Jour de Ressac – Maylis de Kerangal

LIRE POUR LE HAVRE

chatonsky la ville qui n’existait pas

Le Havre, terminus, tout le monde descend, un terminus qui porte mal son nom : rien ne saurait se
terminer dans cette ville, tu penses que ça s’arrête, qu’on y est à bout de continent, mais tu descends du
train et tout de suite c’est la mer, alors ça continue.

Rentrée littéraire 2024 – lecture de circonstance pour moi qui rentre de Normandie. Rester encore un moment dans les courants d’air des quartiers construits par Augustin Perret… écouter les galets qui roulent sur la plage, se prendre une belle vague et être trempée.

je remontais alors les artères du quartier Perret tels des couloirs de vent, tête baissée, mon sac US pendu à
l’épaule, je filais sur le plan en damier, de case en case, de bloc en bloc, ignorant à l’époque que cette
géométrie modulaire, ces canyons perpendiculaires et ces carrefours récurrents, ces tours et ces
intersections, multipliant les risques de collision, les angles morts et les lignes de fuite, créaient un espace
propice au hasard, au fortuit, aux coïncidences, un espace devenu la matrice de ma rêverie.

C’est une très belle évocation de la ville, de l’atmosphère du port, marins, trafiquants.

Ville bombardée détruite, comme les villes ukrainiennes ou Gaza…témoignage d’une habitante, rencontre avec deux étudiantes ukrainiennes.

j’étais à genoux sur la plage, tordue, à imaginer l’extraordinaire fossile que serait la ville, une fois ramenée à la surface de la Terre après avoir été engloutie durant des milliers d’années, à me figurer cette mixture géologique urbaine – l’argile de la brique, le fer de l’acier, le sable, le calcaire du béton, le cuivre des fils électriques, l’aluminium des casseroles, le chanvre des tapis, le vinyle des disques, le papier des livres, les microprocesseurs des ordinateurs et des téléphones portables – et comment elle évoluerait dans le temps sous l’effet des forces tectoniques qui élèvent ou enfoncent, de l’érosion sédimentaire, de la dégradation chimique,

Roman policier? La narratrice, doubleuse de cinéma, mère d’une jeune adulte, mariée reçoit un curieux appel de la police du Havre. Un homme est retrouvé mort sur la plage. La seule piste pour l’identifier serait un ticket de cinéma portant son numéro de téléphone mobile. Justement, elle a passé son enfance et son adolescence au Havre. Des souvenirs ressurgissent….

 

Je ne me suis pas  attachée à l’intrigue policière, ni tellement à l’héroïne. Le Havre a suffi à mon bonheur de lecture.

Bilan N°4 – Sodome et Gomorrhe et d’autres choses autour de Proust….

 LECTURE COMMUNE DE LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU AVEC CLAUDIALUCIA, KEISHA, ET D’AUTRES

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Notre exploration continue et nous mène sur les terres exotiques de Sodome et Gomorrhe, de Paris à Balbec 

Claudialucia

Marcel Proust : Sodome et Gomorrhe (1) le baron Charlus et l’homosexualité (Sodome)

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/10/marcel-proust-sodome-et-gomorrhe-l.html?lr=1728061689290

Marcel Proust :Sodome et Gomorrhe (2) : Albertine et l’homosexualité Gomorrhe

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/10/marcel-proust-sodome-et-gomorrhe.html

Marcel Proust : Sodome et Gomorrhe (3): L’humour de Proust

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/10/marcel-proust-sodome-et-gomorrhe-l.html

 

 

Miriam

Sodome et Gomorrhe – (1ere partie) Le Baron de Charlus et Jupien

Sodome et Gomorrhe : Partie 2 – Ch.1: La soirée chez la Princesse et du Prince de Guermantes

Sodome et Gomorrhe – Autour de Balbec, les noms des villages normands

je suis partie à Balbec découvrir les lieux qui ont inspiré Marcel Proust

le Grand Hôtel, la promenade sur la digue et la plage

Cabourg : à la plage

Marcel Proust (l’écrivain) et Marcel, le narrateur, n’ont jamais vécu dans la belle villa du Temps Retrouvé transformé en musée Belle Epoque qui contient des autographes et des tableaux des personnes ayant inspiré Proust.

promenade sur la Côte de Nacres – Cabourg : La villa du Temps Retrouvé

 

keisha a déniché une correspondance rare de Proust

https://enlisantenvoyageant.blogspot.com/2024/09/lettres-sa-voisine.html

Si vous avez fait d’autres lectures vous pouvez coller les liens en commentaires ici.

Le challenge n’est pas terminé. Nous allons attaquer La Prisonnière. Le Bilan N° 5 pour le 15 Novembre. Comme les quatre récapitulations précédentes il inclura les billets sur La Recherche mais aussi toutes les lectures connexes, Laure Murat pour ma part, les visites dans les sites proustiens, les podcasts…et tout ce que vous trouverez d’intéressant. 

 

 

 

Tout le Bruit du Guéliz – Ruben Barrouk

LIRE POUR LE MAROC/ RENTREE LITTERAIRE 2024

 

Ruben Barrouk raconte le voyage qu’il a fait avec sa mère à Marrakech en visite chez sa grand-mère Paulette qui vit seule au Guéliz. La vieille dame  s’est plaint auprès de ses enfants d’entendre un bruit qui perturbe sa vie quotidienne.  Des voisins sont-ils bruyants? Paulette souffre-t-elle d’acouphènes? Ils vont résoudre cette énigme. 

Et, bien sûr, ils n’entendent rien!

Ils vont partir pour un pèlerinage sur les traces des Juifs de Marrakech, au Mellah, au cimetière, et sur les tombeaux de Saints Juifs.

Ce  récit est très simple, très beau, nostalgique et tendre. Traditions et souvenirs qui se mêlent. Les Juifs sont partis mais ils ne sont pas oubliés. La Grand-mère, la mère et l’auteur vont rencontrer des musulmans qui gardent précieusement les traces, les tombes.

Et si ce bruit était le silence assourdissant des absents ?

 

 

 

 

 

 

 

Nord Sentinelle – Contes de l’indigène et du voyageur – Jérôme Ferrari – Actes Sud

LIRE POUR LA CORSE

J’avais envie de retourner en Corse. Jérôme Ferrari sait si bien raconter son île que j’ai téléchargé sans hésitation ce court roman (118 pages). Sur la couverture, le bateau de croisière  écrase la vue : la critique du surtourisme m’intéresse. 

Le pitch : un jeune Corse poignarde un touriste pour un motif dérisoire. Ce ne sera pas vraiment un policier, je ne spoile donc pas!

Ce court ouvrage est formé de quatre récits – quatre contes –  qui s’emboîtent, se répondent et se mêlent à l’intrigue principale

« Nul besoin de prophétie pour savoir que le premier voyageur apporte toujours avec lui d’innombrables calamités »

Le premier conte, récit de voyage, relate l’arrivée du premier voyageur dans la cité interdite de Harar. Un  conte oriental a pour héros un djinn  qui veillerait sur une jeune fille. Autre « conte » celui du « bandit corse », bandit de folklore, héros d’un article de presse d’une journaliste en mal de folklore sensationnaliste qui met en scène un fait divers assez minable.  Ce héros de pacotille va servir de modèle au jeune meurtrier.

Le narrateur est un enseignant qui tente de se garder des dérives  du tourisme et de ses conséquence sur la population locale. Il est proche de l’assassin.  Il essaie d’analyse le geste de ce vague cousin et ancien élève.

Ferrari livre une description pessimiste d’un monde gangréné par l’argent et surtout la bêtise. Bêtise des touristes, vulgaires, hideux . Cynisme et bêtise des locaux qui ont vendu leurs terres et leur âme pour s’enrichir. Rien ne nous est épargné, ni les cuites ni les vomissures. Par moment j’ai pensé à Houellebecq.

Heureusement que le livre ne fait que 118 pages.

Heureusement que Ferrari a du style!

Heureusement qu’il a de l’humour!

 

 

 

Challenge A la Recherche du Temps perdu – Récapitulation N°3 – Le Côté de Guermantes

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA et d’autres….

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Nous avons terminé, avec plus ou moins de plaisir, le très long Côté de Guermantes fidèles au poste et au défi de la lecture commune

Claudialucia

Proust Le côté de Guermantes  Helleu, Eltsiret la duchesse de Guermantes
https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/08/le-jeudi-avec-marcel-proust-paul-cesar.html
Proust Le côté de Guermantes : le nom propre

Proust Le côté de Guermantes    lucidité et pessimisme

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/08/marcel-proust-le-cote-de-guermantes.html

Proust Le côté de Guermantes : les peintres flamands
https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/09/le-jeudi-avec-marcel-proust-le-cote-de.html

Miriam

Proust Le côté de Guermantes :(1ère partie) Le téléphone

Proust Le Côté de Guermantes :(2ème partie) L’Affaire Dreyfus dans le salon de madame de Villeparisis

Proust Le côté de Guermantes :  (3ème partie) Un dîner chez la Duchesse de Guermantes

 

j’ai eu le grand plaisir de visiter la Maison de tante Léonie (Musée Proust) à Illiers-Combray

La 4ème récapitulation sera au début Octobre pour Sodome et Gomorrhe

 

Sodome et Gomorrhe – Autour de Balbec, les noms des villages normands

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, AIFELLE, KEISHA, FANJA, SANDRINE,  DOMINIQUE et d’autres…..

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Le Narrateur est retourné à Balbec il est invité chez Madame de Cambremer et dans le salon de Madame Verdurin qui a loué la Raspelière à cette dernière. En compagnie d’Albertine, ils empruntent le petit train local et y retrouvent les membres de la petite bande d’invités de Madame Verdurin, Brichot, Cottard et le Baron de Charlus avec le violoniste Morel. Le petit train s’arrête aussi à Doncières où Robert de Saint-Loup est cantonné. Ces petits voyages en train sont l’occasion de conversations parfois pédantes. 

Brichot, à la prière d’Albertine, nous en avait plus complètement expliqué les étymologies. J’avais trouvé
charmant la fleur qui terminait certains noms, comme Fiquefleur, Honfleur, Flers, Barfleur, Harfleur, etc.,
et amusant le boeuf qu’il y a à la fin de Bricqueboeuf. Mais la fleur disparut, et aussi le boeuf, quand Brichot
(et cela, il me l’avait dit le premier jour dans le train) nous apprit que fleur veut dire «port» (comme fiord)
et que boeuf, en normand budh, signifie «cabane». Comme il citait plusieurs exemples, ce qui m’avait paru
particulier se généralisait: Bricqueboeuf allait rejoindre Elbeuf, et même, dans un nom au premier abord
aussi individuel que le lieu, comme le nom de Pennedepie, où les étrangetés les plus impossibles à élucider par la raison me semblaient amalgamées depuis un temps immémorial en un vocable vilain, savoureux et durci comme certain fromage normand…

[…]Dans presque tous ces noms qui se terminent en ville, vous pourriez voir, encore dressé sur cette côte, le fantôme des rudes envahisseur normand.  

Chose inexplicable, ils semble que les Goths soient venus jusqu’ici et même les Maures. Mortagne vient de Mauretania

« Homme  » c’est Holm qui signifie « ilôt » quand à Thorp ou « village »…

Nous partons la semaine prochaine en Normandie, nous voici édifiés pour la toponymie! je vais essayer de mettre mes pas dans ceux de  Proust. Mais ce ne sera pas facile, la côte s’est bien construite en un siècle et il ne faut pas oublier que La Recherche est un objet littéraire et que Proust a modelé le paysage à sa façon.

Les Secrets de la Princesse de Cadignan- Balzac

UNE NOUVELLE DE BALZAC SUR LE CONSEIL DE PROUST

 

« De quoi parliez-vous donc? dit Albertine étonnée du ton solennel de père de famille que venait d’usurper M. de Charlus.- De Balzac, se hâta de répondre le baron, et vous avez justement ce soir la toilette de la princesse de Cadignan, pas la première, celle du dîner, mais la seconde. […]C’est une nouvelle exquise, dit le baron d’un ton rêveur. je connais le petit jardin où Diane de Cadignan se promena avec M. d’Espart….. »

Sodome et Gomorrhe terminé, j’ai lu cette  nouvelle d’une centaine de pages suivant la recommandation de M. de Charlus. Après avoir ramé dans la Recherche, longueurs et répétitions, quel bonheur de retrouver Balzac rafraîchissant comme une boisson pétillante légèrement acidulée. 

La princesse de Cadignan, autrefois duchesse de Maufrigneuse, après les évènements de Juillet 1830, ruinée s’est rangée dans une profonde retraite et voulut faire oublier sa vie scandaleuse :

« Elle avait passé sa vie à s’amuser, elle était un vrai don Juan femelle, à cette différence près que ce n’est pas
à souper qu’elle eût invité la statue de pierre, et certes elle aurait eu raison de la statue. »

Trente six ans, encore belle, elle aspire à un nouvel amour. A sa seule confidente, Madame d’Espards, elle se livre

je voudrais cependant bien ne pas quitter ce monde sans avoir connu les plaisirs du véritable amour,

Pourtant, un homme, en secret, l’a suivie au spectacle, dans la rue, sans jamais l’aborder, Michel Chrestien, mort tragiquement.  Son ami, l’écrivain Daniel d’Arthez connaissant Blondet et Rastignac, est invité à diner chez Madame d’Espards  qui provoque la rencontre avec  la princesse de Cadignan. Ils évoqueront le souvenir de Michel, mais pas seulement, d’Arthez n’est pas insensible au charme de la princesse

Après cette conversation, la princesse avait la profondeur d’un abîme, la grâce d’une reine, la corruption  des diplomates, le mystère d’une initiation, le danger d’une syrène.

La suite du roman met en scène la séduction toute en douceur, toute en finesse que met en œuvre la princesse pour conquérir d’Arthez. Balzac détaille tous les stratagèmes et la maîtrise de la conquête. La toilette grise,  qu’évoquait le Baron de Charlus.

« Elle offrit au regard une harmonieuse combinaison de couleurs grises, une sorte de demi-deuil, une grâce
pleine d’abandon, le vêtement d’une femme qui ne tenait plus à la vie que par quelques liens naturels, « 

Après cette longue préparation, quand Arthez est bien accroché, elle va lui livrer ses secrets, qui ont donné le titre au livre.

Ici commence l’une de ces comédies inconnues jouées dans le for intérieur de la conscience, entre
deux êtres dont l’un sera la dupe de l’autre, et qui reculent les bornes de la perversité, un de ces drames
noirs et comiques, auprès desquels le drame de Tartufe est une vétille ; mais qui ne sont point du domaine
scénique, et qui, pour que tout en soit extraordinaire, sont naturels, concevables et justifiés par la
nécessité, un drame horrible qu’il faudrait nommer l’envers du vice

Il vous faudra lire le livre pour découvrir ces secrets!

Et la lecture en vaut la peine.

Sodome et Gomorrhe : Partie 2 – Ch.1: La soirée chez la Princesse et du Prince de Guermantes

CHALLENGE MARCEL PROUST AVEC CLAUDIALUCIA, 

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Et nous voici repartis pour une interminable soirée de près de 100 pages chez le prince de Guermantes!

Dans A l‘Ombre des jeunes filles en fleurs   et Le côté de Guermantes, nous avions assisté à un dîner chez Madame de Villeparisis, un autre chez la duchesse de Guermantes. Ces mondanités ont un fâcheux effet soporifique, ma liseuse me tombe des mains, ce qui est bien ennuyeux si je lis dans le métro. Des personnages très nobles, très titrés, se livrent à une comédie protocolaire où il convient d’être « présenté« , où on fait semblant de ne pas voir tel ou tel importun, où médisances et piques se distillent dans la plus grande des politesses (enfin pas toujours). La lectrice doit être très attentive aux liens de parenté, aux diminutifs et surnoms, se souvenir des liaisons secrètes (ou pas) où d’anciennes maîtresses ne doivent pas croiser leurs  rivales….Si encore ces personnages étaient sympathiques, mais ce n’est vraiment pas le cas.

Le narrateur n’est pas très sûr d’être invité à cette soirée, il ne fait pas vraiment partie de ce monde du Faubourg Saint Germain. Il n’a pas été « présenté » au maître de maison, le Prince de Guermantes. Il passe un bon moment à chercher qui voudra se charger de cette formalité. Certains propos sont savoureux, d’autres franchement ennuyeux.

« On entendait, dominant toutes les conversations, l’intarissable jacassement de M. de Charlus… »

qui est au centre de l’attention du narrateur. M. de Charlus est bien trop occupé pour le présenter, d’ailleurs un fâcheux,  médecin, détourne Marcel de l’attention du baron. Tout aussi importun, M. de Vaugoubert, un diplomate, ne sera pas plus utile.

M. de Charlus est attiré par les deux fils de Madame de Surgis, deux éphèbes d’une grande beauté affligés des prénoms ridicules d’Arnulphe et de Victurnien.

Provocateur, il s’amuse à bloquer Mme de Saint-Euverte, venue glaner des invités pour sa garden-party du lendemain, et lui inflige le couplet suivant :

La proximité de la dame suffit. Je me dis tout d’un coup: «Oh! mon Dieu, on a crevé ma fosse d’aisances»,
c’est simplement la marquise qui, dans quelque but d’invitation, vient d’ouvrir la bouche. Et vous
comprenez que si j’avais le malheur d’aller chez elle, la fosse d’aisances se multiplierait en un formidable
tonneau de vidange[…]On me dit que l’infatigable marcheuse donne des «garden-parties», moi j’appellerais ça «des invites à se promener dans les égouts». Est-ce que vous allez vous crotter là?

Proust vulgaire? Le baron de Charlus, un Guermantes, est ici chez lui, il peut se permettre n’importe quoi, il imprime de son insolence, la morgue l’impunité que sa naissance lui confère.

Ce beau monde ne fait pas toujours dans la délicatesse et le bon goût. Madame d’Arpajon arrosée par un  jet d’eau, provoque l’hilarité du grand-duc Wladimir avec des « roulements militaires du rire » ponctué de « bravo la vieille! » encore plus désobligeant. Le grand monde ne fait pas montre de  la meilleure éducation!

Mon intérêt est piqué par la rencontre avec Swann qui a eu une entrevue étrange avec le Prince. A-t-il été éconduit? Swann malade, vieilli,

« Swann était arrivé à l’âge du prophète. Certes, avec sa figure d’où, sous l’action de la maladie des segments
entiers avaient disparu, comme dans un bloc de glace qui fond et dont des pans entiers sont tombés, il
avait bien changé. »

Son nez (nez juif?) est devenu monstrueux. Il fait pitié dans ce salon impitoyable et antisémite. Sa présence remet l’Affaire Dreyfus au centre de la conversation. Et je ne suis pas au bout de mes surprises. Le prince après avoir vanté les beautés de la France et

ce qu’elle a de plus splendide, son armée qu’il m’était trop cruel de lui faire part de mes soupçons qui n’atteignaient, il est vrai que quelques officiers. Mais je suis d’une famille de militaires, je ne voulais pas croire que des officiers puissent se tromper. J’en reparlai encore à Beauserfeuil, il m’avoua que des machinations coupables avaient été ourdies, que le
bordereau n’était peut-être pas de Dreyfus, mais que la preuve éclatante de sa culpabilité existait. C’était la
pièce Henry. Et quelques jours après, on apprenait que c’était un faux. Dès lors, en cachette de la Princesse,
je me mis à lire tous les jours le Siècle, l’Aurore; bientôt je n’eus plus aucun doute, je ne pouvais plus
dormir. Je m’ouvris de mes souffrances morales à notre ami, l’abbé Poiré, chez qui je rencontrai avec
étonnement la même conviction, et je fis dire par lui des messes à l’intention de Dreyfus, de sa
malheureuse femme et de ses enfants. Sur ces entrefaites, un matin que j’allais chez la Princesse, je vis sa femme de chambre qui cachait quelque chose qu’elle avait dans la main. Je lui demandai en riant ce que
c’était, elle rougit et ne voulut pas me le dire. J’avais la plus grande confiance dans ma femme, […]ce que sa femme de chambre cachait en entrant dans sa chambre, ce qu’elle allait lui acheter tous les jours,
c’était l’Aurore.

Quelle surprise! Subir toutes ces mondanités sans se décourager est bien récompensé!

 

 

 

Sodome et Gomorrhe – (1ere partie) Le Baron de Charlus et Jupien

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, AIFELLE, KEISHA, FANJA, SANDRINE,  DOMINIQUE et d’autres…..

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Le jeune Marcel, caché pour guetter la pollinisation de l’orchidée de la Duchesse de Guermantes, est le témoin fortuit d’un échange entre Jupien et Le Baron de Charlus. Intrigué par cette rencontre, il espionne les deux hommes et surprend un rapport sexuel qu’il rapporte de manière très explicite.

Il est vrai que ces sons étaient si violents que, s’ils n’avaient pas été repris un octave plus haut par une plainte parallèle, j’aurais pu croire qu’une personne en égorgeait une autre à côté de moi et qu’ensuite le meurtrier et sa victime ressuscitée prenaient un bain pour effacer les trace du crime

Je suis surprise par la brutalité du récit. Précédemment Proust avait éludé l’attirance homosexuelle et l’attitude ambiguë de Charlus, nous avait baladé avec des jeunes filles en fleurs qu’il ne désirait pas vraiment et des manœuvres amoureuses pour se rapprocher d’ Odette Swann ou Oriane de Guermantes. Ici, il énonce les faits crus et précis.

La suite du texte est une analyse de la façon dont sont perçus les homosexuels.

Race sur qui pèse une malédiction et qui doit vivre dans le mensonge et le parjure, puisqu’elle sait tenu
pour punissable et honteux, pour inavouable, son désir, ce qui fait pour toute créature la plus grande
douceur de vivre

Une allusion à Oscar Wilde ? 

Sans honneur que précaire, sans liberté que provisoire, jusqu’à la découverte du crime; sans situation
qu’instable, comme pour le poète la veille fêté dans tous les salons, applaudi dans tous les théâtres de
Londres, chassé le lendemain de tous les garnis sans pouvoir trouver un oreiller où reposer sa tête,
tournant la meule comme Samson …

Il fait un parallèle entre la situation des Juifs et la position des homosexuels dans la société :

rassemblés à leurs pareils par l’ostracisme qui les frappe, l’opprobre où ils sont tombés, ayant fini par
prendre, par une persécution semblable à celle d’Israël, les caractères physiques et moraux d’une race,

Il poursuit la comparaison jusqu’à imaginer l’équivalent du sionisme,

De même qu’on a encouragé un mouvement sioniste, à créer un mouvement sodomiste et à rebâtir Sodome.

Il ne faut pas oublier que le roman se déroule en pleine Affaire Dreyfus et que l’antisémitisme est virulent.

Laissons pour le moment de côté ceux qui, le caractère exceptionnel de leur penchant les faisant se croire
supérieurs à elles, méprisent les femmes, font de l’homosexualité le privilège des grands génies et des
époques glorieuses, et quand ils cherchent à faire partager leur goût, le font moins à ceux qui leur
semblent y être prédisposés, comme le morphinomane fait pour la morphine, qu’à ceux qui leur en
semblent dignes, par zèle d’apostolat, comme d’autres prêchent le sionisme, le refus du service militaire, le
saint-simonisme, le végétarisme et l’anarchie.

Un constat clair, presque militant? Politique en tout cas. Comme pour l’Affaire Dreyfus, Proust ne se perd pas en périphrase. A mon grand étonnement.

 

 

 

La Fuite aux Agriates – Marie Ferranti – folio

LIRE POUR LA CORSE

Plage de l’Ostriconi l’entrée des Agriates

Court roman (145 pages) paru en 2000.

145 pages de tragédie et de violence.

Passion et désir amoureux d’une jeune femme qui se définit comme libre et ne s’interdit rien. Ni de tromper son fiancé, ni de vivre une relation passionnée avec le fiancé de sa sœur.

Passion et désirs attisés par la violence des hommes actifs dans les attentats indépendantistes. Tragédie antique avec le chœur des femmes tenues à l’écart de la folie des hommes

Ainsi pour Clorinde, la politique était une affaire d’hommes jusqu’au jour où ceux qu’elle considérait toujours comme des enfants étaient devenus des assassins. Alors Clorinde, Mathilde, et peut être Francesca, avaient dû penser qu’elles avaient eu tort de ne s’être pas intéressées à la politique, de n’avoir rien tenté pour faire cesser cette barbarie qui n’était pas nouvelle, mais qui avait dégénéré en guerre civile. Elles étaient coupables d’avoir été indifférentes au monde et elles payaient le prix du sang versé

Le désert des Agriates est la petite région comprise entre Saint Florent et lÎle Rousse restée sauvage à l’écart des axes routiers. Région restée vierge de toute installation moderne, où bergers et randonneurs seuls ont accès. Grottes, maquis impénétrable, Julius, le berger croit pouvoir s’y cacher. Pourquoi Francesca choisit-elle de le suivre? Cette Fuite aux Agriates se déroule dans la sauvagerie d’une nature magnifique. 

J’ai lu d’un trait ce court texte sans éprouver  d’empathie pour les personnages. Hommes terriblement imbus de leur virilité, préférant une lutte armée qui ne se justifie que par leur désir d’héroïsme.  Femmes correspondant à l’image d’Epinal de la femme corse :  Mathilde, la mère, drapée dans sa dignité, Marie, la faible asthmatique, jalouse mais soumise. Francesca, la passionnée (?) qui ne sait pas vraiment ce qu’elle désire.

Un aspect m’a plu : la photographie, et le rôle de la lumière dans cette brutale lumière Corse. Et j’ai pensé à un autre livre A son Image de Jérôme Ferrari où l’héroïne est photographe. Renseignements pris, il date de 2018 et donc largement postérieur pour être mis en miroir.