Ravenne : Musée national

p4180118-copie.1305271373.JPG

Le Musée National situé à proximité de San Vitale , par chance il est ouvert aujourd’hui lundi

 On entre dans une salle sombre : au sol une mosaïque, au plafond les fresques provenant de l’église de Sa Chiara. La coupole est divisée en 4 quartiers pour les 4 évangélistes, reconnaissables à leurs attributs, qui écrivent attablés accompagnés de saints. Au fond, une belle Annonciation. Le Baptême dans les Eaux du Jourdain, l’Adoration des Mages sont plus abimés.

Une exposition didactique explique la restauration des mosaïques :  les relevés photographiques,  esquisses, aquarelles,palette des tesselles. J’ai du mal à saisir lesquels sont les fragments indemnes et ceux qui ont été reconstitués.

Dans  les nombreuses salles du monastère bénédictin les collections sont variées.

Les Ivoires sont exceptionnels: ivoires byzantins de Constantinople, travail européen ou arabe. Ravenne comme Venise plus tard, était à la jonction de deux mondes européen et oriental. Qu’est ce donc que cette bottega de Baldassare ? (j’ai trouvé sur Internet au retour ceci : PERUZZI Baldassarre Tommaso né en 1481 ; mort en 1536 ) et la Bottega delle storie di Susanna ?

La collection d’icones créto-vénitiennes m’évoque la même réflexion, quoique bien postérieures à l’empire byzantin. J’ai vu ces icones à Corfou (vénitienne alors) . A Ravenne on les a classées pare sujet. Je comprends enfin que la Vierge est Glykophiloussa quand l’enfant pose sa joue contre celle de sa mère, que les icones  Galaktophoussa représentent une Vierge allaitante (évident !).

Bronzes : les bronzes animaliers sont mes préférés : un sanglier de Giambologna que j’ai déjà vu à Florence, un récipient étrange pour se laver les mains en forme de quadrupède, buffle ou cheval ? on ne sait pas bien.

          « Vous n‘avez pas vu les céramiques ! «  nous disent les dames scandalisées.

Il faut dire qu’elles sont très belles : les faïences jaune vertes et bleues de Faenza, les céramiques de Ravenne bleues turquoise noir sur fond blanc aux motifs stylisés presque islamiques (si on excepte les allusions à la vigne et au vin). Deux plats de très grande taille sont exceptionnels. A l’envers de l’un un  aigle stylisé or ressemble à un calligramme arabe.

Nous terminons cette visite par les deux cloitres. Le premier, le plus grand arboré aux colonnes géminées avec if de taille exceptionnelle, le second encadré par quatre bâtiments orange aux arcades romandes aux petits chapiteaux et aux colonnes de marbre referme un jardin de rosiers et trois belles portes armoriées : deux pies boivent dans un calice, un homme armé d’une épée en piétine un autre.

Le  Lapidarium excite mon imagination. Les stèles romaines retracent la carrière de militaires romains. Marco Aspcio Tirone Primpilo, originaire de Ravenne de la légion XXII…. Marco Barbi de la trière castor et son compagnon Marco Antesto qui lui a dédié cette stèle…Marco Giulio Sossiano érigea cette stèle en souvenir de son ami Sestio Arrio Romano, un égyptien qui a exercé la fonction de médecin pendant vingt ans… ces personnage surgissent de la pierre avec leur image. Il y aurait matière à roman historique !

Ravenne – San Vitale

dscn1290-copie.1305189911.JPG

Traversant le cloitre vert avec son grand  if, j’ai un regard pour Clément XII en calcaire blanc.

Descendant un escalier de briques, on entre presque sans s’en apercevoir dans la Basilique en contrebas.

dscn1341-copie.1305190067.JPG

 Deux rangs de belles colonnes sont surmontées de chapiteaux curieux imitant des paniers de vannerie à avec des motifs végétaux. Des petites colonnes soutiennent la galerie destinée aux dames. Huit larges piliers de marbres très précieux portent la coupole. Huit demi-coupoles sont peintes à fresque dans les tons bruns-roses et dorés. La coupole elle-même est percée à sa base de _ fenêtres aux carreaux d’albâtre. En trompe l’œil apparaissent quatre personnages armés habillés à l’antique  En haut de la coupole,l’Ascension entourée de guirlandes de fleurs baroques, très baroques.

Le pavement est un labyrinthe de marbre coloré.

L’autel se trouve dans le presbytère : les mosaïques sont extraordinaires avec leurs couleurs vives où domine le vert. Le plafond est divisé en 4 : 4 anges sur un fond fleuri avec toutes sortes d’animaux dans des médaillons. Au fond Jésus est encadré par deux anges, saint Vitale et Ecclesius.

dscn1288-copie.1305189953.JPG

Ce vert étonne, tout ce vert sur les mosaïques ! je n’ai vu cela nulle part ! Ces mosaïques sont curieusement agrestes, ce vert est aussi étrangement lumineux. Une lunette raconte l’histoire d’Abraham, l’hospitalité du Patriarche invitant à sa table les anges, le sacrifice d’Isaac. Dans la lunette d’en face Abel et Melchisedec accomplissent un sacrifice : Abel a une simple  cabane et  porte un simple agneau Melchisedec se trouve devant le temple et utilise de la vaisselle d’or. Moïse gravit le Mont Sinaï, verdoyant.

Tous ces personnages sont en mouvement tandis que dans deux rectangles se font face Théodora et ses suivantes, et Justinien, au centre de sa cour. Théodora, est raide, hiératique, ornée de somptueux bijoux. Justinien est entouré de guerriers portant hallebardes de l’ évêque Maximanius. Ils ont une pose officielle, figée.

Deux styles coexistent ici, on peut comparer les Byzantins et les Romains. Je ne me lasse pas de trouver des détails : ici un paon, là un canard, des fleurs….Une foule bruyante a envahi la basilique. Le spectacle est tellement merveilleux qu’on ne se laisse pas distraire.

Ravenne: Mausolée de Gallia Placida

dscn1306-copie.1305183199.JPG

Le mausolée est de petite dimension. Il  règne une atmosphère calme dans la sombre coupole bleu nuit constellée  de 570 étoiles selon une combinaison ésotérique de 7 -4 et 3 qui ont une signification sacrée tandis que les fleurettes sur les plafonds en berceaux ont 8 pétales, le huit symbolisant la Résurrection, la combinaison du  nombre des fleurettes correspond aussi aux étoiles. Sur chaque mur un personnage habillé en toge et sandale.

Au dessus de l‘entrée le Bon Pasteur garde son troupeau d’agneaux. .  En face, un feu, Saint Laurent sur le grill et une armoire contenant les 4 évangiles.  Au milieu : deux colombes s’abreuvent dans une coupe .Sur les deux autres murs des cerfs viennent boire à une auge

Il se dégage une impression de recueillement et de paix dans le mausolée de cette dame romaine   que j’imagine offert par un amant éploré. J’apprends ensuite de Gallia Placida était impératrice et qu’elle a ordonné la construction de nombreux édifices embellissant Ravenne.


Ravenne: eglises et mausolée de Dante

 

dscn1378-copie.1305130251.JPG

Saint Jean l’Evangéliste

 

En quête de St Apollinaire la Neuve, nous arrivons presque à la gare. Un haut campanile nous attire. Cette église est précédée d’un beau porche blanc gothique aux colonnes torsadées avec une rangée de petits personnages qui font penser à des moines superposés. Le jarrdin est fleuri. L’église sonorisée. L’église est vaste mais point de mosaïque dorée, rien que des panneaux avec des fragments hétéroclites montrant des soldats et des bateaux. Nous nous sommes trompées d’église et ne nous attardons pas.

Saint Apollinaire la Neuve

dscn1375-copie.1305130164.JPG

 

Retournant sur nos pas, rue Roma, nous trouvons l’église que nous cherchions avec son campanile rond aéré d’ouvertures de plus en plus grandes comme le signale le G du Routard. A Ravenne presque toutes les tours sont rondes alors que celles de Bologne étaient carrées.

L’église immense est meublée uniquement de deux rangées de colonnes rondes avec de beaux chapiteaux soutenant des arches arrondies.

Trois registres de mosaïques sont historiés.

Le registre le plus bas est le plus impressionnant. D’un  côté le cortège des saintes et des vierges de l’autre symétriquement la procession des martyrs. Les femmes partent du port de Classe où se trouvent trois galères. Les martyrs d’un palais face au port.

Le registre du milieu est entrecoupé de larges fenêtres laissant entrer largement la lumière. Entre chaque fenêtre des prophètes et des saints que nous n’avons pas cherché à identifier.

Le registre supérieur raconte des petites scènes que j’examine à la jumelle. Noces de Cana : bizarrement un homme traine un  panier, sur la vignette suivante Jésus tient dans une main le pain, dans l’autre un poisson, sur la 3èmer image deux pêcheurs tirent un filet plein. Lazare est tout entouré de bandelette comme une momie. En face est représentée la Passion. La Cène est un  peu ratée, le format carré ne convient pas. En revanche très belle prière dans le jardin plus loin Pilate se lave bien les mains…

Ici aussi les groupes scolaires sévissent. En fin de journée leurs enseignants ont bien du mal à les faire écouter. Les jeunes préfèrent se photographier les uns les autres. Sans doute, ils ont, comme nous vu des mosaïques toute la journée et sont saturés.

Dante et S Francesco

p4190130-copie.1305130344.JPG

La rue Negri, perpendiculaire à la via Roma en face de St Apollinaire la Neuve conduit au Musée et à la Tombe de Dante. Ses ossements reposent sous un tumulus couvert de lierre. Le mausolée en pierre claire est à côté. Nous faisons la queue, bien disciplinées, derrière les scolaires. Chacun se fait prendre en photo devant la stèle où Dante est de profil face à un lutrin. Les adolescents ont sûrement étudié Dante, pas moi ! Dans la cohue, nous n’ avons pas vu la flamme alimentée par l’huile qu’offre encore la Ville de Florence

Dans l’église S Francesco, nouvelle queue cette fois-ci derrière des enfants d’âge primaire. L’instit compte 1, 2, 3, 3 seconde pour photographier la crypte envahie d’eau claire où nagent des poissons rouges.

Ravenne : Baptistères arien et néonien

dscn1357-copie.1305129685.JPG

Baptistère des Ariens

Le baptistère des Ariens est un petit bâtiment octogonal construit par Théodoric, roi des Ostrogoths arrivé à Ravenne en 493. La coupole est décorée par deux cercles de mosaïques entourant le médaillon représentant le Baptême dans le Eaux du Jourdain. Le Christ est déshabillé (et pour une fois sexué) à travers les filets bleus figurantt les flots.  Saint Jean Baptiste est perché sur un rocher tandis qu’un vieillard figure le fleuve Jourdain est assis portant ses attributs : un roseau vert et deux pinces d’écrevisses surmontant  la tête si bien qu’on le confondrait avec un diable. Tout autour faisant la ronde : les douze aprôtres séparés chacun par un palmier, habillés en toge et toujours sur de l’herbe vert vif. Pour moi, Ravenne restera associé à la couleur verte ! Le reste du bâtiment est en brique crue.

Baptistère Néonien et Cathédrale

dscn1385-copie.1305129764.JPG

Trop tard pour le Musée épiscopal, nous jetons un œil dans la cathédrale, immense, baroque avec dorures et angelots.

 

Le baptistère néonien tire ce nom étrange de l’évêque Neon qui commanda les mosaïques au 5ème siècle. Bâtiment octogonal (selon le plan consacré à ce genre d’édifice) , en brique rouge il est dans un juste à l’aplomb, la coupole est décorée d’une représentation du Baptême du Christ dans le Jourdain. Ici, le vieillard représentant le Jourdain est dans l’eau, il ne ressort que son torse et sa tête il apporte une serviette à Jésus, plus décent que dans le Baptistère Ariani. Autour du médaillon, les apôtres semblent danser sous une guirlande. Ils sont séparés par des plantes exubérantes. Leurs visages sont très expressifs. Le dernier cercle représente des palais et des jardins avec des barrières ajourées. Nous sommes fatiguées saturées de visites  et ne jetons qu’un œil distrait aux merveilleux décors  de marbre aux feuilles d’acanthe. Nous aurions dû visiter le baptistère Ariani  lundi après midi. Deux baptistères dans l’après midi c’est un peu trop !

Ravenne : Saint Apollinaire in Classe

dscn1409-copie.1305115497.JPG

L’autobus 44 pour Classe passe à la gare. Il traverse des quartiers modernes, petits immeubles, pavillons et grandes surfaces sans  intérêt.

La basilique se trouve dans une pinède. Les grands pins l’accompagnent merveilleusement Le campanile est très haut et rond, les ouvertures, soulignées de pierre blanche. L’église, elle-même en briques longues et fines est contemporaine de San Vitale.La statue Octavius Auguste nous accueille : fondateur du port militaire de Classis.  La mer était autrefois toute proche. Le port s’en ensablé.

Apollinarius est le premier évêque de Classe.

Le narthex est occupé par les groupes de scolaires. L’église est très vaste et claire plus grand que son homonyme, la Neuve. Les colonnes de marbre veiné de gris, portent des chapiteaux très curieux : les feuilles d’acanthe sont « gonflées par le vent » et percées de trous au lieu d’être découpées . On ne peut qu’imaginer la splendeur de l’ensemble quand les murs étaient revêtus de marbres précieux.

Le chœur (ici on dit le Presbytère) orné de mosaïques va mobiliser toute notre attention. Comme partout à Ravenne le vert domine. Verts pâturage où paissent des moutons. Un arc de triomphe encadre l’abside dont les piliers verticaux portent chacun un palmier-dattier. Au dessus deux registres horizontaux : sur celui du bas 12 moutons, 6 de chaque côté, sortent d’une cabane et figurent les douze apôtres, au dessus un ciel bleu parcouru de jolis nuages, le Christ dans un  médaillon et les 4 évangélistes.

La coupole est partagée en deux parties,  dans celle du haut, la Transfiguration, un globe bleu sur un fond étoilé porte une croix ornée de joyaux, à chaque bout des branches horizobtales de la croix, écrit en Grec, alpha et oméga ,  au bout de la branche verticale, Ichtyos.

dscn1405-copie.1305115586.JPG

Apollinarius debout en toge blanche et manteau marron constellé d’abeilles est le berger de 12 moutons alignés en bas symbolisant les fidèles. La campagne est toute verte et riante, entre chaque mouton fleurit un lys blanc, entre leurs pattes des fleurettes rouges et jaunes. A l’arrière plan, de petits rochers sont soulignés de blanc et des pins stylisés, ce sont ceux qui sont encore là 1600 ans plus tard. Un mouton isolé représente Pierre de l’autre côté deux autres, Jean et Jacques.

Ravenne : Exposition l’Italia s’e desta, peinture 1945 – 1953

ravenne.1305056026.JPG

Via Manzoni 

Musée d’Arte della Cita

Le Musée d’Arte se trouve dans la Logetta Lombardesca

Délaissant les collections permanentes nous préférons nous consacrer à l’exposition temporaire

 

l’Italia s’e desta

1945 -1953 de Chirico à Guttoso

de Fontana à Burri

Prémisses : une grande reproduction murale de Guernica : dans l’immédiat après-guerre, l’œuvre immense de Picasso se retrouve dans les tableaux très sombres de 1945. Mario Sironi a peint 2 hommes et un cheval, les hommes casqués comme à la guerre, cavalcada est encore dans cette obscurité, noir et blanc.

La Crussifissione (1949) de Testori est peinte de couleurs violentes, le sang de l’agneau sacrifié s’écoule ans un calice. Les allusions à Picasso sont encore évidentes : le  taureau, la bête qui tient le calice.

Deuxième salle très différente, apaisée, au titre : « culte de la Beauté ». je reconnais les natures mortes de Morandi. Les paysages de Carà sont plaisants. Curieusement on leur a adjoint Ettore et Andromaque de Chirico et deux pastels très doux de Campigli Deux Attrice et Baigneuse.

Salle 3 au titre de « Il Fronte nuovo delle Arte » : A nouveau des toiles cubistes d’inspiration avec des réminiscences de Picasso et surtout de Braque. Un tableau me plait beaucoup « La Grand Aratrice » : charrue à disques labourant le tableau brun. Les disques brillent d’éclats blancs et bleus. Une étoile rouge est perchée en haut , étoile soviétique ?

Une nature morte de Guttoso semble d’inspiration de Braque avec le clavier dans un angle.

« Tra maestri e idoli polemici » 1947, plus hétéroclite. Une belle chimère sépia de Corrado semble sérigraphiée et ressemble à une photo floue.

A l’étage l’exposition continue. Dans la salle du fond tout le mur est occupé par une peinture guerrière de Guttoso, une bataille de Garibaldi en Sicile, qui ressemble à une gravure d’époque. A côté, aussi Guttoso, des femmes d’ouvriers des mines de soufre, crient leur fureur.

Ces tableaux trouvent leur écho dans la dernière salle avec La Zolfara (1953), un tableau magnifique de très grand format toujours de Guttoso. Dans cette œuvre figurative spectaculaire des hommes nus travaillent de parr et d’autre d’une colée de soufre qui traverse l’espace en diagonale ; le relief est marqué par des lignes noires, ou plutôt des segments nets qui courent et découpent des facette dans le soufre, soulignent les muscles saillants des ouvriers en plein effort. Des surface des bleues s’opposent au jaune. Deux taches rouges attirent le regard : les mouchoirs de tête noués aux quatre coins.

 

 

ravenne0001.1305056062.JPG

 Zolfara

Entre les deux grands tableaux de Guttoso, deux salles Otto pintori  où la peinture est très politique, marquée par le communisme, deux œuvres de Turcato : Bandiere (1951) des drapeaux rouges occupent tout l’espace flottant sur un fond clair, Gli Scaricatori (1949) encore plus « soviétique », presque une affiche de propagande. Très cubiste aussi. Les muscles des dockers proéminents et exagérés au premier plan comme un manifeste, pantalons de travail bleus.

D’autres tableaux sont abstraits, encore cubistes : I lavatori del Mare, Il porto de Corpora sont moins explicites mais les titres parlent d’eux-mêmes.

Dans une salle parallèle, à l’écart, une autre ambiance : cinématographique. Des affiches de films néo-réalistes Fellini, Rossellini, de Sica et au fond u n magnifique Tableau  de Sassu Via Manzoni : des élégantes en robe à pois se promènent dans cette artère de Milan. On se croirait au cinéma

Ravenne : Casa Masoli, notre suite au palazzo

dscn1261-copie.1305048696.JPG


En rentrant de l’expo, nous découvrons notre suite au premier étage.

 Une étroite entrée (ou un large couloir) peint en jaune mène à notre domaine. Des rideaux beiges se déploient devant une haute fenêtre. Sur une très belle table ancienne, une énorme lampe, un bouquet de roses blanches, et  des revues négligemment oubliées, un chapeau en opaline complète ce décor, c’est un bougeoir assez grand pour recevoir un cierge.

De chaque côté ,deux portraits au fusain d’une femme élégante aux cheveux et yeux noirs (qui pourrait bien être notre hôtesse). Le long du mur deux chaises basses rustiques et un  pupitre. En face sur une table de campagne de bois brut, presque un établi, on a posé un bouquet de camélia et diverses dinanderie : gobelets d’étain, fruits en métal terni, animaux naïfs en poterie peinte..

 On est impressionné par le volume de la chambre dont le plafond est voûté et peint à fresques, à moitié effacés une grisaille et des médaillons.  Pour agrandir encore l’immense pièce, la glace en face de la porte, porte une sorte de couronne, non pas au sommet comme on s’y attendrait mais en bas, mordant à l’intérieur .

Un lit royal drapé  à baldaquin  est couvert d’une courtepointe rouge. Un drapé vert à motifs  floraux  s’enroule bizarement sur une ferronnerie verte.  Une  banquette recouverte de la draperie verte peut servir de lit d’appoint. Un canapé rose recouvert de cachemire est installé sous le tableau d’une femme dénudée en bas et en jarretière donne un effet légèrement équivoque.

 Sur le tapis ancien à bouquet de pivoine, une table moderne au plateau de verre posé sur un chapiteau antique, porte un bouquet fourni de dahlias rose violet dans un pot de fleur de velours vert et une rose de cire de 40cm de diamètre.

Entre les deux hautes fenêtres, des draperies décoratives tiennent lieu de double-rideaux. Une bibliothèque a été encastrée entre deux piliers dorés portant chacun deux angelots.

dscn1447-copie.1305048772.JPG

La salle de bain est toute miroirs et bois précieux. Le plafond en voûte compliquée, avec le jeu des glaces se reflète et les arcades sont démultipliées. La baignoire semble être un sarcophage de marbre. J’ai dû vérifier qu’elle était bien équipée d’une bonde ? On  imaginerait des esclaves remplissant et vidant cette baignoire (on a vu cela à Cuba). Deux lavabos sont encastrés dans de l’acajou. Parquet en palissandre. .

Ravenne : Domus dei Tappeti di pietra

dscn1448-copie.1305047475.JPG

Près de la rue Cavour, via Barbiani, en creusant un parking souterrain, on découvrit un palais byzantin, lui-même construit sur une villa romaine et sur une rue romaine pavée d’énormes dallées arrondies. On entre par l’église Sa Eufemia , toute petite et on découvre le musée souterrain. Des parcours surélevés sur des cheminements métalliques permettent d’admirer les mosaïques. Deux d’entre elles sont figuratives. Le Bon Berger entre deux arbres où sont perchés des oiseaux colorés se tient appuyé sur sa houlette entre deux moutons. Tout à fait dansants, le Génies qui représentent les saisons. L’hiver, habillé d’un manteau sombre avec un étrange capuchon ressemblant à un bonnet de fou, le printemps en tunique rose couronné de roses, l’automne ressemble à un Arcimboldo tandis qu’un musicien souffle dans un syrinx de roseau doré. Les Génies se tiennent pas la main et leur pas de danse est bien marqué ; les pièces du palais sont décorées de motifs géométriques très variés. Nous avons déjà vu de beaucoup plus belles mosaïques romaines. L’originalité déside dans la découverte  d’un palais byzantin du 5ème siècle presque entier.

Après cette visite, nous retournons chez notre glacier de la rue Cavour. Amusant de prendre des habitudes en trois jours !

Ravenne : La Passion selon Saint Jean sous le regard de Théodora à saint Vitale

dscn1285-copie.1305016836.JPG

Au deuxième rang, derrière les officiels, curés en civil noir et deux moines en aube blanche. Le spectacle est dans la coupole. Si les curés me cachent les musiciens j’aurais toujours les mosaïques à regarder !

En attendant que les musiciens ne prennent place, je détaille à la jumelle les paons et les colombes, les cailles et les hérons qui se promènent dans la verdure.

Je suis impressionnée d’écouter cette Passion sous les yeux grand ouverts de Théodora. Anachronisme ? Pas vraiment. Jérusalem estdessinée ici avec ses hautes murailles et ses tours ornées de pierres précieuses. Je  ne trouve rien qui raconte la Passion dans cette église étrangement agreste, paradisiaque avec son Mont Sinaï verdoyant, Bethlehem et Jérusalem resplendissantes. Même le sacrifice d’Isaac est paisible.

Orchestre baroque avec instruments anciens : un petit orgue haut d’1.20m montre ses petits tuyaux. Serais-je capable de distinguer viole, des violons et viole de gambe, des violoncelles ?

Entre un  homme serré dans un manteau de laine noire, enveloppé dans une écharpe. Applaudi. Le chef ? Comment va-t-il diriger en manteau ? Il s’assied sagement devant les violons.

Le chef c’est Elena Sartori, mince nerveuse, moulée dans un fourreau blanc à manches longues en tissu précieux brodé, qui serre la main aux premiers violons. Le concert peut commencer. L’homme en noir est rejoint par un autre, en costume, cravate rouge, écharpe rouge : l’Evangéliste, le ténor Stefan Zelek. Plus tard arrivera un  troisième homme (toujours écharpe), Pilate. Au premier rang juste devant moi, deux garons blonds joufflus, coiffés en pétard, boivent du Schweppes. La grincheuse en moi tique. La grincheuse a bien tort. Les jeunes garçons se retrouvent habillés en col marin debout derrière une colonne. Ce sont de jeunes solistes (14 et 16 ans) Alois Mulhbacher (soprano) et Fabian Killinger (contralto). L’homme en noir c’est Jésus, Andrea Mastroni. Il n’a pas le physique de l’emploi sa barbiche et ses sourcils effilés lui donnent une physionomie diabolique. Selon le programme, il a chanté Sarastro. Sa voix est magnifique. Peut être suis-je placée trop près ? Ce genre de réflexions est idiot !

Adolescente, je faisais hurler Bach sur le phono quand mes parents étaient en voyage. Je préparais d’énormes salades de poulet-crudité qui duraient toute la semaine, fumais des Peter Stuyvesant ou des Kool à la menthe, et écoutais en boucle la Passion selon saint Mathieu. Mais je n’avais jamais assisté à une Passion en concert.

C’est donc une expérience neuve que de suivre mot à mot le spectacle (sous les yeux de Théodora). Je n’avais jamais pensé à une telle théâtralité dans l’intervention des solistes et des chœurs. Non pas une musique d’ensemble, mais chaque protagoniste joue un véritable rôle . Le programme qui comporte le texte intégral m’a été d’une grande aide. Je ne comprends pas l’Allemand chanté mais je le lis. J’oublie que je suis au concert. On me raconte une histoire. Certes, elle n’est pas neuve et j’en connais le dénouement. Je la découvre comme une première fois.

La chef d’orchestre danse presque en dirigeant. Elle sourit aux jeunes garçons et les encourage de la voix. Elle découpe l’œuvre en scènes, ménage des silences, disparaît dans le déambulatoire, impose la voix des bois cachés derrière les violons. Le procès de Jésus occupe la majeure partie de cette Passion. Pilate (Carlo Borrarelli) est parfait. Modeste, il quittera le devant de la scène pour se joindre aux chœurs.

Les enfants viendront clore le récit « Tot ! Denn Jesu est tot… » Tandis que le chœur apaise « Ruht wohl. »

J’avais bu un cappuccino pour ne pas m’endormir, il aura été bien inutile !

Quand je rentre, notre palais est illuminé. Du lit je reconstitue les motifs de la fresque à moitié effacée au plafond, je découvre que les candélabres sont en feuillage portant de minuscules fleurettes. J’ai envie de prolonger encore cette soirée.