Le Côté de Guermantes (3ème partie) – un dîner chez la Duchesse de Guermantes

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, AIFELLE, KEISHA, FANJA, SANDRINE,  DOMINIQUE et d’autres…..

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La troisième partie du livre se déroule presque entièrement au cours d’un dîner chez la Duchesse de Guermantes.

Quelques échappées : Albertine fait un retour inopiné justement quand Marcel manigance un dîner galant avec Madame de Stermaria recommandée par Saint-Loup. Ce dernier arrive du Maroc où son régiment est cantonné. Ils dînent ensemble, comme autrefois à Doncières, mais dans un café bizarrement fréquenté par les dreyfusards et les jeunes nobles, antidreyfusards, comme il se doit, dans deux salles séparées. 

« la petite coterie qui se retrouvait pour tâcher de perpétuer, d’approfondir, les émotions fugitives du  procès Zola attachait une grande importance à ce café. mais elle était mal vue des jeunes nobles qui formaient l’autre partie de la clientèle et avait adopté une seconde salle du café »

Le narrateur n’éprouve plus de sentiment amoureux pour la Duchesse de Guermantes qui, justement, elle l’invite à l’un de ses dîners. Au début du livre, Marcel aurait fait n’importe quelle bassesse pour une telle invitation. Il avait réclamé avec insistance que son ami Saint-Loup le  présente à sa tante. Il avait aussi prétexté un intérêt pour les tableaux d’Elstir que possède la Duchesse. Ce dîner inespéré arrive trop tard!

Au cours de la soirée, des digressions se feront, suivant les divers convives dans leurs relations familiales ou mondaines. Avec un luxe de détails, l’auteur analyse les relations entre les différentes coteries, les relations de hiérarchie. La Duchesse de Guermantes, l’hôtesse, est l’arbitre du bon goût, de l’élégance et l’ordonnatrice des invitations, tandis que La princesse de Parme, Mme d’Arpajon, et d’autres devront se soumettre à cette domination.

Je me suis bien ennuyée à suivre les relations familiales des uns et des autres. Tout ce beau monde se fréquente non pas pour l’intérêt de la visite mais par habitude familiale. Si on n’estime pas beaucoup telle princesse, on lui rend visite parce que c’est une cousine…Dans l’entre-soi, on se désigne par des surnoms ou des raccourcis Palamède (le baron de Charlus) est « Mémé », » Grigri « pour Agrigente,

Vous ne connaissez pas cet excellent Gri-gri», s’écria M. de Guermantes, et il dit mon nom à M. d’Agrigente. Celui de ce dernier, si souvent cité par Françoise, m’était toujours apparu comme une transparente verrerie, sous
laquelle je voyais, frappés au bord de la mer violette par les rayons obliques d’un soleil d’or, les cubes roses d’une cité antique dont je ne doutais pas que le prince — de passage à Paris par un bref miracle — ne fût lui-
même, aussi lumineusement sicilien et glorieusement patiné, le souverain effectif. Hélas, le vulgaire hanneton auquel on me présenta, et qui pirouetta pour me dire bonjour avec une lourde désinvolture qu’il
croyait élégante, était aussi indépendant de son nom que d’une oeuvre d’art qu’il eût possédée »

Texte prémonitoire quand je pense au tableau de Nicolas de Staël peint des décennies après la parution de la Recherche.

Basin est le Duc de Guermantes (drôle de prénom), il me faut aussi retenir les prénoms des dames, Oriane, pour la duchesse, Madeleine, Mme de Villeparisis..

Pour donner du lustre à son salon, la Duchesse de Guermantes invite parfois des artistes ou des hommes de lettres, c’est à ce titre que Bloch qui a écrit des pièces de théâtre se trouve invité chez Madame de Villeparisis, Swann, autrefois fit connaître Elstir. 

La conversation ne languit pas, les bons mots circulent avec les médisances, « Taquin le Superbe », calembour d’Oriane à propos de Charlus, des critiques acerbes concernant la cousine Zenaïde, « rapiate« 

Tu mangeras de la purée de marrons, je ne te dis que ça, et il y aura sept petites bouchées à la reine. -Sept petites bouchées, s’écria Oriane. Alors c’est que nous serons au moins huit!« 

Méchancetés au sujet d’un auteur qui empesterait

« je n’ai osé respirer qu’au gruyère »

 

Et c’est long, très long, Proust ne nous épargne pas un ragot. Motivée par le défi, je continue ma lecture, en calculant le temps qui restera à lire le pensum.

Il y a aussi toute une rédaction sur l’esprit des Guermantes par comparaison avec les Courvoisier,  nobles réactionnaires  bornés. 

A ce moment entra M. de Grouchy, dont le train, à cause d’un déraillement, avait eu une panne d’une heure. Il
s’excusa comme il put. Sa femme, si elle avait été Courvoisier, fût morte de honte. Mais Mme de Grouchy
n’était pas Guermantes «pour des prunes». Comme son mari s’excusait du retard: — Je vois, dit-elle en
prenant la parole, que même pour les petites choses, être en retard c’est une tradition dans votre famille.
— Asseyez-vous, Grouchy, et ne vous laissez pas démonter, dit le duc. — Tout en marchant avec mon
temps, je suis forcée de reconnaître que la bataille de Waterloo a eu du bon puisqu’elle a permis la
restauration des Bourbons » 

Sans y prendre garde, je me prends à sourire à des trouvailles : comment ne pas serrer la main à un importun qu’on doit quand même inviter à déjeuner, déjeuner couché peut-être? Pépites littéraires quand l’une des invitées parle d’un écrivain incompréhensible :

Je finis par comprendre non seulement que le poète incapable de distinguer le beau du laid était Victor Hugo, mais encore que la poésie qui donnait autant de peine à comprendre que du russe ou du chinois était:
«Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille applaudit à grands cris», pièce de la première époque du poète
et qui est peut-être encore plus près de Mme Deshoulières que du Victor Hugo de la Légende des Siècles.
[…]

Victor Hugo n’est pas aussi réaliste que Zola, tout de même? demanda la princesse de Parme. Le nom de
Zola ne fit pas bouger un muscle dans le visage de M. de Beautreillis.

Les prétentions littéraires atteignent des sommets de drôlerie qui me font oublier toutes les longueurs

« Zola un poète! — Mais oui, répondit en riant la duchesse, ravie par cet effet de suffocation. Que Votre
Altesse remarque comme il grandit tout ce qu’il touche. Vous me direz qu’il ne touche justement qu’à ce
qui… porte bonheur! Mais il en fait quelque chose d’immense; il a le fumier épique! C’est l’Homère de la
vidange! Il n’a pas assez de majuscules pour écrire le mot de Cambronne. »[…]Il l’écrit avec un grand C, s’écria Mme d’Arpajon. – Plutôt avec un grand M, je pense ma petite… »

Littérature, mais aussi peinture. Il est question de Renoir, de Manet et bien sûr d’Elstir. Mais mon billet est trop long, je vais m’arrêter là.

Agacée du fait que le narrateur soit autant « entiché de noblesse » , je pardonne toutes les longueurs, les généalogies, les règles de protocole pour les pépites amusantes qui me font bien rire. Proust auteur comique, qui me croirait?

 

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Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

8 réflexions sur « Le Côté de Guermantes (3ème partie) – un dîner chez la Duchesse de Guermantes »

  1. Rien à voir avec Proust, mais je t’informe que nous avons fixé avec Fanja la date du 30 octobre pour la LC de L’hôtel du bon plaisir de Raphaël Confiant. J’espère que cela te convient.

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  2. J’ai vu un spectacle de théâtre au festival sur le comique de Proust.

    Tu as été plus courageuse que moi pour écrire sur Le côté de Guermantes ! Je n’en pouvais plus de ce volume. Je trouve Sodome et Gomorrhe, moins long et plus varié.

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      1. Je suis en train de finir Sodome ! J’ai envie de lire Proust en prenant mon temps. Mais j’ai commencé à écrire mes billets sur Sodome pour le début octobre.

        Et oui, une fois que l’on a vu Cabourg on lit Balbec autrement !

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