Au petit déjeuner, le serveur est prévenant : « repeat juice ? » – « repeat toast ? », la formule m’amuse.
A la sortie de Ranthambore,la route passe par des vergers d’arbres fruitiers, quelques vielles maisons sont couvertes de tuiles. J’admire le galbe des pots à lait en laiton brillant, très renflés vers le bas au col étroit s’évasant à l’embouchure pour permettre d’empiler un autre pot au dessus. Nous suivons des camions chargés de foin ou de son dans des sacs de toile qui débordent de tout côté comme des ventres. Un cycliste passe, en dhoti, un grand châle sur les épaules. Au café, toute une assemblée enturbannée dans des turbans blancs éclatants.
Huit grands troupeaux de moutons se succèdent, les bergers vêtus de blanc, enturbannés avec de grands bâtons ; Deux escouades de petits ânes gris chargés de bidon les suivent.
11h : aux portes de Jaipur, une très grande ville, 2.5 millions d’habitants selon le guide Bleu, 5 d’après Lalil, le guide. Les quartiers périphériques s’étendent loin, encore ruraux : des dromadaires au poil soigneusement rasé avec des motifs compliqués tirent des carrioles. Les vaches se trainent au milieu des déchets et des papiers gras. Concessionnaires auto, ferrailleurs, tout se mélange dans un embouteillage sérieux. La situation se complique en centre-ville avec le chantier du métro. Des piles de ciments s’élèvent haut, comme à Delhi. La circulation est dense, le chauffeur s’égare…Finalement il s’arrête devant un très joli palais tout blanc à l’entrée en arche hindoue s’ouvrant sur une allée blanche bordée de plantes vertes en pots : Khandwa Haveli
L’après midi se passe à la piscine. Je me méfie du soleil, à l’ombre il fait plutôt frais.
Rendez-vous avec le chauffeur pour nous conduire au fort à 16h.
Achat d’eau dans la rue 15Rs au lieu de 61Rs prix de l’hôtel.
La petite route qui monte au fort passant par la Réserve, est très escarpée et pleine de nids de poule. La Suzuki Swift Marutti cale à plusieurs reprises. Le chauffeur recule pour reprendre de l’élan. Les 7km paraissent interminables. La piste se termine sur une petite place d’où part un escalier . Un homme se présente comme guide. Je n’avais pas pensé à prendre un guide, celui là est le bienvenu. Nous montons 4 à 4 les marches et passons par 3 portes, chacune savamment conçue pour repousser un assaillant. L’une d’elle fait un angle droit pour empêcher le passage d’un éléphant, devant la suivante se trouve un gros rocher, un visage grossièrement sculpté, le guide jette un caillou à la face du traitre qui aurait vendu le fort, ce serait une coutume locale de lapider le méchant homme. A chaque tournant, sous un petit abri un rocher est peint en orange avec des yeux et des oreilles d’éléphant représentant Ganesh, des petits Ganesh sur le chemin du temple.
les singes montent la garde
La forteresse est très ancienne. Ses heures de gloire se situent au 13ème siècle avant la conquête de Ala-ud- din-Khalji en 1301. Il repassa sous la domination d’un clan Rajpoute. Passée la porte d’entrée, sur une esplanade, se trouvent les palais du roi Hamir et de vastes bassins carrés, réservoirs très profonds où prospère un végétal rose qui cache le liquide. Un très joli palais à coupoles et colonnes coiffe la colline. On y accède par un escalier très raide.
Plus loin, sont éparpillées des maisons, une petite mosquée reconnaissable à sa coupole trapue encastrée et ses drapeaux verts.
Encore plus loin le Temple de Ganesh est précédé d’une sorte de marché, ensemble d’auvents de tôle, de branchages. On y vend toutes sortes d’objets et des beignets. Je refuse le collier des roses qu’on me propose. Une vache et son veau divaguent librement.
Pour entrer dans le temple on se déchausse et il faut également se laver les mains. Le guide a fait emplette de touffes d’herbes verte et d’un sachet de beignets ; Il sort un billet qu’il place sur le plateau d’un prêtre qui le bénit et lui met une tache orange entre les yeux. C’est maintenant mon tour : tache orange, donation, bénédiction. Mon guide est dévot : il s’allonge par terre devant la divinité, place sa touffe verte et le sachet. A la sortie, le prêtre de Shiva se trouve dans une petite case : offrande, tache rouge, bénédiction. Le prêtre noue une ficelle rouge à mon poignet. Me voici doublement bénie. Je décline la proposition d’aller me recueillir à la mosquée fréquentée par des jeunes en kurta blanche, pantalon blanc et barbe caractéristique.
perruches
Un groupe d’Américains admire le panorama sur la Réserve. Sur le bord d’un des deux petits lacs, ils ont repéré les canters et sont très excités. Avec les jumelles surpuissantes et leurs téléobjectifs XXL, ils prétendent avoir découvert un tigre. Je reste sceptique et descends en vitesse les marches. Il faut avoir quitté la Réserve avant 17h30.
A 6h30, nous attendons notre jeep en compagnie d’un couple d’Indiens d’Allahabad, passionnés d’observation de la nature qui racontent leurs safaris au Kenya et à Madagascar. C’est leur 3ème safari ici à Ranthambhore. Ils ont pris hier de magnifiques photos d’un tigre et d’un léopard .
7h, pas de jeep. Un canter s’arrête, sorte de camion tout-terrain où une vingtaine de personnes peuvent prendre place. Je n’ai pas compris tout de suite que c’était notre véhicule parce que je suis inscrite sous mon deuxième prénom. Une fois dans ma vie, je me serai appelée Louise ! Tape-cul à toute vitesse sur des pistes défoncées pour faire le tour des hôtels et remplir le canter, certains sont des hôtels de toile (tentes grand luxe) . Il faut avoir sur soi son passeport. On remplit des formulaires de décharge en cas d’accident ou de perte des jumelles et des appareils-photos. Inde à la fois bureaucratique et désorganisée !
Avant d’atteindre la Réserve, le canter traverse des villages à grande vitesse. Nous regrettons de ne pas pouvoir photographier les animaux domestiques sous leurs abris, des galettes de bouse, des murs roses décorés de fins dessins d’animaux en une sorte de dentelle blanche. L’orée du parc National, au flanc d’une colline de grès rose, nous parait pelée. Ce n’est pas ainsi que j’imaginais la jungle ! Je l’imaginais plus verte et plus luxuriante. La végétation sèche correspond plutôt à des broussailles ou un maquis peu dense.
On entre dans la montagne en suivant une étroite vallée. Une rivière, barrée par une digue forme un réservoir carré. La Réserve n’existe que depuis 1955. Les installations hydrauliques sont antérieures. Remontant le cours d’eau, je retiens mon souffle : les animaux viendront peut être boire ? L’instinct de chasse, primordial, déclenche une excitation quasi-animale. Quelle bête s’offrira à nos regards ? Arriverons-nous à la photographier? La chasse au tigre est une tradition indienne. Les miniatures en témoignent. J’avais remarqué le joli départ des princesses pour la chasse aux tigre au Musée de Delhi. C’est bien sûr le tigre que nous convoitons, quoique, un léopard, ne serait pas mal non plus !
Les arbres épineux ont perdu leurs feuilles en saison sèche. Un premier cervidé se laisse entrevoir tandis que ma voisine de Bombay est particulièrement enthousiasmée par les paons, magnifiques en liberté, leur plumage métallique paraît tout neuf (il l’est, les paons muent). Pas de roue, ce n’est pas la saison.
Le canter s’immobilise devant un troupeau de cervidés que le Ranger appelle Indian Deers : ils sont mouchetés comme des daims, les bois des mâles sont très fins, très longs recourbés et effilés. Certains mâles se défient, les bois s’entrechoquent. Au dessus de nous, grande agitation dans les feuillages qui se secouent bruyamment. Une troupe de singes est installée. Ils mangent des feuilles, des fruits et sautent de branche en branche. Singes et cerfs sont associés. Ce sont les proies du léopard. Les singes donneront l’alerte si un prédateur s’approche. Le ranger guette leurs cris Il fait faire demi-tour au canter et l’immobilise près d’un gros arbre feuillu. Feulement et aboiement se répondent. Les singes s’agitent frénétiquement ; on imagine le gros félin tout proche. Après avoir attendu un bon quart d’heure il faudra se contenter des traces des griffes du léopard sur les branches d’un gros banyan. De l’autre côté de la piste deux sambars nous regardent , leurs oreilles rondes leur donnent un air un peu égaré., proie de choix pour le tigre ils sont aussi gros qu’un âne.
Banyan - arbre qui marche
Nous commençons à être blasées. Cerfs et biches ne nous étonnent plus, ni même les paons, pourtant toujours aussi beaux. Une cigogne noire patauge dans une flaque perchée sur ses longues pattes rouges, elle prend son envol à notre passage.
Notre plus belle rencontre est inattendue. Derrière de petits arbres épineux, une masse noire bouge. J’ai d’abord du mal à mettre au point les jumelles. Il se tourne, lève sa grosse tête, c’est un ours noir, énorme, magnifique. Il creuse avidement une termitière et doit se régaler de termites dodus. Puis il se met en marche. On le voit maintenant très bien. Son museau est clair (peut être la poussière). Il creuse avec ses griffes à la manière des chiens. Puis s’éloigne indifférent à notre présence. Dans le canter des Indiens évoquent le Livre de la Jungle. J’avais pensé à Kim, j’avais oublié la Jungle !
La forêt devient plus dense avec de nombreux feuillus persistants. Un énorme banyan retient notre attention. Ses racines aériennes ont enserré le tronc et se sont enracinées en plusieurs endroits telles des colonnes verticales, doubles, triples, multiples. Les branches horizontales qui courent entre les colonnes mesurent 4m 6, peut être 210. Le ranger qualifie cet arbre d’ »arbre qui marche » dans d’autres contrées on l’avait appelé « arbre étrangleur ». Ma voisine de Bombay me raconte que ces arbres sont sacrés. Des femmes les entourent de tissus, rubans en faisant le vœu de garder leur mari pendant 7 réincarnations. Un bon mari est si précieux ! La ramure du banyan peut fournir un abri pour un léopard. Animal nocturne, c’est maintenant trop tard pour le croiser. Peut être dort-il tout près d’ici ?
Dernière étape : un lac de barrage à la rivière. De gros rochers arrondis émergent. Sur un banc de sable trois crocodiles dorment au soleil. Ils n’ont pas faim les oiseaux les approchent de près, petits limicoles variés aux longues pattes fines et becs pointus, un héron gris…
pie indienne bleue
Sur l’arbre surplombant le canter de beaux oiseaux ressemblant à des pies se sont perchés. Ventre jaune-orangé, « queue de pie » longue, noire et blanche, bec fort noir ils attendent que les touristes les nourrissent. Au début tout le monde est ravi de les voir de si près, familiers. Rapidement l’un d’eux fiente sur le pantalon rouge d’une grosse anglaise blonde plus du tout ravie. Nous prions pour que les 3 ou 4 oiseaux au dessus de notre siège s’abstiennent !
Des soldats armés de bâtons nous arrêtent sur le chemin du retour. Le Premier ministre du Rajasthan est en safari. Il faut laisser passer son escorte. On attend dix bonnes minutes en plein soleil.
Brunch copieux à 11h : omelettes, toasts, paratha aux pommes de terre, safran coriandre avec des yaourts et un délicieux thé masala.
Sortie d’Agra par des bases militaires puis des quartiers populeux. A 8h30, les marchands ambulants ont installé leurs charrettes à bras. Les enfants partent pour l’école en rickshaws, jupe grise pull rouge, les cheveux lissés. Les rideaux de fer des boutiques sont encore baissés. Vaches qui mangent les ordures, chiens très maigres, chevaux et ânes qui tirent des carrioles occupent la rue. Il y a également beaucoup de vélos ce matin.
Après ¾ d’heure, la roue traverse enfin des champs. Un tracteur tire une remorque où une dizaine de femmes ont pris place debout. Elles se tiennent par le cou et chantent. Les tissus colorés volent au vent ; Un buffle passe, au cou, un collier de perles. La route traverse une campagne plate assez poussiéreuse, campements de fortune. La route de Bikaner est une 4 voies à chaussées séparées, presque une autoroute, sauf que les vaches s’y promènent; le chauffeur les contourne en klaxonnant.
On entre par erreur dans le site de Fathepur Sikri, qui n’est pas à notre programme. Dommage ! La route est longue, nous n’insistons pas. Les murailles sont surmontées de créneaux et des meurtrières. Dans les champs,des paillotes en branchages ont des paraboles pour la télé.
Au milieu de la route, un poste de police rudimentaire est installé sous un auvent. Les policiers ont allumé un petit feu. Ils ont de grands bâtons que j’avais pris pour des symboles d’autorité. Non ! Ils s’en servent et tapent si les voitures ne s’arrêtent pas.
Le Rajasthan paraît plus sec que les environs de Delhi ou d’Agra. Des montagnes se profilent à l’horizon. De plus en plus de dromadaires tirent des carrioles agricoles, l’air hautain, le museau orné d’un beau pompon rouge. Sur l’épaulement d’une crête un petit fort a été construit. La montagne a été entamée par une carrière de grès rose. . Dans les villages les galettes de bouse sèchent sur les toits.
Droamdaire tirant une carriole
Pause dans une sorte d’auberge pour touristes. Le gardien du parking arbore un beau turban multicolore.
A nouveau, une crête montagneuse porte un fort. Les maisonnettes de villages sont décorées.
Dans les champs, je n’arrive pas à identifier les cultures : colza ? pois ou pois chiche ? millet ?
Des marbriers se sont installés en bord de route. Je peux observer le travail de la pierre : plaques de grès très clair, éléphants, autels, portes, claustras bordent la route.
Touktouk et turban
A Dassa on quitte la route principale. Des touktouks sont magnifiquement décorés. La ville est très déstructurée. Lalsot, un pont enjambe un fleuve très large mais pratiquement à sec.
Il est passé midi, il fait très chaud. Enfin Ranthambhore avec ses jeeps et « canters ». Les lodges, resorts, hôtels ont ouvert pour les safaris dans le Parc National, avec l’équipement hôtelier ont suivi les boutiques, les couvre-lits suspendus, les écharpes…
Notre hôtel Safari Lodge appartient à une chaîne: Camps of India. Il est composé de plusieurs petits bâtiments formant un ensemble compliqué de maisons orange pâle reliés par ds passerelles autour d’un patio de gazon entouré de rosiers et de passages couverts avec des massifs de fleurs. Un peu plus loin il y a une jolie petite piscine.
Safari Lodge Ranthambhore
Notre chambre est dallée de marbre.Les lourdes tentures grenat et les draperies compliquées donnent un aspect solennel, vieillot, inattendu dans un « nature camp » ou un Safari Lodge. Un petit salon est assorti aux rideaux. La salle de bains est vaste et claire mais un peu déglinguée. Nous affectionnons ce genre d’hôtel plus destiné à une clientèle locale qu’au tourisme de masse international.
Une dame enveloppée dans une étole de cashmere fait un brin de conversation. Elle nous recommande la visite du fort.
Nous passons l’après midi à la piscine étonnée de la température après avoir eu aussi froid à Delhi. Pendant que je nage, une partie du personnel passe armé de piquets rouges et de bats de cricket. Plus tard ils sont repassés très joyeux mimant les gestes du jeu.
Le riz biryani avec du mouton est vraiment très épicé. Heureusement que j’avais acheté une grenade à Agra pour faire passer toutes ces épices.
On pénètre dans le fort par l’Amar Singh Gate. Amar Singh était un guerrier d’Akbar. Deux fossés garantissaient la sécurité : à l’extérieur les douves pleines de serpents et e crocodiles, entre les douves et la muraille des tigres et des lions auraient dévoré les assaillants qui auraient échappé aux reptiles.
On ne visite qu’un quart du fort. Les reste est occupé par l’Armée Indienne qui a succédé aux britanniques et avant eux aux Moghols.
Trois rois ont régné sur le Fort er l’ont agrandi : Akbar, son fils Jahangir qui ont utilisé du grès rouge, Shah Jahan construisit en marbre blanc. Le Jahangiri Mahal fut construit par Akbar. L’entrée massive haute de deux étages porte des étoiles de David, Akbar aurait été soucieux de ses concilier toutes les communautés, une autre interprétation voue un symbole cosmologique aux étoiles à 6 branches. Akbar fit également ajouter à la décoration des fleurs hindoues.
Fort Rouge d'Agra : cour de Jodhaabai
Après avoir vu la baignoire monolithique de Jahangiri nous entrons dans le temple hindouiste de Jodaa : dans les niches se trouvaient les statues des divinités hindoues. Aurangzeb, musulman zélé les aurait détruites ne tolérant pas d’idole dans le palais. En face dans la bibliothèque de Jahangir qui était poète on imagine les niches remplies de livres et de manuscrits.
Fort rouge d'Agra : bibliothèque de Jihangir
Dans la cour de Jodhaa Bai les piliers de grès sont finement ouvragés. Les ouvertures imitent les motifs des tapis persans. On dirait même qu’il pend des pompons et des franges !
appartements privés
Comme à Delhi, le Pavillon d’été fait face au Pavillon d’hiver. Par seaux, on apportait l’eau de la Yamuna pour climatiser. A l’étage, un toit en demi-cylindre en marbre blanc, recouvre le petit pavillon de Roshanara, la fille de Shah Jahan. Les appartements royaux dominent la rivière qui fait un coude: le Taj Mahal surgit des brumes dans l’encadrement des fenêtres. Le marbre de la chambre d’Akbar et de Jodaa est si fin qu’il est translucide. Murs et plafonds sont piqués de fleurs dorées à l’or fin. Depuis plus de 5 siècles l’or a disparu et ne laisse plus qu’une trace dont on devine la splendeur.
Dans le jardin Anguri, un bassin de marbre rafraîchissait l’air. Les massif de fleurs étaient délimités par de petis murets aux lignes sinueuses.
Des appartements privés on passe dans le Kast Mahal, hall d’audiences privées sous des colonnades de marbre blanc. Maintenant les colonnes laissent passer l’air et la lumière. Il faut imaginer les tentures, les soieries, les tapis persans ou indiens, les coussins…Comme les rois de France qui se déplaçaient de château en château avec leur mobilier, Akbar ou shah Jahan avaient construit de nombreux forts ou palais et pouvaient dérouler les tapis en un intérieur luxueux.
Comme à Delhi, dans la salle d’audiences publiques le Diwan- i–Am, le trône était posé sur une estrade. Le souverain y rendait une justice publique devant le peuple qui se tenait dans une vaste cour.
12h30, notre guide a rempli son programme et ne nous propose rien pour meubler l’après midi ou la soirée. Un spectacle Sons et Lumières a lieu chaque soir au Fort Rouge pour 150Rs. Ce serait l’occasion de revoir le fort et d’en apprendre plus sur son histoire.
A la réception de l’hôtel, on traduit au chauffeur qui nous donne rendez-vous à 17h30. Il fait chaud 30° peut être 35°, une sieste est bienvenue.
Le spectacle de 18h30 est en Hindi celui de 19h45 est en anglais. On nous fait comprendre qu’i ; serait vraiment dommage de ne pas comprendre les paroles. Il faut donc patienter près de deux heures : les marchands de cartes postales et de souvenirs divers nous assaillent ; On a justement besoin de cartes postales et faire le courrier passera le temps !
Nous sommes assis dans la cour devant le Diwan-i-Am. Le site st grandiose mais les illuminations tournantes manquent un peu de variété. A l’âge du Laser, des hologrammes, de la 3D, on aurait au moins pu projeter des personnages, faire intervenir des chevaux, à défaut quelques figurants en chair et en os. Rien de tout cela ! Les différentes parties de la cour s’illuminent alternativement. Un récitant – diction britannique parfaite- raconte l’histoire d’Agra ou plutôt celle des Moghols. Le récit est émaillé d’anecdotes qui auraient épicé la visite :
Histoire du « Shah pour une demi-journée » devant traverse une rivière, le shah est sauvé par un porteur d’eau. Pour le récompenser, le le fait roi une demi-journée.
La Justice de Jahangir : s’exerçant au tir à l’arc, la sultane a tué le mari d’une paysanne ; Celle-ci vient au Diwan-i-Am réclamer justice. Jahangir tranche en disant qu’on doit donner un arc à la paysanne pour abattre le mari de la meurtrière. La femme refuse de tuer Jahangir qui change la sentence et lui donne une terre et l’équivalent en or du poids de la reine.
Le Room service nous apporte le dîner dans la chambre :
Peas Pallao : riz basmati « cuit à la perfection » mélangé avec des petits pois crus des herbes et diverses graines.
Aloo Dum Kashmiri : pommes de terre farcies au fromage dans une sauce rouge un peu épicée et très parfumée.
Heureusement que le riz fait passez les épices !
Le restaurant en terrasse est loué pour fêter un anniversaire. Les invités très bruyants dans notre couloir. De rage D claque la porte : quelque chose se détraque et on est enfermées dans la chambre. Il faudra 3 coups de fil à la réception pour être délivrées.
Le décalage horaire doit encore se faire sentir. Je lis 8h à ma montre,nous nous préparons alors qu’il n’est que 7h. Le petit déjeuner de Crystal Inn a plus d’allure que celui d’Aster Inn. J’évite le jus trop clair (noyé d’eau ?), deux œufs durs glissent dans mon sac pour plus tard. Je me sers abondamment de cubes de papayes et prends deux parathas épaisses aux légumes ;
Le mausolée d’Akbar,à Sikandra, sur la route de Delhi, est à 18km d’Agra. Le trajet dure une heure en traversant la ville. La rivière Yamuna,enjambée par deux ponts métalliques destinés aux trains et aux piétons, ponts de l’époque coloniale analogues à celui d’Hanoi sur le Mekong,ses eaux sont basses dans un lit très large, elle fait un coude à Agra. Les maisons sur sa rive, sont anciennes,de vieux balcons de bois dépassent, balcons fermés par des barreaux et des moucharabiehs. Au niveau de la rue sont installés toutes sortes d’ateliers, garages, entrepôts, entretenant un désordre moins pittoresque ou tout au moins plus contemporain. Sur le bord des auvents, en haut des murs, des familles de singes sautent de maison en maison ; d’autres sont assis sur des tas d’ordures et mangent des mangues. Personne ne semble se soucier d’eux. Ni des chiens qui se perchent sur toits et terrasses. En pleine ville d’Agra comptant un million d’habitants, les vaches et les buffles divaguent. Ces derniers vont boire au fleuve. Sur l’autre rive de la Yamuna sont étendus les rectangles colorés de la lessive qui sèche.
L’anarchie règne dans la circulation, dans la construction aussi. « En Inde tout est possible ! » s’amuse à répéter sentencieusement le guide. Slogan qui couvre le développement comme les incohérences et les abus.
A la sortie d’Agra, en face de Sikandra, la route est complètement bloquée. La voiture reste vingt minutes à l’arrêt. Pourquoi ? Aucune raison spéciale ! Je me livre à des statistiques personnelles : dans la circulation il y a surtout des camions peints de motifs géométriques colorés. Beaucoup de touktouks aussi bourrés à bloc : 9 ou 10 s’entassent, des motos, très peu de véhicules privés. Le contraire de ce que j’ai constaté à New Delhi.
Image d’un temps disparu : un cycliste enturbanné transporte une très haute pile de coupons chatoyants. Nous stationnons depuis un bon quart d’heure en face du mausolée d’Akbar, un vendeur traverse la route pour nous proposer des petits éléphants 1 pour 100 roupies, puis 2, puis 4
– « ils forment maintenant une famille ! ». Les vendeurs ne sont jamais à court d’arguments
mausolée d'Akbar - détail
Mausolée d’Akbar à Sikandra
Sikandar Lodi (1488-1516), 2ème sultan de la dynastie afghane des Lodi, fonda la ville. Akbar entreprit lui-même la construction de son mausolée, continuée par son fils Jahangir après la mort d’Akbar en 1605. Le mausolée fut terminé en 1613.
La prote principale encadrée de 4 tours, en grès rouge, est incrustée de motifs de toute beauté. Des versets du Coran sont gravés sur une bande de marbre qui court autour de l’ouverture entourée de motifs floraux ou géométriques. Grès rouge, grès jaune, marbre blanc, marbre noir en entrelacs ou en damiers.
On entre dans un quadrilatère. Le mausolée ressemble à un palais : soubassement rouge à larges arcades, au dessus un étage de grès rouge à clochetons ouvragés et à balcons en dentelle de pierre. Rein ne laisse deviner une coupole ou un tombeau. On imagine l’animation de la vie de palais plutôt que le calme d’un tombeau. Pendant toute la visite, une idée me turlupine : est-il possible d’accéder à l’étage ? les fenêtre s’ouvrent-elles sur des vraies pièces ou sont elles seulement des trompe-l’œil ?
Une rangée de palmiers très hauts et de nombreux arbres feuillus touffus et vénérables bordent des pelouses très vertes ou broute un troupeau d’antilopes aux cornes torsadées. La présence de ces animaux et une véritable surprise. Les petits écureuils vont de –ci et de-là. Les bruyantes perruches forment des escadres fournies. Sur un banc de grès rouge ou su l’herbe verte se détachent des aigrettes blanches et des oiseaux noirs et gris au bec rouge.
Le décor agreste, la verdure, la présence des animaux, l’éloignement relatif de la ville, la rareté des visiteurs contribuent à rendre ce site enchanteur.
J’ai rencontré Akbar dans le film Jodaa Akbar. Cet empereur tolérant me plait bien. Pour visiter son tombeau il faut descendre un couloir très étroit très haut de plafond, complètement nu, jusqu’à une salle très simple au plafond endôme. Un vieil homme chante « Allah hou akbar ! » sa prière résonne sous la coupole. Dans le creux de la tombe j’ai oublié le riant palais qui la surmonte.
Nous flânons encore une demi-heure dans la verdure sur l’esplanade de grès creusé de rigoles. Une antilope solitaire aux cornes torsadées vient poser pour la photo.
Le retour vers la ville bruyante est facile, le trafic est fluide. Un troupeau de buffles passe…
A peine installées à Agra, en route vers le Taj Mahal !
L’entrée coûte 750 Roupies cash(pour les étrangers). Il faut essayer 3 ATM pour retirer de l’argent : le premier est musical mais n’entre pas en fonction, le second se bloque quand je demande 12.000 roupies, il faudra trouver un 3ème et demander 6000, deux fois avec deux cartes différentes (bonjour les frais bancaires !)
Réussir la visite au Taj Mahal est le sujet de nombreux posts sur les forums, recommandant le lever ou le coucher du soleil. Chacun cherche à éviter l’affluence. Notre guide nous prend au dépourvu. Nous arrivons à 15 heures. Il fait beaucoup plus chaud qu’à Delhi.
La municipalité d’Agra, soucieuse d’environnement, clame « Libérons Agra du plastique ».L’espace du Taj Mahal est interdit aux véhicules à moteur. Le Guide bleu (p337) explique que la pollution, surtout industrielle, (SO2) a failli détruire la blancheur du marbre du mausolée. Pour la restaurer on a dû faire appel à une « crème de beauté » à base d’argile et de composants peu agressifs. On surveille en permanence la qualité de l’air aux environs du monument et on affiche les résultats des mesures. Aujourd’hui malgré la sècheresse et la chaleur, l’indice est correct. On laisse donc les voitures sur un parking éloigné. Un petit train électrique non polluant rapproche les visiteurs(le prix du transport est compris dans les 750 Rs). Il y a aussi des voiturettes électriques, des charrettes tirées par des dromadaires ou des ânes.
la porte d'entrée avec ses 11 coupoles
Notre guide est un grand jeune homme qui a un fort accent. Il me faut toute mon attention pour suivre ses commentaires. Malheureusement il n’est pas poète. Au lieu de raconter les amours de Shah Jahan il m’assène des chiffres, la hauteur des tours, des portes, le nombre des dômes des fontaines…Selon lui, les 11 dômes surmontant la porte correspondraient aux 22 années qu’a duré la construction du Taj Mahal(1631-1653)Les 16 jardins 53 fontaines correspondent à 1653, date de fin de construction. Ces jeux de chiffres sont amusants mais pas sérieux : cette date miraculeuse de 1653 correspond au calendrier chrétien alors que Shah Jahan, et l’architecte turc comptaient sûrement à partir de l’Hégire. Les supputations géométriques du Guide Bleu (p338) montrant le passage du double carré à l’octogone et au cercle paraissent plus relevantes . Information plus intéressante : l’inclinaison de 5° des 4 minarets encadrant le monument. Cela ne se voit pas mais c’est une sécurité : en cas de séisme ils ne s’écrouleront pas sur le dôme. D’après notre guide c’est un architecte turc Issa Khan Effendi qui a dessiné le mausolée (d’après le Guide Bleu 3 architectes différents sont présumés) . 20 000 ouvriers ont travaillé au chantier : 10 000 venaient de Perse d’où était originaire Mumtaz.
Le mausolée de marbre blanc incrusté
Plutôt que cette avalanche de données chiffrées, j’aurais préféré l’histoire de Shah Jahan le constructeur de la Jama Masjid, du Fort Rouge de Delhi. C’était un guerrier. Tandis que son mari guerroyait contre son père, Mumtaz lui resta fidèle. Au Taj Mahal sont enterrées deux autres femmes de Shah Jahan : une chrétienne et une indienne. Amoureux fou peut être, mais polygame ! L’histoire de Shah Jahan finit mal. Un de ses fils, Aurangzeb le déposa et ne le laissa pas finir son propre mausolée prévu de l’autre côté de la rivière, symétrique au Taj Mahal. Il fit installer la dépouille de son père et celle de Mumtaz au Taj Mahal puis plaça les deux cénotaphes derrière un grillage ajouré. Le grillage, en or et pierres précieuses, fut ensuite, remplacé par un treillis de marbre blanc en nid d’abeilles (jali) peut être moins précieux que l’or mais tout à fait remarquable par la régularité du travail et la finesse de la pierre presque translucide.
Notre billet à 750 rs sert de coupe-file à l’entrée du mausolée. La foule tourne respectueusement autour du treillis de marbre apercevant par les hexagones, les cénotaphes, prenant des photos interdites avec les téléphones portables. Nous admirons le travail d’incrustation. Les fleurs aux pétales de malachite, azurite, turquoise, cornaline venant de toute l’Asie.
la maison d'hôtes
A la sortie du mausolée, notre guide nous donne quartier libre pour attendre le coucher du soleil (17h30).
De part et d’autre de l’Esplanade, deux pavillons symétriques: à l’Est le pavillon des hôtes, et à l’Ouest, du côté de la Mecque, la mosquée. Grès rose et marbre en façade, bandeaux blancs et incrustations surmontées de trois grandes coupoles et de petits lanternons blancs.
Un groupe de jeunes filles en soieries multicolores sont assises et coiffent leurs longues chevelures en se brossant mutuellement. Je les imagine compagnes de Mumtaz. Je leur demande la permission de les photographier. Ravies elles s’alignent et détruisent la scène harmonieuse.
Les jardins d’antan ont été remplacés par des pelouses rases. Œillets d’Inde orange et jaunes forment des massifs qui ne peuvent pas rivaliser avec les jardins des délices en pierre dure. Des dizaines d’écureuils gris à la queue rayée descendent des arbres et sont familiers. Au dessus de nos têtes, des perruches vertes très bruyantes s’envolent d’un arbre à un autre.
Le soir descend sur Agra, le Taj Mahal prend une teinte dorée, le ciel, un bleu d’opale. Nous nous asseyons sur un banc près du bassin rectangulaire. La foule est toujours là. Curieusement, elle n’est pas gênante. Les visiteurs sont en majorité des Indiens. Les femmes ont revêtu leurs plus beaux atours. La file colorée fait ressortir la blancheur du marbre. Cette file si petite à côté du grand mausolée l’exalte plus qu’elle ne le cache. Certains monuments, certains sites sont tellement grandioses que la foule ne gène pas. Nous avions constaté cela aux Chutes du Niagara ou à Karnak. Vouloir le Taj Mahal pour soi seul, privilégié, est une illusion. Accepter la foule, l’intégrer est plus raisonnable.
Diner
Le restaurant a une carte bien fournie.
Je choisis dans la catégorie Indian Vegetarian :
-Makhamali Shakahari Khazana « sauté assorted vegetable and cottage cheese topped with spinach purée ». C’est excellent : les épinards sont cuits à l’ail avec des champignons, des petits maïs, des pois frais et des petites boules de fromage.
Le serveur apporte l’addition que je signe sans compter. Il exige un paiement en liquide immédiat. A peine a-t-il claqué la porte, je me rends compte qu’il a demandé 1245 Rs au lieu de 625 – le double – Je monte au restaurant. Il admet l’erreur mais préfère résoudre le problème dans la chambre sans témoins. On recompte. Il me rembourse (à peu-près parce qu’il n’a pas la monnaie)
Les clients de l’hôtel ne sont pas discrets, le personnel claque les portes. Les magasins d’accessoires-auto ont baissé leur rideau de fer mais les chiens aboient. Masque et bouchons d’oreilles sont nécessaires. Une bagarre a éclaté dans la rue : hurlements, sirènes de police. Qui se bat ici ? A 6h, le muezzin chante : je ne reconnais ni les intonations, ni les paroles.
La route vers Agra
Après les avenues vertes de New Delhi avec les villas cachées dans les jardins, la misère s’affiche à la sortie de la ville sous les échangeurs de voies rapides. Toute une foule en haillons terreux se précipite vers des autobus déglingués et des cyclos faméliques. Des quartiers aux maisons de briques inachevées se profilent. Quartiers pauvres et « nouveaux riches » alternent, centre commerciaux de verre et terrains vagues. Immeubles cossus enfermés derrière de hauts murs hérissés de pointes et de barbelés et portails sécurisés. La route est surmontée par le métro qui court sur son ruban de ciment perché sur des piliers très hauts. Delhi semble interminable. Dans un camion sonorisé, des hommes dansent précédés par des piétons vêtus d’orange brandissant des drapeaux.
Nous roulons depuis une heure, nous n’avons pas vu la campagne. Des projets immobiliers géants s’affichent. L’atmosphère est poussiéreuse. Des marchés sont installés au bord de la route. Hésitations entre pauvreté et développement.
Enfin la campagne après 1h15 de route ! Ces champs sont très verts sont-ils du blé, du riz ou du millet ? On roule trop vite pour décider. Tellement vite qu’un barrage de policiers armés de longs bâtons de bois mal dégrossi font ranger la voiture sur le bord de la route. Contravention chère : 400 Roupies à payer cash sur place.
Au milieu des champs fument les hautes cheminées des briqueteries artisanales. J’avais pris pour des meules les cases rondes de cannisses surmontées d’un toit pointu. Une carriole passe, ornée de guirlandes de jasmin. De nombreuses usines poussent dans les champs : textile, métallurgie, décorticage du riz basmati. Les écoles de management, les instituts de technologie, les universités, installés en pleine campagne ont des dimensions impressionnantes. L’Inde investit dans l’éducation ! La route se poursuit donc sur une campagne plate entre usines et universités. Un grand troupeau de vaches passe. Nous les voyons enfin les vaches indiennes, bossues aux cornes effilées et découvrons les galettes de bouses qui sèchent un peu partout et qu’on empile soigneusement en tours cylindriques. Nous aimerions les photographier. Impossible !
Après 4 heures de route, nous entrons dans Agra que nous traversons au pas dans les embouteillages. Nous arrivons à la rivière Yamuna.
Notre guide nous attend au coin d’une rue et nous conduit à l’Hôtel Crystal. Hôtel tout neuf, la catégorie supérieure à l’Aster Inn de Delhi. Une entrée étincelante, deux restaurants dont l’un panoramique en terrasse, un salon de massage et un spa. Une grande chambre équipée du minibar et de la télé. Seul défaut : la vue sur un mur en briques.
c'est une carte postale puisqu'on ne peut pas y faire de photo
On traverse la Yamunâ, large fleuve tranquille et on quitte la ville pour retrouver le métro aérien sur son piédestal de béton courant très haut au dessus du sol. Le site fut utilisé pour les Jeux du Commonwealth. Un énorme parking permet aux visiteurs d’arriver au temple en voiture.
L’entrée est une épreuve. Un panneau en hindi et en anglais énumère tous les objets interdits : armes – bien- sûr –pictogrammes des différents sabres et épées) téléphones portables, lecteurs de cassettes et DVD, radios, alcool et cigarettes, chewing- gums, sodas… mais plus surprenant : aimants, clés USB, carnets et stylos ! Je ne prendrai donc ni photos, ni notes, ni même croquis !
Des files délimitent les queues où de véritables troupeaux s’alignent. Un système de ficelles et cordelettes barre le chemin non seulement des resquilleurs mais aussi à ceux qui changeraient d’avis et voudraient rebrousser chemin. Pas de touristes étrangers mais le milliards d’Indiens est un réservoir de touristes suffisant pour former une foule compacte et bigarrée – et patiente –Les shorts et jupes au dessus du genou sont interdit ? Burkhas et longhis le sont aussi ! Nous piétinons plus de 20 minutes sous un toit de tôle équipé de ventilateurs pour arriver au pas de course (pour certains au galop) sous un autre auvent. Femmes d’un côté, hommes de l’autre pour subir une fouille plus poussée que celle de l’aéroport : portiques détecteurs de métaux mais aussi détecteur manuel et palpation (des fois qu’on découvrirait une clé USB cachée !
les sculptures d'Akshardham (carte postale)
Nous avons le loisir d’observer ceux qui font la queue avec nous : population variée aussi bien la couleur de peau, les traits, l’habillement. Ces touristes « locaux » viennent de tout le sous-continent de Calcutta à Madras. C’est aussi la promenade du dimanche des familles de Delhi. Un groupe d’écoliers en survêtements à parements rouge et blanc pourraient être des écoliers européens si leur chevelure noire n’était pas si drue, noire et brillante. Un autre groupe est en uniforme en vichy à carreaux orange. Certains ont les yeux bridés, chinois ou tibétains ? Beaucoup de familles nombreuses. J’admire les couleurs des étoffes rehaussées d’or et d’argent. Assez peu de saris, seules les femmes âgées en portent et le sari laisse entrevoir les bourrelets. Les plus jeunes lui préfèrent l’ensemble tunique-pantalon de la même étoffe dont il existe deux versions, pantalon très collant ou bouffant, genre de shalwar. Touristes ou pèlerins ? Dans cette masse compacte tranquille et je devine le milliard et plus d’Indiens. Rakesh relativise notre impatience :
– « c’est partout pareil! Ici, il n’y a pas spécialement de queue ! »
Passés les portiques, la splendeur : une large allée bordée de piliers et d’arcades de couleur caramel, finement sculptés. J’ai passé mon doigt pour vérifier qu’il s’agissait bien de pierre de taille et non de ciment peint.
Ce temple a été terminé en 2005. Il est donc neuf. Trop neuf. Sans la patine du passé, ni histoire glorieuse de sultans, de maharadjahs, il devra déployer tout son charme pour nous séduire. Lonely Planet (p96) lui reproche un style « ostentatoire » on pense un peu à Disneyland, la débauche de technologie, la fontaine musicale, les éclairages promis la nuit… la boutique de CD, DVD et autres produits dérivés, le restaurant self-service … je suis réticente.
L’axe principal menant au temple perché sur une butte est bordé de massif fleuris. Une escouade de jardiniers assis sur la pelouse « tondent » la pelouse équipés de bassines métalliques et de couteaux. La technologie n ‘a pas encore apporté les tondeuses électriques. Il faut se déchausser pour continuer. Je progresse en chaussettes sur des dalles parfaitement astiquées (la cireuse XXL motorisée est en action permanente).
Le temple est gigantesque et surmonté de multiples coupoles petites et grandes. Grès rose et marbre blanc : des milliers de divinités ont été sculptées à la main, minutieusement, toutes différentes. Je reconnais Rhada et Krishna, Rama et Sita, Shiva et ses bras. Les figurines de 20 à 30cm couvrent l’édifice principal tandis qu’à mi-hauteur une corniche porte de plus grands personnages (environ 60 à 80 cm) danseurs et musiciens dans de gracieuses positions. Dans des niches, taille humaine, sont assis des disciples de Swami Narayan, le fondateur de la secte (1 million de fidèles en Indes mais aussi à l’étranger. De grands tableaux en couleur mettent en scène le gourou (1781-1830). Le guide Bleu précise que « l’un des chevaux de bataille de la secte est la lutte contre la discrimination des castes » ce qui me rend plus sympathique. Je suis toujours méfiante avec les gourous.
la frise des éléphants
La frise des éléphants est composée de 146, tous différents. L’anecdote du concombre me fait sourire : un maharadjah aurait organisé une procession à éléphants, en l’honneur de son invité, Swami Narayan aurait été plus charmé par un concombre offert par un enfant. En l’absence d’appareil-photo j’achète la carte postale de la frise à la boutique-souvenirs. La Fontaine musicale est un ensemble de bassins où se déroule tous les soirs un spectacle sons et lumières. Évidemment on ressort par la boutique surdimensionnée comme tout dans ce temple : souvenirs, livres pieux mais aussi médicament ayurvédiques, aliments bio.
Le Mahatma a passé dans cette maison les 144 derniers jours et il y a été assassiné.
Par la fenêtre on découvre la chambre de Gandhi : un lit bas au drap blanc, son rouet, un coussin, un pupitre et du matériel pour écrire, ses sandales de bois, son bâton. Seul élément décoratif : une petite sculpture représentant les trois singes.
Toute l’histoire de l’Indépendance de l’Inde est racontée sur les panneaux qui bordent la pelouse. Racontée et illustrée dans les moindres détails, des premiers héros, la Révolte des Cipayes, les Swadeshi 1905, différentes actions de Gandhi, boycott des tissus étrangers, jeûnes, Marche du Sel…Il faudrait au moins une demi-journée pour étudier attentivement les textes et les images.
Gandhi et Tagore
Je me déchausse pour aller sur le lieu des dernières heures de Gandhi : l’endroit où il aimait méditer, l’endroit précis où il fut assassiné le 30 janvier 1948. Des semelles de ciment matérialisent ses derniers pas.
la chambre de Gandhi
Dans la maison blanche, de nombreuses présentations racontent la vie de Gandhi : des photos. Des petites vitrines mettant en scène les moments les plus marquant de la vie du Mahatma : La mort de son père, son départ pour Londres et la bénédiction de sa mère, les épisodes sud-africains, le retour en Indes, le boycott des tissus, la Marche du Sel, la rencontre avec le roi d’Angleterre, Romain Rolland, les Jeûnes, l’assassinat et l’hommage du monde entier.
Deux salles sont tapissées de bibliothèques proposant ds ouvrages pour petits et grands : des livres illustrés, des brochures, des biographies que l’on peut acheter. Sur deux panneaux sont inventoriées les lectures de Gandhi. Je remarque les Tolstoï, deux Romain Rolland, et des ouvrages de Max Mueller(je ne le connais pas)