits. Les mûriers se détachent noirs sur la façade dorée. Dans la nuit noire comme du velours, un mince croissant de lune apparaît, féérique. Boukhara dans toute sa splendeur. Nous terminons la soirée à guetter les étoiles sur les banquettes de notre palis Hovli Poyon. Les banquettes de bois garnies de coussins dorés invitent à s’y cocher, s’y lover, s’agenouiller devant la petite table pour écrire. On regarde les étoiles, je lis Le Monde sur mon téléphone puisque il y a la Wifi au pays des 1001 nuits !

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D’humeur flemmarde je renvoie la rédaction du journal de bord à demain « journée libre ».

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Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

8 réflexions sur « Boukhara – Au bord du Bassin et Mille et unes Nuits »

      1. Si je suis encore à Avignon quand il fait aussi chaud (sinon je vais en Lozère) c’est que c’est le festival! Alors on ne fait la sieste que si l’on n’a pas de pièce à voir. Je me suis retrouvée dans la queue sous le soleil au théâtre du Balcon vers 14H!! Ils ont été obligés d’installer des parasols et des brumisateurs pour asperger les spectateurs qui attendaient, mais à l’intérieur des salles il y a la clim. Et un 38° n’est pas constant et habituel mais un 30°et des poussières, oui!

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