Une Séparation, film Iranien d’Asghar Farhadi

TOILES NOMADES


Le film commence chez le juge qui doit prononcer le divorce à la demande de la femme qui souhaite s’expatrier tandis que son mari refuse de la suivre. Couple moderne, bourgeois, cultivé. Si la femme ne portait pas une écharpe négligemment nouée on pourrait être partout en Occident. La femme veut échapper à « la situation », nos préjugés traduisent à la situation politique, à la situation faite aux femmes – préjugés?ne cherche-t-elle pas à échapper plutôt à l’atmosphère pesante de la maison où vit son beau-père atteint d’ Alzheimer?

Leur fille, grave et silencieuse,enjeu du divorce, s’efforce de faire face.

En miroir, un autre couple entre en scène : la femme de ménage qui doit s’occuper de l’octogénaire, son mari chômeur, et encore une petite fille silencieuse, aux grands yeux ouverts sur la tragédie. Cette femme est très pieuse. Elle téléphonera à je ne sais quel conseil pour savoir si elle peut changer le vieillard incontinent. Elle porte le voile traditionnel. Le travail est dur, sous-payé. Elle ne s’en sort pas.

Un premier drame survient, puis un second, engrenage qui amène les deux couples chez le juge. Qui dit la vérité? qui ment?

Le réalisateur met en scène un véritable thriller, les rebondissements nous font prendre partie tantôt pour l’un, tantôt pour l’autre. La vie est ici dépeinte dans toute sa complexité. Est-ce un drame social, employés contre bourgeois? Opposition hommes/femmes? qui manipule qui?

Si l’empathie naturelle va au couple bourgeois auquel on s’identifie plus facilement, le doute nous envahit. La tension monte. Continuels dérapages….

Du grand cinéma sans aucun artifice.




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UNE SÉPARATION : BANDE-ANNONCE VOST HD par baryla

A propos d’Elly d’Ashgar Fahradi


TOILES NOMADES


je ne sais pas si j’aimerais actuellement visiter l’Iran, me voiler…le cinéma iranien m’y transporte toujours avec un bonheur qui n’égale que ma curiosité.

A propos d’Elly montre des jeunes couples, en 4X4 ou en BMW, plein d’entrain, passant d’insouciantes vacances sur le bord de la Caspienne. Finalement si proches de nous!
Puis, le drame: la disparition d’Elly.

Et le film bascule. Des préjugés ressurgissent, les hommes font bloc, les femmes aussi, les tensions et la violence s’exacerbent. Un suspens se noue. S’est elle noyée? Est elle partie? qui est elle?Le rythme s’accélère, jusqu’au dénouement…

 

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A propos d’Elly – Bande annonce Vost FR par _Caprice_

Vincere film de Bellochio

Toiles Nomades

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A lire le résumé de Vincere je n’aurais pas  choisi ce film. La maitresse de Mussolini, Ida Dalser, film people? L’Histoire par le petit bout de la lorgnette???
D’entrée de jeu, je suis fascinée par l’esthétique des images. Bellocchio est un maître, il intercale des images d’archives, construit ses plans comme des tableaux d’époque. Allusion au futurisme qui a inspiré Mussolini,jeux d’ombres et de lumière. Cinéma dans le cinéma. De nombreuses séquences se déroulent au cinéma. C’est en regardant les actualités que l’on voit l’histoire se dérouler. Citations: The Kid émeut la mère qui ne voit plus son enfant. On croit aussi reconnaitre Potemkine. Impressionnante projection d’une Passion  sur le plafond d’un hôpital de campagne installé dans une église où la femme légitime de Mussolini soutient son mari blessé, Piéta?
L’aspect politique du film est aussi intéressant: on assiste au tournant de l’histoire, quand Mussolini, socialiste ardent, anticlérical, pacifiste, quitte l’Avanti pour fonder le journal nationaliste et s’engage dans la guerre de 14. Omniprésence des religieuses dans le film pendant la période fasciste quand le Duce renie son anticléricalisme pour s’appuyer sur le Vatican et l’Eglise.
Beaucoup de lyrisme, trop théâtral? Peut-être pas en regard des mimiques du Duce dans ses discours filmés

Les mystères de Lisbonne : film de Raul Ruiz

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4h26 de pur plaisir!

Le réalisateur a pris son temps avec de longs plans qui nous permettent de détailler les décors et les costumes, de savourer la musique, de profiter pleinement des fêtes ou des décors naturels…Des tableaux aux murs qu’on a l’impression de reconnaître dans dees lieux différents comme des indices semés exprès pour  que le spectateur les  relève. Pas une seconde d’ennui, des rebondissements, des retours en arrière, des travestissements Les personnages, nombreux, ont des identités multiples, certains se dévoilent, d’autres restent mystérieux. Le Père Dinis, qu’en penser? On est dépaysé par la douceur du Portugais, toujours suprenant, un peu étrange à nos oreilles et en même temps familier.

C’est un feuilleton à la Dumas avec ses invraisemblances, ses duels à l’épée – incroyable ce suicide à la fin du duel alors que les adversaires viennent de se réconcilier!. Toute l’histoire du début du XIXème siècle défile devant nous, même la Révolution française, l’épopée napoléonienne. On voyage à Venise,en France…et toujours dans des châteaux, on aboutit au Brésil ou en Afrique(?)

Le film évolue dans une lumière fabuleuse, gamme de bruns pour les couvents, promenades verdoyantes sous les nuages ou la pluie dans des jardins romantiques et  luxuriants qui me rappellent Sintra ou Buçaco, mélancolie d’un Portugal Atlantique. Lumière dorée des salons mondains, candélabres et dorures. L’or se reflète dans l’eau de l’océan ou d’un fleuve; Réminiscence d’unfilm ancien sur le fleuve d’or qu’est le Douro?

Et toujours, scandant les scènes, le théâtre miniature que le héros emporte partout avec lui…

Un barrage contre le Pacifique, le film de Rithy Panh

Dans 5 jours nous serons à Phom Penh, pour rêver à l’avance, de rizière, d’Asie…

J’ai lu trois fois le livre de Marguerite Duras. Il y a bien longtemps, la première, du temps d‘India Song, de Delphine Seyrig…
Emerveillement de jeunesse devant cet exotisme et cette étrangeté.
A la veille de notre circuit au Vietnam, et maintenant après avoir vu le film de Rithy Panh. pour confronter le livre au film.

La lecture du cinéaste cambodgien est originale : il nous livre de très belles images de cette plaine, des rizières, de la jungle. On voudrait retenir certains plans magnifiques. Vues prises du bungalow, à travers les bananeraies et les plantes tropicales. Mobilier de bambou, objets de la vie quotidienne, les acteurs aussi sont beaux, peut être trop, trop beau Joseph, trop lisse peut être, trop beau Monsieur Jo qui n’aurait pas pu égayer la famille par son surnom de « tête de veau »…

Le cinéaste a privilégié la vie à la campagne. L’intrigue qui se déroule dans la ville coloniale, jamais nommée, qu’il me plait d’identifier à Saigon, a été éludée.

En revanche, il a mis l’accent sur l’exploitation coloniale. Les paysans sont bien présent. Il a donné une importance au personnage du caporal qu’il n’avait pas dans le livre. Le caporal dévoué mais sourd dans le film est tenté par la révolte. Il manipule les armes de Joseph va secourir les paysans expropriés. Duras parle longuement des enfants qui mourraient en bas âge, moins de leurs parents. Rithy Panh leur donne la parole.
Ce n’est pas seulement la crédulité d’une veuve qui a placé tous ses espoirs dans cette concession qu’exploitent les agents corrompus du cadastre. C’est aussi l’expropriation des paysans qui n’ont jamais eu de titres de propriété, qu’on floue pour installer des plantations d’hévéas ou de poivriers. Monsieur Jo n’est pas seulement le fils velléitaire et incapable d’un spéculateur, c’est celui qui symbolise l’exploitation des paysans.
Certains trouvent que l’adaptation s’éloigne de l’œuvre,  que Isabelle Huppert campe un personnage différent de celui de la Mère, que les relations familiales passionnelles sont affadies,  je l’ai lu dans les critiques. Cette version cambodgienne, différente, m’a paru intéressante. Ce qui ne dispense pas de relire encore le livre!

Incendies – film de Denis Villeneuve, d’après la pièce de Wadji Mouawad

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Les guerres civiles sont les plus cruelles. Chrétiens, Palestiniens, musulmans se déchirent. Les vendettas, les représailles s’additionnent et seuls les chefs de guerres en tiennent un compte exact pendant des décénnies, remarque un personnage du film.

Quête des racines, quête d’identité …. les deux jumeaux canadiens sont projetés dans le Liban déchiré.

Thriller? On ne s’ennuie pas un instant pendant les 2h10 du film, les surprises et rebondissements  sont haletants.

Comment le cinéaste a-t il filmé ces décors de destructions absolues? Reconstitutions ou ruines encore visibles. La violence est extrême on n’en ressort pas indemne.

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La ressemblance entre les deux actrices qui jouent  Lubna Azabal (Nawal Marwan, la mère). la mère et Jeanne, Mélissa Désormeaux-Poulin,la fille et les nombreux flash- back, exigent du spectateur une attention redoublée aux décors. Un téléphone portable, un 4×4 nous permettent de nous situer dans le temps.

Tragédie, tragédie des origines, j’aurais aimé voir la pièce de Wadji Mouawad dans la suite du théâtre antique.

Le quattro volte – film de michelangelo Frammatino

Le générique de fin s’égrene blanc sur noir, sans musique ni parole, sobre.  La lumière s’allume. Une dame derrière moi s’exclame :

« moi qui étais venus parfaire mon Italien! »

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Un film sans parole, cela donne envie de communiquer. Amateurs de films d’action, de documentaires didactiques, impatients et pressés, s’abstenir. Si un plan-séquence d’un quart d’heure ne vous effraie pas vous découvrirez  un hymne à la vie sauvage des montagnes calabraises rude et simple, un peu étrange aussi.

– » j’aurais aimé savoir ce qu’il est advenu du chevreau« , je réponds à la dame, un peu stupidement

– « il est mort! »  affirme une troisième, qu’une heure et demie sans parole a aussi rendue bavarde

–  » il est mort en offrande, en ligaturant son museau on l’avait condamné à l’avance, offrande pour que le troupeau puisse  survivre » analyse la première dame.

Quatre saisons de la vie, quatre états de la nature, minéral avec le charbon, végétal avec l’arbre, animal, les chèvres, spirituel les fêtes, superstitions,  quatre saisons de l’année. Naissance et mort. Un village austère loin de la modernité mais encore bien vivant. Des paysans taciturnes. Ce n’est cependant pas un film muet: les claquements de la pelle des charbonniers, les cloches de l’église, celles des chèvres, aboiements du chien. Quels cabotins ces animaux!

Même la Pluie – film d’Iciar Bollain

Une équipe espagnole vient en Bolivie filmer l’arrivée de Christophe Colomb, l’exploitation des Indiens, le pillage de leurs richesses mais aussi la protestation de Las Casas contre l’esclavage. Pourquoi en Bolivie? la nature fournit des décors somptueux mais surtout les salaires des figurants sont ridiculement bas : 2$! Et les figurants ne manquent pas! Au casting, des files impressionnantes attendent le réalisateur qui se sent rapidement dépassé. Pauvres mais pas si dociles que ne l’imagine le D’ailleurs, ils tombent mal : la ville est en proie à une révolte sanglante . Les Indiens de Cochabamba se battent contre la privatisation de l’eau. 

Ces luttes font un écho saisissant avec le propos du film. La jeune photographe saisit l’occasion : elle photographie et veut intégrer la lutte des Indiens à son making-of du film. producteur, réalisateur, acteurs se trouvent entraînés dans la tourmente quand les choses se gâtent sérieusement. Chacun réagit à sa manière et parfois de façon étonnante. les plus idéalistes se révèlent pétochards tandis que les cyniques témoignent de plus d’humanité….

Racontant une lutte qui s’est déroulée et qui s’est terminée par la victoire des Indiens, ce film n’est pas un documentaire. C’est du cinéma! Du cinéma à la Ken Loach, pas étonnant puisque le scénariste est celui de Ken Loach ! Ce qui n’est pas du goût de tous.

Ce film m’a touchée, la fin est un beau cadeau aux porteurs d’eau de la Fondation Danielle Mitterrand!

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Another Year – Mike Leigh – l’année commence bien au cinéma!

TOILES NOMADES

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Quatre saisons de la vie de Tom et Gerri, une année de plus !

Ils ont peut être soixante ans, une  maison victorienne chaleureuse à Londres, un jardin ouvrier qui vit au rythme des saisons, un fils gentil et attentionné. Elle est psychologue, lui, géologue  « creuse des trous », des amis de longue date un peu paumés qu’ils savent réconforter…

Mike Leigh sait dépeindre la vie telle qu’elle va dans la plus grande sincérité et authenticité. Les personnages ont de l’étoffe, ils sont vrais, sans glamour ni artifice, sans misérabilisme non plus. La chaleur humaine est communicative, la générosité fait chaud au coeur. Même si Mary sombre dans l’alcoolisme et la dépression, même si Ken se laisse complètement aller, si le deuil a rendu Ronnie mutique…Heureusement, le jeune couple est d’une fraîcheur qui revigore.

Est-ce le jardinage qui donne tant de bonheur? Image merveilleuse du couple réfugié dans l’abri de jardin lors d’une averse?

Ou la tranquillité d’un voyage en Irlande : le géologue regarde la falaise et la femme du géologue regarde la mer.

Prospero’s books – Greenaway

CHALLENGE SHAKESPEARE

Inspiré de La Tempête de Shakespeare, le film de Greenaway est très loin d’une adaptation cinématographique et encore plus du théâtre filmé.

C’est du cinéma! et quel cinéma! du Greenaway, original.

Des images travaillées et retravaillées,  découpée, sur-imprimées… plus proche de la performance esthétique que de l’illustration ou de la narration.

Parenté avec le spectacle de danse contemporaine de Hervieu et Montalvo (j’ai vu Orphée à la MAC, la semaine dernière) ou Prejlocaj.

Décors époustouflants (presque trop, on en est étourdi).

Greenaway prend toute liberté avec l’oeuvre qui l’a inspiré pour ré-écrire une histoire originale qu’il sert admirablement malgré ses infidélités.

Comme dans la Tempête de Shakespeare, le personnal central est Prospéro, le magicien, duc de Milan exilé sur son île.Son refuge   désigné comme « cell »,  j’avais imaginé une grotte, une hutte, un modeste abri sur l’ île déserte de Caliban où Sycorax avait aussi été déportée. Grennaway a bâti un palais oriental avec péristyles, colonnades, bassins et sallles voûtées d’arcades presque aussi vaste que les citernes de Constantinople.

Je croyais que Prospero et Miranda n’avaient pour société que les esprits Ariel et Caliban, que Miranda n’avait jamais vu d’autres humains que son père. Greenaway a convoqué une armée de figurants le plus souvent nus ou en tenue extravagante convenant à un ballet contemporainplus qu’à une comédie élizabethaine.

D’entrée, je suis surprise. J’avais commandé un DVD en VO sous-titré en suéduois, sans aucune crainte puique j’ai l’édition bilingue de la pièce. Mais voilà! avec toutes les libertés que Greenaway s’est octroyées, je ne retrouve plus rien.

ActeI, sc.1, au lieu d’être à bord du navire en train de lutter contre les éléments, l’action se situe au bord d’une piscine, thermes antiques ou hammam oriental?Ariel, angelot aux boucles blondes se balance sur une balançoire et fait pipi dans les flots sur une très jolie maquette d’un voilier stylisé. Magie blanche? Assistons-nous à une cérémonie incantatoire comme celle où l’on plante des aiguilles dans les poupées figurant les victimes qu’on désire ensorceler?Ariel se démultiplie, enfant, adolescent, jeune adulte. Des images sous-marines montrent le naufrage, des nymphes ou des sirènes emportent les noyés dans un ballet nautique.

Caliban n’est pas le monstre contrefait mais un danseur nu très gracieux. Seules marques de sa disgrâce : ses attributs virils d’un rouge agressifs hypertrophés. Caliban danse, fait des entrechats, lu alors que je l’imaginais courbé sous les bûches des corvées que Prospero lui infllige.

Napolitains et Milanais sont plus réalistes, une fraise d’un diamètre exagéré et un habit noir – sec comme l’avait précisé Shakespeare – nous ramènent dans la pièce originale.

A partir du 2ème acte, la stupeur passée, je suis désormais le texte avec mon livre. Greenaway a supprimé des scènes, a inventé des intermèdes originaux, a imprimé un rythme soutenu scandé par des images des grimoires et des manuscrits de la bibliothèque de Prospero. Chaque scène est annoncée par un encrier et une goutte d’encre. je finis par deviner que Prospero est en train d’écirire l’histoire. Quelle belle écriture que la sienne! le texte de Shakespeare se dessine:  calligraphie en surimpression.

Trinculo, Stephano et Caliban projettent d’attenter à la vie de Prospero pour conquérir l’île. Harmonies rouges infernales, le palais de Propero est une sorte de pyramide. C’est un peu trop, je commence à fatiguer. Heureusement avec un DVD, on peut se permettre un entracte!

La fin est plus classique, j’attendais la partie d’échecs, une image furtive. La réconciliation est presque raisonnable, théâtrale.

Retour sur le bord de la piscine pour la noyade très esthétique des livres.