L’Annonce – Pierre Assouline

APRES LE 7 OCTOBRE….

« De quoi s’agit-il ? D’un pogrom. Le premier depuis 1945, date qui pour l’Histoire sonnait en principe le glas des massacres de masse des Juifs. »

[…]

« Fin de l’innocence pour tout le monde. Et dire que tout cela arrive au moment où disparaissent les derniers témoins de la Shoah… »

 

La sidération du 7 octobre ne s’efface pas. A l’horreur du massacre, s’ajoutent les manifestations antisémites.  Mon effarement devant la vengeance sans limites de Netanyahou sur Gaza, la découverte qu’il existe des fascistes juifs, des racistes juifs et qu’ils sont en capacité de nuire, capables d’oublier les otages et de saboter toute solution raisonnable.

Au réveil, je dépouille le Monde, les posts de La   sur Facebook, et tout ce que la Presse écrite veut bien délivrer.

Et bien sûr la littérature!

La pensée magique ne m’a pas imposé de me lancer dans ce projet de livre. Un autre l’a déclenché bien en
amont après une dizaine d’années de ruminement, de maturation, de décantation : Une femme fuyant l’
annonce.

Pierre Assouline a placé ce livre sous le patronage de Grossman. Le titre L’Annonce fait penser à Une Femme Fuyant l’AnnonceEt le livre commence avec une citation de Grossman en épigraphe . J’aimerais tant lire Grossman depuis le 7 octobre!

50 ans séparent les deux parties du livre :

6 Octobre 1973, guerre de Kippour dont Raphaël, le narrateur, 20 ans alors, apprend le déclenchement à la synagogue. Comme de nombreux jeunes juifs, Raphaël part volontaire. Il se retrouve dans un moshav à remplacer un agriculteur mobilisé pour s’occuper des dindons. Belle histoire d’amour de jeunesse, au hasard d’une partie d’échecs, il rencontre Esther, une jeune soldate de son âge

7 octobre 2023, Raphaël se trouve en Israël. Il est confronté avec l’évènement

Je suis revenu seul avec mon paquet de souvenirs, sans imaginer que mon in memoriam serait percuté de
plein fouet par un bis repetita.

Raphaël va confronter ses souvenirs

Je ne reconnais plus le pays. Plus je le dévisage, moins je le retrouve. Nous nous sommes tant aimés, mais
c’est loin. Deux générations ont surgi.

Pour le reportage gore, rembobiner les images . Tout le monde les connaît. Idem pour les combats, les bombardements, même les alertes. Ce n’est pas le propos du livre. Raphaël raconte la vie des civils qui se mobilisent, rencontre des manifestants de la Place des Otages, analyse les réactions des parents, des endeuillés et de ceux qui ne savent rien de leurs proches.

« C’est plus fort que moi, je ne peux m’empêcher de comparer 1973 et 2023, ne serait-ce que pour des
détails anodins.
[…]
1973, c’est le triomphe du système pileux en liberté, on croirait une bande de hippies ; 2023, la boule à
zéro ou presque pour tout le monde »

Dans les couloirs de l’hôpital Tel Hashomer, le passé vient télescoper le présent. Devant un échiquier, il rencontre Eden, la fille d’Esther. L’histoire bégaie.

Esther, en 1973, avait pour mission d' »Annoncer« . » Annoncer » c’était rencontrer la famille pour annoncer le décès de leur mari, enfant. C’est cette « Annonce » que la mère du livre de Grossman fuit, pensant protéger la vie de son fils. C’est une mission difficile et Esther en a eu le cœur brisé, une attaque cardiaque simulant l’infarctus. Le « syndrôme du coeur brisé » est aussi désigné sous le nom de « syndrôme de mawashi-geri« . Nurit, la petite-fille d’Esther en est victime. Et pour la même cause. Elle aussi « Annonce« la mort.

« Cette fois, ce n’est pas comme en 1973. Il n’y a pas que la mort des soldats à annoncer. Il y a des
disparitions. Il y a des otages. Annoncer, des mois après le 7 octobre, que l’on a enfin pu identifier les
ossements de ce qui fut un corps. Et parfois annoncer l’inverse et oser dire en face que le corps que l’on
croyait être, en fonction de la dentition, celui de leur fils ou de leur fille et qui a peut-être déjà été
inhumé n’est pas celui que l’on croyait »

 

L’Annonce est un roman très personnel, pas un reportage, peu d’analyse politique. Quand il évoque le triomphalisme, l’hybris, dans le début de la guerre de 1973 au début du roman, il pourrait recopier le paragraphe pour expliquer l’absence de l’armée en octobre 2023. 

Y a aussi l’esprit. Je ne sais plus comment tu appelles ça, tu l’as dit l’autre jour… — L’hubris, ce satané
orgueil israélien qui s’est endormi sur sa réputation de supériorité (réelle) et d’invincibilité (ça se
discute). Jusque-là, Israël paraissait bourrelé de certitudes. Il ne craignait rien ni personne. Aveuglés par
un narcissisme collectif, une surestimation de soi et un excès de confiance, ils se sont laissé enfumer par
les fausses nouvelles de la propagande, sans parler de l’obsession du terrorisme international qui a tout
focalisé aux dépens de la vigilance. Leur triomphalisme de la guerre des Six-Jours, ils l’ont payé cash

Quand le narrateur évoque le roman qu’il va écrire, on lui demande s’il parlera des Palestiniens. Et bien, non! parce que vus d’Israël, les Palestiniens sont bien absents :

« Les Israéliens semblent parfois s’être enfermés dans une bulle cognitive qui les rendrait insensibles au
sort des Palestiniens. »

Cette histoire m’a parlé : à l’inverse de Raphaël, j’étais en Israël, au kibboutz Yekhiam le  6 Octobre 1973, et à Créteil en 2023.Pour moi aussi, la bande musicale sera de Leonard Cohen. Et Grossman un de mes écrivains favoris. Terminant d’écrire cette chronique je suis retournée à relire l’oraison de Grossman.

Ecouter aussi le podcast de Répliques Radio France

Itinérances – Annette Wieviorka – Albin Michel

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

J’ai coché cet ouvrage parce que j’ai beaucoup apprécié Anatomie de l’Affiche rouge, Seuil Libelle, pour sa rigueur et  sa clarté d’historienne. Mais ce « libelle » est un ouvrage très court, presque un tract (46 pages);

Itinérances est un gros pavé de près de 600 pages : somme de nombreux articles parus depuis une quarantaine d’années. Il  les regroupe selon  des  allers et retours de l’historienne en quête de documents et témoignages autour de la Shoah ou de rencontres avec d’autres écrivains, chercheurs, vivants ou disparus. 

« Tout dépend de ceux qui transmettront notre testament aux générations à venir, de ceux qui écriront l’histoire de cette époque. L’histoire est écrite, en général, par les vainqueurs. Tout ce que nous savons des peuples assassinés est ce que les assassins ont bien voulu en dire. Si nos assassins remportent la victoire, si ce sont eux qui écrivent l’histoire de cette guerre, notre anéantissement sera présenté come une des plus belles pages de l’histoire mondiale et les générations futures rendront hommage au courage de ces Croisés. »

Ce texte a été rédigé dans le ghetto de Varsovie. les archives du ghetto de Varsovie ont été retrouvées presque par miracle.

Pour raconter l’histoire de ces mondes disparus, les historiens ont étudié et réuni des archives. Dans ces lieux où sont conservées les archives, Annette Wiervioka a choisi de faire des étapes qui ancrent le récit d‘Itinérances 17 rue Geoffroy-l’Asnier, l’adresse du Mémorial de la Shoah et du CDJC (Centre de Documentation Juive Contemporaine), à New York , le YIVO, Institut pour la recherche de la civilisation juive de l’Est, où des cours de Yiddish sont également dispensés, le YIVO américain est l’héritier du centre de Wilno  créé dès les années 20. Impossible de passer à côté de Yad Vashem. Une étrange rivalité a opposé les soutiens à la création du Mémorial de Paris aux autorités israéliennes de Yad Vashem. Ne pas oublier le MAJH, à Paris,  de création plus récente. 

Itinérances comme un voyage de Paris à New York, Varsovie, Auschwitz, Drancy…Itinérances comme des rencontres avec des historiens, écrivains, ou simples témoins. Au hasard des pages, je croise Léon Poliakov, Saul Friedländer, Hannah Arendt,  Serge Klarsdfeld, Vidal-Naquet dont les noms me sont familiers, mais aussi de nombreux spécialistes dont les méthodes et les points de vue diffèrent. Ces rencontres sont passionnantes d’autant plus qu’on retrouve historiens ou héros à plusieurs reprises au cours de cette lecture au long cours.

Comment nommer le sujet d’étude? Solution finale si on s’intéresse aux modes d’extermination des nazis, Génocide si on se place comme Lemkin du point de vue du Droit, Shoah ou Holocauste, Hurbn  si on prend le parti des victimes.

Dans le chapitre Varsovie, le récit de lInsurrection du Ghetto et une rencontre très émouvante avec Emanuel Ringelblum « l’archiviste du Ghetto »…tant de rencontres que je ne peux lister ici! 

Ce volume est aussi une mine de titres, de lectures . Ma PAL va sérieusement s’allonger. Et pas seulement d’études scientifiques, aussi de romans et même de BD.

Comme j’étais effrayée par le gros volume et que chaque chapitre était un article indépendant publié dans une revue, je pensais le lire par petits bouts, un chapitre de temps en temps. J’ai été happée par cette lecture qui ne ressemblait pas à un page-turner à priori.

La danse de Gengis Cohn – Romain Gary

Lire ou Relire Romain Gary? 

Delphine Horvilleur m’y a fortement incité à plusieurs reprises dans Il n’y a pas d’Ajar et à plusieurs reprises dans d’autres livres. 

Chien blanc a été adapté au cinéma, récemment, par la réalisatrice canadienne Anaïs Barbeau-Lavalette CLIC   Adapté également au théâtre par Les Anges au plafond dans une mise en scène étonnante, marionnettes, papiers pliés, ombres chinoises. Et bien sûr j’ai lu le livre CLIC

La lecture de La danse de Gengis Cohn est la suite logique de ma visite au Musée du Judaïsme avec l’exposition Dibbouk CLIC

 

Mon nom est Cohn, Gengis Cohn. Naturellement, Gengis est un pseudonyme : mon vrai prénom était Moïché, mais Gengis allait mieux avec mon genre de drôlerie. Je suis un comique juif et j’étais très connu jadis, dans les cabarets yiddish : d’abord au Schwarze Schickse de Berlin, ensuite au Motke Ganeff de Varsovie, et enfin à Auschwitz.

Gengis Cohn est un Dibbouk : son fantôme est « collé » à un vivant; Gengis Cohn ne hante pas une jeune fille, sa fiancée, comme le Dibbouk d’Anski. Gengis Cohn s’est attaché à un nazi : Schatz, celui-là même qui a donné l’ordre de faire feu pour l’exécuter avec un groupe de Juifs évadés du camp. Cette cohabitation dure depuis une vingtaine d’années ; pour le libérer il faudrait un exorcisme. 

Schatz sait qu’il est habité par un dibbuk. C’est un mauvais esprit, un démon qui vous saisit, qui s’installe
en vous, et se met à régner en maître. Pour le chasser, il faut des prières, il faut dix Juifs pieux,
vénérables, connus pour leur sainteté, qui jettent leur poids dans la balance et font fuir le démon

La Danse de Gengis Cohn est une farce tragique. Farce parce que le nazi possédé profère au moment où on l’attend le moins des paroles suggérées par Cohn 

Mazltov. Félicitations. Vous avez une mémoire. – Zu gesundt. – Tiens, vous parlez yiddish ? –
Couramment. – Berlitz ? – Non. Treblinka. Nous rions tous les deux. – Je me suis toujours demandé ce que
c’est, au juste, l’humour juif, dit-il. Qu’est-ce que vous croyez ?

On rit beaucoup : Romain Gary livre toute une collection de blagues juives qui surgissent dans le récit aux moments les plus inattendus. Schatz se livre à des démonstrations grotesques.

Humour juif, humour très grinçant rappelant les épisodes les plus graves.

Au début, l’action se déroule au commissariat où Schatz est confronté à un crime. Un roman policier? Crimes étranges, les victimes sont dénudées mais leur physionomie est heureuse « des mines paradisiaques« . Les victimes se multiplient, aucun motif valable.

Schatz : « C’est la première fois, dans mon expérience, dit-il solennellement, que quelqu’un se livre à un massacre collectif sans trace de motif, sans l’ombre d’une raison… En voilà assez. Il n’est pas question de laisser passer une telle hutzpé, sans réagir. »

Cohn : « Lorsque je l’entends affirmer que c’est la première fois dans son expérience que quelqu’un se livre en Allemagne à un massacre collectif sans l’ombre d’une raison, je me sens personnellement visé. Je me
manifeste. »

Tandis que l’enquête piétine, deux personnages, un Comte et  un Baron, font irruption au commissariat pour déclarer la disparition d’une femme qui a déserté le domicile conjugal avec son amant, le jardinier.

Le roman policier se déplace dans la forêt de Geist où les protagonistes enquêtent et retrouvent le jardinier et la femme Lily. L’enquête policière laisse place à une série de scènes « érotiques » ou humoristiques sur le lieu-même des exécutions. Scènes grotesques bourrées de références culturelles 

« les sanglots longs des violons de l’automne – automne 1943 pour être précis »

poésie, mais aussi peinture ou sculpture, psychanalyse …C’est amusant de chercher les sources.

la réalité est déformée par des mains impies, comme si quelque affreux Chagall s’était emparé d’elle. Un
khassid du ghetto de Vitebsk, assis sur les classeurs, et qui a la tête de Gengis Cohn, joue du violon,
cependant qu’une vache, tous pis dehors, vole au-dessus du portrait officiel du président Luebke.
D’affreux Soutine se tordent sur les murs, des nus du Juif Modigliani crachent leur obscénité dans les
yeux de nos vierges aux tresses innocentes. Freud se glisse dans la cave et va réduire en ordure nos
trésors artistiques. Des masques nègres grimaçants s’engouffrent à sa suite, en même temps qu’une
salière et une bicyclette, et se composent déjà en un tableau cubiste dégénéré. Ils reviennent…

« Nous voulons des cadavres propres C’était la plus grande commande culturelle du siècle. « 

me renvoient à Prévert (l’Avènement d’Hitler et à Paul Morand. les recherches sur mon téléphone mobile qui coupent la lecture sont assez jouissives. 

Je m’égare, survient le Messie (ou Jésus qui s’exile en Polynésie à la manière de Gauguin), et puis le Général de Gaulle.

Certaines pages loufoques me font rire aux éclats. L’accumulation de nonsenses me lasse un peu. Il faut une belle trouvaille pour me dérider. Tant mieux, il y en a.

Mais que symbolise donc Lily, la plus belle des femmes? Une nymphomane? la Joconde? la Culture? l’Humanité?  Je me perds dans les conjectures.

L’imagination de Romain Gary est sans frontière. Il ne s’interdit rien. Il ne se limite pas à l’Holocauste. Nous nous retrouvons en pleine Guerre du Vietnam. Les crimes ne s’arrêtent pas en 1945. L’histoire n’est pas finie. les victimes deviennent bourreaux. J’en sors essorée.

Relisons Antonine Maillet!

CANADA / NOUVEAU BRUNSWICK

Notre album photos des vacances 1998 au Nouveau Brunswick

Le meilleur hommage qu’on puisse faire à une autrice c’est de la relire, de la faire lire!

Je vous propose une lecture commune, disons à la fin mars pour laisser le temps de retrouver ses livres éparpillés dans nos bibliothèques.

Avec Pélagie la Charrette, Antonine Maillet a obtenu le Prix Goncourt

Mon préféré reste la Sagouine découverte sur place à Bouctouche, mis en scène dans la reconstitution de son village, avec l’accent (pas facile pour une parisienne, les Acadiens se sont bien moqués de notre français

 

Winston Smith (1903-1984) UNE VIE – La biographie retrouvée Guillaume Martinez/Christian Périssin -Futuropolis

ROMAN GRAPHIQUE

Emprunté à la suite de l’écoute de podcasts consacrés à George Orwell : Adapter Orwell au cinéma et en BD  tiré de la série« Avoir raison avec George Orwell ». 

Winston Smith est le nom du héros de 1984 de George Orwell. Réservé par  Internet à la médiathèque, j’ai eu la surprise trouver 4 volumes d’une soixantaine de pages retraçant la vie de Winston Smith, un écrivain britannique qui aurait étudié à Eton en même temps que Eric Blair (George Orwell) et Aldous Huxley. Dover Winston Smith a-t-il vraiment existé? j’y ai cru ! 

Dover Winston Smith, boursier à Eton, ne fait pas partie de l’élite fortunée. Dans les deux premiers tomes, la vie de cette école réputée se déroule. Préjugés de classe, humanités classique, sports…et initiation sexuelle. Intrigue amoureuse tragique. L’ombre de la Première Guerre mondiale plane sur les étudiants trop jeunes pour être mobilisés .

Le troisième volume (mars 1925-avril 1926) A chinese year raconte le voyage en chine du héros qui a dû renoncer aux études à Cambridge ou Oxford, faute de fortune personnelle. Il s’engage dans une firme britannique de Tabac commerçant en Chine. Il revient avec un reportage contant  son  expédition rocambolesque en pleine guerre civile et obtient un  succès littéraire . Il croise encore Huxley et Blair. Ce dernier, policier en Birmanie, l’invite…

C’est aussi avec Blair (Orwell) que Dover W. Smith par pour l’Espagne rejoignant les rangs du POUM . En mai 1937, ils assistent aux affrontements entre les différentes composantes du mouvement antifasciste. Après la blessure de Blair à Huesca, Smith laisse Blair à l’hôpital de Lerida aux bons soins d’Eileen. 

La série Winston Smith  est composée de 5 volumes, le dernier n’était pas dans les bacs de la médiathèque. Il me faudra revenir. 

Je ne m’attendais pas à cette traversée du début du XXème siècle. Je pensais trouver la dystopie. J’ai été prise par surprise et je n’ai pas boudé mon plaisir – graphisme très plaisant – surtout dans le tome chinois. De l’aventure et des références littéraires!

J’emporterai le feu – Leila Slimani

LIRE POUR LE MAROC

Troisième volet de la saga familiale qui a commencé avec le Pays des Autres et Regardez-nous danser. Trois générations, Mathilde l’alsacienne qui a épousé Amine, le soldat marocain venu défendre la France pendant la Seconde guerre mondiale, tous deux ont cultivé la terre dans la campagne près de Meknès, la ferme a prospéré. 

J’emporterai le feu raconte l’enfance et la jeunesse des deux filles Mia et Inès. Mia est la  narratrice. Enfance choyée et privilégiée au sein de la villa familiale à Rabat. Les parents, Aïcha, gynécologue, et Mehdi, banquier, bourgeois cultivés très occidentalisés.   Mia et Inès, brillantes et originales, étudient au Lycée français . 

« Aïcha mettait ses filles en garde contre les dangers du monde. Les chutes, les étouffements, les jeux de mains, jeux de vilains, les noyades, les égarements dans des lieux bondés où un prédateur viendrait les enlever. Elle leur inocula la frousse comme on injecte un vaccin. À chaque âge de la vie survenaient de nouvelles inquiétudes : les hommes, les grossesses, les accidents de voiture. Elle leur apprit à parler bas, à ne jamais donner leur avis, à haïr toute forme d’imprudence, à se méfier de tous et de chacun car des indics de la police se cachaient partout et l’on pouvait disparaître, en un claquement de doigts, au fond d’une geôle où personne ne vous retrouverait. Aïcha espérait que ça leur entrerait dans la tête, qu’elles développeraient une aversion du risque. Elle voulait des enfants lâches à qui ne viendrait pas l’idée de s’indigner, de se révolter, de parler trop haut. Des enfants dociles avec les puissants, de petites Shéhérazade qui sauraient charmer les tyrans et sauver leur peau. »

Au contraire Mehdi offre à Mia des livres qui lui ouvrent l’esprit, et la fait réfléchir alors que ses camarades de classe sont beaucoup plus frivoles.

Mia ne se coule pas dans le moule offert aux jeunes filles, elle tombe amoureuse d’une fille doit subir le rejet des autres. Elle ira chercher la liberté en poursuivant ses études à Paris. Encouragée par son père :

Mais n’y crois pas. Mets-toi de la cire dans les oreilles, accroche-toi au mât, souviens-toi de ce que je t’ai
dit. Ne reviens pas. Ces histoires de racines, ce n’est rien d’autre qu’une manière de te clouer au sol, alors
peu importent le passé, la maison, les objets, les souvenirs. Allume un grand incendie et emporte le feu.
Je ne te dis pas au revoir, ma chérie, je te dis adieu. Je te pousse de la falaise, je lâche la corde et je te
regarde nager. Mon amour, ne transige pas avec la liberté, méfie-toi de la chaleur de ta propre maison. »
Et là, il lui tendrait le livre. Elle poserait le paquet sur ses genoux. « Merci papa. » Lentement, elle
déchirerait le papier : La vie est ailleurs. « Tu aimeras Kundera, j’en suis sûr. »

 Inès rejoindra sa sœur. 

Tandis que les filles s’émancipent, une chape de plomb tombe sur le père. Quelle faute a-t-il commise? Il perd la confiance du pouvoir. Sa charge à la banque, puis sa liberté. C’est pour son père qui lui a dit d’emporter le feu que l’écrivaine a écrit ce livre. 

La fille aux yeux d’or – Balzac

UN COURT ROMAN OU UNE LONGUE NOUVELLE?

Toute passion à Paris se résout par deux termes : or et plaisir.

Balzac fournit une mine inépuisables quand je suis en panne d’inspiration de lecture. Le titre m’a été suggéré par Proust.

Trois chapitres qui s’emboîtent :I.  Physionomies parisiennes, II. singulière bonne fortune, III. la force du sang. 

Paris, aucun sentiment ne résiste au jet des choses, et leur courant oblige à une lutte qui détend les passions : l’amour y est un désir, et la haine une velléité : il n’y a là de vrai parent que le billet de mille francs, d’autre ami que le Mont-de-Piété. Ce laissez-aller général porte ses fruits ;

La première introduit le personnage principal, Henri de Marsay le jeune homme qui a tout pour séduire et réussir. Il le replace dans la société parisienne analysée avec un humour acerbe. Je me suis beaucoup amusée dans ce chapitre.

De Marsay, aux Tuileries, se fait aborder par une charmante jeune fille

, ce qui m’a le plus frappé, ce dont je suis encore épris, ce sont deux yeux jaunes comme ceux des tigres ; un jaune d’or qui brille, de l’or vivant, de l’or qui pense, de l’or qui aime et veut absolument venir dans votre gousset ! 

Ces yeux de félins sont ceux de La Fille aux Yeux d’Or . Une fascinante jeune fille mais accompagnée d’une redoutable duègne espagnole. La Fille aux yeux d’or loge dans l’hôtel appartenant à Don Hijos, un Grand d’Espagne qui tient Paquita  enfermée sous la surveillance de sa duègne. Toute romance ne pourra être que clandestine. Il s’en suit une aventure rocambolesque et brûlante dans des décors exotiques et raffinés. 

Henri de Marsay sera-t-il digne de l’intérêt que Paquita lui porte, des risques insensés qu’elle encoure? Ce n’est pas sûr. peut-on le qualifier de fat?

Un fat qui s’occupe de sa personne s’occupe d’une niaiserie, de petites choses. Et qu’est-ce que la femme? Une petite chose, un ensemble de niaiserie

Le séducteur satisfait de sa personne mérite-t-il la passion que lui offre Paquita? passion ou désir? Travestissements, enlèvements, masques, tout y est!

A vous de lire la nouvelle si vous voulez connaître la réponse!

 

Crépuscule à Casablanca – une enquête de Gabrielle Kaplan – Melvina Mestre

LIRE POUR LE MAROC

Enchantée par Sang d’encre à Marrakech, j’ai enchaîné avec Crépuscule à Casablanca qui est le premier opus de la série. A paraître Bons baisers de Tanger ( Avril 2025).

J’ai vraiment aimé Gabrielle Kaplan, détective privée, qui se livre davantage dans ce roman. A vrai dire, elle se présente. Juive de Salonique, elle est arrivée en 1941, échappant au destin des juifs de Salonique, déportés presque tous. Francophone, fille d’une parfumeuse, on comprend mieux ses allusions aux parfums qui m’avaient étonnée dans le premier livre. 

Bizarre polar, où l’enquêtrice ne cherche pas à dénouer une énigme mais plutôt à fuit ses persécuteurs. Je n’en dirai pas plus….

Casablanca 1951 est parcourue par de troubles courants, des rivalités, des luttes d’influence. La Résidence avec le général Juin, le sinistre Boniface qui règne sur des policiers corrompus, leitmotiv : pas de vagues. Les Américains arrivés en 1942 avec l’opération Torch en 1942, tête de pont du débarquement et de la reconquête du sud de l’Europe, ils souhaitent étendre leur influence chasser les français quitte à s’allier avec le Sultan et l’es indépendantistes. Les ultras, des colons ne font aucune concession .  Sinistres personnages et mercenaires. Cagoulards, malfrat corses ou marseillais, agents du SDECE ou de la CIA. L’Istiqlal et le sultan luttent pour l’Indépendance du Maroc.

Et puis le reste de la population défini selon une hiérarchie précise:

Delmas faisait donc partie des grands propriétaires terriens et des industriels, ceux qui se situaient au sommet de la pyramide de la société coloniale, la « crème de la crème ». Venaient ensuite les ingénieurs et les cadres de l’administration, puis les « petits Français », fonctionnaires ou militaires. Les juifs, les Espagnols et les Italiens, artisans ou commerçants, complétaient l’édifice. À la base se trouvaient les Marocains, les plus nombreux et généralement les plus précaires, que l’on nommait « les indigènes ».

Les souvenirs de la guerre sont encore très prégnants. On se souvient, ou pas de ceux qui furent vichyistes, qui se sont compromis avec les Allemands. On se souvient aussi de l’héroïsme de la campagne d’Italie.

Gabrielle Kaplan et son lieutenant Brahim se trouvent pris dans ces rivalités. Roman d’action et d’aventure, leçon d’histoire aussi. 

Lu en à peine une journée, un polar très réussi!

Sang d’encre à Marrakech – Melvina Mestre – Points

LIRE POUR LE MAROC (POLAR)

Gabrielle Kaplan, native de Salonique, exerce son métier de détective privé à Casablanca. L’enquête se déroule en 1952 dans le Maroc sous Protectorat.

promenade architecturale :

Casablanca est une ville dynamique, européenne. L’autrice Melvina Mestre a grandi à Casablanca : elle connaît bien la ville qu’elle nous fait visiter telle qu’elle était alors, avec les noms des rues et places du Protectorat. Elle décrit avec soin les bâtiments, s’intéresse à l’architecture pour mon plus grand plaisir. 

Marrakech est encore un gros bourg tranquille, mais promis au développement touristique avec la construction du quartier de l’Hivernage, d’un casino. La Mamounia est déjà un hôtel luxueux et on assiste à une soirée organisée par le Glaoui.

L’autrice resitue l’intrigue dans le contexte historique et politique :

Je veille à ce que mes romans d’atmosphère s’inspirent de la grande Histoire, et qu’en me lisant mes lecteurs soient immergés dans le contexte historique, urbanistique et socio-culturel des années 1950.

En 1952, le souvenir de la guerre est encore très vif. Casablanca était un centre très important qui a vu le Général de Gaulle et les Forces Françaises libres, les Américains. On se souvient encore très bien de Joséphine Baker, de Saint-Exupéry. Les Marocains ont pris part à la Libération, lutté en Italie etc. La présence de nombreux militaires a pour conséquence le développement de la prostitution : à Casablanca se trouve le plus grand Quartier Réservé : le Bousbir.

C’est d’ailleurs ainsi que commence l’intrigue policière : une prostituée est retrouvée assassinée, dénudée et tatouée, puis une seconde….(mais je n’en dévoilerai pas plus). Les autorités locales ne veulent pas ébruiter la macabre découverte qui risque d’être exploitée politiquement. Le commissaire préfère faire appel à la détective privée, pour sa discrétion et parce qu’une femme pourra peut-être glaner des informations auprès des prostituées.

L’intrigue semble partir en tout sens, rebondissements, puis tout s’éclaire. Encore une fois, je ne spoile pas! J’ai été happée et je n’ai pas lâché cette lecture.

Un autre aspect intéressant est l’émergence des mouvements indépendantistes. La décolonisation s’amorce malgré l’aveuglement des autorités qui préfèrent diviser pour régner et s’appuyer sur le Glaoui de Marrakech. J’ai visité le palais du Pacha, et sa kasbah mais sans vraiment comprendre qui était ce personnage. Le roman répare cette lacune. 

Et comme j’en redemande, j’ai déjà commencé une nouvelle enquête de Gabrielle Kaplan : Crépuscule à Casablanca

Bilan Marcel Proust : Le Temps Retrouvé

LECTURE COMMUNE A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU AVEC CLAUDIALUCIA

logo de la lecture commune

Dix mois après le lancement de la lecture commune, nous avons réussi le défi de lire la Recherche (plus de 3000 pages quand même) il a fallu nous encourager mutuellement pour gravir ce sommet et nous sommes fières d’avoir enfin atteint le but. Plaisir du style, parfois agacement devant une société aristocratique pas spécialement sympathique. 

BILAN 7 / ALBERTINE DISPARUE ET LE TEMPS RETROUVE

Miriam

Le temps retrouvé Tansonville

https://netsdevoyages.car.blog/2024/12/12/le-temps-retrouve-tansonville/

Le temps retrouvé : Monsieur de Charlus pendant la guerre

https://netsdevoyages.car.blog/2024/12/19/le-temps-retrouve-monsieur-de-charlus-pendant-la-guerre/

Le temps retrouvé : Dans la bibliothèque du prince de Guermantes, méditation sur la mémoire et littérature

https://netsdevoyages.car.blog/2024/12/26/le-temps-retrouve-dans-la-bibliotheque-du-prince-de-guermantes-meditation-sur-la-memoire-la-litterature/

Claudialucia

Le temps retrouvé (1) Proust, Cendrars et Céline

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2025/01/marcel-proust-blaise-cendrars-celine-et.html

Marcel Proust : Le temps retrouvé (2)

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2025/01/marcel-proust-le-temps-retrouve-2.html

BILAN 6

Miriam

Marcel Proust : Albertine disparue

https://netsdevoyages.car.blog/2024/12/04/albertine-disparue-marcel-proust/

Claudialucia

Marcel Proust :  Albertine disparue

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/12/marcel-proust-albertine-disparue.html

 une lecture annexe : Le Lièvre aux yeux d’ambre d’Emund de Waal où j’ai trouvé un personnage ayant peut être inspiré Swann
les décors et les costumes des soirées des Guermantes ressemblaient-ils à ceux du film La Divine ?