Ravenne : La Passion selon Saint Jean sous le regard de Théodora à saint Vitale

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Au deuxième rang, derrière les officiels, curés en civil noir et deux moines en aube blanche. Le spectacle est dans la coupole. Si les curés me cachent les musiciens j’aurais toujours les mosaïques à regarder !

En attendant que les musiciens ne prennent place, je détaille à la jumelle les paons et les colombes, les cailles et les hérons qui se promènent dans la verdure.

Je suis impressionnée d’écouter cette Passion sous les yeux grand ouverts de Théodora. Anachronisme ? Pas vraiment. Jérusalem estdessinée ici avec ses hautes murailles et ses tours ornées de pierres précieuses. Je  ne trouve rien qui raconte la Passion dans cette église étrangement agreste, paradisiaque avec son Mont Sinaï verdoyant, Bethlehem et Jérusalem resplendissantes. Même le sacrifice d’Isaac est paisible.

Orchestre baroque avec instruments anciens : un petit orgue haut d’1.20m montre ses petits tuyaux. Serais-je capable de distinguer viole, des violons et viole de gambe, des violoncelles ?

Entre un  homme serré dans un manteau de laine noire, enveloppé dans une écharpe. Applaudi. Le chef ? Comment va-t-il diriger en manteau ? Il s’assied sagement devant les violons.

Le chef c’est Elena Sartori, mince nerveuse, moulée dans un fourreau blanc à manches longues en tissu précieux brodé, qui serre la main aux premiers violons. Le concert peut commencer. L’homme en noir est rejoint par un autre, en costume, cravate rouge, écharpe rouge : l’Evangéliste, le ténor Stefan Zelek. Plus tard arrivera un  troisième homme (toujours écharpe), Pilate. Au premier rang juste devant moi, deux garons blonds joufflus, coiffés en pétard, boivent du Schweppes. La grincheuse en moi tique. La grincheuse a bien tort. Les jeunes garçons se retrouvent habillés en col marin debout derrière une colonne. Ce sont de jeunes solistes (14 et 16 ans) Alois Mulhbacher (soprano) et Fabian Killinger (contralto). L’homme en noir c’est Jésus, Andrea Mastroni. Il n’a pas le physique de l’emploi sa barbiche et ses sourcils effilés lui donnent une physionomie diabolique. Selon le programme, il a chanté Sarastro. Sa voix est magnifique. Peut être suis-je placée trop près ? Ce genre de réflexions est idiot !

Adolescente, je faisais hurler Bach sur le phono quand mes parents étaient en voyage. Je préparais d’énormes salades de poulet-crudité qui duraient toute la semaine, fumais des Peter Stuyvesant ou des Kool à la menthe, et écoutais en boucle la Passion selon saint Mathieu. Mais je n’avais jamais assisté à une Passion en concert.

C’est donc une expérience neuve que de suivre mot à mot le spectacle (sous les yeux de Théodora). Je n’avais jamais pensé à une telle théâtralité dans l’intervention des solistes et des chœurs. Non pas une musique d’ensemble, mais chaque protagoniste joue un véritable rôle . Le programme qui comporte le texte intégral m’a été d’une grande aide. Je ne comprends pas l’Allemand chanté mais je le lis. J’oublie que je suis au concert. On me raconte une histoire. Certes, elle n’est pas neuve et j’en connais le dénouement. Je la découvre comme une première fois.

La chef d’orchestre danse presque en dirigeant. Elle sourit aux jeunes garçons et les encourage de la voix. Elle découpe l’œuvre en scènes, ménage des silences, disparaît dans le déambulatoire, impose la voix des bois cachés derrière les violons. Le procès de Jésus occupe la majeure partie de cette Passion. Pilate (Carlo Borrarelli) est parfait. Modeste, il quittera le devant de la scène pour se joindre aux chœurs.

Les enfants viendront clore le récit « Tot ! Denn Jesu est tot… » Tandis que le chœur apaise « Ruht wohl. »

J’avais bu un cappuccino pour ne pas m’endormir, il aura été bien inutile !

Quand je rentre, notre palais est illuminé. Du lit je reconstitue les motifs de la fresque à moitié effacée au plafond, je découvre que les candélabres sont en feuillage portant de minuscules fleurettes. J’ai envie de prolonger encore cette soirée.

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

2 réflexions sur « Ravenne : La Passion selon Saint Jean sous le regard de Théodora à saint Vitale »

  1. …..Quant a moi, « je faisais hurler » Enescu, Mozart, Vivaldi, Ravel et Aznavour, Becaud, Celentano, Phoenix….j’avais des paquets de Marlboro, Gauloises, Kent, Dunhill, Chesterfield, Camel. ..mais je ne fumais pas….

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