Temple de l’époque romaine, commencé sous Néron, continué sous Vespasien, Titus et Domitien (81-96 après JC).
Comme à Siwa, la divinité honorée était Amon et la triade Amon, Mout (représentée sous la forme d’une lionne) et l’enfant Khonsou.
Malgré l’époque tardive, les représentations sont exclusivement égyptiennes, pas de barbe hellène, ni de toge, non plus que dans les inscriptions écrites.
Précédé d’une colonnade, bien restauré, c’est une jolie visite.
Nous demandons qu’on nous laisse nous promener dans les champs seules, pour prendre des photos. Des vaches paissent tranquillement. Une compagnie d’aigrettes blanches arpente la parcelle inondée. Dans un chemin adjacent nous croisons plusieurs carrioles à ânes Pour prendre une photo d’une charrette chargée de luzerne, l’ânier, la quarantaine arrêt aimablement son équipage et en profite pour consulter ses SMS ou ses appels en absence sur son téléphone cellulaire. Un vieux monsieur enturbanné nous propose même une promenade.
Balat est situé à une trentaine de kilomètres à l’est de Mout vers El Kharga.
C’est un petit village encore très traditionnel. Nous croisons beaucoup de barbus et des petites filles en uniforme bleu avec un grand voile sortent de l’école. A la différence d’El Qasr, forteresse-musée, Balat est habitée. Le gardien nous fait les honneurs du village. Avec la clé en bois, il ouvre la mosquée. Quelques nattes couvrent le sol, un rideau noir délimite le coin des femmes, un micro est installé pour le muezzin –pas de minaret visible -. Les rues sont saupoudrées d’un fin sable orangé. On aurait envie de se déchausser et de continuer la visite pieds nus. On nous montre aussi le moulin à farine et le point d’au. Ici poussent quelques brins de menthe, là un bananier. Le long du mur s’accroche une liane aux feuilles ressemblant à celles de la courgette : c’est la loufa dont le fruit est un accessoire de toilette.
Chérif et Samer sont installés au café, Chérif fume la chicha. Samer m’offre un thé bienfaisant.
Le vent s’est levé et fait tournoyer la poussière et le sable du désert. Il fait chaud. Le ciel est jaunâtre. Allons- nous avoir une nouvelle tempête de sable ?
Nous nous nous installons au jardin pour trier les photos. Les mouches nous agacent. Ce n’est rien à côté de ce qui se passe dans la chambre : le néon du plafond est recouvert de dizaines et de dizaines de mouches agglutinées. Les gens de l’hôtel viennent avec une bombe. Elles tomberont raides mortes il faudra les pousser dehors avec un carton. Le personnel de l’hôtel nous regarde sévèrement : nous n’aurions jamais dû ouvrir les fenêtres !
Avant Balat, sur la gauche, une route latérale nous emmène à Esbet Bashendi. Le minibus jaune s’arrêt sur une place moderne décorée par une rocaille portant en son centre de grosses jarres. En face la poste, sur le côté une ravissante mosquée blanche et verte.
Un vieil homme en galabieh sombre et en caffyiah à damier rouge s’approche et se présente : c’est le gardien des tombes. Le village est très propre
avec ses murs peints en rose, jaune et blanc, son sol tapissé de sable fin . Vieillards et enfants sont assis à même le sol (comme à la plage). Des bassines sont sorties. A notre approche les femmes ne s’enfuient pas, au contraire elles nous abordent avec des chapeaux de paille et d’affreux bijoux en plastique, pas de l’artisanat local comme elles le prétendent. A chaque coin de rue, un étal improvisé propose cette même marchandise. Le village est si joli avec ses murs colorés, les effets d’ombre et de lumière tamisée par les palmes et les clairevoies.
Dans un imposant mausolée est enterré Bashendi qui a donné son nom au village, sous un drap vert. Les murs sont maculés des empreintes des mains passées au henné des femmes qui veulent enfanter. C’est marron et peu ragoutant. Le gardien nous dit de coller l’oreille dans un coin : on entend distinctement ce qui se chuchote à l’angle opposé, l’acoustique est exceptionnelle.
bashendi
Non loin de là une tombe de l’époque romaine se trouve dans un petit édifice carré décoré de bas-reliefs plutôt grossiers, les murs sont couverts de gravures. Malgré l’époque romaine les motifs sont égyptiens. Je remarque une frise avec u n chandelier à 7 branches (motif juif ou triomphe de Titus ?)
Plus de visite au programme pour aujourd’hui, nous ne sommes pas pressés. Nous nous attardons pour les photos et demandons quartier libre pour une petite heure. J’aurais aimé dessiner dans le vieux village. L’insistance des vendeuses m’agace une rue moins ancienne, plus large conduit à al fabrique de tapis.
Une dame voilée nous accueille, la visite est payante et guidée 3$E. Elle ne parle pas du tout anglais mais ce qu’elle nous montre se passe de commentaire : les tas de laine brute et sale attendent la lavage dans des grandes cuves en ciment (aujourd’hui vides). Au rez de chaussée de grosses machines cardent, pressent filent et bobinent la laine brute maintenant très claire. La dame me fait soupeser un écheveau léger et très doux. A l’étage, des jeunes filles tissent sur de grands métiers des kilims majoritairement en laine brute marron ou beige. Certains sont rayés d’autres à damier ou à carreaux compliqués de motifs géométriques. Au fond de très jeunes nouent des tapis avec des textes (du Coran probablement) sous l’œil sévère de la maîtresse toute voilée de rose. Tout le monde se prête avec gentillesse à la séance-photo. Par discrétion on les photographie plutôt de loin et de dos. A leur regard, on vit bien qu’elles auraient aimé des portraits (si la dame rose n’avait pas été là). Dernière étape : le magasin. Les kilims sont immenses, les tapis destinés à la prière. Notre hôtesse au voile marron n’est pas étonnée que nous n’achetions rien.
Au coin d’une rue deux jeunes cordonniers réparent un tas de vieilles sandales. Des gens sont assis devant leur maison. J’ai encore le temps de dessiner la petite place. Nous sommes ravies de cette bonne matinée !
Le désert devient plus difficile à décrire. Le rebord du plateau lointain disparaît, de nombreuses buttes gréseuses se succèdent. Des sommets déchiquetés barrent l’horizon. Des dunes s’alignent sur le cailloutis.
Surgie de nulle part, une ville paraît être un mirage : deux châteaux d’eau design, des alignements de « chalets » identiques tous parallèles avec la même antenne télé au même endroit. Abu Tartur sort du néant.
Au gauche, la ligne de chemin de fer, à droite la ligne électrique à haute tension. Le désert s’industrialise ! Même une belle dune dorée ne nous fait pas oublier ces artefacts. Le train emporte les phosphates et le fer vers le Caire. Toute l’électricité égyptienne provient d’Assouan.
El Kharga est une ville nouvelle aux quartiers modernes aux avenues surdimensionnées, aux ronds-points ornés d’obélisques. La Banque MISR, de marbre rouge, occupe tout un bloc au carrefour. Le Musée de New Valley est aussi monumental.
Notre hôtel est situé sur un vaste rond-point. C’est un grand hôtel dans le style des années 1970 : un grand hall vitré 40ou 5 étages de chambres avec des balcons tous identiques, cases rectangulaires superposées.
Un beau jardin avec des palmiers – oasis oblique – mais aussi des fleurs. Trois séries de bungalows aux voûtes nubiennes d’une blancheur éclatante avec une minuscule courette et un banc maçonné blanc. Des perches en bois devraient souvenir des pergolas en palmiers pour donner de l’ombre. Les petits jardinets sont plantés de zinnias et de jasmin qui grimpe sur les tonnelles. A l’arrière une palmeraie touffue où poussent également des agrumes.
Notre chambre est voûtée, chaulée de blanc, très bien meublée. Lits, cache-tringle, long bureau, coiffeuse sont en bois teinté de vert avec une frise marquetée de blanc et de rouge aux motifs « à la grecque ». Deux tableaux modernes très colorés et originaux complètent cette décoration de bon goût.
Avant même le déjeuner, je décide de traverser le carrefour pour aller à l’Office de Tourisme(en travaux)où je me procure un plan d la ville et les horaires du Musée et des principaux sites. Après notre « escapade » à la fabrique des tapis, nous voulons prendre un peu d’indépendance !
Nous arrêtons un taxi pour le Bagawat, convenons du prix de 5£E . les billets 30£E .
Le Bagawat est une nécropole nestorienne du 5ème siècle. C’est là que fut exilé l’évêque hérétique Nestorius condamné par le Concile d’Ephèse en 431. Nestorius avait soutenu que, des deux natures du Christ seule l’humaine était charnelle et que Marie, mère du Christ humain, n’était pas la mère du Fils de Dieu.
De voyage en voyage,l’ histoire des premiers chrétiens se précise. Des catacombes de Syracuse où j’ai rencontré leur trace pour la première fois, puis en Cappadoce – où je n’avais rien compris – enfin en Egypte. Le hasard veut que le film Agora soit sorti récemment. Il me donne des images, une histoire facile à retenir. Ainsi se met en place une connaissance complètement autodidacte en dehors du dogme, et bien exotique.
Le site du Bagawat
De loin, l’impression est saisissante : tout près de la verdoyante palmeraie, en limite du désert avec ses couleurs variées, ses sommets, ses amas de sable jaune, ses encroûtements de craie. Au premier plan toute une « ville » de brique de boue séchée du même matériau que les villages que nous avons visités hier. Sauf que ce ne sont pas des maisons et des passages ombragés mais des tombes qui se détachent une à une sur l’épaulement. Le modèle de base est un cube surmonté d’une coupole auquel on a ajouté des annexes : porche avec des arcades arrondies (on aurait dit romanes), des colonnettes, parfois des chapiteaux très simples, parfois une moulure. L’intérieur de ces édifices contient parfois un puits plus ou moins profond, parois le sable jaune a rempli à moitié la cellule. Certaines tombes ont gardé un revêtement le plus souvent couvert de graffitis et des croix, parfois la croix ankh. Le Guide Vert mentionne ces inscriptions. Seul un expert pourrait distinguer celles qui sont anciennes des modernes. Pour ma part, j’y vois du vandalisme.
Au passage, on reconnaît une basilique.
Quelques fresques subsistent. Au hasard, je découvre d’abord la silhouette d’un jeune homme, des pampres et des grappes de vigne sur un plafond.
Au sommet de la colline, nous trouvons ensuite une coupole dont l’intérieur est entièrement revêtu de couleurs, taches régulièrement appliquées, 4 colombes
dont donné le nom de Chapelle de la Paix.
Un canadien commente avec beaucoup d’humour et d’érudition, nous emboîtons le pas au petit groupe dans la Chapelle de l’Exode. Cet épisode est très clairement représenté avec de petits personnages stylisés très colorés : Moïse près d’un palmier brandit son bâton vers le ciel. Son peuple le suit assis sur des jolis ânes gris portant des couffins coloré, à quelque distance, l’armée de Pharaon les poursuit : ils sont habillés en légionnaires romains. Au registre inférieur : une sorte de galère en coupe : les frères de Jonas le jettent par-dessus bord, le fantôme de la baleine grise presque effacée avale Jonas. Si nous avions été érudites, nous aurions aussi reconnu des épisodes de la vie des martyrs qui grillent dans les flammes.
Sur l’autre colline, sur une autre fresque avec des cercles figurent Eve, le Serpent, Adam, Abraham, la Vierge, Tecla et d’autres personnages. Pas de commentaires mais c’est écrit en grec.