Lire pour l’Afrique

Dans ma liste « Lire pour l’Afrique » j’ai omis un des plus grands: Senghor. Probablement parce que je lis plus volontiers des romans que de la poésie. Homme de lettres ou politicien, Senghor est incontournable. Je répare donc cet oubli avec cette biographie très détaillée.
Léopold, chrétien, Sédar Sérère, Senghor nom dérivant du Senhor ? Ces deux prénoms et ce nom sont déjà tout un programme. Elève des Missions et du séminaire, sa scolarité ne vient pas en contradiction avec sa tradition comme pour Cheikh Hamidou Kane ou Hampâté Bâ. Au contraire, Senghor se destine à la prêtrise et acquiers une excellente connaissance du latin et du grec qui lui ouvrira de brillantes études universitaires.
Arrivé en 1928 de Dakar à Paris à 22 ans en hypokhâgne puis en khâgne à Louis-le-Grand où il fait connaissance avec Georges Pompidou qui sera son ami. Delas analyse en détail les courants de pensée de l’époque, Barrès et Gide, Emmanuel Mounier, Bergson et Teilhard de Chardin. En 1931, Senghor rencontre Aimé Césaire que « tout opposait…. » »l’Africain de bonne famille …paysanne, formé par les prêtres, le bûcheur » et « l’Antillais issu d’une petite bourgeoisie urbaine, qui voit dans la laïcité le moyen de s’élever, brillant mais peu travailleur, radical et exalté ». En compagnie de Césaire, Senghor fréquente des Antillais mais aussi des américains, » en quête du New Negro poet ».
De cette rencontre jaillit le concept de Négritude et cette phrase : « l’émotion est nègre comme la raison est héllène »(1937) qu’on lui a reprochée. Mélange qui pourrait définir l‘auteur, distingué humaniste, agrégé de lette classique.
C’est autour de la Seconde Guerre mondiale que son activité de poète s’affirme et que sont publiés ses premiers recueils. Professeur, il s’affranchit des professeurs qui le soutenaient. Il peut s’engager politiquement et syndicalement, adhérant à la SFIO et soutenant le Front Populaire.
Citoyen français, il est mobilisé et se retrouve prisonnier de guerre dans un régiment de tirailleurs sénégalais échappant de peu à la fusillade et subit la discrimination raciale.
De l’après guerre 1944-1960, « POLITIQUE AMOUR ET POESIE » l’accent est plutôt mis sur la poésie. Senghor retrouve l’intelligentsia parisienne, Sartre et Beauvoir, rédige une thèse de doctorat en linguistique. C’est une personnalité reconnue qui entre en politique et se fait élire sous l’étiquette socialiste en 1945, candidat du bloc Africain. C’est aussi en 1945 que paraît le recueil Chants d’ombre. Mais les luttes de l’indépendance n’apparaissent pas aussi détaillées que les poèmes, je reste un peu sur ma faim.
Président de la République sénégalaise de 1960 à 1980, il accorde une importance primordiale à la Culture . l’auteur écrit : « la politique culturelle de Senghor a donné à partir du Sénégal une notoriété et une dynamique indéniables à la Négritude » cette politique n’est pas du goût des marxistes qui lui reprochèrent d’abandonner la lutte des classes et d’enfermer l’Afrique dans l’irrationnel. Wole Soyinka : « the tiger does not stalk about crying his tigritude ». Critiqué aussi par Sekou Touré ou Adotevi (béninois).