Cézembre – Hélène Gestern

UN ROMAN DE SAINT MALO

Cézembre vu du ferry

Ce gros roman (650 p en Poche) m’a accompagnée pendant ces vacances en bord de Manche. Il a guidé mes rêveries en passant devant les rochers, les îlots et les îles, flux et reflux des marées…

Cézembre est une île en face de Saint Malo. Une île chauve, un caillou, une île martyr dont l’histoire est tragique. Fortifiée par les Allemands, elle a subi un pilonnage monstrueux de la part des Alliés. Elle exerce une fascination pour le héros du roman

« J’ai toujours aimé la beauté des ruines ; mais celles-ci, sous leur vêtement de graminées, de mousses et de
lichens, ne s’étaient pas tout à fait départies de leur violence originelle. À Cézembre, la nature n’avait pas
éteint le souvenir de la bataille sans merci qui s’y était livrée : elle en avait simplement apaisé l’horreur. »

Yann de Kérambrun, le narrateur, est historien. Il enseigne à la Sorbonne et rédige une thèse sur les pirates de la Méditerranée du temps de l’Empire Romain. En instance de divorce, il vient de perdre son père. Son fils part en Allemagne. Il demande un congé sans solde et s’installe dans la maison familiale Les Couërons sur le Sillon à Saint Malo. Il y trouve un véritable trésor : les archives de la Société de propulsion nautique malouine créée en 1905 par son aïeul Octave. Cette société les « vedettes bleues » assuraient les traversées entre les Îles anglo-normandes et Saint Malo. Octave avait pour associés un homme d’affaire de Jersey et un avocat Sainte Croix, très actif dans la politique locale. 

Parmi les divers dossiers, il retrouve plusieurs dizaines de carnets des « livres de raison » comptes journaliers, mais pas que. L’historien qui sait déchiffrer de telles archives se lance dans une entreprise au long cours : reconstituer la saga familiale de cette famille d’armateurs malouins. A première vue, l’entreprise s’est transmise de père en fils et a prospéré, Octave a fait construire une belle maison de maître qui est restée dans la famille. Mais des secrets de famille le troublent. Entre temps, on retrouve un squelette à Cézembre, l’entreprise familiale est elle mêlée ? Yann se livre à une  enquête minutieuse qui va mobiliser les cousins éloignés qu’il avait perdu de vue. je retrouve les mêmes ressorts qui m’avaient tenue en haleine dans 555, le manuscrit de Scarlatti. 

Entrelacées avec l’histoire familiale, les tragédies qui se sont déroulées sur l’île : avant d’être occupée par l’armée allemande, Cézembre fut une colonie pénitentiaire. C’est aussi un site idéal pour la contrebande. Pouvait-on s’échapper de Cézembre à la nage?

Yann se lance le défi de faire la traversée à la nage.

Mais je rêve de plus en plus souvent à cette traversée, que je voudrais réussir en solitaire. Comme si
atteindre l’île par mes seuls moyens pouvait me permettre de replonger dans ces époques lointaines
dont nous parlait Étienne, lorsque la géométrie des terres et des sables était si différente que les îles
Anglo-Normandes n’étaient qu’une péninsule. Je m’imagine, marcheur gagnant le couvent des Récollets,
traversant une forêt de chênes baignée par le vent maritime. Ceux que la marée avait saisis, couchés,
minéralisés, chassant au fil des siècles la sève et la fibre du bois pour y loger son sel, son fer, sa silice.

Le livre est aussi traversé par l’histoire de la joggeuse mystérieuse, la femme au K-Way turquoise, Rebecca,  dont Yann va tomber amoureux. Pas la partie que j’ai préférée.

Et toujours la présence de la mer, de sa puissance, de naufrages comme d’entrainements à la nage. Saint Malo et ses légendes. J’ai adoré la légende de la forêt de Scissy, forêt enfouie sous le rivage depuis des millénaires, fossilisée

On a retrouvé des arbres fossilisés, enfouis dans le sol inondé, qui datent du néolithique. On appelle ça des
couërons. — C’est de là que vient le nom de la maison ? — Sans aucun doute. On les reconnaît parce qu’ils
sont couchés à l’horizontale, avec des racines qui forment un angle à quarante-cinq degrés avec le tronc.
Ce qui veut dire que ces arbres ont commencé à pousser avant la submersion,
[…]
À l’emplacement du Sillon, il n’y avait pas une forêt qui allait jusqu’à Cézembre ? Étienne a souri. — Ah,
la fameuse forêt de Scissy ! Ou Querckelonde selon d’autres sources. Hugo l’appelait la « forêt druidique »
… Elle aussi, elle fait partie de la légende.

Roman de la mer, saga des armateurs malouin, histoire du XXème siècle, de la guerre…Aussi relation père-fils. Les thèmes abordés sont nombreux et ce roman  est décidément très riche.

J’ai eu  le plaisir de rencontrer Hélène Gestern à la manifestation littéraire, Créteil en poche. Je lui ai dit tout le bien que je pensais de son livre. Mais comme je n’ai pas l’esprit d’à-propos, je ne lui ai pas demandé de photo. Quand je suis revenue, elle avait disparu!

Claude-François Denecourt (1788-1875) « L’amant de la forêt de Fontainebleau » Jean-Claude Polton

MASSE CRITIQUE BABELIO

Théodore Rousseau : intérieur de la forêt, le grand dormoir

Toutes les randonneuses connaissent les sentiers Denecourt balisés en Forêt de Fontainebleau, la Tour Dénécourt et les petites fabriques, fontaines ou médaillons, étapes des randonnées en forêt. 

J’ai attendu avec impatience l’arrivée du livre de J.C Polton dans ma boite aux lettres dans le cadre de la Masse Critique de Babélio que je remercie ainsi que l’éditeur les Editions du Sabot Rouge pour cet envoi. 

Denecourt est un personnage singulier dont la vie a traversé presque un siècle, de la Révolution de 1789, aux Campagnes napoléoniennes, à la Restauration, Révolutions de 1830, 1848, Second Empire, jusqu’à la IIIème République. Pour la lectrice, une leçon d’histoire! L’enfant Franc-Comtois a été élevé dans les légendes villageoises mais aussi dans une famille favorisée par la Révolution . Il gardera des idées hostiles à l’Ancien Régime, aux tyrans même s’il était très jeune quand les troupes patriotiques défendant la Patrie en danger sont passées dans Luxeuil.

A 20 ans,  en 1809, il s’enrôle dans les régiments de Napoléon en Autriche puis en Espagne. Blessé en 1812, démobilisé, il s’engage à nouveau en 1813. Son passé de grognard de Napoléon va le suivre.

Court apprentissage chez un bijoutier à Paris. A la faveur des Cent jours, Denecourt retrouve sa cocarde tricolore et se porte au devant du Petit Caporal. Ses états de service militaires lui procurent une place de portier concierge qu’il va perdre puis retrouver.

A Versailles, le portier-concierge va faire des affaires, il vend du vin aux militaires de la caserne, s’enrichit, devient même prêteur. Personnage balzacien (j’ai téléchargé  César Birotteau à l’occasion).Le jeune voiturier quasiment illettré s’instruit. Il gère son commerce mais il fréquente aussi les bibliothèques publiques et les cabinets de lecture . Il découvre la politique s’engage dans la propagande libérale

En 1832, il s’installe à Fontainebleau, toujours portier-concierge, mais perd son emploi à cause de la répression.  Rentier ayant réussi à faire fructifier ses affaires, il va découvrir une nouvelle entreprise : il se passionne pour la forêt de Fontainebleau. Il va baliser des promenades et mettre sur pied une véritable entreprise touristique en relation avec son gendre qui a des calèches. Non seulement il balise les chemins avec les petites flèches bleues qu’on suit encore, mais il publie des guides pour les promeneurs, s’édite lui-même, collabore avec des artistes pour les illustrations, aménage les curiosités, engage des carriers pour sécuriser grottes et rochers, construit un observatoire….En 1849, le train arrive à Avon. Ces trains de plaisir correspondent tout à fait à l’entreprise de tourisme que Denecourt a mis en place.

Promoteur de tourisme, il se veut aussi écrivain. Fréquente des artistes, des hommes de lettre. Gagne le surnom de Sylvain  que lui donne Théophile Gautier.

Toute la suite de sa  vie est une recherche de reconnaissance : le jeune illettré est maintenant respecté, fêté même. Il ambitionne la Légion d’Honneur. Et, enfin la IIIème République consacre ses idéaux démocratiques….

Le personnage très original m’a donc beaucoup intéressée.

 

Mais le récit très détaillé, très documenté comporte des longueurs pour qui ne connait pas les subtilités de l’histoire locale bellifontaine. Les rivalités, les jalousies de personnages oubliés maintenant, polygraphes ou concurrents, prennent beaucoup de place. En revanche j’aurai voulu en apprendre plus sur l’Ecole de Barbizon, les initiatives des artistes, de George Sand, Théodore Rousseau dont je me souvient de la très belle exposition au Petit Palais.

 

 

Mamelouks (1250 – 1517) au Louvre

Exposition Temporaire jusqu’au 28 juillet 2025

Brûle parfum

De 1250 à 1517, les sultans mamelouks régnèrent sur l’Egypte, la Syrie. 1260 – ils arrêtent l’avancée des Mongols, 1291, prennent Acre et mirent fin au Royaume Croisé de Jérusalem, 1400 arrêtent Tamerlan jusqu’en 1517 où il furent défait par l’armée ottomane de Sélim 1er.

Caparaçon

Les mamelouks étaient des esclaves militaires, enfants ou adolescents achetés ou enlevés dans les plaines de Russie puis dans le Caucase. Cavaliers d’élite, ils formaient un e caste militaire parlant turc. Cet honneur n’était pas héréditaire, les fils des mamelouks devaient intégrer un autre corps ou se lacer dans une carrière civile.

Clé de la Kaaba au nom du sultan Faraj (1399-1412)

Protecteurs des lieux saints, à la Mecque et Médine les sultans possédaient la clé de la Kaaba. –

La visite commence au Caire dans le Complexe de Qalawun (1284-1285) comprenant une madrasa, un hôpital et le mausolée de Qalawun. Projetées sur trois murs, les images et les zooms nous offrent toute la variété des décors, stucs, marbres, colonnes antiques, géométries élaborées….

Lampe au nom de l’émir

De magnifiques objets accompagnent les images, brûle-parfum, bassins, coupes et chandeliers  en métal cuivreux, incrusté d’or et d’argent finement ciselé. Ouvrages à décor géométrique, ou arabesques ou portant des écritures calligraphiées et même des scènes de chasse ou équestres

Bassin orné de scènes de chasse

De petits encarts présentent les sultans les plus fameux :

Baybars, (1260_1277) le fondateur

Qaytbay (1468-1496) « la force tranquille » (1501-1516)

Qansawa Al Ghawri (1501 – 1516)

Ainsi que d’autres personnages  :

Muhammad ibn Khalil Al-Samadi qui aurait vécu à Damas et aurait soutenu les troupes mamlouks de son tambour soufi.

Qawsun, grand émir et favori, arrivé en Egypte en 1320 comme marchand. Séduit par sa beauté, le sultan l’achète, le fait émir et lui donne sa fille pour épouse.

l’épouse de Qaytbay, Khawand Fatima, « sultane d’affaire »

Si les objets, d’une grande sophistication, sont toujours un peu les mêmes, cette présentation des mamelouks est passionnante.

Coran monumental

De nombreux manuscrits sont exposés, des Corans monumentaux fastueusement enluminés d’or et de couleurs. Des encyclopédies contiennent toutes les connaissances scientifiques de l’époque. Des manuels de chasse ou de technique militaire représentent des mamlouks à l’exercice, en effet la Furusiya ou art équestre est à la base de la culture de ces cavaliers.

Furusiya : exercices à la lance

Cavaliers turcophones dans un environnement composite où coexistent diverses cultures et religions

Certificat de pèlerinage à la Mecque Hajj

mais aussi certificat juif de pèlerinage sous forme de rouleau dessiné figurant la route du sud du Caire jusqu’au Liban à travers la Terre Sainte, annoté en italien et en hébreu

Rouleau de pèlerinage juif

ou bois sculpté des églises Coptes du Vieux Caire

Eglise copte du Caire

La littérature est présente, elle a même traversé les siècles et est parvenue à nous à travers les contes qui animent encore les cafés traditionnels ou avec les théâtres d’ombre. Influences persanes, et même indiennes comme dans ce livre

Conte indien avec un éléphant et un lion

Au centre des réseaux de commerce avec Venise, la Perse et même la Chine, plus étonnant les vases africains ashanti. Commerce maritime et de caravanes.

Grand gobelet aux oiseaux 1330-1350

Travail du métal ciselé, travail du bois et marqueterie de toute beauté, tapis témoignent du raffinement de cette civilisation.

Baptistère de Saint Louis;

La visite se termine autour d’un chef d’œuvre étonnant : le Baptistère de Saint Louis signé Muhammad ibn al Zayn arrivé au château royal de Vincennes au XVème siècle et qui a servi au baptême de Louis XIII puis à celui d’Henri d’Artois en  1821 et à celui du prince Napoléon Eugène en 1856. on pourrait rester des heures à détailler les personnages dans les médaillons, mamelouks à la chasse, les frises d’animaux, éléphants et félins, oiseaux étranges…..

mamelouks à la chasse

 

 

Un drame en Livonie – Jules Verne

 

 

Escale dans les Pays Baltes : la Livonie regroupe l’Estonie et la Lettonie.

Comme souvent chez Jules Verne il y a une poursuite haletante dans la forêt russe, un fuyard tente de franchir la frontière, et  échapper à ses poursuivants, aux loups et à la débâcle des fleuves…comment va-t-il s’en sortir?

Autre voyage, en malle-poste de Riga à Pernau (actuellement Pärnu). Les voyages sont des aventures, la malle-poste est accidentée; les voyageurs sont contraints de passer la nuit dans une auberge isolée. L’un d’eux est assassiné. Le roman d’aventures devient roman policier

On était en 1876. Cette idée de russifier les provinces Baltiques datait déjà d’un siècle. Catherine II songeait à cette réforme toute nationale.

L’intrigue se joue dans le contexte de tension politiques entre les Allemands, nobles et grands  bourgeois qui détiennent le pouvoir et les Slaves (les Lettons et les Estes, populations autochtones, paysans), ne rentrent pas en ligne de compte dans ces luttes de pouvoir. Justement, des élections se profilent et le suspect est le prétendant slave aux élections.

Il porta sur l’état des esprits à Riga, le même, d’ailleurs, qui régnait dans les principales villes des
provinces Baltiques. Cette lutte des deux éléments germanique et slave passionnait les plus indifférents.
Avec l’accentuation des énergies politiques, on pouvait prévoir que la bataille serait chaude, 

Qui a donc tué Poch?

On ne s’ennuie pas avec Jules Verne.

Bien sûr, il faut compter avec les préjugés et le vocabulaire de l’époque, les mots « races » ou « aryen » ne sont pas acceptables au XXIème siècle, ils étaient courants à la fin du XIXème. De même, les fiancées parfaites et soumises ne sont plus de mise. Voyages dans l’espace mais aussi dans le temps;

Banlieues Chéries – Musée de l’histoire de l’Immigration -Porte Dorée

AU-DELA DU PERIPHERIQUE

Nanterre : Laurent Kronental « les yeux es Tours »

Banlieues chéries tente de donner une image positive de la « Banlieue« 

pour commencer, définissons ce concept de banlieue : historiquement  « à une lieue du ban » , un espace mis sous la protection de la ville »

Chronologiquement, Banlieues douces-amères, commence du temps de Zola qui décrit la Banlieue comme une campagne où les Parisiens viennent  s’amuser dans les guinguettes, canoter sur la Seine. Ces banlieues douces sont illustrées par deux tableaux de Monet et un de Jongkind à Argenteuil. En vis-à-vis un film Le Croissant de Feu (2021) de Rayane Mcirdi ICIfilmé à Asnières dans le quartier des Mourinoux à l’occasion de la destruction de la barre d’immeuble Les Gentianes.

Atget

Entre la campagne et les rénovations urbaines, un siècle et demi d’histoire : La Zone : bande inconstructible, zone de tir à canon, devant les fortifications, est occupée par des « zoniards » ou des « zoniers » vivant dans la précarité aux portes de Paris. Cette Zone fut immortalisé par les photographies d’Atget (1913 1927), de Chifflot. Puis l’habitat précaire s’est étendu en immenses bidonvilles comme celui de Nanterre dans les années 1960 clichés de Pottier et Monique Hervo

Bidonville de Nanterre

De nombreuses photographies en Noir et Blanc présentent aussi les habitants  dans une salle s’intitulant De l’intime à l’Esprit de Quartier

Des familles posent :devant l’objectif de Patrick Zachmann camerounais, russes ou ukrainiens, grecs ou vietnamiens. En face de cette exposition de photos de famille, des intérieurs souvent coquets sont reconstitués avec des meubles vernis, de douillettes chambres à coucher…

Banlieues engagées

les banlieues rouges des les années 20, des pavillons se construisent sans conforts, et les communistes prirent la défense des « mal lotis ». De ces années 1924 -1925 , l’exposition présente les croquis de Le Corbusier, de quartiers de maisons individuelles toutes identiques modulaires . 

maquette de Nanterre

Les maquettes m’ont beaucoup intéressée, j’aurais même aimé en voir plus! La Cité de la Soie à Vaulx-en-Velin et surtout les maquettes de Nanterre. Ces tours-nuages ou Tours Aillaud ont également inspiré Laurent Kronental 

Jurg Kreienbühl : Cimetière de Nanterre

Au chapitre, Les luttes en héritage une chronologie des luttes sociales est illustrée par des affiches

Police personne ne bouge

1979, grève au foyer Sonacotra de Garges les Gonesse

année 80 : âge d’or du rock

1983 marche contre le racisme

1990 : le rap rythme les émeutes urbaines

2000 émeutes de Clichy Montfermeil (Zyed et Bouna)

Les plasticiens de banlieue colorent leurs images. Ils s’approprient la ville et se représentent . Je retrouve des artistes que j’ai rencontré par ailleurs Mohamed Bourouissa (photos) et les broderies de Cindy Bannani qui ont pour thème la Marche de l’égalité de 1983 également présentées au Palais de Tokyo, ici elle sont installée sur la trame de keffieh .

Cindy Bannani

l’Exposition part aussi dans l’analyse des déplacements (RER B) et de la rénovation urbaine.

Beaucoup de thèmes  sont abordés. Beaucoup d’œuvres intéressantes, surtout les photos. Cependant la scénographie est plutôt confuse, je peine dans l’accumulation. J’aurais préféré moins d’informations mais plus d’œuvres marquantes. Peut être la plage de temps aurait dû être réduite, ou peut être aurait-on plutôt du choisir un thème moins vaste?

Nos cœurs déracinés – Marie Drucker

APRES LE 7 OCTOBRE

Paul Klee – légende des marais. pourquoi Klee? Exposition Art Dégénéré

J’ai écouté Marie Drucker sur FranceInter : « il y a des millions de manières de se sentir juif ou de ne pas se sentir particulièrement juif » et j’ai eu envie de lire Nos cœurs déracinés.

«Être juif, c’est se confronter à la vastitude des possibilités d’être. Cela peut être affaire de religion, de croyance, de foi, d’appartenance, de non-appartenance, de mysticisme, de culture. On n’est ni croyant ni pratiquant, mais à la question : vous êtes juif ? on se doit de répondre « oui » sans conditions. Car, plus que toute autre, notre identité est aussi faite de nos morts.»

Percutée par le 7 octobre, Marie Drucker explore ses racines, comme le suggère le titre des « coeurs déracinés »

« Exclusivement guidée par ma liberté que je crains à tout moment de perdre, je refuse d’être estampillée et réduite à cette seule part de mon identité.

Alors pourquoi m’attaquer à ce sujet hautement inflammable ?

Parce que aujourd’hui, c’est différent. Depuis le 7 octobre 2023, c’est différent. Je ressens le besoin impérieux d’explorer l’inexploré – je viens de ces familles où l’inconnu n’est pas l’avenir mais le passé, le saut dans le vide n’est pas demain mais hier. »

J’ai beaucoup aimé l’évocation de ses grands-parents qui

« avaient un amour immodéré pour la France, pour ses valeurs, et un attachement viscéral à la laïcité »

Venus d’Europe de l’Est, Pologne ou Roumanie. Attachement à la langue allemande, celle de Zweig. L’étoile jaune encadrée. Evocation de l’antisémitisme en Pologne qui a poussé à l’exil sa famille paternelle. Vie cachée pendant la guerre.

Drancy, le Dr Drucker, le grand père,  est médecin du camp « Abraham Drucker s’est bien comporté » selon Serge Klarsfeld. Installation du cabinet médical en Normandie.

« n’est-ce pas cette condition extraterritoriale, sans contrainte de frontières, qui a donné le meilleur du
judaïsme et tant apporté à l’Europe et au monde ? Puisque les Juifs ont, de tous temps ou presque, été
détachés de la question territoriale, la préoccupation majeure était alors la circulation des idées. Le vrai
territoire est celui de l’échange oral, qui fonderait notre identité malgré nous »

La suite est une réflexion sur l’identité juive, les rapports avec le sionisme : indifférence du côté paternel, ou adhésion au sionisme pour le côté maternel. Confiance dans l’Europe, rempart contre l’oubli. Maternité.

Et pour terminer ce crédo :

« je crois aux sciences humaines, à la littérature, au cinéma comme valeurs refuges et échappatoires. malheureusement c’est vers la télévision et les réseaux sociaux que nous nous tournons par paresse… »

Crédo désabusé de l’ancienne journaliste après le 11 septembre et le 7 octobre quand l’actualité est traitée par les chaines d’information continue 24 h/24  et les téléspectateurs voraces d’images, de son, de violence. Sans parler des réseaux sociaux.

J’ai aimé cette voix lucide qui parle de notre monde.

Pour mourir, le monde – Yan Lespoux

BOOKTRIP EN MER

Hors délai pour le BOOKTRIP EN MER je remercie tous les marins du Challenge de m’avoir donné envie de lire ce livre : Claudialucia, keisha, fanja

Les aventures et les naufrages ont accompagné ma semaine à Arcachon et dans les Landes du Médoc . Le décor, dunes, marais et forêts, était planté sous mes yeux. J’ai adoré la petite maison d’Hélène la sorcière:

Les pins, ici, sont plus clairsemés, et après eux apparaît une maison étrange. Elle est faite de planches grossières et de poutres, de pièces de bateaux, et son pignon tourné face à l’ouest a presque disparu sous le sable qui s’amoncelle. On pourrait monter cette dune pour marcher sur le toit où une cheminée dégage une fumée grise rabattue par le vent. Derrière, le haut d’un pin fourchu émerge d’une autre colline de sable, et plus loin on peut voir des troncs morts. Des têtes d’arbres auxquelles s’accrochent encore quelques aiguilles marron sortent du sol. Tout un monde semble avoir été englouti,

Le naufrage de la caraque portugaise en janvier 1627 sur les côtes du Médoc a vraiment eu lieu et a été documenté, c’est un fait historique même si l’ouvrage est une fiction. 

Même si le Royaume du Portugal est tombé sous la tutelle de l’Espagne, même si la domination de la flotte portugaise est contestée sur les mers par les Anglais et les Hollandais il reste assez de fierté à Dom Manuel de Meneses, le Capitaine-mor, pour engager la flotte portugaise dans des aventures sur tous les continents connus alors : Europe, Afrique, Indes, Brésil.

« Il allait donc falloir se préparer à un combat déséquilibré et, éventuellement, pensa Fernando, prier pour trouver un morceau de bois auquel s’accrocher si le bateau venait à couler. Le genre de prière qu’il était plus facile de voir exaucée que celle qui aurait consisté en un apprentissage accéléré de la natation. Car si les prêtres enseignaient la prière et organisaient même des concours en la matière pour tuer l’ennui et détourner les hommes du jeu, si les officiers enseignaient le maniement du mousquet pour les mêmes raisons, si les soldats comme Gonçalo Peres vous enseignaient un peu malgré eux qu’il fallait toujours se tenir sur ses gardes, il ne venait à l’idée de personne, en embarquant pour un voyage de six mois sur des océans déchaînés, de vous apprendre à nager. »

Nous suivons les aventures de deux amis Fernando et Simao, soldats engagés en partance pour Goa, puis celles de Diogo, le fils de Nouveaux Chrétiens de Salvador de Bahia et de son ami Ignacio, indien Tupinamba, réunis après la prise et l’incendie de  Sao Salvador de Bahia par la flotte hollandaise et enfin la cavale de Marie, la landaise, qui a assassiné à Bordeaux un jeune noble qui voulait abuser d’elle.

Fernando et Simao, après leur engagement comme soldats tenteront leur chance dans le trafic des diamants. Histoire de tigre dans la jungle, prisons de l’Inquisition..

Ignacio et son arc, Diogo seront engagés par le Capitaine-mor à la suite d’une expédition des flottes portugaises et espagnoles pour déloger les Hollandais de Salvador de Bahia.

Voyages au long cours, naufrages, batailles navales et aventures sanglantes sur terre. C’est un roman d’action, picaresque, historique, très bien écrit et très distrayant!

 

 

l’Expérience de la Nature – les Arts à Prague à la cour de Rodolphe II au Louvre

Exposition temporaire jusqu’au 30 juin 2025

Arcimboldo : Portrait de Rodolphe II en Vertumne

Rodolphe II (1552 -1612) fils de Maximilien II, fut Roi de Hongrie, roi de Bohème et Empereur du Saint Empire Romain Germanique en 1576, le « plus grand mécène du monde » 

Hoffman : Lièvre entouré de plantes (1585) d’après Dürer

1ère partie de l’exposition « Décrire le monde » présente une collection d’aquarelles et dessins ainsi que des livres savants

Hoefnagel : Scarabée éléphant

Ces planches sont de toute beauté et sont digne d’une encyclopédie naturaliste. Le chardonneret s’inspirant aussi de Dürer, taille réelle aquarellé vaut le déplacement.  Il y a aussi le livre savant Gemmarium et Lapidarium

Compendium astronomique

 

En face, c’est la mesure de la Terre et de l’Univers qui réunit les astronomes aussi fameux que Tycho Brahe qui tente de concilier l’héliocentrisme de Copernic avec les théories de l’Eglise, et Johannes Kepler qui met en évidence le mouvement elliptique des planètes.  on peut voir les calculs de ces savants sur de gros livres. Mais surtout les instruments : sextants, compas, sphères armillaires… décorent les rayons, le compendium réunit en une boîte plusieurs instruments de mesure. 

Une salle est appelée Allégorie à l’époque on pensait que la Nature s’exprimait par un langage secret et par la Magie Naturelle qui s’intéressait à l’optique au magnétisme et à l’alchimie.

Castrucci : (1615)Château aux environs de Prague

Trois tableautins en pierres dures décrivent les environs de Prague.

On assiste au Renouveau du Paysage

Deux paysagiste Pieter Stevens et Roelandt Savery s’inscrivent dans la tradition flamande de Breughel faisant attention au moindre détail. Ils dessinent et gravent des paysages forestiers . Dans al scène avec trois chasseurs, ces derniers sont minuscules, il faut les chercher comme les bucherons dans un autre tableau

Pieter Stevens Paysage avec bucherons

Rodolphe II collectionnait aussi les très belles coupes de jaspe, de cristal de roche, d’ambre ou de corne de rhinocéros. Il tournait aussi ces coupes lui-même en corne.

 

 

 

 

l’Abbaye de Saint Maur-des-Fossés

TOURISTE DANS MA VILLE

Tour Rabelais

La Société d’Histoire et d’Archéologie de Saint Maur des Fossés organise des visites guidées tous les 2èmes samedi du mois. Je me suis inscrite grâce à Explore Paris. Bravo à notre conférencier qui a fait revivre les vestiges dans le square et le parc de Saint Maur!

En dehors de la Tour Rabelais qui se dresse dans le square de Saint Maur, les vestiges dispersés sont assez peu lisibles pour le promeneur ignorant. Des panneaux avec QR code sont prévus pour une visite individuelle libre. Cependant, rien ne vaut le commentaire pour accrocher l’attention.

L‘Histoire de l’Abbaye de Saint Maur est très ancienne. l’Abbaye bénédictine fut prestigieuse en son temps et le pèlerinage très fréquenté. S’il reste peu de vestiges sur place, les archives à Paris sont très importantes et les manuscrits du scriptorium sont conservés  à la BNF. L’histoire est aussi documentée par des miniatures, gravures jusqu’au 18ème siècle qui donnent une image très précise de l’Abbaye et du Château de Saint Maur détruit à la Révolution. La toponymie a gardé le souvenir : La rue Saint Maur à Paris qui reliait l’Abbaye à Saint Denis est l’une des plus longues rues de la capitale. 

Chronologie

occupation gauloise du site

639, sous les Mérovingiens, fondation du Monastère des Fossés

Il fut victime des invasions vikings

868 sous les Carolingiens le monastère reçu les reliques de Saint Maur. Reliques miraculeuses guérissant de la goutte, auxquelles un pélerinage important est consacré.

1281 : il prend le nom de Saint Maur des Fossés. Au XIIIème : développement du scriptorium où de précieux manuscrits religieux mais aussi profanes sont copiés. 

1350-1360 fortification de l’Abbaye par le dauphin (Charles V) pour préparer la Guerre de Cent Ans.

1530 les chanoines remplacent les moines, les maisons des chanoines remplacent les bâtiments monastiques qui vont se dégrader au fil du temps

1750 : démolition de l’Abbaye.

promenade guidée :

La Tour médiévale ronde (1350-1360) est intacte. Il faut juste imaginer la toiture conique qui la coiffait. Archères et canonnières et mur de fortification. Actuellement elle paraît isolée mais deux maisons des chanoines étaient accolée à la tour, elle-même abritant aussi des chanoines. Rabelais, secrétaire de Jean du Bellay, y séjourna, d’où le nom de Tour Rabelais. 

A l’intérieur de la Tour, on découvre des petits bas-reliefs comme cette procession des pèlerins, une scène de chasse au cerf …

bas relief de la procession des pèlerins

La Tour fut aussi utilisée comme prison.

Square (1920-1930) l’aspect hygiéniste de l’époque aménagea un jardin à la française en respectant l' »allée royale » qui menait autrefois au Château de Saint Maur , bâti par Catherine de Médicis qui appartint aux Condé dont  il reste des représentations à Chantilly.

par de belles grilles on pénètre dans le Parc ouvert au public en 1982, « parc historique » , évocation végétale de la vaste Abbatiale maintenant disparue dont il ne reste qu’un pilier (XIIIème s.). Cette grande église avait une nef de 86 m. Des archéologues  a retrouvé des fondations et des carreaux du pavage. Il faut imaginer les procession des nombreux pèlerins, 2000 personnes, riches marchands du nord (la goutte ne touchait que les riches); les processions tournaient autour des reliques et les guérisons miraculeuses avaient lieu la nuit. 

jardin des simples, cloître roman, N.D. des Miracles

Au fond du jardin des simples bien reconstitué et fleuri dès aujourd’hui en avril on voit la Galerie du cloitre qui relie le Cellier roman à la Chapelle  Notre Dame des Miracles (XIIème s.) . Ce cloître roman date de 1908, il a été élevé par le propriétaire de l’époque Maujan, (1853-1914) sénateur, homme de théâtre qui en fit un décor de théâtre. 

Auparavant, le pharmacien Bourrières fit construire une villa et collectionna les restes de l’abbaye. 

Sans l’aide de notre guide, je serais vraiment perdue entre vestiges antiques, décors de fantaisie (une échauguette) des décors sur Notre Dame des Miracles.

Mur du cellier XIIème)

A côté du cellier se trouve l’entrée des galeries souterraines qui servaient de cave à vin. Dans chacune des alvéoles on peut imaginer un gros tonneau de vin. Le vin était essentiel dans la vie monastique. Les moines cultivaient leurs vignobles à proximité sur le coteau de Saint Maur. Le galeries étaient aussi des carrières de calcaire lutécien jusqu’au XVIIIème siècle. La descente dans les carrières très fraiches et humides donnent un caractère aventureux à notre visite.

Une histoire que je ne soupçonnais nullement!

 

 

 

Brouage et la Réserve Naturelle de Moëze-Oléron

MARS ATLANTIQUE – OLERON

Brouage – guérite sur els remparts

 

Perdue dans le marais, la cité de Brouage est fantomatique par ce jour gris et brumeux. Place forte enclose dans ses remparts intacts (on restaure actuellement la courtine ouest avec des pierres blanches encore trop blanches). Entrée par la Place d’Armes. La Rue de Québec traverse la cité d’une porte à l’autre. Cette visite nous transporte dans l’Histoire, c’est aussi un voyage transatlantique.

La richesse de Brouage était le sel des Marais Salants autour de la ville. Brouage était un port. Le sel était embarqué à Terre-Neuve pour conservée la morue. Brouage est la ville natale de Samuel Champlain (1567-1635), fondateur de la ville de Québec (1608).

Eglise de Brouage : vitrail canadien offert par Montréal

Les liens entre le Canada et Brouage sont illustrés par une exposition très détaillée dans l’église de Brouage « Il était une Foi » commençant par  « Conquérir et convertir », puis « l’ère des missions ».

1535 : Jacques Cartier arrive à Hochalaga où il est très bien accueilli par les Indiens Iroquois. Avant 1534, des marins bretons, basques ou normands avaient installé des séchoirs à morue. Les pêcheurs terre-neuvas troquaient des peaux contre du sel. Les guerres de religion monopolisèrent le pouvoir et les projets coloniaux ne s’affirmèrent qu’après l’Edit de Nantes (1598) : Ile des sables (1598 – 1603) Tadoussac (1600). La Nouvelle France s’étendait du Golfe du Mexique à la Baie d’Hudson comprenant la Louisiane, la Région des Grands Lacs ; l’Acadie et le Québec. En 1524, l’Acadie se situait autour de Washington et ne fut française que pendant 71 ans. Jacques Cartier prit possession de l’Acadie en 1534. La Déportation des Acadiens en 1755.

église de Brouage – vitrail canadien offert par le Nouveau Brunswick

Missionnaires et jésuites s’installèrent dans la foulée. Certains se firent traducteurs et ethnographes. L’exposition montre les dessins de Champlain illustrant les rituels de guérison et funéraires des autochtones. Le vocable « Sauvages » serait une déformation d’ »homme sylvestre » – hommes des bois. Rien à voir avec une prétendue sauvagerie.

Avec les églises, se construisent les hôpitaux et les séminaires ; Ces œuvres charitables sont peintes sur les tableaux des peintres locaux mais aussi sur les vitraux de l’église de Brouage.

Une fondation de Montréal, l’Evêché de Québec, le Nouveau Brunswick ont offert les vitraux colorés historiés à Brouage. A l’entrée de l’église, on remarque aussi les photographies du débarquement des Canadiens à Dieppe le 19 Aout 1942.

Après le voyage dans le Nouveau Monde qu’offre l’église, je me dirige vers la Halle aux Vivres qui raconte l’Histoire de la Cité de Brouage dans une exposition interactive. Exposition destinée aux jeunes et aux adolescents avec vidéos, animations que j’ai diversement appréciées. Une Bande Dessinée remplace les cartels historiques. Bien pire, sur un canapé rouge en forme de lèvres, on s’installe pour visionner une animation numérique : les portraits de Louis XIV et de Marie Mancini s’animent, se font des déclarations d’amour tandis que des émoticônes et des cœurs montent à l’assaut des cadres. Mauvais goût assuré ! Pour éloigner la belle, nièce de Mazarin, on l’exile à Brouage.

1047, les moines s’installent à l’Abbaye aux Dames à Broue, près de Saint Sornin, il ne reste qu’une tour.

1555, après l’abandon de Broue, Jacques de Pons crée Jacopolis, port du sel.

Pendant les Guerres de Religion, Jacques de Pons embrasse la Foi Réformée puis quelques années plus tard, les Catholiques reprennent la ville.

1627, Richelieu fait de Brouage sa base pour attaquer la Rochelle, protestante . 1628, capitulation de La Rochelle. Une maquette de la courtine et de la ville (1627-1640) est visible.

A partir de 1666, le port s’ensable et périclite.

Pendant la Révolution, la citadelle devient une prison.

Des remparts, on a une très belle vue sur la petite cité et sur le Marais. Une curieuse glacière a été restaurée. Dans l’enceinte de la place forte les deux poudrières étaient situées le plus loin possible des habitations dans des bastions; La Poudrière Saint Luc est très jolie. Brouage exportait la poudre, comme le sel dans des tonneaux. La Tonnellerie était importante.

Brouage : poudrière

J’ai cherché (et pas trouvé) les ports souterrains. Difficile d’imaginer la proximité de la mer ou le chenal permettant aux navires de charger poudre et sel. Les sédiments de la Charente et de la Seudre ont comblé le Golfe de Saintonge. Un canal reliait Rochefort et la Charente.

Par cette journée pluvieuse nous déjeunons à la crêperie (seul établissement ouvert en mars). Cadre assez quelconque, serveuse peu amène mais galettes délicieuses (chèvre, noix, pommes). Addition raisonnable.

Réserve ornitho Moëze Oléron avant la pluie

La Réserve Naturelle Moëze-Oléron s’étend sur la Baie de Marennes-Oléron, aussi bien sur l’île que dans le Marais de Brouage, et en mer. Elle est gérée par la LPO et le Syndicat des Marais. La Maison d’accueil se trouve dans la Grange à Nouveau, Route de Plaisance, Saint Froult. De la Grange, 4 sentiers pédestres sont aménagés. Je choisis le Sentier des Polders facile d’accès et bien tracé (bien refermer les barrières de bois). Le ciel est lourd de nuages noirs très menaçants. Le paysage est tellement fascinant que je fais photo sur photo des aigrettes, des reflets, sans prêter attention aux premières gouttes. Chemin de planches et petits ponts, au loin le mur d’un affut. Rapidement il tombe un déluge.

L’affut est une vaste cabane avec des fentes étroites ouvertes sur le plan d’eau. Deux longues vues sont à disposition. Des planches, des photos permettent de déterminer les oiseaux. Les gouttes tambourinent. Je suis ravie d’avoir trouvé un abri. Un vol d’avocettes se pose – facile à reconnaître avec leur bec courbé. Des bécasseaux – maubèche ? roux ou variable ? Difficile de décider avec la buée ? L’averse finit par se calmer mais je suis complètement trempée quand je rentre à la voiture. Nous rentrons directement au gîte sans même un arrêt au supermarché.