Proposé par les algorithmes d’Amazon, ce livre semblait cocher toutes les cases de mes lectures de l’été : le Booktrip en mer, La Révolution française (à la suite des Onze), l‘histoire des Juifs. Plaisir de retourner au Cap Vert répondre à cette interrogation lors de notre voyage au Cap Vert: le lieu-dit Synagoga CLICm’avait étonnée, je comptais sur cette lecture pour lever ce mystère.
A bord de la « Jolie Nanette » voguant vers la toute jeune république américaine se retrouvent David, Esther et son fils Momo, Juifs du Comtat Venaissin, Marie la fiancée de David, Hemings le cuisinier de Jefferson, esclave mulâtre, Dalayrac un violoniste qui a joué à la cour, Liquier fils d’un armateur bordelais négrier, Camboulas vétéran des guerres d’Indépendance américaine. Bonne compagnie musiciens, lettrés « honnêtes hommes » ayant le goût de la conversation et de la musique. La cuisine de Hemings apporte une touche gastronomique à ce voyage qui s’annonce très agréable.
Tout d’abord, échanges de très haute volée où Voltaire, Olympe de Gouges, Lessing sont cités. La Fayette, Mirabeau, Robespierre et les révolutionnaires, sujets d’actualité. La présence de Heming, fin cuisinier, violoniste, mais esclave de Jefferson, introduit une réflexion sur l’esclavage. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, n’implique-t-elle pas l’Abolition de l’esclavage? La situation des Juifs et des Noirs, également opprimés est sujet de leurs discussions. Bien sûr, la place des femmes n’est pas oubliée. Passionnants ces débats? Un peu longs et scolaires. Laurence Benveniste ne laisse rien de côté, développe les idées, creuse son sujet. Tant d’érudition finit par lasser.
La croisière se gâte, mort suspecte du Capitaine qui est remplacé par un personnage très antipathique, mort du Coq…aménagements suspects en cale. Mutinerie…les passagers deviennent otages, le navire change de destination. L’heure n’est plus aux discussions philosophiques ni aux concerts de violon. Suspens haletant. Ma foi, fort bien mené. Arriveront ils au Cap Vert? (on se doute que oui d’après le titre) et après….ils passeront par Synagoga, bien sûr!
Très bien documenté, mais la lecture de ces 391 pages est un peu laborieuse. .
Lu à la suite de Jules Verne contre Nemo de Céline Ghys qui avait lancé une allusion transparente :
« Disons que je prendrai un époux quand je verrai un rayon vert à la place du soleil couchant. «
En effet, le personnage principal est – une fois n’est pas coutume – une jeune fille intrépide, Miss Campbell, jeune écossaise que ses oncles veulent marier à un jeune scientifique Aristobulus Ursiclos qui, outre son nom ridicule, est parfaitement ennuyeux.
Tu ne veux pas te marier ? dit le frère Sam. – A quoi bon ? – Jamais ? … dit le frère Sib. – Jamais, répondit Miss Campbell, en prenant un air sérieux, que démentait sa bouche souriante, jamais mes oncles… du moins tant que je n’aurais pas vu… – Quoi donc ? s’écrièrent le frère Sam et le frère Sib. Tant que je n’aurai pas vu le Rayon-Vert. »
Et voilà Miss Campbell, ses deux oncles Sam et Sib, ainsi que leurs fidèles serviteurs, partis pour le littoral écossais, côte ouest bien sûr. Nous allons les suivre dans leur périple qui va les conduire dans la station balnéaire d’Oban, dans les îles de Mull, Kerrera, Seil, Staffa…îles Hébrides. Périple touristique sur des vapeurs puis sur un yacht loué. Vacances écossaises classiques. Rien à voir avec les aventuriers de certains romans et encore moins 20.000 lieux sous les mers ou de la Terre à la Lune. Vacances tranquilles où ‘on s’occupe à de belles promenades ou au jeu de croquet. On surveille le baromètre qui promet (ou non) un beau coucher de soleil.
Du tourisme plutôt que de l’aventure! Mais avec beaucoup d’humour. On sourit beaucoup. Pas de technologie révolutionnaire, encore moins de science-fiction. D’ailleurs la science, en la personne d’Aristobulus Ursiclos, est ridiculisée.
C’était un « personnage » de vingt-huit ans, qui n’avait jamais été jeune et probablement ne serait jamais vieux. Il était évidemment né à l’âge qu’il devait paraître avoir toute sa vie.
Un collier de barbe encadrait ses joues et son menton – ce qui lui donnait une face quelque peu
simiesque. S’il avait été un singe, c’eût été un beau singe – peut-être celui qui manque à l’échelle des
Darwinistes pour raccorder l’animalité à l’humanité.
[…]
risible, mais peut-être s’en riait-on, parce qu’il était ridicule. Personne n’eût été moins digne que ce faux
jeune homme de s’approprier la devise des francs-maçons anglais : Audi, vide, tace. Il n’écoutait pas, il ne
voyait rien, il ne se taisait jamais.
Rayon vert ou pas, comment la pétillante Miss Campbell pourrait le prendre pour époux? Surtout qu’elle est très romantique. Etrangement, Jules Verne écrit le Rayon Vertun roman d’amour romantique avec nombreuses allusions à Walter Scott,Ossian et les légendes folkloriques écossaises.
Romantisme du gouffre de Corryvrekan
« Le gouffre de Corryvrekan, justement redouté dans ces parages, est cité comme l’un des plus curieux endroits de l’archipel des Hébrides. Peut-être pourrait-on le comparer au raz de Sein, formé par le rétrécissement de la mer entre la chaussée de ce nom et la baie des Trépassés, »
Romantisme aussi de la Grotte de Fingal où ils vont bivouaquer.
Romantisme de la tempête qui s’y déchaînera….mais je m’arrête ici de peur de spoiler.
C’est une lecture facile, distrayante, différente des romans que Jules Verne a livré. Et en plus cela se lit vite!
Agnès Riva raconte la naissance d’une Ville Nouvelle : Créteildans les débuts des années 70 quand grues et pelleteuses étaient au travail. Ces débuts m’amusent beaucoup puisque je me suis installée à Créteil en 1980. Presque tout était en place, tout beau, tout neuf avec l’optimisme de construire une nouvelle vie.
« C’est du jamais-vu », pensa Gilles ébahi en découvrant face à lui le quartier de la Haye-aux-Moines, un ensemble de résidences, de tailles et de volumes différents, agencées comme une casbah, dotées de terrasses créées çà et là dans les angles par d’habiles décrochés cubiques, et bâties avec des matériaux modernes laissant présager des appartements dernier cri. »
Le héros de l’histoire, Gilles, est un jeune étudiant qui s’installe dans le Quartier de la Haye-aux-Moines. Il est embauché par le Maire comme animateur pour la promotion de la ville nouvelle avec la mission de sonder les habitants et d’animer une vie de quartier. Gilles tombe amoureux d’une secrétaire à la Mairie. Il imagine un projet avec l’école primaire du quartier : retaper un bateau qui naviguera sur le Lac de Créteil à peine aménagé…
Disons le tout de suite. L’histoire d’amour entre Gilles, godiche, et Aline, la brunette pétillante n’est pas passionnante.
En revanche, je me suis bien amusée de trouver l’ancien magasin Carrefour avant la construction de Créteil-Soleil, d’apprendre que
« C’est le premier McDonald’s qui a ouvert en France, et il a choisi de s’installer à Créteil, »
et que le Cinéma de Créteil Village était le Gémini. Tous ce qui n’existe plus et ce qui existe encore éveille mon intérêt de Cristolienne. L’opposition entre les pavillons de Bord de Marne et les constructions moderne est bien vue. L’ambiance antillaise aussi avec l’attraction de l’Hôpital Henri Mondor. Dans ma tour (construite en 1946) elle était très sensible aussi avec les Postiers. En revanche, le Mont-Mesly barres et tours des années 60, pour accueillir rapatriés d’Algérie et travailleurs maghrébins, n’est pas du tout évoquée.
Intéressante anecdote sur un avortement au Planning Familial (ou était-ce le MLAC) . Aline qui y a accompagné une amie se fait journaliste pour témoigner.
Je me suis amusée mais je ne suis pas sûre que les lecteurs qui ne connaissent pas ma ville prennent autant de plaisir à cette lecture. A moins que la découverte de la banlieue ne devienne un sujet exotique… j’ai remarqué d’autres parutions dans ce genre.
Ce gros roman (650 p en Poche) m’a accompagnée pendant ces vacances en bord de Manche. Il a guidé mes rêveries en passant devant les rochers, les îlots et les îles, flux et reflux des marées…
Cézembre est une île en face de Saint Malo. Une île chauve, un caillou, une île martyrdont l’histoire est tragique. Fortifiée par les Allemands, elle a subi un pilonnage monstrueux de la part des Alliés. Elle exerce une fascination pour le héros du roman
« J’ai toujours aimé la beauté des ruines ; mais celles-ci, sous leur vêtement de graminées, de mousses et de lichens, ne s’étaient pas tout à fait départies de leur violence originelle. À Cézembre, la nature n’avait pas éteint le souvenir de la bataille sans merci qui s’y était livrée : elle en avait simplement apaisé l’horreur. »
Yann de Kérambrun, le narrateur, est historien. Il enseigne à la Sorbonne et rédige une thèse sur les pirates de la Méditerranée du temps de l’Empire Romain. En instance de divorce, il vient de perdre son père. Son fils part en Allemagne. Il demande un congé sans solde et s’installe dans la maison familiale Les Couërons sur le Sillon à Saint Malo. Il y trouve un véritable trésor : les archives de la Société de propulsion nautique malouine créée en 1905 par son aïeul Octave. Cette société les « vedettes bleues » assuraient les traversées entre les Îles anglo-normandes et Saint Malo. Octave avait pour associés un homme d’affaire de Jersey et un avocat Sainte Croix, très actif dans la politique locale.
Parmi les divers dossiers, il retrouve plusieurs dizaines de carnets des « livres de raison » comptes journaliers, mais pas que. L’historien qui sait déchiffrer de telles archives se lance dans une entreprise au long cours : reconstituer la saga familiale de cette famille d’armateurs malouins. A première vue, l’entreprise s’est transmise de père en fils et a prospéré, Octave a fait construire une belle maison de maître qui est restée dans la famille. Mais des secrets de famille le troublent. Entre temps, on retrouve un squelette à Cézembre, l’entreprise familiale est elle mêlée ? Yann se livre à une enquête minutieuse qui va mobiliser les cousins éloignés qu’il avait perdu de vue. je retrouve les mêmes ressorts qui m’avaient tenue en haleine dans 555, le manuscrit de Scarlatti.
Entrelacées avec l’histoire familiale, les tragédies qui se sont déroulées sur l’île : avant d’être occupée par l’armée allemande, Cézembre fut une colonie pénitentiaire. C’est aussi un site idéal pour la contrebande. Pouvait-on s’échapper de Cézembre à la nage?
Yann se lance le défi de faire la traversée à la nage.
Mais je rêve de plus en plus souvent à cette traversée, que je voudrais réussir en solitaire. Comme si atteindre l’île par mes seuls moyens pouvait me permettre de replonger dans ces époques lointaines dont nous parlait Étienne, lorsque la géométrie des terres et des sables était si différente que les îles Anglo-Normandes n’étaient qu’une péninsule. Je m’imagine, marcheur gagnant le couvent des Récollets, traversant une forêt de chênes baignée par le vent maritime. Ceux que la marée avait saisis, couchés, minéralisés, chassant au fil des siècles la sève et la fibre du bois pour y loger son sel, son fer, sa silice.
Le livre est aussi traversé par l’histoire de la joggeuse mystérieuse, la femme au K-Way turquoise, Rebecca, dont Yann va tomber amoureux. Pas la partie que j’ai préférée.
Et toujours la présence de la mer, de sa puissance, de naufrages comme d’entrainements à la nage. Saint Malo et ses légendes. J’ai adoré la légende de la forêt de Scissy, forêt enfouie sous le rivage depuis des millénaires, fossilisée
On a retrouvé des arbres fossilisés, enfouis dans le sol inondé, qui datent du néolithique. On appelle ça des couërons. — C’est de là que vient le nom de la maison ? — Sans aucun doute. On les reconnaît parce qu’ils sont couchés à l’horizontale, avec des racines qui forment un angle à quarante-cinq degrés avec le tronc. Ce qui veut dire que ces arbres ont commencé à pousser avant la submersion, […] À l’emplacement du Sillon, il n’y avait pas une forêt qui allait jusqu’à Cézembre ? Étienne a souri. — Ah, la fameuse forêt de Scissy ! Ou Querckelonde selon d’autres sources. Hugo l’appelait la « forêt druidique » … Elle aussi, elle fait partie de la légende.
Roman de la mer, saga des armateurs malouin, histoire du XXème siècle, de la guerre…Aussi relation père-fils. Les thèmes abordés sont nombreux et ce roman est décidément très riche.
J’ai eu le plaisir de rencontrer Hélène Gestern à la manifestation littéraire, Créteil en poche. Je lui ai dit tout le bien que je pensais de son livre. Mais comme je n’ai pas l’esprit d’à-propos, je ne lui ai pas demandé de photo. Quand je suis revenue, elle avait disparu!
Visiter une exposition comme jouer à faire des paires!
Les arbres bleu Klein rencontrent la forêt aux arbres bleus de Fernand Léger. Tout au long de la visite, je continue le jeu des correspondances
Arman – Birds (1981) accumulation de pinces métalliques formant une nuée d’oiseaux, murmuration solide
Birds d’Arman figure près de la Composition de deux oiseauxde Fernand Léger. Correspondance, dialogues anachronique : Léger est mort en 1955, il n’a pu voir les oiseaux d’Arman. Et pourtant cela fonctionne très bien
Fernand Léger : composition avec deux oiseaux (1940)
L’exposition Tous Léger propose un dialogue entre l’école des Nouveaux Réalisteset l’œuvre de Fernand Légerqui a ouvert la voie en peignant la réalité urbaine dans sa trivialité. La première partie est consacrée aux Cinq Eléments : Air, Eau, Feu, Terre auquel on ajoute la Couleur. Fernand Léger enregistre les mutations de l’époque moderne tandis que les Nouveaux réalistes poussent la critique de la surconsommation, de l’obsolescence programmée, la gestion des déchets.
La vie des objets
May Wilson : Untilted
Ces accumulations de d’objets du quotidien May Wilson correspondent à cette critique comme les objets piégés de Spoerri, l’accumulation des pinces métalliques d’Arman et les ciseaux de Niki de Saint Phallepris dans le plâtre
Niki de Saint Phalle Ciseaux/ Fernand Léger
« pour moi la figure humaine, le corps humain n’ont pas plus d’importance que des clés ou des vélos. C’est vrai. Ce sont paour moi des objets valables plastiquement et à disposer selon mon choix »
« il n’y a pas de beau catalogué, hiérarchisé. Le beau est partout, dans l’ordre d’une batterie de casseroles sur un mur blanc aussi bien que dans un musée… »,
Fernand Léger
Lichtenstein Interior with chair
Fernand Légera séjourné longtemps aux USA et a exercé son influence sur Lichtenstein
Lettres – tampons – affiches
Cette section s’organise autour de Métro Arts et Métiers de Villeglé qui trône au centre de collages encadrés par les tampons et cachets d’Arman
Fernand Léger – L’Homme au chapeau bleu
Continuons le jeu des paires avec le Chapeau bleu de Spoerri cachant les œufs d’un éventuel larcin qui correspond au tableau de Fernand Leger
Martial Raysse Nissa Bella
toujours le jeu avec Nissa Bella de Raysse avec le Petit témoin au visage vert de Niki de Saint Phalle
Niki de Saint Phalle Le petit témoin
Acrobates et cyclistes rapprochent Niki de Saint Phallede Léger
Léger a beaucoup peint des cyclistes célébrant ainsi les congés payés.
Niki de Saint phalle : Footballers
La couleur dans l’espace est le thème de la dernière salle où les oeuvres monumentales de Fernand Léger sont confrontées au Jardin des Tarotset au street-art de Keith Haringtandis que Miles Davis très coloré tient la vedette.
Une exposition très riche aux œuvres très variées et aux thèmes passionnants. Pas très facile cependant : de nombreux artistes ne sont pas connus du « grand public« , plasticiens, écrivains, musiciens et cinéastes se croisent, font parcours ensemble.
Baldwin par Beaufort Delaney
Pour les écrivains c’est plus facile : deux grandes figures Baldwin et Edouard Glissant. Ce dernier sert d’axe central autour duquel tournent les différentes sections aussi bien, le Retour vers l’Afrique avec Césaire, Senghor et le concept de négritude, nous conduisant à la section Paris-Dakar-Lagos et, toujours en partant de Glissant on parvient à la Caraïbe, à la mémoire de l’esclavage, Antillesfrançaises, Cuba.
Umbral : Wilfredo Lam (Cuba)
On peut aussi choisir un parcours musical : de nombreuses œuvres ont pour sujet la musique et les musiciens. Jazzmen américains mais africains aussi
Cotton club
Entre Cotton Club et Saint Germain des prés, Amstrong, Duke Ellington, mais aussi Auric…j’ai aussi bien aimé les musiciens béninois de Paul Ahyi
Paul Ahyi : Les Musiciens
Une autre piste serait celle des luttes anticoloniales et révolutionnaires
josé Legrand : sans titre 1975
le grand diptyque de José Legrand, un peu dans le style d’Ernest Pignon-Ernest commémore les massacres de mai 1967 en Guadeloupe, évènement peu connu en métropole que j’ai découvert récemment en passant à Pointe-à Pitre .
Georges Corran : Délire de Guerre et paix
Et pourquoi pas, laisser de côté tout concept intellectuel et ne pas se laisser séduire par la beauté picturale de tableaux colorés, de matières variées, de tableaux, tapisseries ou sculptures
Victoire Ravelonanosy Repiquage du Riz à Madagascar
Découvrir des plasticiens originaux, des personnalités marquantes comme Delanney, Sekoto Wilfredo Lam, José Castillo..
Gotène- Congo : Femme perdue au cimetière
Impossible pour moi de donner une version totale de la visite tant elle a été surprenante.
Nanterre : Laurent Kronental « les yeux es Tours »
Banlieues chéries tente de donner une image positive de la « Banlieue«
pour commencer, définissons ce concept de banlieue : historiquement « à une lieue du ban » , un espace mis sous la protection de la ville »
Chronologiquement, Banlieues douces-amères, commence du temps de Zola qui décrit la Banlieue comme une campagne où les Parisiens viennent s’amuser dans les guinguettes, canoter sur la Seine. Ces banlieues douces sont illustrées par deux tableaux de Monet et un de Jongkind à Argenteuil. En vis-à-vis un film Le Croissant de Feu (2021) de Rayane Mcirdi ICIfilmé à Asnières dans le quartier des Mourinoux à l’occasion de la destruction de la barre d’immeuble Les Gentianes.
Atget
Entre la campagne et les rénovations urbaines, un siècle et demi d’histoire : La Zone : bande inconstructible, zone de tir à canon, devant les fortifications, est occupée par des « zoniards » ou des « zoniers » vivant dans la précarité aux portes de Paris. Cette Zone fut immortalisé par les photographies d’Atget (1913 1927), de Chifflot. Puis l’habitat précaire s’est étendu en immenses bidonvillescomme celui de Nanterre dans les années 1960 clichés de Pottier et Monique Hervo
Bidonville de Nanterre
De nombreuses photographies en Noir et Blanc présentent aussi les habitants dans une salle s’intitulant De l’intime à l’Esprit de Quartier
Des familles posent :devant l’objectif de Patrick Zachmann camerounais, russes ou ukrainiens, grecs ou vietnamiens. En face de cette exposition de photos de famille, des intérieurs souvent coquets sont reconstitués avec des meubles vernis, de douillettes chambres à coucher…
Banlieues engagées
les banlieues rouges des les années 20, des pavillons se construisent sans conforts, et les communistes prirent la défense des « mal lotis ». De ces années 1924 -1925 , l’exposition présente les croquis de Le Corbusier, de quartiers de maisons individuelles toutes identiques modulaires .
maquette de Nanterre
Les maquettes m’ont beaucoup intéressée, j’aurais même aimé en voir plus! La Cité de la Soie à Vaulx-en-Velin et surtout les maquettes de Nanterre. Ces tours-nuages ou Tours Aillaud ont également inspiréLaurent Kronental
Jurg Kreienbühl : Cimetière de Nanterre
Au chapitre, Les luttes en héritage une chronologie des luttes sociales est illustrée par des affiches
Police personne ne bouge
1979, grève au foyer Sonacotra de Garges les Gonesse
année 80 : âge d’or du rock
1983 marche contre le racisme
1990 : le rap rythme les émeutes urbaines
2000 émeutes de Clichy Montfermeil (Zyed et Bouna)
Les plasticiens de banlieue colorent leurs images. Ils s’approprient la ville et se représentent . Je retrouve des artistes que j’ai rencontré par ailleurs Mohamed Bourouissa (photos) et les broderies de Cindy Bannani qui ont pour thème la Marche de l’égalité de 1983 également présentées au Palais de Tokyo, ici elle sont installée sur la trame de keffieh .
Cindy Bannani
l’Exposition part aussi dans l’analyse des déplacements (RER B) et de la rénovation urbaine.
Beaucoup de thèmes sont abordés. Beaucoup d’œuvres intéressantes, surtout les photos. Cependant la scénographie est plutôt confuse, je peine dans l’accumulation. J’aurais préféré moins d’informations mais plus d’œuvres marquantes. Peut être la plage de temps aurait dû être réduite, ou peut être aurait-on plutôt du choisir un thème moins vaste?
J’ai réservé notre dernière matinée à Arcachon pour l’exploration autonome de la Ville d ‘Hiver selon l’itinéraire proposé par l’Office de Tourisme : 19 points d’intérêt. En scannant un QR code on obtient l’audioguide des principales curiosités.
De l’Office de Tourisme, suivre l’avenue Regnault . Régnault (1827 – 1879) neveu d’Emile Pereire, ingénieur à la Compagnie des Chemins de fer du Midi, appartenant aux Frères Pereire, Emile (1800 – 1875) et Isaac (1806-1880).
La Ville d’Hiver fut construite en 1860 pour rentabiliser la voie ferrée ; un médecin, le Docteur Pereira avait remarqué que marins et résiniers ne contractaient pas la tuberculose. Pereire eut l’idée de génie de mettre les tuberculeux dans les meilleures conditions possibles. Emile pereire acheta les hauteurs d’Arcachon et construisit la Ville d’Hiver pour en faire une sorte de sanatorium. Les rues et allées furent dessinées en courbe pour supprimer les courants d’air. Les Vents marins en traversant la forêt de pin avaient perdu leur agressivité
Casino mauresque
J’arrive au pied de l’ascenseur qui monte au Parc Mauresque, parc arboré autour du Casino de style mauresque s’inspirant de l’Alhambra et de la Mosquée de Cordoue. Malheureusement ce casino a brûlé. Une maquette avec les structures métalliques permet de se l’imaginer ; Regnault a également construit une passerelle et un observatoire en collaboration avec Gustave Eiffel.
Me voici plongée dans le Second Empire . Souvenirs de Zola pour les constructions, spéculations immobilières, Proust pour les mondanités, j’imagine Swann fréquentant les Pereire.
Villa Teresa
A la sortie du parc, la grande villa Teresa a vu passer le sultan du Maroc. De l’extérieur on ne peut pas deviner les boiseries et les plafonds à caissons que décrit l’audioguide. Une grande bâtisse L’Hôtel Régina a été la résidence de souverains, musiciens (Camille Saint Saëns) et d’hommes politiques ;
J’arrive à l’allée du Docteur Lalesque, puis du Dr Hameau Dr Pereira, Dr Festal et l’allée pasteur. La toponymie rappelle la vocation de sanatorium de la Villa D’Hiver.
jardins luxuriants
Sur le papier, le parcours semble simple. En réalité, je me perds dans ce labyrinthe tout en sinuosités (voulues pour couper les courants d’air). Comme si les courbes ne suffisaient pas il faut aussi tenir compte des dénivellations ; la ville est construite sur des dunes. Au passage je cherche els belles villas. Certaines sont vraiment imposantes. D’autres, petites sont cachées dans la verdure. Les trottoirs sont moussus. Les jardins luxuriants. Les mimosas sont passés comme les camélias. La floraison des lauriers est à son apogée avec des boules jaune vif.
La promenade s’achève villa Alexandre Dumas. L’écrivain ne l’a pas connue. Elle a été construite 25 ans après sa mort. Le propriétaire, Daniel Iffla dit Osiris a fait graver le nom des écrivains qu’il admirait. Parmi les noms des villas beaucoup de prénoms féminins, c’était la coutume, mais aussi des musiciens : Chopin, Walkyries, Faust…
l’Observatoire : la Tour Eiffel d’Arcachon
Enfin, je trouve la passerelle Saint Paul qui enjambe une rue et mène à l’ »Observatoire » qui 0est la Tour Eiffel d’Arcachon. 70 marches métalliques pour atteindre la Plateforme qui domine le Bassin. J’y découvre l’Île aux Oiseaux que je n’ai pas eu le temps de visiter en mini-croisière ; je n’ai donc pas vu les cabanes tchanquées que toute la ville vante.
De la Plage Pereire à la Plage des Arbousiers, une très jolie promenade est aménagée sur la corniche , piétons et cyclistes séparés. A flanc de colline, une pinède. La route est tout en haut, invisible. Tout est propre, gazon parfait, pins magnifiques, bancs. Toute st propre, trop propre à mon goût avec la balayeuse municipale qui enlève le moindre grain de sable. Agrès de musculation pour les grands, squelette de dinosaure pour les petits, bois brut, bon goût, pas les couleurs criardes qui caractérisent les installations enfantines.
Après les Arbousiers, plus de corniche, il faut marcher sur le sable. Les propriétés privées garnties par un mur en ciment arrivent au ras de la plage. Les employés municipaux s’affairent, pinceaux et taloche en main à faire disparaître graffs et tags. Pas de cela à Arcachon ! Des engins labourent, tamisent le sable qui passe à la cribleuse. Tout sera nickel au retour des estivants à la fin du mois de mars. La saison commence bientôt !
C’est donc une très belle promenade sous le soleil, pieds dans l’eau.
Comme nous voulons profiter de cette journée ensoleillée, nous retournons à la plage de la Lagune. Les pêcheurs sont venus nombreux, une douzaine de cannes sur leurs supports sont alignées en attendant la marée haute.
Après nos découvertes touristiques j’aime bien retourner dans un site à plusieurs reprises, prendre mon temps, dessiner et écrire.
Nous rejoignons la corniche sur la mer piétonne et cycliste avec ses trois jetées. Les croisières-excursions pour l’Ile aux Oiseaux et la navette pour Le Cap Ferret partent de lajetée Thiers. Les passants sont chargés de cabas et paniers : le marché n’est pas loin : halle couverte, étals plutôt luxe. Sur la grande place les marchands ont installé des portants pour des fringues, attention, c’est de la qualité ! Une dame voilée propose du couscous, un pâtissiers des cannelés et des pasteis de nata, le foodtruck est une rôtisserie. Les cafés ont installé leurs terrasses. A 10 heures, il y a beaucoup de monde pour le café ! En face, discret : Carrefour Market. Les enseignes savent faire preuve de bon goût quand la clientèle et l’environnement l’exigent. La place et le quartier autour des Halles sont piétonniers, de grands parkings souterrains engloutissent les voitures.
Arcachon : jetée
La promenade a été refaite récemment, végétalisée. Deux pistes séparées : piétons et vélos. Des planches ont été installées le long de la plage. De nombreux joggers courent, des promeneurs déambulent. J’arrive au Port de Plaisance : des panneaux racontent qu’autrefois c’était un port sardinier. Plus loin des hangars pour les bateaux de plaisance.
Retour par le même chemin, 13 000 pas au podomètre, une dizaine de km A/R. Sur le front de mer parmi les petits immeubles se trouvent de très jolies villas aux boiseries peintes en bleu avec mosaïque ou céramique témoins d’un autre temps. Même les immeubles modernes ont respecté le bon goût qui caractérise Arcachon. Sous els beaux pins fleurissent déjà primevères et renoncules ;
Pique-nique à l’arrière du Port de Plaisance sur la Pointe de l’Aiguillon, fine presqu’île qui ferme le port ; la Capitainerie, à l’extrémité est un bâtiment original en béton brut ondulé. Ces derniers temps je m’intéresse beaucoup au béton !
port de meyran
Les petits ports ostréicoles de la rive sud du Bassin d’Arcachon, sont pittoresques. Nous essayons de coller au rivage en suivant le trajet du train. La route principale D650 est très urbanisée avec des boutiques de franchises moches tandis que le littoral est charmant : marais, cabanes multicolores, petits ports. Négligeant le Port de la Hume, nous aboutissons au petit Port de Meyran pas touristique du tout avec une guinguette bien sympathique. Des tuiles blanches sont empilées pour former des murets à clairevoie. Certaines portent des huitres incrustées comme des lichens. Je tente une promenade entre poches à huitres en plastique noir empilées, ferrailles rouillées, tables pour poser les poches. Ce désordre authentique m’inspirait, il n’en est rien sorti.
port de meyran : tuiles
Le Port de Larros est beaucoup plus pittoresque et touristique. Les cabanes ne sont pas soignées comme celles d’Oléron. Le bois accuse la patine, décoloré par le soleil et le sel des embruns. De nombreux ostréiculteurs organisent des dégustations dans des établissement du plus rudimentaires au gastronomique. A la carte, des huitres dont les prix varient selon la catégorie. Certains ajoutent pain et beurre et même pâté de fabrication locale. Si on est allergique aux huitres, le choix se réduit : crevettes et bulots mais pas partout. Pour les moules ce n’est pas la saison. Une longue digue pavée se termine par un Christ en croix. Les promeneurs sont nombreux, locaux ou bordelais, venus en famille avec poussettes et tricycles. Foule bien sympathique et gaie. Sortie du dimanche avec dégustation. Comme il fait soleil, nous restons longtemps à regarder la mer monter dans le chenal en se promettant de revenir y déjeuner.