Grand Prince – Aléxia Stresi – Flammarion

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

Outrenoir. Pourquoi Soulages?

« L’existence c’est formidable, paraît-il. C’est surtout long, estime Simone Guillou. A 85 ans, elle pense heureusement avoir fait le plus gros. Il ne peut plus rien lui arriver.

peut-on lire sur la 4ème de  couverture.

C’est donc l’histoire un peu extraordinaire d’une vieille dame d’un village tranquille de Loire Atlantique, qui passe une retraite un peu trop tranquille dans le bourg vide hors saison. A 85 ans, elle se porte plutôt bien, de l’arthrose au genou la fait souffrir, mais c’est l’âge. Son fils la délaisse, il est occupé. Sa petite fille est plus attentive, mais elle est loin. Elle a bien des copines de son âge, mais l’entrain n’y est plus.

Et pourtant, il suffit de si peu pour que la curiosité de la vieille dame, l’imagination ne se mette en branle. L’histoire démarre comme un roman policier, avec constatation du gendarme… l’enquête de police n’ira pas loin. Si je ne veux pas divulgâcher il va falloir que je m’arrête bientôt!

marais salants

C’est un roman très agréable à lire, les pages se tournent toutes seules. Gentil dépaysement dans les Marais salants près de Guérande. Nostalgie pour les commerces de centre-bourg, remplacés par les grandes surfaces.  Un bouquet de roses trémières. Et un espoir pour tous : l’aventure se présente à tout âge!

merci à l’éditeur et à Babélio qui m’ont fait ce cadeau!

Hier, rencontre dans les locaux de Babélio avec Alexia Stresi qui nous a livré quelques secrets de fabrication de son livre. C’était passionnant, mais attention « spoilers »! Autrice très sympathique, très bon contact avec les lectrices-eur. Et buffet excellent, encore merci Babelio

 

Eva Jospin – Grottesco au Grand Palais

Exposition temporaire jusqu’au 15 mars 2026

Duomo

J’ai découvert Eva Jospin en 2021 au Musée de la Chasse et je me suis fait un plaisir de la retrouver dans ce Grand Palais tout rénové et tout propre. Je suis venue à 10h à l’ouverture et m’en suis félicitée : les sculptures sont monumentales mais les détails sont minuscules. Si trop de monde circule on ne peut pas goûter au raffinement des ornementations. 

Panorama : une forêt de carton

Une seule galerie, très claire, avec 16 pièces de tailles diverses conduisant au Panorama qui est une sorte de forêt. 

chef-d’oeuvre : Arche

Nous passons 4 « chefs d’oeuvres » : Crayère et bassin, Arche, Ninféo, Capriccio et Gloriette qui sont de petite taille et que le visiteur étonné contourne

Crayère et bassin

pour arriver à des monuments de plus grande taille : Cénotaphe et Duomo qui brodent tous les deux sur le thème de la grotte et de la coupole. Une grotte d’aspect naturel, avec rochers, végétation accrochée est surmontée d’une coupole. 

Cénotaphe

Des éléments architecturaux sont ajoutés : colonnes, niches, et décors intérieurs comme les stalactites à l’intérieur de la coupole du Duomo

décors de la coupole : stalactites, colonnes, frises…

Sur les bords on découvre des broderies, une cascade de soie

Cascade de soie

si la première promenade de découverte des objets est relativement courte, la visite ne se termine pas au Panorama : une déambulation commence avec la découverte des détails, des textures, des trouvailles sans cesse renouvelées. Ne pas hésiter à venir avec des enfants même petits : à leur hauteur il remarqueront des éléments que les adultes ne voient pas. 

grotte marine?

je me suis émerveillée de la variété de textures du matériau unique employé par l’artiste : le carton ondulé en jouant avec les surfaces lisses ou les empilements, les déchirures ou au contraire le découpage en marches, escaliers ou cubes pour construire des édifices qui semblent de brique

unmur : briques ou pierre, edscaliers et colonnes

Comme le jeu des textures ne suffisait pas, Eva Jospin nous offre des surprises : coquillages et éponges pour un milieu  de grotte marine

Grotte marine?

 

on découvre des plantes, des escaliers. J’aurais pu rester des heures à jouer à me perdre dans ces circuits minuscules. Malheureusement à mesure que la matinée s’avance, la galerie se peuple et la foule commence à devenir gênante.

Dans la galerie voisine sont exposés les cartons des vitraux de Claire Tabouret lauréate du concours pour la réalisation des vitraux d la nef de Notre Dame. Je n’avis aucun a-priori sur cette ajoût moderne. J’ai découvert et aimé nombreux vitraux contemporains . Là, déception. Des couleurs criardes. Des  grandes plages avec de grands personnages, trop grands, trop réalistes. 

Otobong Nkanga : I dreamt of you in colours – au MAM

Exposition temporaire jusqu’au 22 février 2026

Affiche exposition Otobong Nkanga

Connaissez-vous Otobang Nkanga ? Elle est née au Nigéria en 1974, a étudié à Paris  aux Beaux Arts et à Ilé-Ifé, Nigéria. Elle a effectué de nombreuses résidences en Europe et en Afrique et a participé à la Dokumenta14 Athènes/Kassel  ainsi qu’à nombreuses expositions dans la monde entier.

Grey zone (photo)

Difficile de classer cette plasticienne qui utilise nombreuses techniques, dessin, photographie, sculpture, tapisserie, céramique,  vidéo, danse... et qui les mixe dans des installations spectaculaires. Oups! j’ai oublié la poésie qui est le fil conducteur de certaines installations.

Unearthed série : Abyss

Anglophone, les commissaires de l’exposition n’ont pas jugé bon de traduire les poèmes. Je serai forcée de le faire moi-même, et sans doute maladroitement. 

Unearthed série Sunlight

Quatre très grandes tapisseries 350×600 cm forment l’ensemble Unearthed série en textile tufté . (je ne savais pas ce que c’est que le Tufting, il semble que c’est une technique permettant de réaliser tapisseries et tapis en mélangeant différentes fibres, naturelles ou synthétiques en utilisant un pistolet – je viens de découvrir cela sur Internet). Cet ensemble Abyss, Midnight, Twilight et Sunlight est très spectaculaire. Parmi les coraux, trainent des éléments, comme des pièces de membres de marionnettes. Nous allons retrouver ces éléments oblongs, perforés dans d’autres installations. 

Alterscape

En face, une série très différente, photo ou collage? Montage ou maquette. Un personnage domine un paysage. De petites maquettes (photos?) de constructions sont posée sur le personnage. On comprend que c’est l’artiste elle même qui est juchée sur une maquette. Elle est même armée de couverts, couteaux pour dévorer la terre

Alterscape :Spilling waste  dévorant la terre?

Elle symbolise ainsi l’impact des humains dévorant la terre.  Les grandes tapisseries partant des fonds océaniques arrivent sur le littoral ensoleillé montrent des richesses fragiles que l’extraction minière et pétrolière endommagent jusqu’aux abysses, témoins les éléments mécaniques accumulés. A moins que ce soient les ossements des noyés de la traite atlantique, ou des naufrages des migrants.

Shape by morning dew

Tout l’espace est occupé par plusieurs tapis aux motifs géologiques sur lesquels sont étalés des cordages, des colliers de perles de verre, de céramique. Des « phares » (becon) balisent l’installation, ce sont des colonnes de grès alertant sur le réchauffement climatique et le dessèchement des terres. Des sons sortent de grosses sphères,. il est encore question d’extraction minière.

Shape by mornig dew.

aux murs sont des panneaux d’argiles sont gravés des poèmes

loaded tears

turn to rock

slowly drips

A silent force

A red caress

Loaded Tears

Dans cette ambiance calme, dans le salon coloré, on a envie de s’attarder. Un banc s’adosse face aux tapis. Des dames ont apporter leur matériel pour dessiner ou peindre. Je les envie. Je me promène, cherchant des angles pour les photos, les vidéos. je copie les poèmes.

Les installations suivantes seront plus explicites
les braa et les jambes des des ouvriers sont suspendus à un mécanisme compliqué, on comprend qu’il s’agit d’extraction minière. Toutes les oeuvres suivantes déclinent ce thème.

la carrière dans les couches stratifiées

Le plus souvent les têtes sont coupées. Seule compte la force mécanique. Sur la série de Pointe Noire (Congo)les dégâts à l’environnement sont figurés

Extraction minière et dégâts sur l’environnement

Souvent le thème de la molécule évoque les minéraux extraits. A la place des atomes, l’artiste a collé des photos ou peint des paysages, le plus souvent dévastés.

Une installation présente une collection de minéraux, cristaux colorés, géodes…

Pursuit of Bling (2014)

Le couple figure sur un fond noir pailleté de cristaux. sur les tablettes, les minerais. Ce thème de l’extraction est largement documenté.

carved to flow

Un peu plus loin, une sorte de forteresse, de château avec tours et enceintes fleure bon le savon. Conçue à Athènes en savon grec, Otobong a fait réaliser 15.000 cubes de savon qui furent vendus pour financer deux initiatives, une pour un centre d’art à Athènes et l’autre pour une ferme organique au Nigéria. Dans une vidéo l’artiste explique le sens.

Je pense à la Terre comme un être, comme notre corps. L’eau, l’air, l’arbre la pierre, la plante sont des êtres comme notre corps

Nous sommes restées très longtemps dans l’exposition et je vous invite à y consacrer une bonne demi-journée.

Et pour compléter un  podcast de RadioFrance : Les Midis de Culture 

I Will Survive – Les chiens de Navarre à La Maison des Arts et de » la culture de Créteil

THEÂTRE

I will survive - Jean-Christophe Meurisse

Présentation sur le site de la MAC :

Deux procès en cours donc,
– Celui d’une femme qui a tué́ sauvagement son mari après avoir subi de sa part durant des années des violences physiques et sexuelles.
– Celui d’un humoriste célèbre, auteur d’une blague fort malheureuse sur les violences faites aux femmes durant l’une de ses chroniques quotidiennes sur une station de radio populaire.
Deux histoires qui se croisent indirectement. Deux affaires qui enflamment tout un pays.

Sur le dépliant de présentation il est précisé que la pièce s’inspire de jacqueline Sauvage dont le verdict fut de dix ans de prison, et des déboires d’un humoriste à la radio. Il s’git de « montrer frontalement la violence pour offrir une catharsis ». On ne s’attendait à rien de réjouissant. 

C’était mal connaître Jean-Christophe Meurisse et sa troupe des Chiens de Navarre. Nous avons  passé deux heures à rire à gorge déployée.

Décors inventifs : le bureau de la directrice de l’école primaire, un commissariat, un studio de Radio,  la cour d’appel. Et chaque fois des trouvailles!

Une excellente soirée et une dénonciation efficace des violences faites aux femmes

Fuori film de Mario Martone – L’Université de Rebibbia Goliarda Sapienza

UN FILM/UN LIVRE

Portrait de Goliarda Sapienza, l’autrice de L’Art de la Joie. Martone a choisi la période suivant sa sortie de Reb. ibbia, la prison de Rome où l’écrivaine fut incarcérée pour un vol de bijoux. Goliarda ( Valeria Golino)déclassée, a perdu son aura et ses relations mondaines , elle cherche n’importe quel travail pour assurer sa subsistance.  Rendez-vous avec Roberta, une ancienne codétenue (Matilda de Angelis) mystérieuse et fantasque, promenades dans Rome pour notre grand plaisir. Joyeuse sororité, amitié amoureuse et souvenirs de Rebibbia. A la sortie du film j’ai chroniqué « à chaud » .CLIC dans mon blog Toiles Nomades. Et j’ai téléchargé le livre en rentrant.

L’Université de Rebibbia 

Entre ces murs, sans en avoir conscience, on est en train d’essayer quelque chose de vraiment nouveau : la fusion de l’expérience et de l’utopie grâce à la rencontre entre les quelques vieux qui ont su comprendre leur propre vie et les jeunes qui aspirent à apprendre, la formation d’un cercle biologique qui rassemble passé et présent sans fracture, sans mort.

Antidote aux pleurnicheries de Sarkozy ! Un livre joyeux, d’une liberté folle. Récit du séjour à la prison des femmes de Rebibbia en 1980. Après le traumatisme de l’enfermement , l’écrivaine vit son incarcération comme une expérience enrichissante. Elle décrit les impressions, les sensations de son corps dans la cellule  d’isolement, la perception du dehors quand, à sa première promenade, elle voit le ciel, sent le soleil.

La surprise du peu de temps écoulé(il faudrait une étude de plusieurs années et des centaines de pages rien que pour étudier à fond le “temps carcéral”) me bloque, tout le corps en alerte. Le ciel est là, exactement du bleu d’avant, avec ses nuages élégamment distants les uns des autres, trompeurs : je ne dois pas les regarder,
ces formes, elles ne sont que le travestissement momentané des sirènes carcérales. Me bouchant les
oreilles à leur chant, au lieu de me jeter dans le mouvement – mes muscles piaffent exactement comme
ceux d’une jument – je m’avance lentement en regardant pour commencer où est assise la femme de tout à l’heure et quelle est son intention, la guerre ou la paix.

Apprivoiser le mode de vie en prison, rencontrer des femmes qu’elle n’aurait jamais croisées, mais toujours avec la finesse d’analyse et le regard de l’écrivaine. Des images surgissent, une femme en robe à motifs de marguerites devient une prairie fleurie, une gardienne sicilienne a un regard de lave…une Marilyn vieillie, une James Dean qui se la raconte….Des personnages très vivants et pittoresque peuplent le récit. Humour et bienveillance. Et toujours, la classe. Elle est une dame. Quand elle utilise le dialecte, on lui reproche gentiment : cela ne lui va pas!

L’impatience est une ennemie en prison comme sur les bateaux,

Je note avec quelle impatience, justement, la gardienne a rouvert la porte, et c’est comme un coup de
poing dans l’estomac pour moi : elle vit à moitié dehors à moitié dedans, et par conséquent l’impatience
qu’elle apporte avec elle du dehors nous blesse, nous qui avons déjà pris un rythme hors du temps.

Transférée dans les coursives des cellules collectives, elle doit s’imposer apprendre les codes et les coutumes. Elle se fera respecter, devra prouver qu’elle n’est pas une moucharde. Et gagnera l’affection de ses camarades de cellule. Intellectuelle, elle analyse les rapports de classe, les rapports de force. Bienveillante, elle apprécie la sororité, la solidarité de ces femmes, la chaleur humaine et fait de l’emprisonnement une expérience de liberté

Je me suis depuis si peu de temps échappée de l’immense colonie pénitentiaire qui sévit dehors, bagne
social découpé en sections rigides de professions, de classes, d’âges, que cette façon de pouvoir
brusquement être ensemble – citoyennes de tous milieux sociaux, cultures, nationalités – ne peut que m’
apparaître comme une liberté folle, insoupçonnée.

En 1980, juste après les années de plomb, les politiques sont nombreuses dans les prisons italiennes. Goliarda se revendique voleuse, prisonnière de droit commun mais elle est vite repérée par les politiques. Et encore sujet de critique :

Seul le prisonnier politique s’attarde à raconter la prison, mais la raison pour laquelle il y est allé est trop
honorable pour pouvoir donner la mesure de la véritable prison : celle des voleurs, des assassins, pour
parler clairement : des maudits. Le politique en sort renforcé dans son orgueil et son récit est faussé par
ce qu’il a d’épique

Analyse féministe aussi. Les prisonnières ne réagissent pas comme les hommes.

Le fait est, Goliarda, que nous les femmes nous supportons mieux le système carcéral. Évidemment, ça
nous est possible parce que nous avons un passé de coercition et ici, au fond, nous retrouvons une
situation qui n’est pas nouvelle pour nous
[…]
Mais je dis : est-ce que nous avons raison, nous les femmes, d’enterrer toutes les qualités que des siècles d’
esclavage ont développées en nous ?

Ne croyez surtout pas que ce texte soit ennuyeux. Je me suis vraiment amusée à le lire. Tant d’anecdotes sont drôles et si bien racontées. Je ne l’ai pas lâché. Aussi addictif qu’un thriller. Et une formidable leçon d’optimisme

De fait, quand on met le pied sur le rivage du “tout est perdu”, n’est-ce pas justement alors que surgit la
liberté absolue
Page

PS le livre qui aurait plutôt correspondu au film ne serait-il pas Les Certitudes du doute? 

 

Berthe Weill 1865 – 1951 -La petite galeriste des grands artistes – Marianne Le Morvan

EN REVENANT DE L’EXPO DE L’ORANGERIE

J’ai parfois un gros coup de cœur pour un personnage découvert lors d’une exposition. Une découverte! Je n’avais jamais entendu parler de la galériste. Et je n’avais plus envie de la quitter sans mieux la connaître.

Disponible sur Kindle, j’ai téléchargé la biographie que lui a consacré Marianne Le Morvan. Elle est la Directrice et fondatrice des archives de Berthe Weill, elle a aussi été une des commissaires de l’exposition de l’Orangerie. La moitié du livre contient des annexes, bibliographie, liste  et chronologie des expositions que Berthe Weill a organisé, préfaciers des catalogues etc… Du sérieux, une mine pour les chercheurs en histoire de l’art (que j’ai zappé). 

Donc courte biographie qui se lit très vite et avec beaucoup de plaisir.

Kars Portrait de Mademoiselle Berthe

Des illustrations, Montmartre 1900, bals masqués, dessin de Picasso. Des correspondances : lettres  de Dufy qui l’a surnommée « La petite mère Weill »(la petite merveille), lettres de Berthe Weill à Picasso, des extraits de textes très amusants de Berthe Weill dans diverses occasions. Et plein de détails sur la vie des artistes à leurs débuts, à Montmartre.

Elle répond aussi à mes interrogations : comment a-t-elle pu être oubliée? Pourquoi ne s’est-elle pas enrichie?

Maintenant, il ne me reste plus que de lire Pan!… dans l’Oeil que la Galériste a publié en 1933. 

Vous pouvez aussi écouter les podcasts de RadioFrance : CLIC

Et CLIC

Berthe Weill, Galeriste d’avant-garde à l’Orangerie

Exposition temporaire jusqu’au 26 janvier 2026

Georges Kars : Portrait de Berthe Weill (1933)

Deux bonnes raisons d’aller à l’Orangerie voir cette exposition :

  • voir de la belle peinture, : toute une rétrospective des meilleurs artistes de la première moitié du XXème siècle : de Picasso à Chagall, en passant par Dufy, Derain, Modigliani et j’en oublie…
  • Dufy – Trente ans ou la Vie en Rose. A l’occasion des 30 ans de la Galerie B Weill

Faire une très belle rencontre avec une personnalité très originale de l’histoire de l’Art : une femme  juive d’origine modeste qui a eu l’audace d’ouvrir une galerie de peinture sans fortune ni grand nom et dès 1898, d’exposer le tableau Zola aux outrages de De groux. Elle a eu le flair de découvrir Picasso à son arrivée à Paris et être la première à vendre ses tableaux, qui a organisé une rétrospective Modigliani en 1917, la seule avant la mort de l’artiste. Elle  a exposé des styles aussi différents que les Fauves, les Cubistes, les peintres cosmopolites de l’Ecole de Paris. Féministe, elle a défendu des femmes que les critiques hommes faisaient mine d’ignorer, entre autres Suzanne Valadon.

J’achète les trois premiers Picasso

Picasso : La Chambre bleue(1901)

les Picasso sont en très bonne compagnie avec une nature morte de  Matisse et la clownesse de Toulouse-Lautrec. 

Meta Vaux Warrick Fuller
Les Malheurs

Je découvre la sculptrice Meta Vaux Warrick Fuller afro-américaine venue compléter sa formation à Paris qui subit de retour aux Etats Unis de nombreux rejets du fait des préjudices raciaux. Autre découverte pour moi Paco Durrio avec de très beaux bijoux en métal : boucle de ceinture, broche…

Notre Dame des Fauves

La seconde salle montre côte à côte un beau Metzinger – Champ de pavots à côté du paysage aux vaches de Delaunay. Voisinent aussi des Marquet et Dufy, ainsi que le magnifique Pont de Charing Cross de Derain

Delaunay : Le Paysage aux vaches

j’ai aussi bien aimé le cultivateur de De Vlaminck et le Restaurant de la machine à Bougival éclatant de couleurs

De Vlaminck – Le cultivateur

Moins connu Béla Czobel qu’elle expose en 1908

 

Bélà Czobel – L’homme au chapeau de paille.

Deux tableaux spectaculaires de Raoul de Mathan rappellent encore l’Affaire Dreyfus =. le peintre a assisté en 1899 au procès et peint deux toiles en écho : La cour d’Assise et le Cirque

Raoul de Mathan – La cour D’Assise

« Le cubisme soulève les passions » 

André Lhote – Port de Bordeaux.

Sa galerie les expose : Gleizes, Metzinger, Fernand Léger, Lhote. J’ai aimé aussi la tour Eiffel de Diego Rivera (mais je ne peux pas tout montrer). 

« mais qu’ont-ils donc ces nus? »

Modigliani – Nu au collier de corail

Quatre nus de Modigliani font scandale, le commissaire de police demande de les retirer à cause des poils pubiens pour « outrage à la pudeur ».

Groupe plus éclectique

Montre des artistes cosmopolites comme Pascin

Pascin – Portrait de Madame Pascin (Hermine David)

Sans oublier que Madame Pascin était aussi une artiste reconnue, dont quatre dessins sont exposés. Chagall, avec une cage à oiseaux. 

Féministe?

Berthe Weill peinte par Emilie Charmy

Berthe Weill découvre Emilie Charmy en 1905. Leur amitié perdurera à travers les années et c’est cette dernière qui abritera Berthe pendant les persécutions antisémites nazie et prendra la galerie à son nom quand il sera interdit aux juifs de tenir des commerces. 

Portrait d’Emilie Charmy par Pierre Girieud

 

la Petite Dernière – le livre de Fatima Daas – et le film de Hafsia Herzi

UN LIVRE/UN FILM

aux Cinémas du Palais en avant-première

Hafsia Herzi est venue présenter son film La Petite Dernière aux Cinémas du Palais à Créteil la veille de la sortie en salles. Je n’aurais voulu rater  cette occasion de rencontrer la réalisatrice que j’admire beaucoup. Surtout qu’elle n’est pas venue seule, elle était accompagnée de Nadia Meliti et de l’actrice qui joue la mère. 

j’ai beaucoup aimé ce film qui semblait jouer très juste. Sujet délicat: l’homophobie est très présente dans les quartiers mais pas dans le film. Les garçons tolèrent très bien cette fille « garçon-manqué », cela m’a étonné. Côté Paris, bars lesbiens et Gay Pride, très belles images quand Fatima porte sa copine dans le défilé. j’ai consigné mes impressions, sortie de salle, dans mon autre blog Toiles Nomades CLIC

Bien sûr, j’ai voulu lire le livre.

« Ca raconte l’histoire d’une fille qui n’est pas vraiment une fille, qui n’est ni algérienne ni française, ni
clichoise ni parisienne, une musulmane je crois, mais pas une bonne musulmane, une lesbienne avec
une homophobie intégrée. Quoi d’autre ? Je pense très

fort. »

J’ai été surprise par la forme. Roman en prose ou vers libres? Chants murmuré en confidence ou chanté avec l’affirmation « Je m’appelle Fatima Daas. », comme un refrain.  Elle décline ses identités multiples, sa place dans la fratrie, son asthme, les origines de son prénom Fatima la plus jeune fille du prophète, la « petite chamelle sevrée ». 

Je m’appelle Fatima

Je suis une petite chamelle sevrée.

je suis mazoziya, la dernière

Avant moi, il y a trois filles

Mon père espérait que je serais un garçon

Son destin dès sa naissance, ses origines algériennes, et sa religion très assumée, très importante. Sa ville Clichy. Mais aussi son dilemme

Je m’appelle Fatima Daas

Je suis une menteuse

Je suis une pécheresse. 

Je lis d’un trait ce chant.

Je n’y retrouve pas tout à fait la Fatima du film. Et je trouve cela très bien. Les adaptations trop littérales affadissent le texte et l’histoire. La réalisatrice a choisi une période courte dans la vie de l’héroïne : la dernière année au lycée et ses premières expériences d’étudiante à Paris avec la découverte de la sexualité, de l’amour, du milieu lesbien. Elle  fait de Fatima une sportive, fan de foot. Ce n’était pas dans le texte et pourtant c’est très bien. Elle a montré la jeune fille faire ses prières, une visite à la mosquée mais n’a pas donné à la religion toute la place qu’elle tient dans le livre. Peut être plus difficile à mettre en scène.

j’ai aimé les deux, le film et le livre et j’ai apprécié qu’ils ne soient pas identiques. Quoique fidèle.

Agnès Thurnauer – Correspondances – Musée Cognac Jay

 marie Thérèse de SavoieExposition temporaire jusqu’au 8 février 2026

Emmanuelle Kant « Portrait Grandeur Nature « et Angelica Kauffmann Autoportrait en bacchante

Le Musée Cognac Jay réunit les collections XVIIIème siècle des fondateurs de la Samaritaine.  Rue Elzevir, non loin de Carnavalet dans un joli hôtel particulier, l’hôtel Donon. Les pièces d’exposition sont particulièrement soignées avec des boiseries d’époque. Les tableaux et bibelots sont présentés avec des meubles précieux . Même hors exposition la visite des collections permanentes vaut la visite. 

Salon Boucher une des plus belles pièces du musée

Dans Correspondances, Agnès Thurnauer projette un éclairage contemporain sur l’art du 18ème siècle et plus particulièrement sur cette période-clé où les femmes peintres, comme Vigée-Lebrun, savantes La marquise de Chatelet ou Madame de Staël ont su s’imposer dans un monde masculin. Deux « Portraits Grandeur Nature » EMMANUELLE KANT et FRANCOISE BOUCHER  gros badges comme des pins monstrueux donnent le la. Exposition radicalement féministe. 

Un merveilleux Canaletto est accompagné de 7 petits tableaux de nuages avec l’inscription NOW.  Commentaire de  Agnès Thurnauer :

« une œuvre est plus contemporaine du regard que l’on pose sur elle que de l’époque où elle a été produite »

La plasticienne va orienter le regard du visiteur, établir des Correspondances entre les œuvres du 18ème S. et son travail exposé. 

La salle suivante aura pour thème : Le Corps à l’Œuvre 

Sleepwalker – Vénus de Poncet et au sol matrices de lettres

 Il faut aussi confronter cet ensemble à l‘Odalisque de Boucher où le corps de la femme est livré comme objet de désir. Sleepwalker accumule les mots de l’artiste acrylique … académique … composition… dyptique… et par dessus le texte, le corps de l’artiste, nue de dos apparait sujet et non pas objet . L’artiste s’affirme créatrice et n’a pas peur à se représenter nue. 

Perrette et le pot au lait (détail)

Performance au féminin occupe la salle suivante .

La figure centrale est Perrette et le Pot au Lait de Fragonard présenté ainsi par les Frères Goncourt

« La laitière du pot au lait montre ses jambes et pleure comme une naïade sur son urne brisée »

Regard masculin érotisé. Perrette pleure-t-elle ses rêves de fortune ou sa vertu perdue?

Agnès Thurnauer : Le Corps à l’œuvre

Ce n’est plus une petite fille éplorée mais une femme puissante dont les seins gonflés rappellent le lait perdu. Elle montre ses jambes bien campées au sol. Seules les couleurs sont celles de Perrette!

Lire, Ecrire, Se Représenter

Emilie e Breteuil Marquise du Châtelet

Cette salle met à l’honneur des femmes majeures du Siècle des Lumières. la figure centrale est Emilie de Breteuil, marquise du Châtelet, mathématicienne, physicienne, traductrice de Newton, représentée ici avec un compas. 

Madame de Staël citée sur la cimaise :

Les femmes : « tantôt elle sont tout, tantôt elle ne sont rien. Leur destinée ressemble à quelques égard à celles des affranchis chez les empereurs, si elles ont du pouvoir, on leur rappelle, si elles sont esclave on opprime leur destinée… »

Prédelles entourant Marie Thérèse de Savoie

Agnès Thurnauer expose les portraits d’autres femmes savantes intercalés entre ses Prédelles noter l’homophonie prédelle/près d’elles.

Le Goût du 18ème siècle

Bonheur du jour

nous entrons dans les collections permanentes avec toutes sortes de bibelots, tableautins, médailles, porcelaine de Meissen. Coup de cœur pour les meubles marquetés et surtout les joli Bonheur du Jour. 

Il faudrait aussi montrer les statuettes, les tableaux d’Hubert Robert, de Boucher, Fragonard…..Je ne pouvais pas fair l’impasse sur l’âne de Balaam de Rembrandt

Rembrandt Ane de Balaam

 

Si je n’ai pas été convaincue par toutes les œuvres d’Agnès Thurnauer abusant de procédés répétitifs avec les lettres, en revanche le regard féministe décalé en fait une merveilleuse pédagogue. Elle guide notre regard, nous apprend à interpréter une œuvre. C’est aussi une féministe résolue qui met en avant des artistes un peu oubliées. 

Alice Guy – Catel&Boquet – Casterman

LES CLANDESTINES DE L’HISTOIRE

J’ai découvert cette série de romans graphiques avec Olympe de Gouge puis Anita Conti qui ont été des coups de cœur, j’ai aimé Joséphine Baker, un peu moins le personnage de Kiki de Montparnasse. Dès que j’ai trouvé Alice Guy à la médiathèque je me suis précipitée. 

Je connaissais le nom d‘Alice Guy, mais juste son nom, ni ses films ni sa vie. 

J’ai donc découvert sa biographie dans le gros roman graphique de Catel&Boquet qui retrace l’histoire du cinéma, avec les essais, les tâtonnements, les machines aux noms savants à racines grecques Chronophotographe,  Biographe, Bioscope, Phonoscope, et j’en passe. Chacun brevetant un appareil soi-disant original, avec querelles menant au tribunal. Intéressante rivalité entre les scientifiques perfectionnant la technique et les créateurs. Après les premiers films des Frères Lumière, Alice Guy, la première à imaginer des fictions à embaucher des scénaristes et avec Léon Gaumont à envisager la production à grande échelle, la construction de studios de tournage aux Buttes Chaumont. Comme toujours Catel et Boquet contextualisent leur biographie dans les décors précis et soignés, nous racontent l’Exposition Universelle de 1900, ou l’incendie du Bazar de la Charité. 

Comment une personnalité aussi originale et importante a disparu de l’Histoire du Cinéma alors qu’on se souvient des Frères Lumière ou de Méliès? Sa déconfiture financière à son retour des Etats Unis explique peut-être cet oubli?

Histoire du Cinéma, mais aussi Histoire des Femmes. A toutes les étapes de sa vie Alice Guy a été confrontée au machisme. On imaginerait Meetoo quand jeune secrétaire, elle fait face à des personnages grossiers. on imagine la force de caractère pour s’imposer dans ce milieu masculin sans jamais faire de concession. C’est beaucoup plus tard, aux USA, mariée, mère de famille que le patriarcat la rattrape quand son mari fait mauvais usage de sa fortune et la trompe. Rentrée en France, elle ne retrouve pas sa position d’avant son départ en Amérique

Histoire passionnante, accompagnée comme toujours dans cette collection de chronologie et de fiches biographiques des personnages secondaire. Si c’est peut être moins un coup de coeur que pour les deux premiers ouvrages, c’est peut-être seulement parce que l’effet de surprise s’est émoussé. Peut être aussi parce que la longue introduction : enfance ballottée de France au Chili, en Suisse et les études dans différents couvents m’a paru un peu longue. On entre dans le vif du sujet uniquement après 90 pages. J’aurai préféré un plan resserré sur l’enfance et plus de détails sur la dernière partie de la vie d’Alice.