de Boukhara à Nurata – Potier, Caravanserail, Navoï, Poissons sacrés et Forteresse d’Alexandre

CARNET OUZBEK

Le dernier caravanserail
Le dernier caravanserail

La route de la Soie vers Samarcande est presque une autoroute, traversant des vergers bien entretenus et des cultures irriguées. D’énormes camions iraniens se suivent – caravane moderne. Plus loin on double une caravane turque, il semble que les routiers se regroupent par nationalité.

Guijdouvan

l'avez vous reconnu?
l’avez vous reconnu?

Nous faisons une halte chez un céramiste de renommée internationale, comme l’atteste la photo d’Hillary Clinton et un prix obtenu à Roanne. Son musée montre le travail de plusieurs générations de céramistes ainsi que des pièces anciennes comme ce plat du 13ème siècle à calligraphie coufique, les céramiques d’Hérat, les plats bleu de Ferghana. Une grande variété de motifs et techniques sont représentés. Nous le visitons en compagnie d’un groupe en car déjà rencontré en route ; Avantage : nous ne somme pas tenue d’acheter à l’issue de la visite. Inconvénient, on se pousse, il y a toujours quelqu’un dans le viseur de l’appareil photo. Quand le potier saisit un instrument de musique (genre de mandoline) pour accompagner la démonstration de broderie de sa femme, j’imagine la séquence vidéo. Mais voila, un braillard se met à chanter !

A côté du four, se trouve le moulin. Le potier peut donc être en même temps au four et au moulin (contrairement au boulanger !). Le moulin ressemble à un moulin à farine ou à huile la meule de pierre mue par un âne broie les oxydes. En Ouzbékistan, l’âne, animal impur n’est pas acceptable dans un moulin à farine, on lui préfère le bœuf, le cheval ou le chameau. Pour le potier cela n’a aucune importance. Les fours sont alimentés aussi bien au bois, au gaz ou au kérosène. On cuit plusieurs fois les poteries avant et après l’émaillage. Les plats sont disposés à l’envers. Les gouttes d’émail qui se solidifient sont la marque de fabrique locale. La dame brode avec des soies teintes aux teintures naturelles fixées soit au sel soit à l’alun soit à la teinture de grenade.  Elle brode à l’aiguille en posant le tissu sur la table, soit au crochet, le tissu est alors fixé sur un cadre.

La route traverse les sables rouges de Kysylkoum hérissés de buissons comme sur la route de Khiva, puis à nouveau des vergers.

Caravansérail Rebat Malik

sardoba : la citerne d'eau potable
sardoba : la citerne d’eau potable

J’imaginais la route de la Soie jalonnée de caravansérails. Celui de Rebat Malik est le seul qui a résisté au temps. D’un côté de la route, la belle citerne Serdoba possède une belle coupole de brique qui protège l’eau potable (nous avons vu la maquette à Boukhara). De l’autre côté de la route un portail monumental (1187) est encore debout tandis qu’à l’arrière on ne voit plus que les fondations d’un complexe de grande taille avec des entrepôts, des habitations, un bazar, un hammam. L’étendue des fouilles dépasse de loin ce que nous avons vu en Turquie et en Arménie. A côté de la citerne un entrepreneur a eu l’idée de construire un restaurant-hôtel, moderne caravansérail, pour les routiers. Du temps des chameaux, c’était la deuxième halte entre Boukhara et Samarcande. Etape pour les chameaux mais pas pour les camions, l’entreprise a périclité.

Le caravansérail est à l’entrée de  Navoï nommée d’après le poète du 15ème siècle Mir Alisher Navoï, au temps de l’Union Soviétique on y installa un combinat industriel important. La province de Navoï est la plus étendue de l’Ouzbekistan, peu peuplée, couverte pour l’essentiel de steppe, mais dont le sous-sol est riche ne gaz, en or et en uranium. A Navoï nous quittons la route de Samarkand pour nous nous diriger vers le nord en direction de Nurata vers les montagnes de la Chaîne de Nurata qui culmine à 2300m. La steppe est verdoyante et même fleurie. A mesure que la route s’élève des familles se sont installées à chaque tournant avec des coussins, des auvents, des pique-niques : ils fêtent le printemps.

mouflon
mouflon

Sur un affleurement de schistes des pétroglyphes ont été gravés il y a 25 siècles. J’identifie un mouflon, reconnais des chameaux, un cavalier, un serpent et même une chamelle (vache) allaitant son petit.

dromadaire
dromadaire

La route franchit le col Nurata Tumani (1000m). Des sommets pointus se détachent dans la brume. Les pique-niqueurs sont nombreux.

Les dames aux coquelicots

les dames aux coquelicots
les dames aux coquelicots

La route redescend dans une prairie de coquelicots et de lys tartares (Ixolirion tartaricum) . Des femmes et des enfants sont parmi les fleurs, je brandis mon appareil photo pour demander la permission des faire des photos « davaï ! » Elles m’invitent à les rejoindre, m’offrent un bouquet de coquelicots, regardent les photos que j’ai prises et les petites vidéo sur l’écran de l’appareil-photo, m’appellent « sistra », s’amusent avec ma swatch et son bracelet tout mou. Moment fugace de partage. Lorsque je m’éloigne l’une d’elle me poursuit pour m’offrir un stylo à bille bleu et argenté. Je n’ai rien à donner en échange.

Nurata

Nurata est une grande ville (30 000ha) de nombreux restaurants le long de la route proposent la spécialité locale : l’agneau rôti au four kebab tandir. Nassim choisit pour nous un restaurant qui sert en terrasse sur deux takhtan, pas de table : la nappe st par terre. On mange accoudé, presque à la romaine. En entrée, un délicieux bol de yaourt et des rondelles de concombre et de tomates. L’agneau est excellent, tendre, il semble confit, la surface est croquante. Je n’en ai jamais mangé d’aussi parfumé. Nassim attribue cela à l’herbe du printemps, parfumée.

La source des poissons sacrés : Tshachma

Nurata
Nurata

Un complexe religieux (entrée en majolique, mosquée, madrasa, hammam) entour le tombeau d’un saint le cheikh AbdulHassan Nouri, la mosquée des 40 colonnes a été rénovée au 20ème siècle. La légende dit qu’Ali, gendre du Prophète venu avec des caravaniers a fait jaillir de son bâton cette source miraculeuse. Les poissons sacrés sont de grandes truites noires très nombreuses dans une eau transparente presque turquoise. Ayant visité un autre mausolée hier, je ne me sens pas très motivée.

Sur la colline la forteresse d'Alexandre
Sur la colline la forteresse d’Alexandre

En revanche je suis beaucoup plus touchée par la forteresse hellénistique qui coiffe la colline. Il n’en reste que des pans de murs. Mais la légende veut qu’Alexandre serait passé par là et que peut être s’y trouverait son tombeau, ou son cénotaphe. Je me remémore le récit de Gaudé « Pour seul cortège », j’imagine le cortège funèbre, les pleureuses, les cavaliers dans la steppe…

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Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

7 réflexions sur « de Boukhara à Nurata – Potier, Caravanserail, Navoï, Poissons sacrés et Forteresse d’Alexandre »

  1. … »l’avez vous reconnu? » Oui, il est: « Camarade » 🙂 Leonid Ilitch Brejhnev, Secretaire General du Parti Communiste de l’Union Sovietique… 🙂 …au present perdu au fond d’une assiette (ou il este represente plus jeune – autour de 45-50ans ans). Il a decede en 1982. (Bon, je retournerai a mes « sarmale »… 🙂 Avez vous recu les images?)

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  2. … 🙂 🙂 J’espere que le prix du concours c’est pas un plat avec l’image de Ceausescu…:) 🙂
    A propos des dames aux coquelicots..: quand les russes on arrive chez nous juste avant la fin de la guerre pour occuper la Roumanie, la rencontre entre les russes et les roumains a ete aussi avec le mot « davai! » de la part des russes…Mais les roumains n’avait rien a offrir et les russes avait des PM(En: machine-guns) . C’est pourquoi le mot d’ordre addresee souvent aux roumains etait: « Davai, ceas! Davai, palton! »)
    (Ceas(Ro)=montre-bracellet(Fr).
    Bon, voila, c’est pas grand chose 🙂 … juste une minuscule difference entre les rencontres « Ru-Ro » 🙂 et « Ru-Fr » :)…
    Ce que j’ai ecrit ici c’est vrai et dans le style local ( « rire-pleurer » ou « pleurer-rire », car on sait jamais ce qui va arriver…) ou..: »plutot rire maintenant, car il est sur qu’on va pleurer plus tard! »

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