Les Marins perdus – Jean-Claude Izzo

MARSEILLE/booktrip en mer

 

Cinq mois qu’ils étaient là, les marins de l’Aldébaran. À quai, relégués au bout des six kilomètres de la digue
du Large. Loin de tout. Sans rien à faire. Et sans fric.

Leur armateur les a abandonnés, sans salaire. Attendant une hypothétique vente du cargo bloqué par le tribunal en garantie des dettes de l’armateur. Les marins, en échange d’une indemnité ont cherché un autre bateau. Trois hommes restent à bord : le Capitaine, Abdul Aziz, libanais, son second Diamantis, grec, Nédim, le turc, aurait dû partir mais il s’est fait dépouiller dans une boîte de nuit, il ne peut plus payer son billet de retour.

Grec, Turc, Libanais, toute la Méditerranée sur le Vieux Port. Marins sans attaches, Abdul et Diamantis ont bien été mariés, mais leurs épouses se sont lassées du rôle de femmes de marins…Marseille, port d’accueil des marins en partance, des exilés. Dans un petit restaurant Diamantis trouve une cantine, presque une famille.

Et, Izzo, amoureux de sa ville la dépeint avec une infinie tendresse, même si elle est aussi violente. Histoire sombre, comme ses romans précédents, pleine d’humanité et de poésie. J’ai retrouvé Yannis Ritsos et Gianmaria Testa. Poésie des cartes marines :

Cette carte, expliqua Diamantis, c’est la Peutingeriana, une carte-itinéraire romaine du IIIe siècle, avec
Rome, là, en son centre. – Elle est superbe.[…]l’Antiquité on appelait les cartes les « périodes de la terre ».
[…]Diamantis, pointant du doigt nombre de lieux, égrena des noms de port à faire rêver. Salona, Aquileia et Adria sur l’Adriatique. Sybaris, Lilybaeum, Phôkaia. Les deux Césarée, sur les côtes africaines et d’Asie
mineure. Les deux Ptolémaïs, l’une en Libye, l’autre en Phénicie. Les Bons Ports, près de Lasïa, au sud de la
Crète, mentionnés par saint Luc dans les Actes des Apôtres. Tarsos en Cilicie, connue pour les portes de
Cléopâtre.

 

Elle est triste cette histoire des marins perdus, fiction, elle pourrait être vraie.

De Marseille à Rouen, nombre de cargos sont coincés à quai, aujourd’hui encore. Les équipages, souvent
étrangers, vivent à bord dans des conditions très difficiles, malgré une solidarité qui ne fait jamais défaut.
Je tenais, ici, à saluer leur courage, et leur patience. Quant à Marseille, ma ville, je tenais à la mettre en
scène, encore une fois, pour que puissent résonner dans cette histoire les questions les plus actuelles de
l’avenir de la Méditerranée.

 

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Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

7 réflexions sur « Les Marins perdus – Jean-Claude Izzo »

  1. Cette histoire de « marins perdus », à quai, me fait songer à deux autres oeuvres…
    Un album de la série BD « Condor » titré « Opérette marseillaise », où il est aussi question d’un navire qui doit être saisi… au grand dam de son équipage (toujours resté soudé).
    Et le roman de Bernard Clavel « Cargo pour l’enfer » que j’ai découvert récemment: là, c’est l’inverse, le navire reste en haute mer, repoussé de port en port à cause de sa cargaison, cependant que ses armateurs vendent et revendent le bateau (équipage compris!).
    Je ne sais pas si cette « navigation au port » aurait sa place dans le challenge « Book trip en mer » de Fanja? Sans doute bien autant que des livres sur les phares?
    (s) ta d loi du cine, « squatter » chez dasola

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    1. @ta d loi du ciné : effectivement j’aimerais contribuer au challenge Booktrip en mer avec les Marins perdus. Merci pour le lien. Justement je ne savais pas où mettre le mien.
      Pour les deux livres que tu proposés je suis bien tentée.
      Bientôt un autre livre « Booktrip en mer » avec Christophe Colomb. A propos une série de podcasts RadioFrance L’envers du décor  » des voyages de Christophe Colomb

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  2. Merci pour cette contribution au book trip en mer. Je n’ai encore jamais lu cet auteur, mais ce livre pourrait bien me plaire. Il semble y avoir, au-delà de la mer, des thèmes plus larges qui me parlent aussi, comme celui de l’exil, ou encore de la fraternité, l’amitié entre ces hommes qui se retrouvent désoeuvrés. Mais bon, « histoire triste et sombre », ça semble quand même assez désenchanté.

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