TOILES NOMADES
Une gazelle poursuivie par des combattants dans un pick up.Sa course effrénée ouvre le film qui se terminera sur la course de ces deux enfants, petits bergers.
Entre temps, on verra comment les djihadistes occupant Tombouctou font régner la terreur : interdites les cigarettes, interdite la musique, interdits les jeux de ballon. Voiles noirs, gants et chaussettes. Des hommes voilés sans visage prétendent régler la vie quotidienne.
Qui sont ces hommes? Ils s’expriment pour la plupart en arabe, mais certains se plaignent de cet arabe déplorable à peine compréhensible : au téléphone, l’interlocuteur invisible préfère parler en anglais. Un d’entre eux avoue venir du « Pays vert », la Libye. Leur brutalité n’a d’égale que leur ignorance. Pusillanime plaisir de conduire le 4×4 qui cale dans le sable pour l’un des chefs. l’arrivée en chaussures et en armes dans la mosquée leur vaut les remontrances de l’imam.
La population terrorisée résiste comme elle peut. Résistance dérisoire et pourtant héroïque de cette marchande de poisson sommée de porter des gants, de la jeune fille fouettée pour avoir chanté qui reprend sa chanson sous les coups. Chorégraphie que ce match de foot sans ballon…Une femme très étrange, fêlée….folle ou sorcière?
Ce n’est pas un documentaire, il y a aussi une histoire, une famille d’éleveurs, Kidane, femme Satima, et leur fille adorée Toya. Quand leur vache GPS est tuée par un pêcheur, le drame se noue.
Abderrahmane Sissako est le réalisateur du très beau Bamako (2006) – procès du FMI dans une cour de la capitale malienne. Il faut l’écouter parler, dire que les djihadistes à Tombouctou ont « pris en otage une culture et une religion » comment il filme « à hauteur d’homme » prenant soin de ne pas diaboliser le bourreau, sa confiance dans la résistance des femmes et des enfants qui le rend malgré tout optimiste.








