Milady n’est pas une femme qui pleure…Elle est de celles qui se vengent
Evelyn de Morgan – La potion d’amour. La sorcière, une autre femme puissante
Les Trois Mousquetaires se distingue. Dans cette épopée fraternelle courent une énergie et une candeur
viriles jamais égalées. Elle a été adaptée, analysée, réinventée des dizaines de fois. Rarement une oeuvre
aura connu une telle longévité ni une telle fécondité. Après tant de reprises littéraires réussies et ratées,
tant de feuilletons, de parodies et de navets, tant de dessins animés, de bandes dessinées, pourquoi y
revenir ?
[…]
Autres temps, autres mœurs. Je ne révise pas. Je n’accuse pas non plus. Je me glisse dans les blancs de ton texte, dans les angles morts, et j’invite ceux qui, comme moi, sont épris de justice à ouvrir les yeux et les
oreilles.
Récemment, les chefs d’œuvres de la littérature classique, ont inspiré les auteurs contemporains pour des succès primés. J’ai lu successivement On m’appelle Demon Copperfield de Barbara Kingsolver, d’après David Copperfieldde Dickens, James de Percival Everett, à la suite de Huckleberry Finn. Et, à la suite, l’Essai de Laure Murat, Toutes les époques sont dégueulasses qui se penche sur les phénomènes de récriture et de réécriture. La récriture étant une « correction » politiquement correcte afin de gommer des éléments choquant le public contemporain (racisme, sexisme et autres. La Réécriture étant la production d’un ouvrage original en s’inspirant d’un livre ancien.
Je voulais vivre emprunte ses personnages aux Trois Mousquetaires,les replace dans les situations du roman de Dumas mais raconte l’histoire du point de vue de Milady qui devient le personnage principal. Une histoire de cape et d’épée racontée par une femme. Jamesest construit sur le même principe, le personnage principal est un esclave dans l’Amérique encore esclavagiste. On dit souvent que l’Histoire est racontée par les vainqueurs, la littérature contemporaine tente de redonner la parole aux opprimés.
Anne de Breuil, Comtesse de la Fère, Milady de Winter, Charlotte Backson, sous toutes ses identités est jugée à Armentières et exécutée par un tribunal improvisé d’hommes sûrs de leur bon droit. Meurtrière, empoisonneuse, bigame, séductrice, manipulatrice, elle mérite la peine capitale et sera exécutée. Je ne spoile guère, nous connaissons tous ce jugement.
Je voulais vivre raconte l’histoire de la petite orpheline qui fuit les meurtriers de sa mère, qu’on va enfermer dans un couvent et qui ne s’évadera de ses persécutrices qu’en suivant un prêtre….Quand a-t-elle perdu sa pureté, ce qui fait la valeur d’une jeune fille? Avec la perte de sa virginité ou avec la flétrissure que lui inflige le bourreau? J’ai lu les 3 Mousquetairesà 12 ans et je n’avais rien compris de cette fleur de lys imprimée sur son épaule.
Très belle, Milady, mais surtout intelligente, instruite, excellente cavalière sachant aussi manier l’épée et la dague. Une telle femme pouvait-elle exister en liberté dans le monde des Mousquetaires? On aurait pu l’accuser de sorcellerie, on la fait criminelle.
C’est donc un roman moderne, féministe qui a du souffle comme les Trois Mousquetaires dont il s’inspire. Plaisir de lecture. Un prix Renaudot tout à fait mérité!
les caryatides à l’entrée du Passage de Bourg l’Abbé
C’est une visite guidée par Monsieur Bac trouvée sur le site Explore Paris. Bien que parisienne de naissance, j’ai parfois besoin qu’on me fasse découvrir des endroits un peu secrets que je n’ai pas exploré seule.
J’étais passée la semaine passée par le Passage Brady en allant à la Galerie Marteloù Art Spiegelman et Joe Sacco signaient leur BD Never Again!..And Again… (jusqu’au 10 janvier 2026) et cela m’avait donné envie d’en savoir plus sur ce quartier très vivant, cosmopolite et dépaysant.
Théâtre Antoine boulevard de Strasbourg
La promenade commence au métro Réaumur Sébastopol pour s’achever une station de métro plus loin à Strasbourg-Saint Denis dans un périmètre très restreint limité au sud par le métro Sentier et la Place du Caire.
passage de Bourg l’Abbé
Nous découvrons les passages couverts. Ces passages furent aménagés à la fin du XVIIIème siècle : 1785 pour le Passage du Prado, 1798 passage du Caire, et dans les années 1830 . Ils permettaient aux Parisiens de faire leurs achats dans des boutiques fermées sans se salir dans la boue des rues, raccourci entre les artères passantes et lieux de promenade agréable. Ces passages furent amputés par les travaux d’Haussmann et le percement du boulevard de Sébastopol (1854) puis concurrencés par l’essor des Grands Magasins.
Nous entrons dans le Passage de Bourg l’Abbé sous le porche dessiné par Blondel avec ses deux cariatidesa, allégories du Commerce, et de l’Industrie pour découvrir des boutiques sous une verrière très haute. Ce lundi 29 Décembre n’est pas très propice au shopping, nombreuses enseignes sont fermées. Ce passage est privé, l’accès n’est autorisé qu’en semaine et aux heures ouvrables. Aux étages supérieurs des résidents disposent d’une clé.
L’entrée du Passage du Grand Cerf est moins spectaculaire. Reliant le 145 de la rue Saint Denis au 10 de la rue Dussoubs, il doit son nom à l’ancienne « Maison de roulage » du même nom, terminus des diligences. Des merceries et boutiques de laine sont encore très actives
lilweasel, boutique de laine et mercerie
ainsi que des brocantes et boutiques d’articles religieux ou décoratifs
Et encore plus pittoresque cet opticien vintage « Pour vos beaux yeux »
Pour vos beaux yeux lunettes vintage
la place Goldoni en l’honneur du dramaturge qui a vécu 21 rue Dussoubs et qui y mourut « pauvre » comme le rappelle une plaque de marbre commémorative. Non loin, la petite Rue Marie Stuartrappelle le passage de l’éphémère reine de France, petite rue mal famée à l’époque, Rue Tire-boudin ou Tire-vit comme on n’avait pas osé le prononcer devant la reine.
Notre conférencier pianote sur un digicode pour nous faire découvrir un très élégant hôtel particulier caché aux yeux des passants. Il appartenait au gouverneur de la Bastille, de Launay. Des merveilles sont ainsi invisibles et secrètes. Un guide est bien nécessaire.
vitrine du Café Royal à l’entrée du passage de Bourg l’Abbé
Des constructions récentes ont été bâties à la place de l’ancienne Cour des Miracles souvenir littéraire dont il ne reste plus rien. Rue Réaumur, près du métro Sentier, Monsieur Bac nous parle de l’ancien quartier de la Presseet nous montre le siège de l‘Indépendant, évoque Paris-Soir, puis France-Soir, Pierre Lazareff….temps révolu, il ne reste plus d’imprimerie de Presse maintenant. Heureusement qu’une visite guidée peut me rafraîchir la mémoire. Nous sommes dans le Quartier du Sentier, quartier du textile et de la passementerie et arrivons Place du Caire
passage du Caire
Le Passage du Cairea été construit après l’expédition de Bonaparte. Sur la façade des figures d’Hathor sont surmontées d’une frise ressemblant aux bas relief de RamsèsII et au sommet de l’immeuble des hiéroglyphes fantaisistes intègrent une caricature du profil d’un professeur des Beaux Arts.
Verrière Passage du caire
Le Passage du Cairea été construit dans l’esprit d’un bazar oriental sur un plan en Y avec 3 différentes allées rejoignant la rue du Caire, et la Rue Saint Denis. Les boutiques ne sont guère jolies, ce sont plutôt des entrepôts et des ateliers de textiles. L’endroit ne respire pas la prospérité. Discrétion des grossistes ou crise du textile?
Encore un passage : Le passage du Ponceau et la découverte d’un autre hôtel particulier ravissant.
Nous passons Rue Blondel, puis Rue Saint Denis très animée depuis des temps très anciens : voie qu’empruntaient les rois de France pour aller à la Basilique Saint Denis. L’arc de Triomphe est élevé en l’honneur des campagnes militaires de Louis XIV et de la victoire sur la Hollande, érigé en 1673 par Blondel. Nous traversons ensuite leBoulevard Bonne Nouvelle pour un dépaysement certain : nous sommes en Turquie! Cette petite Turquie est très animée avec des commerces de bouche et de nombreux restaurants.
passage du Prado
Art déco ou indien, le décor métallique qui soutient la verrière du Passage du Prado ? nous continuons le voyage en Orient, Pakistan ou Afghanistan, des officines de traducteurs sont décorées de l’ancien drapeau afghan. Barbiers à prix dérisoires, commerces exotiques.
passage Brady
Passage Brady, ,nous sommes en Inde avec des restaurants très appétissants, des épiceries exotiques et des coiffeurs. Perruques, extensions, teintures…Un peu plus loin, après le Château d’Eau nous arriverions au Château Rouge, concentration de coiffeurs africains….mais nous ne ferons pas le voyage ce jour.
Bouillon Julien
Dernière découverte : le Bouillon Julien, nombreuses tables dans un décor Art Nouveau (ouvert en 1906)verrière à motifs végétaux, mosaïque de Trezel sur des motifs de Mucha, stucs et un comptoir en bois précieux de Cuba. Les prix sont tout à fait raisonnables et j’ai prix la carte pour réserver à la prochaine occasion.
Par ces temps mauvais, l’actualité me déprime, Guerre au Moyen Orient, Guerre en Ukraine, 7 Octobre, Anéantissement de Gaza, pogrom en Australie
les chevaliers de l’Apocalypse, Galerie Martel , Art Spiegelman et Jo Sacco signent leurs livres
Toujours la même interrogation : est-ce le retour du fascisme?
Le RN de Marine Le Pen et Bardella est-il fasciste? les attaques contre l’Etat de Droit et les juges de la part de Retailleau, est-ce du fascisme? Trump est-il fasciste? Et l’accusation de fascisme de Poutine quand il fait la guerre à l’Ukraine, c’est le monde à l’envers. Et Netanyahou et son gouvernement? Sans parler du retour de l’antisémitisme de plus en plus inquiétant.
Il me semble urgent de revenir à une définition du fascisme, et à étudier son histoire et ses racines. Sternhell a consacré toute sa carrière d’historien à cette question. Il était donc urgent de lire ce livre.
…contre le fascisme sous toutes ses formes, dont la définition qui est retenue dans ces pages est celle, matricielle, de Marie-Anne Matard-Bonucci : le fascisme est un mouvement ou système politique ultranationaliste, opposé à la philosophie des Lumières (libéralisme et communisme) qui vise à transformer la société et l’individu sur la base d’une conception holistique de la société, c’est-à dire qui ne laisse rien de côté, soit au moyen de la dictature d’un parti unique, soit de l’État et au moyen de la violence. (p. 12)
dans la présentation de Pierre Serna.
Ce sont donc près de 50 ans d’histoire de l’extrême droite et des fascismes qui marquent la longue carrière de Sternhell entre 1972 et 2020. (p. 12)
Cet ouvrage n’est pas un biographie de Sternhell ni un résumé de son oeuvre. C’est une compilation d’articles de spécialistes de l’histoire des idées politiques listées dans le sommaire ci-dessous :
DU SOLDAT CITOYEN A L’HISTORIEN HUMANISTE-Pierre Serna
ENTRE GUERRES DICIBLES ET GUERRES INDICIBLES – de Annette Becker
SIONISTE FACE AU SIONISME – Philippe Gumplowicz
LA QUESTION DES FASCISMES FRANCAIS -LE NATIONALISME BARRESIEN ET SES ECHOS DANS LA FRANCE ET LES ETATS-UNIS D’AUJOURDHUI – Philip Nord
NI DROITE NI GAUCHE ENTRE 1983 ET 2020 LES FONDEMENTS D’UNE CONTROVERSE HISTORIOGRAPHIQUE -Olivier Forlin
STERNHELL ET LA THESE IMMUNITAIRE – Kevin Passmore
UN IMAGINAIRE HISTORIQUE OU LA CONTRE-REVOLUTION REFOULEE – de Baptiste Roger-Lacan
PLUTÔT HITLER QUE BLUM LE NAZISME COMME TENTATION DES « ELITES OCCIDENTALES » DANS LES ANNEES 30 -Johann Chapoutot
LES ANTI-LUMIERES DE VICO A CROCE – Frédéric Attal
FLEURIR LA TOMBE DU DICTATEUR (1936-2024) Pierre Salmon
VU D’ITALIE : UN DEBAT D’HISTORIENS – Valeria Galimi
EN ALGERIE AUSSI LA DROITE REVOLUTIONNAIRE – Benjamin Stora;
CONCLUSION D’UNE RENCONTRE – Henry Rousso
C’est donc un ouvrage de spécialiste, destiné à un public averti de l’histoire des idées politiques. Les sujets traités sont plus ou moins abordables pour la lectrice lambda que je suis.
Dans ce système, l’Autre, c’est-à-dire le Juif, l’étranger, l’indigène, le communiste, l’humaniste, la femme
ou l’homme des Lumières, est pensé comme un être à détruire, au point de rendre possible la culture
politique de la violence, voire de justifier la provocation à la guerre civile et la conquête du pouvoir par la
force, en négation totale avec les principes des républiques démocratiques,
Page 20
J’ai été très intéressée par l’histoire sur le temps long, qui fait remonter le débat aux Idées des Lumières, à la Révolution de 1789 et au cheminement des idées s’opposant aux Lumières au cours du XIXème siècle, à travers le Boulangisme, l’Affaire Dreyfus, Barrès… L’idée reçue que le fascisme découlerait des suites de la Grande Guerre, aussi bien en Italie et en Allemagne se trouve battue en brèche par l’analyse au long cours de Sternhell. qui remonte plus loin dans les origines :
Avec le boulangisme et l’antidreyfusisme, le rejet des Lumières passe ensuite des sphères intellectuelles
à l’espace public. Cette fois, la politique des anti-Lumières « est un phénomène de masse »
Autre idée que Sternhell apporte : le concept de Droite révolutionnaire, droite qui ne cadre pas avec la classification habituelle faite par René Rémondde trois Droites : bonapartiste, légitimiste, orléaniste. Opposition aussi de Sternhellà l’idée que la France serait immunisée au fascisme, idée répandue chez les intellectuels français qui éviterait de penser Vichy comme fasciste mais comme un épisode passager de l’Histoire de France.
J’ai eu beaucoup de mal à comprendre les réactions violentes des historiens de Science Po (J’ai moi-même eu Touchard et René Rémond comme professeurs à Science Po).
Encore plus de mal à comprendre les implications italiennes de Vicoet Croce dans l’Histoire du Fascisme. En revanche, le culte que certains vouent encore à Franco est plus facile à saisir. Le chapitre consacré à l’Algérie par Benjamin Stora est limpide. On comprend très bien comment les lois excluant les Juifs pendant la Guerre se sont si bien appliquées dans des régions pourtant éloignées de Vichy et encore plus de l’Allemagne.
Tel que je le conçois, le sionisme était avant tout le retour du Juif à la normalité. Les Juifs ne devraient
plus être à la merci du bon vouloir d’autres peuples, mais fixeraient eux-mêmes leur destin. En ce sens, j’
ai été “archi-sioniste” et je le suis aujourd’hui encore.
Le chapitre Sionisme face au sionisme m’a particulièrement interpellée. Il est tout à fait d’actualité même si Sternhell est décédé en 2020.qu’il aurait dit pour le 7 Octobre, puis la Guerre à Gaza m’aurait intéressée. Sternhell se définit comme israélien, il a combattu pendant 4 guerres mais il a adopté une position très critique vis à vis de la politique de colonisation. A tel point qu’il a subi un attentat : une bombe déposée en 2008. Sa critique dépasse celle du gouvernement de droite : la gauche sioniste aussi est caractérisée par le nationalisme
la synthèse entre socialisme et idée nationale était revendiquée par le courant central du travaillisme —
« De la classe à la nation », tel était le slogan asséné par David Ben Gourion dans maintes tribunes de
congrès —, la dissolution du socialisme dans le nationalisme prôné par la droite sioniste ne pouvait qu’
irriter la gauche israélienne.
primat de la nation commandait tous les autres. Le drapeau rouge du socialisme des défilés du 1er Mai
dans les rues de Tel-Aviv n’était qu’un leurre. Le corpus idéologique des fondateurs d’Israël était bien
moins marxiste qu’inspiré par « le nationalisme organique, le nationalisme historique et culturel(p.72)
Ce recueil est difficile à lire quand on ne dispose pas de la culture historique suffisante. A relire! Je n’ai toujours pas de réponse à mes interrogations initiales mais l’Histoire des idées se précise.
Pour mieux connaître Sternhell le podcast de RadioFrance: L’Histoire à Bras le corpsinterview par Philippe Gumplowicz CLICest passionnant et surtout très éclairant . 5 épisodes de 28 minutes permettent un abord chronologique plus méthodique. Parcours de vie de l’enfant de Galicie occupée par les nazis, caché par des Justes polonais, orphelin qui arrive en Avignon, à 16 ans s’engage en Israël . L’étudiant à Sciences Po, élève de Touchard qui fait une thèse sur Barrès (pas du tout à la mode) . L’universitaire qui disserte sur les Lumières et les Anti-Lumières, explique Herder et Kant, Rousseau. Le polémiste dont les travaux ont été contestés jusque dans les tribunaux quand il a écrit que Jouvenel avait collaboré sous Vichy.
Sternhell a accompagné mes promenades en forêt, compagnon de route. Quelle merveille ces podcasts qui permettent de faire entendre la voix de telles personnalités!
Cléopâtre voit le jour à Alexandrie en 69 av. JC et se suicide par une piqûre de serpent en 30 av JC après la bataille d’Actium. Cléopâtre VII, reine intelligente, fine diplomate a restauré le lustre que son royaume avait perdu, devenant protectorat romain. Elle noue des liens avec César dont elle a un fils Césarion (Ptolémée XV), le suit à Rome en 46. Après l’assassinat de César, elle va négocier avec Marc Antoine , accroit ses territoires, modernise sa flotte. ils auront ont 3 enfants. Vaincue à la bataille d’Actium, elle préfère se suicider que de se soumettre à Octave.
La bataille d’Actium
La première partie de l’exposition est archéologique avec des objets originaux : un vase en forme de canard m’a bien plu, des bagues et sceaux, et toute une collection numismatique avec des pièce à l’effigie de Cléopâtre qui ne ressemble pas du tout à Liz Taylor, ne porte pas de perruque de pharaon mais dont le nez fameux est bien marqué. La dynastie des Ptolémées est d’origine macédonienne et l’Egypte est très hellénisée : des statuettes montrent les dieux égyptiens très différents de ceux du Nouvel Empire. On reconnait Isis, Osiris, Horus, et Bès. Photographies anciennes de Denderah, temple hellénistique. Et même une réplique de la Pierre de Rosette
Buste de Serapis
Une visite virtuelle d’Alexandrieprovient d’un jeu vidéo Ubisoft. Je n’aime pas tellement cette esthétique et surtout les personnages que je trouve laids mais c’est très instructif : on voit la Grande Bibliothèque, le Musée, l’île de Pharos…
Cléopâter mourant debout. Sculpture en marbre de Jean Baptiste Goy pour les jardins de Versailles
La Légende de Cléopâtre
La suite de la visite se déroule au deuxième niveau et raconte les légendes de Cléopâtre.
Les Romains, et surtout Auguste, le vainqueur d‘Antoine ont noirci le mythe. Virgile, Horace, Plutarque la décrivent comme un monstre séduisant les hommes, une sorte d’obsédée sexuelle, même parfois de prostituée.
Les Egyptiens, plus tard (VIIIème – XIIème siècle) lui brodent une toute autre légende, de reine bienveillante, de philosophe érudite, même une alchimiste, de femme préférant la mort à la soumission.
Mort de Cléopâtre
Les classiques, Dante ou Shakespeare reprennent la légende, s’inspirant des romains, Plutarque entre autres, en font une héroïque tragique, entre passion amoureuse et politiques. Le suicide au serpent a inspiré sculpteurs et peintres. Après l’expédition de Bonaparte en Egypte, la découverte des décors , l’Orientalisme inspire peintres et hommes de théâtre. Sarah Bernhardt lui prête son visage
Sarah Bernhardt en Cléopâtre
Puis vient le temps du cinéma, déjà Méliès en 1899 et une véritable Cléomania va traverser l’histoire du cinéma: Claudette Colbert (1934), Vivien Leigh(1945) Sophia Loren (1953); Liz Taylor (1963) (c’est ell. e qui est pour moi la figure de Cléopâtre) suivie de tant d’autres. Asterix et la BD s’emparent de Cléopâtre
Liz Tayor : cléopâtre fait naviguer dans son bain un des navires de sa flotte
Je n’ai pas apprécié la scénographie avec la projection de trois films en même temps sur un immense mur-écran, n’arrivant à en suivre aucun.
Cléopâtre reine du marketing
je vous laisse deviner à quelles marques sont nom est attaché. C’est toujours l’image des péplums qui est alors utilisé, glamour et exotique.
Une dernière partie de l’exposition est surprenante. Le nationalisme égyptien,entre autres du temps de Nasser a repris à son compte Cléopâtre. Plus loin, les mouvements des luttes africaines-américaines l’ont adoptée comme héroïne refusant la soumission, Barbara Chase-Riboud a sculpté son trône vide : force et fragilité du pouvoir féminin.
Le trône vide Cléopâtre par Barbara Chase-Riboud
Dernier avatar : l’icone féministe. Des plasticiennes contemporaines mettent en scène la misogynie qu’a subi Cléopâtre de la part des hommes qui ont minoré son rôle de souveraine, qui l’ont diabolisée et hypersexualisée. Esmeralda Kosmatopoulos CLICa réalisé une installation de trois tableaux de la reine de profil (profil retrouvé sur les monnaies) I want to look…et à côté toutes les prescriptions de chirurgie esthétiques sur une ordonnance fictive, en particulier rhinoplastie (on connait la citation « si le nez de Cléopâtre… » clic
Esmeralda Kosmatopoulos : I want to look like Cleopatra
Et pour finir une image de Cindy Sherman : Cléopâtre ou Méduse?
J’ai trouvé ce titre dans le livre deLéa Veinstein, J’irai chercher Kafka et comme j’ai du mal à quitter Kafka dont je viens de lire la Lettre au Père j’ai téléchargé Forêt obscure dans la foulée. sombre
Il sera fort peu question de sombre forêt dans ce roman. Il se déroule en grande partie à l’Hôtel Hilton de Tel Aviv, à Safed et dans les collines désertiques. La Forêt Obscuredu titre est une référence littéraire tirée des vers de Dante :
« Au milieu du chemin de notre vie
je me suis trouvé dans une forêt obscure
Car la voie droite était perdue »
la métaphore de la forêt dont on doit sortir est encore évoquée à propos de Descartes
Plus il parle de sortir de la forêt suivant une ligne droite, plus j’ai envie de me perdre au coeur de cette forêt où nous vivions jadis dans l’émerveillement, la considérant comme la condition préalable d’une véritable conscience de notre existence et du monde.
Forêt virtuelle. Exit donc la forêt.
Deux récits s’entremêlent, se croisent. Point d’intersection : l’Hôtel Hilton. Histoire d’Epstein, avocat d’affaires, richissime, collectionneur d’œuvres d’art vieillissant. Au décès de ses parents, il disperse ses œuvres d’art, dilapide sa fortune et part sans laisser de nouvelles en Israël où il devient mécène au nom de ses parents. Au début du roman il perd son manteau dans un vestiaire et son téléphone portable avec. Il devient donc injoignable, ou presque surtout quand il quitte l’Hôtel de luxe pour un appartement minable à Ajami.
Histoire de Nicole, romancière reconnue, en panne d’inspiration, part pour quelques jours en Israël, pour démarrer un nouveau roman dont l’Hôtel Hilton doit être un élément central. Un mystérieux personnage Eliezer Friedmann la contacte pour une mission spéciale, écrire une suite à une œuvre de Kafka. L’ombre de Kafka intervient à plusieurs reprises dans cette histoire : Friedmann l’entraîne Rue Spinoza, à la maison où les papiers de Kafka sont gardés au milieu de dizaines de chats chez Eva Hoffe. Le procès que que la Bibliothèque d’Israël lui intente pour récupérer ces documents est évoqué.
Et la fille Hoffe, pathologiquement obsessionnelle et paranoïaque comme elle l’est, elle a accepté ça ? Et la Bibliothèque nationale d’Israël ? Au beau milieu d’un procès, vous avez obtenu les droits d’adaptation d’une oeuvre dont la propriété est très contestée, une pièce de théâtre de Kafka, qui va devenir un film ? »
Puis l’affaire prend une allure kafkaïenne, l’écrivaine est enlevée par l’armée, les services secrets? séquestrée dans une cabane dans le désert. Elle est persuadée que Kafka y a vécu… Cela devient de plus en plus étrange..
Le seul livre en anglais que j’avais avec moi était Paraboles, et après avoir relu plusieurs fois le chapitre sur le Paradis, je regardai dehors et l’idée me vint que j’avais raté quelque chose chez Kafka, que je n’avais pas su reconnaître le seuil initial, à l’origine de tous les autres, dans son oeuvre, celui qui sépare le Paradis du monde d’ici-bas. Kafka avait dit un jour qu’il comprenait mieux que personne la chute de l’ homme.
Quant à Epstein, il est entraîné par un rabbin puis par sa fille dans le tournage d’un film sur le Roi David qu’il devrait financer. On nage dans l’invraisemblance mais c’est amusant.
Totalement barré, quoique bien écrit et agréable à lire. Digressions littéraires ou bibliques, politiques tout à fait intéressantes.
Tu m’as demandé récemment pourquoi je prétends avoir peur de toi. Comme d’habitude, je n’ai rien su répondre, en partie à cause de la peur que tu m’inspires, en partie parce que la motivation de cette peur comporte trop de détails pour pouvoir être exposée oralement….
1919, Kafka âgé de 36 ans adresse cette lettre d’une centaine de pages qui ne sera publiée qu’en 1952. Ce texte livre une histoire de sa vie, de sa famille, de ses tentatives de mariage. Je le lis après avoir visionné le film de Agnieszka Holland , Franz K. CLIC Cette lecture m’éclaire pour les scènes qui m’avaient étonnées comme celle de la cabine de bains, ou la rupture des fiançailles à Berlin;
« Tu ne peux traiter un enfant que selon ta nature, c’est-à-dire en recourant a la force, au bruit, à la colère,
ce qui, par-dessus le marché, te paraissait tout à fait approprié dans mon cas, puisque tu voulais faire de
moi un garçon plein de force et de courage. »
La première moitié adresse des reproches au père, elle analyse avec beaucoup d’insistance les rapports de force que le père a instauré:
« s’ensuivit que le monde se trouva partagé en trois parties : l’une, celle où je vivais en esclave, soumis à
des lois qui n’avaient été inventées que pour moi et auxquelles par-dessus le marché je ne pouvais jamais
satisfaire entièrement, sans savoir pourquoi ; une autre, qui m’était infiniment lointaine, dans laquelle
tu vivais, occupé à gouverner, à donner des ordres, et à t’irriter parce qu’ils n’étaient pas suivis ; une
troisième, enfin, où le reste des gens vivait heureux, exempt d’ordres et d’obéissance »
Il revient longuement sur ce thème de l’obéissance et des ordres iniques qui l’ont complètement inhibé.
« par ta faute, j’avais perdu toute confiance en moi, j’avais gagné en échange un infini sentiment de
culpabilité (en souvenir de cette infinité, j’ai écrit fort justement un jour au sujet de quelqu’un : « Il craint
que la honte ne lui survive »
La deuxième moitié de la lettre m’a beaucoup plus intéressée. Il s’interroge sur sa position vis à vis du judaïsme, du judaïsme de son père et du sien. Avec beaucoup d’humour il associe l’ennui éprouvé à la synagogue et celui au cours de danse.
« Je passais donc à bâiller et à rêvasser ces heures interminables (je ne me suis autant ennuyé, je crois, que plus tard, pendant les leçons de danse) et j’essayais de tirer le plus de plaisir possible des quelques petites diversions qui s’offraient, comme l’ouverture de l’arche d’alliance, laquelle me rappelait toujours ces baraques de tir, à la foire, où l’on voyait également une boîte s’ouvrir quand on faisait mouche, sauf que c’était toujours quelque chose d’amusant qui sortait… »
Il évoque aussi son activité littéraire, non pas tant l’acte d’écrire que la réception de ses œuvres par son père. Dans cette lettre, il analyse les raisons de sa recherche d’émancipation dans le mariage mais aussi les raisons des échecs. Il évoque aussi ses études, mais toujours dans la même optique de la peur de l’échec, même s’il passait sans difficultés dans la classe supérieure.
Ce texte permet de mieux connaître l’écrivain qui se livre de manière très intime parfois très douloureuse comme cette métaphore du ver de terre
« Là, je m’étais effectivement éloigné de toi tout seul sur un bout de chemin, encore que ce fût un peu à la
manière du ver qui, le derrière écrasé par un pied, s’aide du devant de son corps pour se dégager et se
traîner à l’écart. »
En surfant sur Internet j’ai trouvé plusieurs podcasts ICI ou vidéo-youtube de lecture de la Lettre au père, et je compte bien les écouter en me promenant. Kafka ne me lâche pas en ce moment!
Certes, l’auteure est française, le livre écrit en français, mais Kafka est un grand littérateur de langue allemande, je pense que ce livre a sa place dans les Feuilles Allemandes!
Lu d’une traite, ou presque, à la sortie du film Franz K. d’Agnieszka Holland. La figure de Kafka rôde, présence en filigrane, référence familière. Figure très floue parfois quand j’ai vu Les Deux Procureurs de Loznitsa qui m’a rappelé Le Procès avec ces couloirs, ces portes fermées, ces gardiens énigmatiques, mais attention les procès staliniens sont datés de 1937 alors que Franz Kafka est décédé en 1924. Référence intemporelle.
« Kafka est un mort-vivant : il était mort de son vivant, il vivra après sa mort. » (p41)
J’irai chercher Kafka de Léa Veinstein est une enquête littéraire. L’écrivaine, qui a consacré sa thèse à Kafka, part, en Israël, à la sortie du confinement, voir les manuscrits et enquêter sur les manuscrits de Kafka.
Car, suivre ces morceaux de papier c’est se plonger dans un espace où le réel piège la fiction, la moque ; c’est se plonger dans un temps à la fois précis et éternellement retardé, divisé, un temps élastique comme celui des Mille et Une Nuits. Ces manuscrits vont connaître les autodafés nazis, se cacher dans une valise pour fuir Prague vers Tel-Aviv, être revendus à une bibliothèque en Allemagne, être scellés dans des coffres-forts en Suisse. Et comme pour défier les nuances, ils vont se retrouver au cœur d’un procès long de presque cinquante ans, un procès dont le verdict citera le Talmud et concédera que le tribunal est incapable de répondre à la seule question qu’il aura eu le mérite de poser : à qui appartient Kafka ? (p.21)
Ces manuscrits ne devrait pas exister : Max Brod a désobéi à l’ordre de Kafka de tout brûler après sa mort. Non seulement il a collecté, réuni, lettes, notes, manuscrits de roman, mais il les a sauvés, a traversé l’Europe pour les emmener en Palestine loin des autodafés nazis. Et même arrivés à Tel Aviv, l’histoire ne s’arrête pas. C’est cette histoire que raconte le livre.
pourquoi suis-je là, pourquoi suis-je persuadée de venir ici rencontrer Kafka alors qu’il n’a jamais que
posé son doigt sur la carte à l’endroit de ce pays qui n’existait pas encore au moment où il est mort
8 jours passés à Tel Aviv et Jérusalem, très chargés d’émotion que l’écrivaine nous fait partager. A travers des prétextes très triviaux, Kafka surgit quand on s’y attend le moins. Un choucas perché, mais c’est Kafka bien sûr!
Le nom de famille Kafka, écrit avec un -v-, signifie choucas en tchèque, et Franz a plusieurs fois signifié qu’il prenait cette descendance très au sérieux. Dans les Conversations avec Gustave Janouch, on trouve cet échange : – Je suis un oiseau tout à fait impossible, dit Kafka. Je suis un choucas – un « kavka ».
Un chauffeur de taxi rend un faux billet de Monopoly : méditation sur authenticité posée par Kafka
Et si Kafka continuait à me provoquer? Tu veux jouer? Au Monopoly maintenant? Alors jouons. (p.35)
Un rat pendu dans une exposition d’Annette Messager, encore une rencontre kafkaïenne!
Au cours du voyage Lé Veinstein fit référence à Valérie Zenatti, écrivaine que j’aime beaucoup, Nicole Krausse et son livre Forêt Obscure dont je note le titre, une poétesse israélienne Michal Govrin…
Le Procès des manuscrits de Kafka est l’objet du voyage, Léa Veinsteinrencontre les avocats qui ont plaidé, l’un Eva Hoffe, l’héritière de Max Brod, qui compte disposer des manuscrits comme elle le souhaite, les vendre aux enchères, y compris à un musée allemand. L’autre pour la Bibliothèque d’Israël, et derrière la Bibliothèque il y a l’Etat d’Israël qui considère que Kafka lui appartient.
En 2011, avant que le premier verdict ait été rendu, la philosophe américaine Judith Butler signait un
texte important dans la London Review of Books, intitulé « Who Owns Kafka ? »
Et cette controverse va très loin
l’idée est de rassembler tout le judaïsme en Israël, pas seulement les personnes physiques. Ils ont « récupéré » des tableaux de Chagall à Paris, ou encore des fresques peintes par Bruno Schulz, rapportées ici par des agents du Mossad. C’est un projet politique et symbolique. Or Kafka fait partie de cet héritage. Il devait physiquement être amené ici. (p.240)
Le Procès, tout à fait kafkaïen, Léa Veinsteinl’écrit avec une majuscule, ou plutôt les procès puisque ils iront jusqu’à la Cour Suprême , vont durer jusqu’en 2018. Deux ans après le verdict, les documents sont à la Bibliothèque nationale à Jérusalem.
Et Kafka dans cette histoire? L’écrivaine est très nuancée là-dessus. d’ailleurs la volonté de Kafka étaient que les manuscrits soient brûlés.
À l’occasion du bicentenaire de sa mort en exil à Bruxelles en 1825, le Louvre consacre à David une grande exposition. Exposition sans surprise : les tableaux majeurs sont au Louvre dans les collections permanentes. La plupart des tableaux présentés ici sont très connus, illustration des manuels scolaires. L’intérêt de cette rétrospective est de retracer la carrière du peintre et montrer son engagement politique comme citoyen pendant la Révolution puis son attachement à Bonaparte/Napoléon.
Bélisaire demandant l’aumône
De Paris à Rome (1770 -1779) et de Rome à Paris (1780 – 1783) et même Rome contre Paris
Lauréat du Grand Prix (après 3 échecs) David part à Rome où il peint de grands tableaux antiques, très classiques. Les premiers ne séduisent pas. Il découvre ensuite Caravage, Ribera et se détache du goût « rocaille » pour des compositions très théâtrales comme le Serment des Horaces
Ces grands tableaux sur des sujets antiques sont interprétés par d’autres peintres. Bélisaire a été copié pour un autre commanditaire, mais aussi peint par Vincent (1776) et Peyron (1779). Parmi les autres tableaux antiques il y a aussi La Mort de Socrate ou La Douleur d’Andromaque.
En plus de ces tableaux héroïques on voit plusieurs versions des Amours d’Hélène et de Pâris (1789). J’ai noté déjà le goût pour le mobilier antique (lit annonçant le mobilier « empire » et le soin dans la peinture des draperies.
David portraitiste : l’épure sans concession
Dans ses portraits David n’enjolive pas , il fait des portraits réalistes de membres de sa famille.
David dans la Révolution (1789 – 1792) –
Le serment du Jeu de Paume (étude)
David plutôt que de peindre l’héroïsme comme dans la Rome antique, s’engage dans l’action politique. Il a ébauché un énorme tableau du Serment du Jeu de Paume (10 mx 6 m) qui est resté inachevé, les personnages sont esquissés seul quatre d’entre eux ont les visages peints, sans doute pour faire appel à une souscription. Curieusement il a dessiné les personnages nus avec un soin particulier pour la musculature. Pourtant sur le projet ci-dessus on les voit bien habillés.
L’énorme tableau inachevé
– Auprès de Robespierre (1792 -1794)
Avec le rapprochement avec Robespierre, David se radicalise. Elu député de Paris à la Convention , il fait aussi partie du comité de Sûreté générale et est ordonnateur de grandes festivités . Avec la mort du roi, un culte des martyrs de la liberté illustré par La Mort de Marat présenté avec solennité en trois exemplaires . Cette représentation est presque christique. Un autre martyr est le jeune Bara
La mort du jeune Bara
Pour sa participation à la Terreur, David est incarcéré et a peint cet autoportrait
Autoportrait
Revenir sur le devant de la scène (1795 -1800)
Survivant de la Terreur, épuisé, David se remet au travail sans attendre l’amnistie et peint des portraits. Le plus connu est celui de Mme Récamier
Madame Récamier
Les Sabinesmontrent les femmes faisant cesser les combats et appelant à la réconciliation. Les femmes ne sont plus passives comme dans le Serment des Horaces. Elles sont venues avec leurs enfants. Hersilie, au centre du tableau s’interpose entre son père Tatius, roi des Sabins et Romulus, identifié par son bouclier.
les Sabines
« je vous aime David »/ »Bonaparte est mon héros »
David rencontre Bonaparte en 1797. Il fera des portraits . J’attendais le Sacre il n’est pas dans l’exposition! En revanche une série de portraits en 1812 de l’empereur peuvent être observés avec attention. L’heure à la pendule 4h15, les bougies consumées suggèrent que Napoléon a travaillé toute la nuit et le résultat est une accumulation de lettres et rouleaux de papier…
Exil à Bruxelles (1816 – 1825)
Mars terrassé par Vénus et les Grâces
David ne m’attirait pas tant que cela, les tableaux sont archi-connus pour la plupart. Mais l’exposition a piqué ma curiosité et présenté le personnage engagé en politique, même si souvent j’ai préféré les tableaux de ses rivaux comme le grand Jupiter et Thétisd‘Ingres faisant face à Mars terrassé... De même j’ai préféré la version de Gérardpour Psyché et Amour
Les Feuilles Allemandes marquent un rendez-vous avec Stefan Zweig dont l’œuvre est inépuisable.
Courte biographie (185 pages) publiée en 1935, Zweig se trouve à Londres et ses allusions au fanatisme, à l’intolérance, aux forces obscures de l’Allemagne résonnent avec la situation politique de l’époque de Zweig.
Erasme, champion de l’Humanisme, de la tolérance, intellectuel européen est cher au cœur de Zweig, j’y ai presque vu un double.
Bosch : La nef des fous
Evidemment je connaissais Erasmede Rotterdam de nom et l’Eloge de la Folie citée à l’Exposition, Le Fou, au Louvre cet hiver.
Zweig me fait découvrir le personnage : enfant illégitime, confié au monastère des Augustins en 1487, ordonné prêtre en 1492. Latiniste hors pair, il trouve l’occasion de quitter le couvent pour servir de secrétaire à l’évêque de Cambrai. Il ne retournera pas à la vie monastique, étudie à Paris au triste collège du Montaigu « collège vinaigre », y conçoit une horreur incurable pour la scolastique et mènera une vie indépendante en donnant des leçons de latin à de riches étudiants allemands ou anglais, en rédigeant lettres et pamphlets, se contentant d’emploi de correcteur d’imprimerie à Bâle ou à Venise. Il voyage à travers l’Europe, se trouve très bien en Angleterre. A côté de l’Eloge de la folie, il rédige un Manuel du Chrétien militant, compile des citations latines et surtout traduit les Ecritures du grec en 1516. Ses écrits lui valent l’estime de toute l’Europe, il reçoit des propositions de nombreux souverains mais ne veut pas aliéner son indépendance. Zweig compare sa gloire à celle de Voltaire ou de Goethe, plus célèbre que Dürer ou Léonard de Vinci « doctor universalis » « Prince des sciences », lumière du monde ».
A vrai dire, toute cette admiration, presque hagiographique m’ennuie un peu. Zweig ennuyeux? Impossible: le texte s’anime quand il évoque la Folie « Stultitia » A la Folie, on peut prêter des propos séditieux, des critiques de l’Eglise, du luxe de Rome, du commerce des indulgences. Ces critiques préfigurent La Réforme mais elles sont bien reçues, écrites en latin raffiné, entre lettrés, avec toujours bienveillance. Erasme concilie la Sagesse antique, les philosophes et l’Evangile en un Humanisme de bon aloi. Il transcende les frontières, s’exprime en latin, imagine une Europe chrétienne pacifiée où fleurissent les arts de la Renaissance, où afflue déjà les richesses du Nouveau Monde.
Le drame va éclater quand Lutherplacarde ses quatre vingt quinze propositions à la porte de la chapelle de Wittenberg. Tout oppose Luther et Erasme aussi bien le physique que le caractère. A la finesse, la diplomatie s’oppose la grossièreté, la brutalité et la colère. Luther est soutenu par les Allemands
« esprit de conciliation contre fanatisme, raison contre passion, culture contre force primitive, internationalisme contre nationalisme, évolution contre révolution » (p.102)
La deuxième partie du livre va analyser cette opposition de plus en plus véhémente. On devine les prémisses des Guerres de Religion. Erasme refuse de s’engager et évite à plusieurs reprises la confrontation. Il rejette l’offre d’alliance avec Luther. Il ne relève pas les occasions de réconciliation que les princes allemands tentent à la Diète de Worms.
le Chef de la Chrétienté et ses évêques, les maîtres du monde : Henri VII? Charles Quint et François1er, Ferdinand d’Autriche, le duc de Bourgogne, les chefs de la Réforme allemande, d’autre part, tous sont devant Erasme, comme autrefois les héros d’Homère devant la tente du bouillant Achille, le pressant, le suppliant de sortir de sa neutralité et d’entrer en lice.
La scène est grandiose ; rarement dans l’Histoire les puissants de ce monde se sont donné autant de peine pour obtenir un mot d’un intellectuel, rarement la puissance de l’esprit a affirmé une suprématie aussi éclatante.
La fin de la vie d’Erasme sera une vie d’errance : il quitte Louvain, trop catholique, pour Bâle neutre mais qui deviendra protestante, puis Fribourg.
Et la lectrice ne s’ennuie plus du tout!
En conclusion : la publication du Prince de Machiavel signera la décadence de l’Humanisme et la défaite de l’Humanisme devant la force.
J’aime les surprises que nous offre Babélio. Auteur inconnu, éditeur inconnu aussi, c’est le sous-titre Souvenirs d’Antioche qui m’a fait cocher la case dans la liste. Antioche me fait rêver : Antioche, hellénistique, romaine, chrétienne, croisée, syrienne ou turque?
j’ai donc ouvert ce livre sans aucune idée préconçue. Il commence par une fouille archéologique menée par deux adolescents belges Haydar et Albin. Référence à Indiana Jones. Roman d’aventure? Haydar dont la famille est originaire de la région fait visiter la Turquie. Road trip? J’ai d’abord cru à une lecture jeunesse.
« Ton bled est complètement fou. Des villes grecques peuplées d’arabes chrétiens et alaouites. Une montagne porte un nom juif avec des villages arméniens ou turkmènes. on en perd son latin.
-Attend demain. Il y a tout près un village arménien où les gens de toutes les religions rendent visite à un arbre.
-qu’y a-t-il de si extraordinaire?
-on dit que c’est le platane de Moïse… »
Le « mont juif » c’est Musa Dagh dont Franz Werfel a raconté la tragédie pendant le génocide arménien ; je le relirais volontiers.
Son ami rentré en Belgique, Haydar retourne dans sa famille et nous présente ses cousins et toute sa famille qui habite autour de Samandag. Ils sont alaouites. On découvre leurs traditions et croyances pourtant gardées secrètes empruntant des fêtes aux chrétiens, proche du chiisme, éloigné du sunnisme turc. Une tradition de persécutions de la par des sunnites a renforcé le secret et la résistance des alaouites qui se réfugiaient dans la montagne. Population arabophone, mais qu’on a alphabétisé en turc avec des lettres latines. Quand la famille d’Haydar est allée en Syrie voisine il était incapable de lire l’arabe. Son père l’enverra à la mosquée pour apprendre à lire l’arabe.
Roman d’apprentissage, les jeunes étudient à l’université et se politisent. A gauche. En 1980 le putsch de Kenan Evren a mis les militaires au pouvoir. Le jeune Haydar les compare dans le livre à des scarabées. Puis opposition à la Premier Ministre Tansu Ciller dans les années 90. Je ne savais pas que la Turquie avait eu une femme à la tête du gouvernement. J’apprends beaucoup de choses dans ce livre!
Le roman d’Haydar, ses allers retours entre la Belgique se termine en 1999. Son engagement militant contre la torture le conduit au tribunal et même en prison. Il lui ferme les portes de la Turquie. Antioche et Samandag deviennent « l’inaccessible Ithaque » . Le séisme de 2023 va anéantir 90% de la ville d’Antioche : l’Apocalypse, titre de l’avant dernier chapitre du livre.
Ce témoignage est très riche, la lecture agréable. J’ai essayé de me documenter sur l’auteur. Wikipédia présente Bahar Kimyongür comme un journaliste belge militant qui vit sous la menace des poursuites d’Erdogan. Il a même subit un attentat en 2018. Cependant, certains lui ont reproché de relayer les positions de Bachar El-Assad, favorable en Syrie à la minorité alaouite. merci encore à Babélio et à l’éditeur qui m’ont offert