La Prisonnière : mais qui est donc Albertine?

CHALLENGE MARCEL PROUST AVEC CLAUDIALUCIA, KEISHA, et d’autres

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Albertine est une des Jeunes filles en fleurs que le narrateur a découvertes sur la digue de Balbec comme une volée de mouettes. Dans les premiers tomes de la Recherche elle ne se distingue pas vraiment de ses camarades. jeunes filles sportives, effrontées, vives, qui intriguent beaucoup le narrateur qui ne semble pas faire son choix. Il a envie de tomber amoureux. Albertine ou Andrée? ou une troisième? Il ne semble pas très fixé. 

Qu’avait-il voulu dire par mauvais genre ? J’avais compris genre vulgaire, parce que, pour le contredire
d’avance, j’avais déclaré qu’elle avait de la distinction. Mais non, peut-être avait-il voulu dire genre
gomorrhéen. Elle était avec une amie, peut-être qu’elles se tenaient par la taille, qu’elle regardaient d’autres femmes …

Le docteur Cottard fait remarquer au narrateur que les jeunes filles dansent sein contre sein et lui explique le plaisir féminin « gomorrhéen » qui semble exciter le jeune homme. La proximité d’Albertine et de l’amie de la fille du compositeur Vinteuil (lesbiennes notoires) semble encore plus l’attirer. Fantasme bien masculin : quelle idée étrange de vouloir séparer des lesbiennes. Alors que l’homosexualité masculine est un des thèmes-phares de la Recherche, le regard sur les amours saphiques est bien mâle. C’est d’ailleurs à ce propos que le narrateur veut faire d’Albertine sa fiancée et qu’il l’enlève à Paris. Eloigner Albertine de ses fréquentations féminines est le fil conducteur de La Prisonnière. 

Elles étaient de ces femmes à qui leurs fautes pourraient au besoin tenir lieu de charme[…]Ce qui rend douloureuses de telles amours, en effet, c’est qu’il leur préexiste une espèce de péché originel
de la femme, un péché qui nous les fait aimer, de sorte que, quand nous l’oublions, nous avons moins
besoin d’elle et que, pour recommencer à aimer, il faut recommencer à souffrir.

Mais qui est donc Albertine?

En lisant et relisant, je découvre qu’elle est brune. Grande ou petite? Mince ou potelée? Il est une fois question de ses joues. Il me semble que ses yeux sont noirs mais l’auteur ne s’embarrasse pas de description précise. Elle est attirante quand elle dort. Quand elle est passive. Il la compare même à une plante. Le narrateur est-il amoureux d’une jeune fille vivante ou d’une plante qui dort?

Le narrateur est-il attiré par ses dons artistiques ou intellectuels? Sans doute. A Balbec, Albertine peignait, ou dessinait. Elle joue du pianola. le narrateur est étonné de l’amélioration du vocabulaire de son amie. Certes, quand il la laisse enfermée dans l’appartement,  elle lit!

Pendant que vous dormez je lis vos livres, grand paresseux. – Petite, voilà, vous changez tellement vite et vous devenez tellement intelligente (c’était vrai, mais, de plus, je n’étais pas fâché qu’elle eût la
satisfaction, à défaut d’autres, de se dire que, du moins, le temps qu’elle passait chez moi n’était pas
entièrement perdu pour elle) que je vous dirais, au besoin, des choses qui seraient généralement
considérées comme fausses et qui correspondent à une vérité que je cherche. Vous savez ce que c’est que
l’impressionnisme ? – Très bien. – Eh ! bien, voyez ce que je veux dire : vous vous rappelez l’église de
Marcouville l’Orgueilleuse qu’Elstir n’aimait pas parce qu’elle était neuve ? 

On sait qu’elle est coquette et que Marcel , tel Pygmalion, va chercher des leçons d’élégance chez Oriane de Guermantes pour faire d’Albertine une élégante. Il la couvre de toilettes de prix comme n’importe quelle cocotte.

On sait aussi qu’elle est orpheline et que sa tante aimerait qu’elle fasse un beau mariage. Le narrateur est-il un bon parti? Odette Swann s’est élevée ainsi socialement (mais à Combray elle n’était pas fréquentable) . Rachel, l’amante de Robert de Saint Loup acceptait les parures. Albertine accepte-t-elle d’être entretenue? Sa captivité est-elle le prix du mariage promis ou des cadeaux?  Triste sort des jeunes filles sans fortune! lecture frustrante!

On découvre ensuite que, pour échapper aux filets de la jalousie maladive de son amant, Albertine déploie de nombreuses ruses, des stratégies, des mensonges, des cachoteries. Elle ne se laisse pas faire. Ses inventions sont insoupçonnables. Par ses stratégies d’échappement, elle me devient plus sympathique et le roman moins ennuyeux. Elle est plus fine que son jaloux!

Comment cela se terminera-t-il?

 

La Prisonnière – Marcel Proust – Emprise, jalousies et mensonges.

CHALLENGE PROUST AVEC CLAUDIALUCIA, KEISHA, NATHALIE et d’autres….

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Près de deux semaines pour venir à bout de ce tome V de la Recherche du Temps perdu pourtant pas si long (329 pages sur la Kindle, 544 en édition de poche ) . Paru en 1923 – livre posthume – un siècle avant Meetoo – ce roman qui  narre une emprise, se lit  difficilement aujourd’hui. 

cette obéissance d’Albertine, non pas sa compensation, mais son complément, m’apparaissait comme
autant de privilèges que j’exerçais ; car les devoirs et les charges d’un maître font partie de sa domination,
et le définissent, le prouvent tout autant que ses droits. Et ces droits qu’elle me reconnaissait donnaient
précisément à mes charges leur véritable caractère : j’avais une femme à moi qui, au premier mot que je lui
envoyais à l’improviste, me faisait téléphoner avec déférence qu’elle revenait,

Quelle idée d’emprisonner une jeune fille à qui on a fait miroiter le mariage dans un appartement parisien? Albertine n’est pas captive jour et nuit dans l’appartement du narrateur, elle sort chaperonnée et surveillée. Elle fait l’objet d’une surveillance tatillonne (et coûteuse). Le narrateur est encore plus enfermé tiraillé à chaque instant par sa jalousie soupçonneuse.

Avec un luxe de détails, pas à pas, le narrateur cherche à éloigner Albertine de ses fréquentations, de l’amie de Mlle Vinteuil, de l’actrice Léa, et d’autres femmes gomorrhéennes. Si Albertine souhaite se rendre dans le salon de madame Verdurin, il la persuade d’aller au Trocadéro jusqu’à ce qu’il apprenne que justement Léa doit se produire. Il envoie la fidèle Françoise quérir Albertine au Trocadéro. Chaque piège déjoué révèle une nouvelle occasion de tromperie…

D’ailleurs, si la jalousie nous aide à découvrir un certain penchant à mentir chez la femme que nous
aimons, elle centuple ce penchant quand la femme a découvert que nous sommes jaloux.

La jalousie de Marcel lui dicte un comportement aberrant qui fatigue la lectrice. On apprendra vers la fin du roman que les mensonges d’Albertine sont tout aussi incroyables. Malgré la surveillance de chaque instant Albertine se ménage des espaces de liberté, invente des voyages. Elle est capable de nier les évidences, et même de nier ses affirmations avec effronterie.

Ainsi échangeâmes-nous des paroles menteuses. Mais une vérité plus profonde que celle que nous dirions
si nous étions sincères peut quelquefois être exprimée et annoncée par une autre voie que celle de la
sincérité.

Et la lectrice a bien du mal à suivre. D’ailleurs, dans ce jeu qui prêche le faux pour entrevoir un peu de vrai, je ne vois pas l’intérêt de m’infliger des pages et des pages pour un résultat si minime. Même la brave Françoise a le mauvais rôle. Proust est peut être très subtil mais je me lasse.

Albertine m’effrayait en me disant que j’avais raison, pour ne pas lui faire tort, de dire que je n’étais pas son amant; puisque aussi bien, ajoutait-elle « c’est la vérité que vous ne l »êtes pas ». Je ne ne l’était peut être pas complètement en effet, mais alors que fallait-il penser que toutes les choses que nous faisions ensemble elle les faisait aussi avec tous les hommes dont elle me jurait qu’elle n’avait pas été la maîtresse?

Sont-ils même amants, ces deux-là, alors qu’ils jouent à des jeux étranges de séductions  en échangeant des baisers adolescents? Etrange érotisme à travers la cloison de salles de bains séparées mais contiguës. Une véritable gêne me saisit quand il manipule Albertine endormie, comme une poupée de chiffon. Résonnance actuelle du procès de Mazans.

Moi aussi, depuis que j’étais rentré et déclarais vouloir rompre, je mentais aussi. Et cette volonté de
séparation, que je simulais avec persévérance, entraînait peu à peu pour moi quelque chose de la tristesse que j’aurais éprouvée si j’avais vraiment voulu quitter Albertine.

Au jeu truqué de la vérité s’ajoute un autre jeu pervers : celui de la rupture. provoquer une rupture pour ne pas se séparer. Albertine va-t-elle supporter cela longtemps?

L’Hôtel du Bon Plaisir – Raphaël Confiant

LECTURE COMMUNE -SOUS LES PAVES, LES PAGES

« Ainsi vécut, trente-sept ans durant (1922-1959), un modeste bâtiment à l’origine destiné à soulager la
misère des guenilleux du quartier des Terres-Sainville, au beau mitan de Fort-de-France, capitale de la
Martinique, petite île à la topographie excentrique »

L’enseigne prête peut-être à confusion. Ce n’est pas un hôtel, encore moins un lieu de plaisir, mais un immeuble où habitent des « gens de bien ». Edifié  par trois soeurs « békées » trois célibataires, issues d’un couvent  au nom de « L’Hôtel de la Charité Saint François de Sales » afin de soulager la misère de ce quartier déshérité.  

« L’ex-avocat, nouveau propriétaire de l’Hôtel du Bon Plaisir, avait donc un roman en chantier. Un grand et
vaste roman. Celui des locataires, passés et présents, de son établissement. »

C’est donc ce roman qui se dévoile page après page. Il mêle les histoire de tous ces personnages et de leurs proches, histoires particulières, mêlée à la grande Histoire, celle de la Martinique, des souvenirs de l’esclavage, révolu depuis longtemps mais encore prégnant, jusqu’à ce que la Martinique ne devienne un département.

« Le soir venu, il notait tout cela dans des cahiers d’écolier dont les couvertures étaient de couleurs différentes. La rouge avait trait à Man Florine. La bleue aux sœurs de Lamotte. L’orange à Justina Beausoleil. La marron à Beausivoir, l’entrepreneur en travaux divers. La verte à Jean-André Laverrière, le clarinettiste. La blanche à Victorin Helvéticus. La jaune à la famille
Andrassamy. »

Un clarinettiste de jazz qui a joué au Bal Blomet. Un ancien instituteur décoré des palmes. Un entrepreneur. Une vendeuse de pistaches, ancienne charbonnière syndiquée à la CGT. Une famille indienne avec une nombreuse marmaille. Un avocat mulâtre. Un étudiant brillant mais un peu fou…un commerçant chinois… un gérant syrien …composent une société diverse ayant en commun le créole et une certaine déveine.

Des évènements à la limite du surnaturel surviennent, un incube vient importuner les femmes, deux meurtres non élucidés agitent la vie quotidienne de cette communauté où circulent les ragots et les jalousies, mais où la solidarité est la règle.

Au fond, si l’on considère l’Hôtel du Bon Plaisir comme un bateau, un paquebot plutôt, un paquebot échoué,
eh bien, mon naufrage n’est pas aussi absurde qu’il en a l’air. Dans cet immeuble bringuebalant se sont
rassemblés, comme par un fait exprès, des destins brisés, des existences secrètement gardées, des rêves
explosés ou tout simplement le plus terre à terre, le plus insignifiant des désarrois : celui de vivre sur une
terre où rien ne sera jamais possible. Que pourrait-on faire, en effet, d’une île où à la sauvagerie de
l’extermination des Amérindiens a succédé la barbarie de l’esclavage des nègres ? Deux tragédies
fondatrices, pontifie un penseur local qui vient de recevoir un prix littéraire à Paris ! Tu parles de
fondations ! Des fosses communes, oui. Ou plutôt des charniers à ciel ouvert. Du sang ! Du sang ! Voici les
cent pur-sang du soleil parmi la stagnation

Un roman très riche rédigé dans une langue pittoresque. J’ai pensé à Chamoiseau,  à Texaco où la vie d’un quartier est racontée. 320 pages qui se tournent toutes seules et vous emmèneront à la Martinique mais aussi à Paris pour votre plus grand plaisir. Seul bémol : l’enquête policière à la suite des meurtres reste en carafe. 

 

 

 

Proust, roman familial – Laure Murat

CHALLENGE PROUST AVEC CLAUDIALUCIA, KEISHA, NATHALIE….

lecture commune

« Toute mon adolescence, j’ai entendu parler des personnages de la Recherche, persuadée qu’ils étaient des oncles ou des cousines que je n’avais pas encore rencontrés, dont on rapportait les bons mots exactement comme on citait les saillies dans les dîners »

Avant de me lancer dans l’aventure de La Recherche.., je m’étais fixé la règle de ne pas lire les commentaires avant d’avoir fini l’œuvre, afin de garder la surprise de la découverte. De nombreuses blogueuses ont lu le livre de Laure Murat : Aifelle, Claudialucia , Dominique, Keisha et Luocine (es liens sur le Bilan 4 de Claudialucia)

La radio que j’écoute pendant mes promenades, m’a fait déroger à cette règle. Dimanche dernier sur Musique Emoi (FranceMusique), j’ai écouté Laure Murat et j’ai craqué. (CLIC)Comme Laure Murat assure qu’au  cours de lectures et relectures on découvre toujours une nouvelle vision du texte, je me suis pardonnée mon craquage.

Plusieurs lectures sont possibles : décrypter les clés de la Recherche, chercher les personnes cachées sous les personnages. Parfois, plusieurs ont inspiré un caractère. Parfois un seul,  transparent, ce qui a permis à Le Cuziat de se vanter « Moi, monsieur, je suis Jupien« . Au contraire, la comtesse de Chevigné s’est reconnue dans la Duchesse de Guermantes et furieuse brûla les lettres que Proust lui avait adressées…. L’exercice est plus amusant pour l’écrivaine qui connaît de réputation ces personnes qui lui sont souvent apparentées.

« Que Proust, longtemps chroniqueur mondain, ait été fasciné par ces différences de traitement dans les
classes sociales ne doit pas étonner. Chacune incarne un rapport au Temps, à son épaisseur, à sa puissance
d’accumulation, des croisades aux guerres napoléoniennes. C’est dans cette distance avec l’origine de l’anoblissement que Proust »

Lecture sociologique. La Recherche se déroule presque exclusivement dans la société aristocratique du Faubourg Saint Germain et dans les salons satellites comme celui de madame Verdurin ou Madame Swann.  La fascination de Proust pour l’aristocratie m’a beaucoup agacée. Laure Murat démontre au contraire qu’il  critique de la noblesse, souvent inculte et vulgaire.

Ce qu’il y a d’enivrant dans le mauvais goût, c’est le plaisir aristocratique de déplaire. » Ce lien intime entre
mauvais goût et aristocratie, vulgarité de sentiment et noblesse de rang, loin d’être une contradiction,
constitue un paradoxe de surface dont Proust a fait une constante dans la Recherche, vaste mise en scène
du dessillement social, où les personnages, de l’aveu même de l’auteur, se révèlent être à la fin le contraire
de ce qu’ils apparaissaient au début. Sous le sadique, le tendre. Sous l’homme du monde, le rustre. Sous
une duchesse de légende, une femme ordinaire. Le viril s’avérera l’efféminé, le noble l’ignoble. La
Recherche ou le grand livre de l’inversion.

Le livre de l’inversion!

Plusieurs acceptations à ce mots, la plus large comprend une notion et son contraire:

« Proust un auteur aussi inclassable qu’annexé d’autorité à telle ou telle cause. Juif et catholique, exemple
modèle et critique de l’assimilation à la française, chantre et contempteur de l’inversion, il sera ici
mobilisé par les sionistes et là taxé d’antisémitisme, réclamé comme un trophée par les mouvements
homosexuels et blâmé pour son homophobie. Je me figure souvent Proust comme Dieu »

L’usage le plus courant de l »inverti » c’est l‘homosexuel. Et c’est un des thèmes les plus traités dans la Recherche comme dans Proust, roman familial. Charlus, Jupien sont ouvertement gays, mais quid du narrateur qui laisse planer le doute. En revanche, Laure Murat, un siècle plus tard, en sortant du placard, montre l’hypocrisie de son milieu « aristocratique ». Tant que les choses ne sont pas dites….le comportement serait supportable, l’important est de ne pas en parler. 

Les invertis et les lesbiennes de la Recherche se soumettent tous et toutes sans exception à ce
commandement, passent leur temps à se cacher et à mentir
[…]

Une seule situation est rigoureusement exclue : l’aveu. À moins qu’il ne soit involontaire et ne donne lieu à
un quiproquo à l’irrésistible charge comique, comme dans l’épisode consacré au duc de Châtellerault.

Lecture littéraire et universitaire

Proust, mode d’emplos’attache au plaisir de lire, à la bibliothèque de son père, aux rééditions dans la Pléiade de la Recherche annotées dont elle a hérité. Plaisir de relire, de redécouvrir de nouvelles facettes de l’œuvre. Lecture universitaire de la chercheuse qui traque dans la correspondance et même dans les archives de la Police toute trace de Marcel Proust. Enseigner Proust, le faire lire aux étudiants californiens et susciter la curiosité et le plaisir de lire pour un public très éloigné dans le temps et dans l’espace.

Laure Murat, l’héroïne d’un roman historique

Et si le sujet n’était pas Marcel Proust mais bien Laure Murat? La Princesse, héritière de toutes les aristocraties, descendante aussi bien de Joachim Murat, fait roi de Naples par Napoléon, que des Ducs de Luynes dont elle décrit le château où elle a fait des châteaux de sables, enfant. Noblesse d’Empire comme légitimiste. Pour moi, c’est exotique et passionnant!

Bilan N°4 – Sodome et Gomorrhe et d’autres choses autour de Proust….

 LECTURE COMMUNE DE LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU AVEC CLAUDIALUCIA, KEISHA, ET D’AUTRES

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Notre exploration continue et nous mène sur les terres exotiques de Sodome et Gomorrhe, de Paris à Balbec 

Claudialucia

Marcel Proust : Sodome et Gomorrhe (1) le baron Charlus et l’homosexualité (Sodome)

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/10/marcel-proust-sodome-et-gomorrhe-l.html?lr=1728061689290

Marcel Proust :Sodome et Gomorrhe (2) : Albertine et l’homosexualité Gomorrhe

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/10/marcel-proust-sodome-et-gomorrhe.html

Marcel Proust : Sodome et Gomorrhe (3): L’humour de Proust

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/10/marcel-proust-sodome-et-gomorrhe-l.html

 

 

Miriam

Sodome et Gomorrhe – (1ere partie) Le Baron de Charlus et Jupien

Sodome et Gomorrhe : Partie 2 – Ch.1: La soirée chez la Princesse et du Prince de Guermantes

Sodome et Gomorrhe – Autour de Balbec, les noms des villages normands

je suis partie à Balbec découvrir les lieux qui ont inspiré Marcel Proust

le Grand Hôtel, la promenade sur la digue et la plage

Cabourg : à la plage

Marcel Proust (l’écrivain) et Marcel, le narrateur, n’ont jamais vécu dans la belle villa du Temps Retrouvé transformé en musée Belle Epoque qui contient des autographes et des tableaux des personnes ayant inspiré Proust.

promenade sur la Côte de Nacres – Cabourg : La villa du Temps Retrouvé

 

keisha a déniché une correspondance rare de Proust

https://enlisantenvoyageant.blogspot.com/2024/09/lettres-sa-voisine.html

Si vous avez fait d’autres lectures vous pouvez coller les liens en commentaires ici.

Le challenge n’est pas terminé. Nous allons attaquer La Prisonnière. Le Bilan N° 5 pour le 15 Novembre. Comme les quatre récapitulations précédentes il inclura les billets sur La Recherche mais aussi toutes les lectures connexes, Laure Murat pour ma part, les visites dans les sites proustiens, les podcasts…et tout ce que vous trouverez d’intéressant. 

 

 

 

Challenge A la Recherche du Temps perdu – Récapitulation N°3 – Le Côté de Guermantes

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA et d’autres….

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Nous avons terminé, avec plus ou moins de plaisir, le très long Côté de Guermantes fidèles au poste et au défi de la lecture commune

Claudialucia

Proust Le côté de Guermantes  Helleu, Eltsiret la duchesse de Guermantes
https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/08/le-jeudi-avec-marcel-proust-paul-cesar.html
Proust Le côté de Guermantes : le nom propre

Proust Le côté de Guermantes    lucidité et pessimisme

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/08/marcel-proust-le-cote-de-guermantes.html

Proust Le côté de Guermantes : les peintres flamands
https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/09/le-jeudi-avec-marcel-proust-le-cote-de.html

Miriam

Proust Le côté de Guermantes :(1ère partie) Le téléphone

Proust Le Côté de Guermantes :(2ème partie) L’Affaire Dreyfus dans le salon de madame de Villeparisis

Proust Le côté de Guermantes :  (3ème partie) Un dîner chez la Duchesse de Guermantes

 

j’ai eu le grand plaisir de visiter la Maison de tante Léonie (Musée Proust) à Illiers-Combray

La 4ème récapitulation sera au début Octobre pour Sodome et Gomorrhe

 

Sodome et Gomorrhe – Autour de Balbec, les noms des villages normands

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, AIFELLE, KEISHA, FANJA, SANDRINE,  DOMINIQUE et d’autres…..

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Le Narrateur est retourné à Balbec il est invité chez Madame de Cambremer et dans le salon de Madame Verdurin qui a loué la Raspelière à cette dernière. En compagnie d’Albertine, ils empruntent le petit train local et y retrouvent les membres de la petite bande d’invités de Madame Verdurin, Brichot, Cottard et le Baron de Charlus avec le violoniste Morel. Le petit train s’arrête aussi à Doncières où Robert de Saint-Loup est cantonné. Ces petits voyages en train sont l’occasion de conversations parfois pédantes. 

Brichot, à la prière d’Albertine, nous en avait plus complètement expliqué les étymologies. J’avais trouvé
charmant la fleur qui terminait certains noms, comme Fiquefleur, Honfleur, Flers, Barfleur, Harfleur, etc.,
et amusant le boeuf qu’il y a à la fin de Bricqueboeuf. Mais la fleur disparut, et aussi le boeuf, quand Brichot
(et cela, il me l’avait dit le premier jour dans le train) nous apprit que fleur veut dire «port» (comme fiord)
et que boeuf, en normand budh, signifie «cabane». Comme il citait plusieurs exemples, ce qui m’avait paru
particulier se généralisait: Bricqueboeuf allait rejoindre Elbeuf, et même, dans un nom au premier abord
aussi individuel que le lieu, comme le nom de Pennedepie, où les étrangetés les plus impossibles à élucider par la raison me semblaient amalgamées depuis un temps immémorial en un vocable vilain, savoureux et durci comme certain fromage normand…

[…]Dans presque tous ces noms qui se terminent en ville, vous pourriez voir, encore dressé sur cette côte, le fantôme des rudes envahisseur normand.  

Chose inexplicable, ils semble que les Goths soient venus jusqu’ici et même les Maures. Mortagne vient de Mauretania

« Homme  » c’est Holm qui signifie « ilôt » quand à Thorp ou « village »…

Nous partons la semaine prochaine en Normandie, nous voici édifiés pour la toponymie! je vais essayer de mettre mes pas dans ceux de  Proust. Mais ce ne sera pas facile, la côte s’est bien construite en un siècle et il ne faut pas oublier que La Recherche est un objet littéraire et que Proust a modelé le paysage à sa façon.

Les Secrets de la Princesse de Cadignan- Balzac

UNE NOUVELLE DE BALZAC SUR LE CONSEIL DE PROUST

 

« De quoi parliez-vous donc? dit Albertine étonnée du ton solennel de père de famille que venait d’usurper M. de Charlus.- De Balzac, se hâta de répondre le baron, et vous avez justement ce soir la toilette de la princesse de Cadignan, pas la première, celle du dîner, mais la seconde. […]C’est une nouvelle exquise, dit le baron d’un ton rêveur. je connais le petit jardin où Diane de Cadignan se promena avec M. d’Espart….. »

Sodome et Gomorrhe terminé, j’ai lu cette  nouvelle d’une centaine de pages suivant la recommandation de M. de Charlus. Après avoir ramé dans la Recherche, longueurs et répétitions, quel bonheur de retrouver Balzac rafraîchissant comme une boisson pétillante légèrement acidulée. 

La princesse de Cadignan, autrefois duchesse de Maufrigneuse, après les évènements de Juillet 1830, ruinée s’est rangée dans une profonde retraite et voulut faire oublier sa vie scandaleuse :

« Elle avait passé sa vie à s’amuser, elle était un vrai don Juan femelle, à cette différence près que ce n’est pas
à souper qu’elle eût invité la statue de pierre, et certes elle aurait eu raison de la statue. »

Trente six ans, encore belle, elle aspire à un nouvel amour. A sa seule confidente, Madame d’Espards, elle se livre

je voudrais cependant bien ne pas quitter ce monde sans avoir connu les plaisirs du véritable amour,

Pourtant, un homme, en secret, l’a suivie au spectacle, dans la rue, sans jamais l’aborder, Michel Chrestien, mort tragiquement.  Son ami, l’écrivain Daniel d’Arthez connaissant Blondet et Rastignac, est invité à diner chez Madame d’Espards  qui provoque la rencontre avec  la princesse de Cadignan. Ils évoqueront le souvenir de Michel, mais pas seulement, d’Arthez n’est pas insensible au charme de la princesse

Après cette conversation, la princesse avait la profondeur d’un abîme, la grâce d’une reine, la corruption  des diplomates, le mystère d’une initiation, le danger d’une syrène.

La suite du roman met en scène la séduction toute en douceur, toute en finesse que met en œuvre la princesse pour conquérir d’Arthez. Balzac détaille tous les stratagèmes et la maîtrise de la conquête. La toilette grise,  qu’évoquait le Baron de Charlus.

« Elle offrit au regard une harmonieuse combinaison de couleurs grises, une sorte de demi-deuil, une grâce
pleine d’abandon, le vêtement d’une femme qui ne tenait plus à la vie que par quelques liens naturels, « 

Après cette longue préparation, quand Arthez est bien accroché, elle va lui livrer ses secrets, qui ont donné le titre au livre.

Ici commence l’une de ces comédies inconnues jouées dans le for intérieur de la conscience, entre
deux êtres dont l’un sera la dupe de l’autre, et qui reculent les bornes de la perversité, un de ces drames
noirs et comiques, auprès desquels le drame de Tartufe est une vétille ; mais qui ne sont point du domaine
scénique, et qui, pour que tout en soit extraordinaire, sont naturels, concevables et justifiés par la
nécessité, un drame horrible qu’il faudrait nommer l’envers du vice

Il vous faudra lire le livre pour découvrir ces secrets!

Et la lecture en vaut la peine.

Sodome et Gomorrhe : Partie 2 – Ch.1: La soirée chez la Princesse et du Prince de Guermantes

CHALLENGE MARCEL PROUST AVEC CLAUDIALUCIA, 

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Et nous voici repartis pour une interminable soirée de près de 100 pages chez le prince de Guermantes!

Dans A l‘Ombre des jeunes filles en fleurs   et Le côté de Guermantes, nous avions assisté à un dîner chez Madame de Villeparisis, un autre chez la duchesse de Guermantes. Ces mondanités ont un fâcheux effet soporifique, ma liseuse me tombe des mains, ce qui est bien ennuyeux si je lis dans le métro. Des personnages très nobles, très titrés, se livrent à une comédie protocolaire où il convient d’être « présenté« , où on fait semblant de ne pas voir tel ou tel importun, où médisances et piques se distillent dans la plus grande des politesses (enfin pas toujours). La lectrice doit être très attentive aux liens de parenté, aux diminutifs et surnoms, se souvenir des liaisons secrètes (ou pas) où d’anciennes maîtresses ne doivent pas croiser leurs  rivales….Si encore ces personnages étaient sympathiques, mais ce n’est vraiment pas le cas.

Le narrateur n’est pas très sûr d’être invité à cette soirée, il ne fait pas vraiment partie de ce monde du Faubourg Saint Germain. Il n’a pas été « présenté » au maître de maison, le Prince de Guermantes. Il passe un bon moment à chercher qui voudra se charger de cette formalité. Certains propos sont savoureux, d’autres franchement ennuyeux.

« On entendait, dominant toutes les conversations, l’intarissable jacassement de M. de Charlus… »

qui est au centre de l’attention du narrateur. M. de Charlus est bien trop occupé pour le présenter, d’ailleurs un fâcheux,  médecin, détourne Marcel de l’attention du baron. Tout aussi importun, M. de Vaugoubert, un diplomate, ne sera pas plus utile.

M. de Charlus est attiré par les deux fils de Madame de Surgis, deux éphèbes d’une grande beauté affligés des prénoms ridicules d’Arnulphe et de Victurnien.

Provocateur, il s’amuse à bloquer Mme de Saint-Euverte, venue glaner des invités pour sa garden-party du lendemain, et lui inflige le couplet suivant :

La proximité de la dame suffit. Je me dis tout d’un coup: «Oh! mon Dieu, on a crevé ma fosse d’aisances»,
c’est simplement la marquise qui, dans quelque but d’invitation, vient d’ouvrir la bouche. Et vous
comprenez que si j’avais le malheur d’aller chez elle, la fosse d’aisances se multiplierait en un formidable
tonneau de vidange[…]On me dit que l’infatigable marcheuse donne des «garden-parties», moi j’appellerais ça «des invites à se promener dans les égouts». Est-ce que vous allez vous crotter là?

Proust vulgaire? Le baron de Charlus, un Guermantes, est ici chez lui, il peut se permettre n’importe quoi, il imprime de son insolence, la morgue l’impunité que sa naissance lui confère.

Ce beau monde ne fait pas toujours dans la délicatesse et le bon goût. Madame d’Arpajon arrosée par un  jet d’eau, provoque l’hilarité du grand-duc Wladimir avec des « roulements militaires du rire » ponctué de « bravo la vieille! » encore plus désobligeant. Le grand monde ne fait pas montre de  la meilleure éducation!

Mon intérêt est piqué par la rencontre avec Swann qui a eu une entrevue étrange avec le Prince. A-t-il été éconduit? Swann malade, vieilli,

« Swann était arrivé à l’âge du prophète. Certes, avec sa figure d’où, sous l’action de la maladie des segments
entiers avaient disparu, comme dans un bloc de glace qui fond et dont des pans entiers sont tombés, il
avait bien changé. »

Son nez (nez juif?) est devenu monstrueux. Il fait pitié dans ce salon impitoyable et antisémite. Sa présence remet l’Affaire Dreyfus au centre de la conversation. Et je ne suis pas au bout de mes surprises. Le prince après avoir vanté les beautés de la France et

ce qu’elle a de plus splendide, son armée qu’il m’était trop cruel de lui faire part de mes soupçons qui n’atteignaient, il est vrai que quelques officiers. Mais je suis d’une famille de militaires, je ne voulais pas croire que des officiers puissent se tromper. J’en reparlai encore à Beauserfeuil, il m’avoua que des machinations coupables avaient été ourdies, que le
bordereau n’était peut-être pas de Dreyfus, mais que la preuve éclatante de sa culpabilité existait. C’était la
pièce Henry. Et quelques jours après, on apprenait que c’était un faux. Dès lors, en cachette de la Princesse,
je me mis à lire tous les jours le Siècle, l’Aurore; bientôt je n’eus plus aucun doute, je ne pouvais plus
dormir. Je m’ouvris de mes souffrances morales à notre ami, l’abbé Poiré, chez qui je rencontrai avec
étonnement la même conviction, et je fis dire par lui des messes à l’intention de Dreyfus, de sa
malheureuse femme et de ses enfants. Sur ces entrefaites, un matin que j’allais chez la Princesse, je vis sa femme de chambre qui cachait quelque chose qu’elle avait dans la main. Je lui demandai en riant ce que
c’était, elle rougit et ne voulut pas me le dire. J’avais la plus grande confiance dans ma femme, […]ce que sa femme de chambre cachait en entrant dans sa chambre, ce qu’elle allait lui acheter tous les jours,
c’était l’Aurore.

Quelle surprise! Subir toutes ces mondanités sans se décourager est bien récompensé!

 

 

 

Sodome et Gomorrhe – (1ere partie) Le Baron de Charlus et Jupien

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, AIFELLE, KEISHA, FANJA, SANDRINE,  DOMINIQUE et d’autres…..

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Le jeune Marcel, caché pour guetter la pollinisation de l’orchidée de la Duchesse de Guermantes, est le témoin fortuit d’un échange entre Jupien et Le Baron de Charlus. Intrigué par cette rencontre, il espionne les deux hommes et surprend un rapport sexuel qu’il rapporte de manière très explicite.

Il est vrai que ces sons étaient si violents que, s’ils n’avaient pas été repris un octave plus haut par une plainte parallèle, j’aurais pu croire qu’une personne en égorgeait une autre à côté de moi et qu’ensuite le meurtrier et sa victime ressuscitée prenaient un bain pour effacer les trace du crime

Je suis surprise par la brutalité du récit. Précédemment Proust avait éludé l’attirance homosexuelle et l’attitude ambiguë de Charlus, nous avait baladé avec des jeunes filles en fleurs qu’il ne désirait pas vraiment et des manœuvres amoureuses pour se rapprocher d’ Odette Swann ou Oriane de Guermantes. Ici, il énonce les faits crus et précis.

La suite du texte est une analyse de la façon dont sont perçus les homosexuels.

Race sur qui pèse une malédiction et qui doit vivre dans le mensonge et le parjure, puisqu’elle sait tenu
pour punissable et honteux, pour inavouable, son désir, ce qui fait pour toute créature la plus grande
douceur de vivre

Une allusion à Oscar Wilde ? 

Sans honneur que précaire, sans liberté que provisoire, jusqu’à la découverte du crime; sans situation
qu’instable, comme pour le poète la veille fêté dans tous les salons, applaudi dans tous les théâtres de
Londres, chassé le lendemain de tous les garnis sans pouvoir trouver un oreiller où reposer sa tête,
tournant la meule comme Samson …

Il fait un parallèle entre la situation des Juifs et la position des homosexuels dans la société :

rassemblés à leurs pareils par l’ostracisme qui les frappe, l’opprobre où ils sont tombés, ayant fini par
prendre, par une persécution semblable à celle d’Israël, les caractères physiques et moraux d’une race,

Il poursuit la comparaison jusqu’à imaginer l’équivalent du sionisme,

De même qu’on a encouragé un mouvement sioniste, à créer un mouvement sodomiste et à rebâtir Sodome.

Il ne faut pas oublier que le roman se déroule en pleine Affaire Dreyfus et que l’antisémitisme est virulent.

Laissons pour le moment de côté ceux qui, le caractère exceptionnel de leur penchant les faisant se croire
supérieurs à elles, méprisent les femmes, font de l’homosexualité le privilège des grands génies et des
époques glorieuses, et quand ils cherchent à faire partager leur goût, le font moins à ceux qui leur
semblent y être prédisposés, comme le morphinomane fait pour la morphine, qu’à ceux qui leur en
semblent dignes, par zèle d’apostolat, comme d’autres prêchent le sionisme, le refus du service militaire, le
saint-simonisme, le végétarisme et l’anarchie.

Un constat clair, presque militant? Politique en tout cas. Comme pour l’Affaire Dreyfus, Proust ne se perd pas en périphrase. A mon grand étonnement.