A l’Ombre des jeunes filles en fleurs : 3ème partie – les voilà les jeunes filles!

LECTURE COMMUNE MARCEL PROUST AVEC CLAUDIALUCIA

logo de la lecture commun

« Seul, je restai simplement devant le Grand-Hôtel à attendre le moment d’aller retrouver ma grand’mère, quand, presque à l’extrémité de la digue où elle faisaient mouvoir une tache singulière, je vis s’avancer cinq ou six fillettes, aussi différentes, par l’aspect et par les façons, de toutes les personnes auxquelles
on était accoutumé à Balbec, qu’aurait pu l’être, débarquée on ne sait d’où, une bande de mouettes qui exécute à
pas comptés sur la plage — les retardataires rattrapant les autres en voletant —  une promenade dont le but semble aussi obscur aux baigneurs qu’elles ne paraissent pas voir, que clairement déterminé pour leur esprit d’oiseaux

Une bande de mouette, des esprits d’oiseaux, ce ne sont ni des caractères d’ordre intellectuel ou moral qui les distinguent.

« Et n’étaient-ce pas de nobles et calmes modèles de beauté humaine que je voyais là, devant la mer, comme des statues exposées au soleil sur un rivage de la Grèce? »

Nobles et calmes?

Voire.  Elles exécutant un saut effronté au dessus d’un pauvre vieillard épouvanté,  effleurant même sa casquette.

 » C’pauvre vieux, y m’fait d’la peine, il a l’air à moitié crevé »,dit l’une de ces filles d’une voix rogommeuse et avec un accent à demi-ironique. « 

Le narrateur, garçon bien élevé, respectueux des personnes âgées, des relations de sa grand’mère, n’est pas choqué par cette démonstration. Au contraire, il est séduit. Echafaudant toutes sortes de théories, il les imagine fréquentant des coureurs cyclistes, les hippodromes….

Toutes ses pensées, ses promenades, son emploi du temps seront dirigées vers un seul but : faire leur connaissance.

Le bonheur de connaître ces jeunes filles était-il donc irréalisable?

La rencontre avec Elstir, le peintre va permettre de faire leur connaissance. L’esprit tout occupé de ces jeunes filles en fleur, notre héros repousse la visite au peintre, n’osant pas s’éloigner de la digue où elles pourraient passer. Occasion pour Proust de belles digressions sur la peinture… 

« Et avec le regard dédaigneux, ennuyé et frivole d’un amateur ou d’une femme parcourant, entre deux visites mondaines, une galerie, je me disais : « c’est curieux ce coucher de soleil, c’est différent, mais j’en ai déjà vu d’aussi délicats, d’aussi étonnants que celui-ci ». j’avais plus de plaisir les soirs où un navire absorbé, fluidifié par l’horizon apparaissait tellement de la même couleur que lui, ainsi que dans une toile impressionniste, qu’il semblait aussi de la même matière, comme si on n’eût fait que découper son avant, et les cordages en lesquels elle s’était amincie et filigranée dans le bleu vaporeux du ciel.
Parfois l’océan emplissait presque toute ma fenêtre, surélevée qu’elle était par une bande de ciel bordée en haut
seulement d’une ligne qui était du même bleu que celui de la mer, mais qu’à cause de cela je croyais être la mer
encore et ne devant sa couleur différente qu’à un effet d’éclairage. »

Etudes de nuages, harmonies de gris et rose dans le goût de Whistler…

Tout absorbé à conquérir les jeunes filles, le narrateur en vient à négliger Saint-Loup. Comme auparavant ses « amours » avec Gilberte, la cour qu’il fait à ces jeunes filles me paraît convenue, peu sincère, je ne sais pourquoi. Son amitié avec Saint-Loup ses fréquentations de Charlus me semblaient avoir plus de consistance. 

Avatar de Inconnu

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

11 réflexions sur « A l’Ombre des jeunes filles en fleurs : 3ème partie – les voilà les jeunes filles! »

  1. Mais oui, Elstir arrive aussi.

    Hum, il me semble que Proust préférait Saint Loup, si tu vois ce que je veux dire, alors ces jeunes filles…

    J’aime

  2. A chacun son Proust. Celui de Cabourg est sûrement le plus lumineux. De plus, il évoque infiniment bien la lumière de l’impressionnisme. Mais où est Balbec : sur la promenade ou dans les pages du livre ?
    Sonia

    J’aime

  3. C’est vrai que les jeunes filles en fleurs viennent bien tard ! En fait, Marcel, le personnage du livre, n’est pas vraiment amoureux, il le dit lui-même, il est plutôt amoureux de l’amour. Il veut être amoureux ! Il envisage tour à tour d’avoir une aventure avec chacune d’entre elles !

    J’aime

  4. Je suis en train de préparer le bilan 2 comme ça on pourrait le publier avant septembre. Comme participation en dehors de nous deux je ne vois que Nathalie et Athalie. Y en a-t-il eu d’autres ??

    Je t’envoie le bilan dès que tu m’auras répondu.

    J’aime

Laisser un commentaire