Tituba – Qui pour nous protéger? au Palais de Tokyo

Exposition temporaire jusqu’au 5 janvier 2025

 

 

Tituba est l’héroïne du roman de Maryse Condé : Moi Tituba, sorcière noire de Salem (CLIC)

Cette exposition collective expose les livres de Maryse Condé . Onze artistes sont invitée, entre France, Caraïbes, Grande Bretagne et Etats Unis :

 Naudline Pierre, Abigail Lucien, Rhea Dillon, Miryam Charles, Monika Emmanuelle Kazi, Naomi Lulendo, Inès Di Folco Jemni, Liz Johnson Artur, Tanoa Sasraku, Claire Zaniolo, Massabielle Brun
Il sera question de deuil, de rituels, de sorcellerie peut être, de femmes caribéennes sûrement. 
Tituba qui pour nous protéger, Naudline Pierre (USA)

j’ai beaucoup aimé la vidéo (10’33) de Myriam Charles d’origine haïtienne, vivant à Montréal, à la mémoire d’une jeune fille assassinée. L’écran est troué d’un cercle dans lequel s’impriment des images plus intimes : la chambre de la jeune fille alors qu’hors cadres on voit des images de nature tropicale. Une marche funèbre est chantée en créole « Pakité m’égaré »

Liz Johnson Artur expose des photographies des manifestations à Londres de Black Life Matters

Installation étrange de parpaings émaillés construisant murs et barrières dans la pièce. Une armoire couchée en biais contient de la vaisselle en cristal cassée.

Naomi Lulendo présente 3 photographie au fond presque noir, clair obscur : Potomitan, Nuit Noire, Ombre portée (impossible à photographier avec mon téléphone. 

Le montage photographique de Claire Zaniolo montre des images de Guadeloupe. 

Massabielle Brun

Un ensemble, un peu étrange, envoûtant.


 

Naviguer à l’oreille – Rosie Pinhas-Delpuech

 

 

Rosie Pinhas-Delpuech m’accompagne lors de mes promenades quotidiennes, podcasts Radio-France, CLIC . Après cet épisode de Fous d’Histoirej’ai téléchargé son dernier livre Naviguer à l’oreille après les Suites byzantines, La Faille du Bosphore et le Typographe de Whitechapel que j’ai lus avec  bonheur. Ecrivaine, Rosie Pinhas-Delpuech est également traductrice de l’hébreu. 

« La nuit, je les écoute de mon lit, ils mélangent l’allemand, le français et l’espagnol : l’allemand pour que les enfants, la petite et la grande, die kleine et die grosse, ne comprennent pas ; le français pour articuler,
raisonner ; l’espagnol domestique, par exaspération. »

A l’oreille, dès l’enfance à Istanbul elle naviguait dans un univers polyglotte : Allemand de sa mère, Français du père, Espagnol de sa grand-mère, Turc de la rue et de l’école. Ce qui, dans la ville cosmopolite n’était rien d’extraordinaire, Grec, Arménien, se faisaient entendre, entre autres…

Et comme si les mots ne suffisaient pas, s’ajoute la musique délivrée par le poste de radio Blaupunkt qui est un personnage à part entière dans sa famille

« Un grand oeil bleu-vert sur le front de la radio qui rétrécit ou se dilate selon la fréquence de la station et la stabilité des ondes,[…] je l’identifie à l’œil de Dieu qui regardait Caïn, à celui d’Atatürk qui surveille le pays
de sa prunelle bleu d’azur au-dessus du tableau noir à l’école. Lui aussi me regarde sans jamais cligner les
yeux. Et à un danger qui nous menace tous, à tout moment, qui plane sur le dedans et le dehors »

Deux chapitres de ce court livre font référence à la radio Blaupunkt et My radio days beaucoup plus tard avec l’apprentissage d’une nouvelle langue : l’Anglais et les chansons de Sinatra, Elvis Presley…et accessoirement La famille Duraton. 

La radio diffuse aussi l’actualité : le procès de Yassiadia au tribunal militaire qui juge un Président de la République après le coup d’état qui renverse le gouvernement turc en 1960. Et Rosie découvre que

« La Blaupunkt mentait désormais, les adultes mentaient, dans ma culotte il y avait du sang, tout était trouble, tout basculait, il n’y avait plus de musique et il n’y avait pas encore de mots »

11 avril 1961, un autre procès est diffusé par une autre radio : Le Procès Eichman dans un autre pays qui évoque à la jeune fille l’Utopie de Thomas More

« Kol Israel est l’artère coronaire du pays, on l’entend partout, mais contrairement au Nous de Zamiatine,
à la série Le Prisonnier, ou aux films de propagande nazis, soviétiques ou chinois, avec les haut-parleurs
haut perchés dans le ciel et une voix unique omniprésente au-dessus des têtes des citoyens, Kol Israel reflète à la fois un tissu collectif fort, quasi familial, et ses trous, sa cacophonie, jusqu’à aujourd’hui, de guerre en guerre, de joie en chagrin. Il y a encore dans cette radio une part d’un Nous d’utopie »

Et le roman bascule avec ce Procès dont la diffusion doit trouver un compromis entre la justice et le témoignage devant l’histoire. Ici encore, le poids de la langue est capital.

Dans la bouche des survivants, sous le poids de ce qu’ils disent, cette langue neuve craque
[…]
Sans doute, à un certain degré d’horreur, n’y a-t-il plus de langue, ça s’efface dans la tête, leur hébreu est
psychotique, ils disent l’indicible avec le détachement et la distance d’une langue étrangère récemment
apprise.

Le monde découvre l‘horreur de la Shoah 

L’appareil judiciaire israélien est d’émanation allemande, nombre de ses juges ont été formés à
Francfort, la ville de la première Constitution démocratique allemande. J’entends leur accent quand ils parlent, je le connais, le reconnais. De l’hébreu à l’allemand, de l’allemand à l’hébreu, les deux langues commercent, de l’une à l’autre pour dire la Shoah devant un tribunal national, souverain…

Roman historique, avec l’histoire de la Turquie, l’oeil bleu d’Atatürk, les relations trouble entre la Turquie et l’Allemagne, la tragédie du Struma…

Aussi roman de la langue, des langues si bien illustrée par l’histoire biblique de Babel

« La langue, parce qu’elle a une vie qui lui est propre, qu’elle est un organisme vivant avec ses lois propres,
est toujours la cible et la convoitise des projets totalitaires. Dominer le monde non seulement par la
force, mais aussi par les mots. Imposer et contrôler une langue, amener un peuple à la parler, façonner
une pensée unique en créant un vocabulaire unique, l’appauvrir, la déformer, lui enlever toute sa
polysémie, son incertitude, son aptitude à circuler, à être traduite. En neuf versets concentrés et énigmatiques, l’épisode de Babel nous raconte l’histoire d’un tel projet et sa mise en échec. »

Un court texte mais si riche.

J’ai encore adoré!

 

 

A la Recherche du Temps Perdu – Récapitulation 5 – La Prisonnière

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA

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Le narrateur a embarqué Albertine à Paris. En l’absence de sa mère partie  à Combray , il cache la jeune fille dans son appartement sous bonne garde (Françoise et le chauffeur de la voiture). Ma proustolâtrie plonge. Je m’agace de ces manières. Je cherche à comprendre comment Albertine supporte cette situation. Comme Proust ne peut s’empêcher de fréquenter les Guermantes et les salons mondains, il nous livre une nouvelle version d’une soirée chez Madame Verdurin

La Prisonnière – Marcel Proust – Emprise, jalousies et mensonges.

La Prisonnière : mais qui est donc Albertine?

La Prisonnière : Une soirée musicale chez madame Verdurin

 

Proust, roman familial – Laure Murat

Claudialucia nous offre 5  billets très très bien illustrés

vous découvrirez la mode et les robes de Fortuny avec ce premier article https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/11/le-jeudi-avec-marcel-proust-la.html

les bruits de la rues, les cris de Paris :  citation que j’avais envie également envie de mettre en avant https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/11/normandie-calvados-caen-exposition-le.html

Etude de personnage – Marcel https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/11/marcel-proust-la-prisonniere-marcel-1.html

Etude de personnage Albertinehttps://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/11/marcel-proust-la-prisonniere-albertine-2.htmlhttps://claudialucia-

le mythe de Pygmalion  : malibrairie.blogspot.com/2024/11/marcel-proust-la-prisonniere-le-mythe.html

Keisha devait nous rejoindre mais a renoncé.

Si vous avez d’autres liens déposez les ici!

Rendez-vous le mois prochain avec Albertine disparue

La Prisonnière : Une soirée musicale chez madame Verdurin

LECTURE COMMUNE : A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU AVEC CLAUDIALUCIA, KEISHA….

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Quand le narrateur n’est pas occupé à traquer les sorties d’Albertine, quand il n’est pas en train de deviner les mensonges de la Prisonnière. (Comment s’évader sinon élaborer des subterfuges?)  Il s’accorde une soirée  chez les Verdurin.

Je retrouve la verve mondaine de Proust et la lecture s’anime. 

la force de Mme Verdurin, c’était l’amour sincère qu’elle avait de l’art, la peine qu’elle se donnait pour les
fidèles, les merveilleux dîners qu’elle donnait pour eux seuls, sans qu’il y eût des gens du monde conviés.

Madame Verdurin qui réunit musiciens et poètes, peintres et artistes, a convié le violoniste Morel, le protégé du Baron de Charlus, pour interpréter une œuvre inédite de Vinteuil. Monsieur de Charlus, de son côté a convié toute une clique Faubourg Saint Germain curieuse d’écouter le violoniste et les nouveautés musicales mais méprisant les habitués du salon Verdurin. Conforté par son succès mondain, et le succès de Morel, Charlus se montre particulièrement odieux. Familiarité avec le personnel :

Il a une figure drôlette, ce petit-là, il a un nez amusant et, complétant sa facétie, ou cédant à un désir, il abattit son index horizontalement, hésita un instant, puis, ne pouvant plus se contenir, le poussa irrésistiblement droit au valet de pied et lui toucha le bout du nez en
disant : « Pif ! » « Quelle drôle de boîte », se dit le valet de pied, qui demanda à ses camarades si le baron
était farce ou marteau. « Ce sont des manières qu’il a comme ça, lui répondit le maître d’hôtel (qui le
croyait un peu « piqué », un peu « dingo »), mais c’est un des amis de Madame que j’ai toujours le mieux
estimé, c’est un bon cœur.

Charlus ne se contente pas de facéties et de provocations,

Ce qui perdit M. de Charlus ce soir-là fut la mauvaise éducation – si fréquente dans ce monde – des personnes qu’il avait invitées et qui commençaient à arriver . Venues à la fois par amitié pour M. de Charlus, et avec la curiosité de pénétrer dans un endroit pareil, chaque duchesse allait droit au baron comme si c’était lui qui avait reçu, et disait juste à un pas des Verdurin qui entendaient tout : « montrez-moi où est la mère Verdurin … »

La vengeance de Madame Verdurin sera cruelle.

Cette soirée mémorable est aussi un grand moment musical. Le narrateur reconnait la phrase musicale de la sonate de Vinteuil (celle de Swann et Odette)

Mais c’est le petit chemin qui mène à la petite porte du jardin de mes amis X… ; je suis à deux minutes de
chez eux », et leur fille est en effet là qui est venue vous dire bonjour au passage ; ainsi, tout d’un coup, je
me reconnus, au milieu de cette musique nouvelle pour moi, en pleine sonate de Vinteuil ; et, plus
merveilleuse qu’une adolescente, la petite phrase, enveloppée, harnachée d’argent, toute ruisselante de
sonorités brillantes, légères et douces comme des écharpes, vint à moi, reconnaissable sous ces parures
nouvelles.

La suite est un bonheur d’écoute de cette musique à la fois nouvelle et familière. Poésie champêtre des fleurs, chèvrefeuilles et géraniums blancs, matin d’orage empourpré, rose d’aurore. Proust nous transporte. Il nous emmène à Combray. Il décrit ensuite les instrumentistes, le violoncelliste, la harpiste, et bien sûr Morel et sa mèche faisant boucle sur le front.

Les mondes  qu’avait crées Vinteuil le ramènent à son amour pour Albertine ou plutôt à ses velléités à l’aimer.

Malgré ma mauvaise humeur, j’ai trouvé de belles pages!

La Prisonnière : mais qui est donc Albertine?

CHALLENGE MARCEL PROUST AVEC CLAUDIALUCIA, KEISHA, et d’autres

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Albertine est une des Jeunes filles en fleurs que le narrateur a découvertes sur la digue de Balbec comme une volée de mouettes. Dans les premiers tomes de la Recherche elle ne se distingue pas vraiment de ses camarades. jeunes filles sportives, effrontées, vives, qui intriguent beaucoup le narrateur qui ne semble pas faire son choix. Il a envie de tomber amoureux. Albertine ou Andrée? ou une troisième? Il ne semble pas très fixé. 

Qu’avait-il voulu dire par mauvais genre ? J’avais compris genre vulgaire, parce que, pour le contredire
d’avance, j’avais déclaré qu’elle avait de la distinction. Mais non, peut-être avait-il voulu dire genre
gomorrhéen. Elle était avec une amie, peut-être qu’elles se tenaient par la taille, qu’elle regardaient d’autres femmes …

Le docteur Cottard fait remarquer au narrateur que les jeunes filles dansent sein contre sein et lui explique le plaisir féminin « gomorrhéen » qui semble exciter le jeune homme. La proximité d’Albertine et de l’amie de la fille du compositeur Vinteuil (lesbiennes notoires) semble encore plus l’attirer. Fantasme bien masculin : quelle idée étrange de vouloir séparer des lesbiennes. Alors que l’homosexualité masculine est un des thèmes-phares de la Recherche, le regard sur les amours saphiques est bien mâle. C’est d’ailleurs à ce propos que le narrateur veut faire d’Albertine sa fiancée et qu’il l’enlève à Paris. Eloigner Albertine de ses fréquentations féminines est le fil conducteur de La Prisonnière. 

Elles étaient de ces femmes à qui leurs fautes pourraient au besoin tenir lieu de charme[…]Ce qui rend douloureuses de telles amours, en effet, c’est qu’il leur préexiste une espèce de péché originel
de la femme, un péché qui nous les fait aimer, de sorte que, quand nous l’oublions, nous avons moins
besoin d’elle et que, pour recommencer à aimer, il faut recommencer à souffrir.

Mais qui est donc Albertine?

En lisant et relisant, je découvre qu’elle est brune. Grande ou petite? Mince ou potelée? Il est une fois question de ses joues. Il me semble que ses yeux sont noirs mais l’auteur ne s’embarrasse pas de description précise. Elle est attirante quand elle dort. Quand elle est passive. Il la compare même à une plante. Le narrateur est-il amoureux d’une jeune fille vivante ou d’une plante qui dort?

Le narrateur est-il attiré par ses dons artistiques ou intellectuels? Sans doute. A Balbec, Albertine peignait, ou dessinait. Elle joue du pianola. le narrateur est étonné de l’amélioration du vocabulaire de son amie. Certes, quand il la laisse enfermée dans l’appartement,  elle lit!

Pendant que vous dormez je lis vos livres, grand paresseux. – Petite, voilà, vous changez tellement vite et vous devenez tellement intelligente (c’était vrai, mais, de plus, je n’étais pas fâché qu’elle eût la
satisfaction, à défaut d’autres, de se dire que, du moins, le temps qu’elle passait chez moi n’était pas
entièrement perdu pour elle) que je vous dirais, au besoin, des choses qui seraient généralement
considérées comme fausses et qui correspondent à une vérité que je cherche. Vous savez ce que c’est que
l’impressionnisme ? – Très bien. – Eh ! bien, voyez ce que je veux dire : vous vous rappelez l’église de
Marcouville l’Orgueilleuse qu’Elstir n’aimait pas parce qu’elle était neuve ? 

On sait qu’elle est coquette et que Marcel , tel Pygmalion, va chercher des leçons d’élégance chez Oriane de Guermantes pour faire d’Albertine une élégante. Il la couvre de toilettes de prix comme n’importe quelle cocotte.

On sait aussi qu’elle est orpheline et que sa tante aimerait qu’elle fasse un beau mariage. Le narrateur est-il un bon parti? Odette Swann s’est élevée ainsi socialement (mais à Combray elle n’était pas fréquentable) . Rachel, l’amante de Robert de Saint Loup acceptait les parures. Albertine accepte-t-elle d’être entretenue? Sa captivité est-elle le prix du mariage promis ou des cadeaux?  Triste sort des jeunes filles sans fortune! lecture frustrante!

On découvre ensuite que, pour échapper aux filets de la jalousie maladive de son amant, Albertine déploie de nombreuses ruses, des stratégies, des mensonges, des cachoteries. Elle ne se laisse pas faire. Ses inventions sont insoupçonnables. Par ses stratégies d’échappement, elle me devient plus sympathique et le roman moins ennuyeux. Elle est plus fine que son jaloux!

Comment cela se terminera-t-il?

 

La Prisonnière – Marcel Proust – Emprise, jalousies et mensonges.

CHALLENGE PROUST AVEC CLAUDIALUCIA, KEISHA, NATHALIE et d’autres….

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Près de deux semaines pour venir à bout de ce tome V de la Recherche du Temps perdu pourtant pas si long (329 pages sur la Kindle, 544 en édition de poche ) . Paru en 1923 – livre posthume – un siècle avant Meetoo – ce roman qui  narre une emprise, se lit  difficilement aujourd’hui. 

cette obéissance d’Albertine, non pas sa compensation, mais son complément, m’apparaissait comme
autant de privilèges que j’exerçais ; car les devoirs et les charges d’un maître font partie de sa domination,
et le définissent, le prouvent tout autant que ses droits. Et ces droits qu’elle me reconnaissait donnaient
précisément à mes charges leur véritable caractère : j’avais une femme à moi qui, au premier mot que je lui
envoyais à l’improviste, me faisait téléphoner avec déférence qu’elle revenait,

Quelle idée d’emprisonner une jeune fille à qui on a fait miroiter le mariage dans un appartement parisien? Albertine n’est pas captive jour et nuit dans l’appartement du narrateur, elle sort chaperonnée et surveillée. Elle fait l’objet d’une surveillance tatillonne (et coûteuse). Le narrateur est encore plus enfermé tiraillé à chaque instant par sa jalousie soupçonneuse.

Avec un luxe de détails, pas à pas, le narrateur cherche à éloigner Albertine de ses fréquentations, de l’amie de Mlle Vinteuil, de l’actrice Léa, et d’autres femmes gomorrhéennes. Si Albertine souhaite se rendre dans le salon de madame Verdurin, il la persuade d’aller au Trocadéro jusqu’à ce qu’il apprenne que justement Léa doit se produire. Il envoie la fidèle Françoise quérir Albertine au Trocadéro. Chaque piège déjoué révèle une nouvelle occasion de tromperie…

D’ailleurs, si la jalousie nous aide à découvrir un certain penchant à mentir chez la femme que nous
aimons, elle centuple ce penchant quand la femme a découvert que nous sommes jaloux.

La jalousie de Marcel lui dicte un comportement aberrant qui fatigue la lectrice. On apprendra vers la fin du roman que les mensonges d’Albertine sont tout aussi incroyables. Malgré la surveillance de chaque instant Albertine se ménage des espaces de liberté, invente des voyages. Elle est capable de nier les évidences, et même de nier ses affirmations avec effronterie.

Ainsi échangeâmes-nous des paroles menteuses. Mais une vérité plus profonde que celle que nous dirions
si nous étions sincères peut quelquefois être exprimée et annoncée par une autre voie que celle de la
sincérité.

Et la lectrice a bien du mal à suivre. D’ailleurs, dans ce jeu qui prêche le faux pour entrevoir un peu de vrai, je ne vois pas l’intérêt de m’infliger des pages et des pages pour un résultat si minime. Même la brave Françoise a le mauvais rôle. Proust est peut être très subtil mais je me lasse.

Albertine m’effrayait en me disant que j’avais raison, pour ne pas lui faire tort, de dire que je n’étais pas son amant; puisque aussi bien, ajoutait-elle « c’est la vérité que vous ne l »êtes pas ». Je ne ne l’était peut être pas complètement en effet, mais alors que fallait-il penser que toutes les choses que nous faisions ensemble elle les faisait aussi avec tous les hommes dont elle me jurait qu’elle n’avait pas été la maîtresse?

Sont-ils même amants, ces deux-là, alors qu’ils jouent à des jeux étranges de séductions  en échangeant des baisers adolescents? Etrange érotisme à travers la cloison de salles de bains séparées mais contiguës. Une véritable gêne me saisit quand il manipule Albertine endormie, comme une poupée de chiffon. Résonnance actuelle du procès de Mazans.

Moi aussi, depuis que j’étais rentré et déclarais vouloir rompre, je mentais aussi. Et cette volonté de
séparation, que je simulais avec persévérance, entraînait peu à peu pour moi quelque chose de la tristesse que j’aurais éprouvée si j’avais vraiment voulu quitter Albertine.

Au jeu truqué de la vérité s’ajoute un autre jeu pervers : celui de la rupture. provoquer une rupture pour ne pas se séparer. Albertine va-t-elle supporter cela longtemps?

Le 8-octobre – Généalogie d’une haine vertueuse – Eva Illouz – Tracts Gallimard

APRES LE 7 OCTOBRE …

Dana Schutz : Fanatics

Le 7 octobre, l’horreur, le pogrom, le séisme. Déchirement. Urgence de vérifier qui va bien, qui est touché… Sidération.

Mais, pourquoi Eva Illouz  a-t-elle choisi  le 8 octobre ? 

« Pourquoi ce 8 octobre a-t-il été la date où la compassion, même froide et convenue, s’est aussi
mystérieusement absentée ? »

Comment, devant l’horreur des crimes, des viols, des enlèvements de bébés, la jubilation de certains intellectuels s’est exprimée? Non pas les foules  de Gaza, Beyrouth, ou  Damas. On aurait compris mais celle d’universitaires américains, canadiens, suédois qui ont théorisé cette jubilation.

« Le négationnisme et la joie face à la fureur annihilatrice du Hamas continuent d’être pour moi, une énigme obsédante »

la déclaration de Andreas Malm, écologiste de l’université de Malmö est particulièrement choquante : 

« la première chose que nous avons dite dans ces premières heures [du 7 octobre] ne consistait pas tant en des mots qu’en des cris de jubilation. Ceux d’entre nous qui ont vécu leur vie avec et à travers la question de la Palestine ne pouvaient pas réagir autrement aux scènes de la résistance prenant d’assaut le checkpoint d’Erez : ce labyrinthe de tours en béton, d’enclos et de systèmes de surveillance, cette installation consommée de canons, de scanners et de caméras – certainement le monument le plus monstrueux à la domination d’un autre peuple dans lequel j’ai jamais pénétré – tout d’un coup entre les mains de combattants palestiniens qui avaient maîtrisé les soldats de l’occupation et arraché leur drapeau. Comment ne pas crier d’étonnement et de joie»

De la résurgence de l’antisémitisme en France, de l’absence de Macron à la manifestation contre l’antisémitisme, ou des déclarations aberrantes de Mélanchon,  il n’en est pas question dans ce livre qui se concentre sur l’aspect théorique de ce qui se nomme outre-Atlantique la « French Theory« .

French, à cause de Foucault, Derrida, apparue sur les campus américains dans les années 1970 « Antiaméricanisme, anticapitalisme et anticolonialisme en constituaient les fondements »

L’essai de Eva Illouz a pour but d’analyser et de démonter cette théorie. je l’avais écoutée à la radio ICI J’ai eu envie de la lire. Cette lecture s’avère ardue pour qui n’est pas familier du vocabulaire des sciences humaines. Elle permet de mettre des concepts précis derrière le mot très très flou et connoté politiquement de « woke » qu’elle n’utilise pas. L’analyse marxiste se trouve dépassée , remplacée par le pantextualisme

« l’extension de la métaphore du texte à la vie sociale, ce que j’appelle le pantextualisme.
[…]

La déconstruction de Jacques Derrida a peut-être été la forme la plus aboutie du pantextualisme. »

On s’éloigne des catégories habituelles s’appuyant sur des faits pour décrypter des textes. Eva Illouz introduit un nouveau concept : le pouvoirisme

les notions de « discipline », de « surveillance » et « d’orientalisme» n’étaient certes pas marxistes mais
faisaient du pouvoir le signifié ultime à extirper des textes. Ce pouvoir était abstrait et sans agent et
englobait la totalité des pratiques textuelles et des sphères sociales. […]

J’appelle cette position épistémologique le « pouvoirisme

Marx avait situé le pouvoir dans la propriété, dans les moyens de production et le contrôle des termes du
contrat de travail. Pour Max Weber, le pouvoir était défini par la capacité de prendre des décisions pour les
autres et (ou) d’affecter leur comportement Les deux conceptions du pouvoir sont empiriques et font la
distinction entre ceux qui ont du pouvoir et ceux qui n’en ont pas. Le pouvoirisme ne veut pas et ne peut
pas faire cette distinction, parce que le pouvoir est vu comme constitutif de toutes les relations sociales.
[…] le pouvoirisme, la critique des textes était plus qu’un exercice d’herméneutique : elle devenait une
performance morale de la dénonciation.

De l’analyse critique on glisse vers la dénonciation, acte politique ou moral, en tout cas loin de la rigueur universitaire pour atteindre toutes les approximations, la concurrence entre les dénonciations et toutes les outrances sont les bienvenues. L’oubli de l’histoire est acté. 

« Elles racontent le monde à travers des catégories narratives qui effacent le chaos de l’histoire, l’ordonnent
moralement et créent une nouvelle intuition morale : la cause palestinienne, même défendue par un
groupe génocidaire, est intrinsèquement bonne, Israël, même quand il répond à une attaque, incarne le
mal. »

Et enfin, la concurrence victimaire qui est la négation de l’horreur de la Shoah, les Juifs n’étant plus perçus comme victimes mais comme privilégiés.

« L’antisémitisme et l’antisionisme sont devenus des marqueurs-clés de l’identité sociale grâce à deux
processus sociologiques sous-jacents : la concurrence socio-économique et victimaire des minorités »

Instinctivement, je saisis ces concepts de  « pantextualisme », « pourvoirisme » mais je me trouve intellectuellement bien démunie! A l’heure de l’Intelligence Artificielle et des Fake News, il va être bien difficile pour le citoyen lambda de séparer le vrai du faux. Et j’ai peu d’espoir du côté des universitaires.

L’Hôtel du Bon Plaisir – Raphaël Confiant

LECTURE COMMUNE -SOUS LES PAVES, LES PAGES

« Ainsi vécut, trente-sept ans durant (1922-1959), un modeste bâtiment à l’origine destiné à soulager la
misère des guenilleux du quartier des Terres-Sainville, au beau mitan de Fort-de-France, capitale de la
Martinique, petite île à la topographie excentrique »

L’enseigne prête peut-être à confusion. Ce n’est pas un hôtel, encore moins un lieu de plaisir, mais un immeuble où habitent des « gens de bien ». Edifié  par trois soeurs « békées » trois célibataires, issues d’un couvent  au nom de « L’Hôtel de la Charité Saint François de Sales » afin de soulager la misère de ce quartier déshérité.  

« L’ex-avocat, nouveau propriétaire de l’Hôtel du Bon Plaisir, avait donc un roman en chantier. Un grand et
vaste roman. Celui des locataires, passés et présents, de son établissement. »

C’est donc ce roman qui se dévoile page après page. Il mêle les histoire de tous ces personnages et de leurs proches, histoires particulières, mêlée à la grande Histoire, celle de la Martinique, des souvenirs de l’esclavage, révolu depuis longtemps mais encore prégnant, jusqu’à ce que la Martinique ne devienne un département.

« Le soir venu, il notait tout cela dans des cahiers d’écolier dont les couvertures étaient de couleurs différentes. La rouge avait trait à Man Florine. La bleue aux sœurs de Lamotte. L’orange à Justina Beausoleil. La marron à Beausivoir, l’entrepreneur en travaux divers. La verte à Jean-André Laverrière, le clarinettiste. La blanche à Victorin Helvéticus. La jaune à la famille
Andrassamy. »

Un clarinettiste de jazz qui a joué au Bal Blomet. Un ancien instituteur décoré des palmes. Un entrepreneur. Une vendeuse de pistaches, ancienne charbonnière syndiquée à la CGT. Une famille indienne avec une nombreuse marmaille. Un avocat mulâtre. Un étudiant brillant mais un peu fou…un commerçant chinois… un gérant syrien …composent une société diverse ayant en commun le créole et une certaine déveine.

Des évènements à la limite du surnaturel surviennent, un incube vient importuner les femmes, deux meurtres non élucidés agitent la vie quotidienne de cette communauté où circulent les ragots et les jalousies, mais où la solidarité est la règle.

Au fond, si l’on considère l’Hôtel du Bon Plaisir comme un bateau, un paquebot plutôt, un paquebot échoué,
eh bien, mon naufrage n’est pas aussi absurde qu’il en a l’air. Dans cet immeuble bringuebalant se sont
rassemblés, comme par un fait exprès, des destins brisés, des existences secrètement gardées, des rêves
explosés ou tout simplement le plus terre à terre, le plus insignifiant des désarrois : celui de vivre sur une
terre où rien ne sera jamais possible. Que pourrait-on faire, en effet, d’une île où à la sauvagerie de
l’extermination des Amérindiens a succédé la barbarie de l’esclavage des nègres ? Deux tragédies
fondatrices, pontifie un penseur local qui vient de recevoir un prix littéraire à Paris ! Tu parles de
fondations ! Des fosses communes, oui. Ou plutôt des charniers à ciel ouvert. Du sang ! Du sang ! Voici les
cent pur-sang du soleil parmi la stagnation

Un roman très riche rédigé dans une langue pittoresque. J’ai pensé à Chamoiseau,  à Texaco où la vie d’un quartier est racontée. 320 pages qui se tournent toutes seules et vous emmèneront à la Martinique mais aussi à Paris pour votre plus grand plaisir. Seul bémol : l’enquête policière à la suite des meurtres reste en carafe. 

 

 

 

Mesopotamia – Olivier Guedj

DE LA MESOPOTAMIE A L’IRAK –

Le blog Vagabondage autour de moi a attiré mon attention sur Mesopotamia CLIC

Olivier Guedj a construit ce roman sur deux axes : la biographie de Gertrude Bell et  sur la création du royaume de l’Irak. J’avais déjà lu le récit  des voyages de  Gertrude Bell (1907) : The Desert and the Sown    en anglais (non traduit) et sa biographie de Christel Mouchard  : Gertrude Bell archéologue et aventurière agent secret

J’aime beaucoup les récits des exploratrices, Alexandra David-Neel, Isabelle Eberhardt ou Ella Maillart.  Gertrude Bell n’est pas une inconnue! 

« Sur les terres de l’empire ottoman moribond, que tous s’emploient à achever, se joue le vingtième siècle :
l’avenir du monde. »

C’est donc plutôt le versant historique qui m’a intéressée dans ce livre. Née sous Victoria, Gertrude Bell, est une supportrice fervente de l’Empire Britannique. Elle épouse la politique impériale : et la Mésopotamie se trouve sur la Route des Indes qu’il importe de baliser, de Gibraltar, Malte, Chypre, l’Egypte, au Grand Jeu en Afghanistan.

Un autre intérêt stratégique surgit : le pétrole 

« Lorsque gicla le premier jet d’or noir, un matin de 1908, l’officier en charge de la sécurité du gisement cita
dans le télégramme qu’il envoya à ses supérieurs un psaume biblique où il était question de Dieu et d’une
huile sortie de terre faisant resplendir le visage de l’homme. »

L’effondrement de l’Empire Ottoman pendant la Première Guerre mondiale va donner l’occasion à l’armée anglaise de s’établir en Mésopotamie. Cette conquête n’a pas été facile. Le désastre de Kut en 1916 a inspiré à Kipling le poème Mesopotamia éponyme du titre du livre de Guedj

1917
They shall not return to us, the resolute, the young,
    The eager and whole-hearted whom we gave:
But the men who left them thriftily to die in their own dung,
    Shall they come with years and honour to the grave
La politique coloniale britannique a d’abord imaginé la région comme une colonie de peuplement défendue par l’Armée des Indes, où la monnaie serait la roupie, avant-poste des Indes. Pour l’administration de Sa Majesté, les territoires administrés par la Porte n’étaient pas une nation mais plutôt une mosaïque de populations diverses, Arabes, Chrétiens, Juifs, Kurdes.
Que la Mésopotamie, composée de mille ethnies et d’autant de religions et de sectes, comme l’Inde,
ne constitue pas une nation ; que le mouvement nationaliste y est très faible, sinon inexistant ; que les
juifs et les chrétiens, citoyens de seconde zone sous les Ottomans, se réjouissent de leur présence ; que très
peu d’indigènes sont qualifiés pour prétendre à des postes de responsabilité. Les Arabes de Mésopotamie
appartiennent aux races assujetties… »
Cependant après les campagnes de Lawrence  avec les tribus arabes, la déclaration Balfour, la création de la SDN … Avec les accords Sykes-Picot, le Royaume Uni et la France ont partagé le Moyen Orient.
La politique britannique change. Il s’agira de manipuler sous Mandat britannique un état nouvellement créé. Donner à l’Irak un souverain sous tutelle.
Les meilleures armes sont la parole, le tact ; une patience infinie. C’est pourquoi Miss Bell va rester en
Mésopotamie. Il a été question de la renvoyer au Caire mais ses connaissances ethnographiques,
linguistiques et le réseau de relations qu’elle a tissé au cours de ses campagnes archéologiques sont
inestimables.
Le rôle de Gertrude Bell sera d’être faiseuse de roi à côté de Lawrence qui a promis des royaumes. 
Au cours de ce roman se dessine le Moyen Orient, et c’est passionnant!

Proust, roman familial – Laure Murat

CHALLENGE PROUST AVEC CLAUDIALUCIA, KEISHA, NATHALIE….

lecture commune

« Toute mon adolescence, j’ai entendu parler des personnages de la Recherche, persuadée qu’ils étaient des oncles ou des cousines que je n’avais pas encore rencontrés, dont on rapportait les bons mots exactement comme on citait les saillies dans les dîners »

Avant de me lancer dans l’aventure de La Recherche.., je m’étais fixé la règle de ne pas lire les commentaires avant d’avoir fini l’œuvre, afin de garder la surprise de la découverte. De nombreuses blogueuses ont lu le livre de Laure Murat : Aifelle, Claudialucia , Dominique, Keisha et Luocine (es liens sur le Bilan 4 de Claudialucia)

La radio que j’écoute pendant mes promenades, m’a fait déroger à cette règle. Dimanche dernier sur Musique Emoi (FranceMusique), j’ai écouté Laure Murat et j’ai craqué. (CLIC)Comme Laure Murat assure qu’au  cours de lectures et relectures on découvre toujours une nouvelle vision du texte, je me suis pardonnée mon craquage.

Plusieurs lectures sont possibles : décrypter les clés de la Recherche, chercher les personnes cachées sous les personnages. Parfois, plusieurs ont inspiré un caractère. Parfois un seul,  transparent, ce qui a permis à Le Cuziat de se vanter « Moi, monsieur, je suis Jupien« . Au contraire, la comtesse de Chevigné s’est reconnue dans la Duchesse de Guermantes et furieuse brûla les lettres que Proust lui avait adressées…. L’exercice est plus amusant pour l’écrivaine qui connaît de réputation ces personnes qui lui sont souvent apparentées.

« Que Proust, longtemps chroniqueur mondain, ait été fasciné par ces différences de traitement dans les
classes sociales ne doit pas étonner. Chacune incarne un rapport au Temps, à son épaisseur, à sa puissance
d’accumulation, des croisades aux guerres napoléoniennes. C’est dans cette distance avec l’origine de l’anoblissement que Proust »

Lecture sociologique. La Recherche se déroule presque exclusivement dans la société aristocratique du Faubourg Saint Germain et dans les salons satellites comme celui de madame Verdurin ou Madame Swann.  La fascination de Proust pour l’aristocratie m’a beaucoup agacée. Laure Murat démontre au contraire qu’il  critique de la noblesse, souvent inculte et vulgaire.

Ce qu’il y a d’enivrant dans le mauvais goût, c’est le plaisir aristocratique de déplaire. » Ce lien intime entre
mauvais goût et aristocratie, vulgarité de sentiment et noblesse de rang, loin d’être une contradiction,
constitue un paradoxe de surface dont Proust a fait une constante dans la Recherche, vaste mise en scène
du dessillement social, où les personnages, de l’aveu même de l’auteur, se révèlent être à la fin le contraire
de ce qu’ils apparaissaient au début. Sous le sadique, le tendre. Sous l’homme du monde, le rustre. Sous
une duchesse de légende, une femme ordinaire. Le viril s’avérera l’efféminé, le noble l’ignoble. La
Recherche ou le grand livre de l’inversion.

Le livre de l’inversion!

Plusieurs acceptations à ce mots, la plus large comprend une notion et son contraire:

« Proust un auteur aussi inclassable qu’annexé d’autorité à telle ou telle cause. Juif et catholique, exemple
modèle et critique de l’assimilation à la française, chantre et contempteur de l’inversion, il sera ici
mobilisé par les sionistes et là taxé d’antisémitisme, réclamé comme un trophée par les mouvements
homosexuels et blâmé pour son homophobie. Je me figure souvent Proust comme Dieu »

L’usage le plus courant de l »inverti » c’est l‘homosexuel. Et c’est un des thèmes les plus traités dans la Recherche comme dans Proust, roman familial. Charlus, Jupien sont ouvertement gays, mais quid du narrateur qui laisse planer le doute. En revanche, Laure Murat, un siècle plus tard, en sortant du placard, montre l’hypocrisie de son milieu « aristocratique ». Tant que les choses ne sont pas dites….le comportement serait supportable, l’important est de ne pas en parler. 

Les invertis et les lesbiennes de la Recherche se soumettent tous et toutes sans exception à ce
commandement, passent leur temps à se cacher et à mentir
[…]

Une seule situation est rigoureusement exclue : l’aveu. À moins qu’il ne soit involontaire et ne donne lieu à
un quiproquo à l’irrésistible charge comique, comme dans l’épisode consacré au duc de Châtellerault.

Lecture littéraire et universitaire

Proust, mode d’emplos’attache au plaisir de lire, à la bibliothèque de son père, aux rééditions dans la Pléiade de la Recherche annotées dont elle a hérité. Plaisir de relire, de redécouvrir de nouvelles facettes de l’œuvre. Lecture universitaire de la chercheuse qui traque dans la correspondance et même dans les archives de la Police toute trace de Marcel Proust. Enseigner Proust, le faire lire aux étudiants californiens et susciter la curiosité et le plaisir de lire pour un public très éloigné dans le temps et dans l’espace.

Laure Murat, l’héroïne d’un roman historique

Et si le sujet n’était pas Marcel Proust mais bien Laure Murat? La Princesse, héritière de toutes les aristocraties, descendante aussi bien de Joachim Murat, fait roi de Naples par Napoléon, que des Ducs de Luynes dont elle décrit le château où elle a fait des châteaux de sables, enfant. Noblesse d’Empire comme légitimiste. Pour moi, c’est exotique et passionnant!