Amos Oz plaide des Etats Unis pour une solution à 2 états,

LA PAIX MAINTENANT

Amos Oz est un des mes écrivains favoris.

Que résonne une voix raisonnable, laïque, politique et même drôle dans le charivari des fanatismes religieux qui brouillent toute raison au Moyen Orient! Que les « Croisades contre le Mal » bushiennes ne laissent pas de trace dans la campagne américaine.

A la place de la lutte du Bien contre le Mal, with God on our side, Amos Oz met en scène  une tragédie du Droit contre le Droit, et espère une fin « Tchékovienne » plutôt que « Shakespearienne » à la tragédie israélo-palestinienne.

Désolée, c’est en Anglais, mais pour ceux qu’un discours en Anglais intimide, l’accent israélien facilite la compréhension et ce n’est pas très difficile à suivre

Une bouteille à la mer – film de thierry Binisti

Une pierre
deux maisons
trois ruines
quatre fossoyeurs

« Prévert était Palestinien? » demande Naïm

Je n’aurais voulu pour rien au monde rater la sortie d’Une bouteille à la mer , ma critique ne sera en rien objective.

http://www.dailymotion.com/swf/video/xnerjm<br /><a href= »http://www.dailymotion.com/video/xnerjm_une-bouteille-a-la-mer-bande-annonce_shortfilms &raquo; target= »_blank »>UNE BOUTEILLE &Agrave; LA MER : BANDE-ANNONCE</a> <i>par <a href= »http://www.dailymotion.com/baryla &raquo; target= »_blank »>baryla</a></i>

Première raison : Hiam Abbass, je suis fan!  je vais voir tous ses films et jamais elle ne m’a déçue. Elle incarne la dignité, la volonté, le courage.

Deuxième raison : toutes les initiatives visant à établir un dialogue  entre Gaza et Israël, même les plus naïves, sont les bienvenues. Chanter ensemble comme D’une seule voix, rire comme dans le Cochon de Gaza sont à encourager.

Troisième raison : Tal, l’héroïne du film, est née à Créteil, ma ville, elle aurait pu être une de mes élèves, ma voisine…

Fleur bleue? Eau de rose? le dialogue par Internet de Tal, 17 ans, de Jérusalem qui a fait lancer par son frère une bouteille à la mer et de Naïm, le beau Gazaoui aux yeux bleus, qui a ramassé avec des copains la bouteille, comme Jaafar, le pêcheur ramassait des tongs dépareillées. Les scènes de bombardements pendant l’Opération plomb durci compensent largement la bluette. On reçoit en pleine figure les bombes, on tremble avec la famille de Naïm réfugiée dans l’appartement quand on voit les chars foncer vers leur maison. On ressent aussi la peur de Tal dans l’autobus à la vue d’un homme suspect qui serre un trop gros sac sur ses genoux.

Le film sonne juste. A Gaza, je ne peux pas bien me rendre compte. Mais à Jérusalem le ton est parfait. Parfaite cette souccah: « pourquoi est -on ici?  » demande le père qui attend une explication religieuse « parce que tu n’as pas pu construire de cabane en France! » lui répond du tac au tac sa fille. Juste aussi, l’enthousiasme forcé du nouvel émigrant, l’accent français de Tal, le père qui chante la mélodie orientale…..Touchante, la réflexion du frère revenant de Gaza, qui détecte la tristesse et la colère de sa sœur.

Je me suis demandée comment ou avait pu tourner les images de Gaza: le dossier pédagogique indique que le tournage à Gaza est impossible mais que les images de Gaza vue de loin sont bien authentiques. Authentiques aussi, les images d’archives du meeting de l’anniversaire de la mort de Rabin, les images du journal télévisé de France 2 pendant l’opération Plomb durci. Le cochon de Gaza avait été tourné à Malte. Tournées sur place, les images du checkpoint d’Erez. Séquence presque au ralenti du départ de Naïm, départ pour l’exil. Ces images auraient pu être joyeuses, le départ vers une nouvelle vie, la rencontre furtive avec Tal. Elles sont plutôt nostalgiques.

Le Monde est plus sévère : les bons sentiments ne feraient pas les bons films, d’après la critique.

Une femme fuyant l’annonce – david Grossman

Depuis dix jours, je suis les pas d’Ora et d’Avram sur leur randonnée dans les collines de Galilée. Cheminement lent, dans une lecture dense, où se découvrent des histoires d’amour intenses et des paysages sauvages. .
Pensée magique:  Ora imagine que, tant qu’elle sera hors d’atteinte des messagers, il n’arrivera rien à son fils, parti dans une opération militaire dangereuse, tant qu’elle pensera à lui, qu’elle parlera de lui, elle le protègera. Pouvoir des mots?
Ce n’est pas une lecture facile que cette fuite anxieuse, et que l’évocation de plusieurs guerres.

La Guerre des Six Jours est  à peine évoquée:  rencontre des adolescents hospitalisés, premiers émois, camaraderies, amitiés, amours adolescentes. Pendant la Guerre de Kippour se noueront et se dénoueront les liens d’amour et d’amitié. Le récit des combats sur le Canal de Suez est particulièrement éprouvant, la captivité en Égypte d’Avram aussi.
Amours, amitiés, amour maternel inconditionnel, paternités incertaines, rapports fusionnels entre frères, toutes les affections sont mêlées. Amour de la terre aussi.
Pouvoir des mots, écritures, carnets griffonnés, c’est aussi un livre d’écrivain, sur l’écriture. La chasse aux références littéraires, de Melville à Thomas Mann,ou à la Bible, peut aussi être une piste de lecture.

J’ai attendu ce livre. Pas seulement parce que les critiques sont excellentes ni parce que la littérature israélienne m’intéresse.Lue sur le  site de la Paix Maintenant l‘oraison funèbre à son fils Uri, tombé au Liban en 2006, m’avait terriblement émue. J’avais imaginé que ce roman était une réaction à ce deuil. La dernière page m’a détrompée, Grossman avait commencé l’écriture en 2003 alors que son autre fils Yonatan faisait son service militaire;

Dernière phrase du livre :

« Ce qui a changé surtout, c’est l’écho de la réalité dans lequel la version finale a vu le jour. »


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Traces : installation d’Amos Gitaï au Palais de Tokyo

Je ne suis pas fan d’installations. Cinéma, je connais, sculpture et peinture aussi, happening, je fuis… Le plus souvent les installations me déçoivent par leur vacuité.

En revanche, je ne loupe pas un film d’Amos Gitai.

L’affiche dans le métro a accroché mon regard.

 

Le Palais de Tokyo, en ce moment, est un vaste chantier – une friche – dit Gitai dans un interview. On vend les tickets dans une sorte de caravane de chantier.

 

Amos Gitai

Lullaby to My Father

Munio Weinraub Gitai (1909-1970)


Munio mon père
Comme ceux de sa génération
Appliquait à son architecture
La notion de modestie, de retenue
D’obéissance au projet collectif
C’est aussi cela, la tradition Bauhaus
Et pas seulement les bâtiments orthogonaux
Imaginons que je développe un projet de film
Qui s’appuie sur sa biographie
Et sur la géographie
Et sur la géométrie architecturale

Le visiteur s’arrête sur un pallier où sont punaisées des feuilles blanches, que j’ai lues avec attention. Ces Traces  et une vidéo Lullaby pour mon père est un hommage à Munio Weinraub, son père, architecte du Bauhaus, ayant fui les persécutions nazies en

1933 et s’étant établi en Palestine. On voit aussi détaillé un projet de Salle à manger commune pour le Kibboutz Kfar Mazaryk, architecture au projet collectif. Quoi de plus collectif que cet espace où l’on dine, mais aussi où se tiennent les assemblées etla vie sociale?

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Passé ce sas, je me sens agressée par le bruit provenant de diverses projections. Dans la pénombre,  l’installation est logée dans un sous-sol aux piliers de béton brut aux murs, mal équarris, dans des périmètres délimités par des grillages. sur des surfaces brutes sont projetées des vidéos : la silhouette d’une violoniste de profil se détache sur des briques mais j’entends mal le violon parce que juste en face Chava Alberstein chante Chad Gadya tandis qu’une femme pleure, ce chant de Pessah, enfantin est ici d’une infinie tristesse, à côté la greffière dactylographie sur une antique machine l’acte d’accusationtandis qu’un peu plus loin le procès intenté à Munio Weinraub, par les nazis qui l’accusent d’avoir détenu des tracts subversifs. Dans un recoin une bande d’actualité montre la campagne électorale de la fille de Mussolini.

J’aimerais me souvenir de toutes ces images qui se sur-impriment, cette histoire me touche. pour une fois l’installation fait sens. quand l’art contemporain a quelque chose à dire, l’installation se justifie.

 

 

 

Precious life – film israélien de Shlomi Eldar

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Sous le coup de l’émotion, parce que personne ne peut être aussi innocent que Muhammad, âgé de quelques semaines, dépourvu de système immunitaire, qui ne pourra pas être soigné à Gaza… Parce que le hasard a voulu que le sauvetage de cet enfant – une greffe de moëlle osseuse, qui ne peut être effectuée qu’en Israel – s’est déroulée quelques mois avant la guerre à Gaza, et que le tournage du film a continué malgré la guerre.

Absurdité

La vie est précieuse veut expliquer le cinéaste, tellement précieuse que l’enfant sera sauvé par un donateur anonyme dont nous savons seulement qu’il est israélien et qu’il a perdu un fils pendant une opération militaire.

La mort est normale, dit la mère qui a perdu deux filles de la même anomalie génétique et qui ne sait pas si elle gardera Mohammad vivant. La mort est normale, dit la mère qui a vu tellement mourir à Gaza. La mort est normale, répète-t-elle, imaginant même que le bébé pourrait devenir un martyr s’il grandit….

Etrange métaphore que le combat entre les cellules de l’enfant et le greffon de moëlle osseuse que sa cousine lui a donné, et que bien que compatible, est rejeté puis accepté au prix de longs traitements.

Absurdité que la situation de ce médecin qui attend qu’on lui donne l’ordre d’entrer dans la bande de Gaza en pleine opération Plomb durci et qui garde le contact avec son patient justement à Gaza.

Et pourtant,

des médecins, des journalistes, des hommes de bonne volonté poursuivent leur lutte pour que Mohammad vive, parce que la vie est précieuse.

Et pourtant,

des médecins, des journalistes, des hommes de bonne volonté poursuivent leur lutte pour que Mohammad vive, parce que la vie est précieuse.

Amos OZ : Vie et mort en quatre rimes

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Est-ce un court roman ou une nouvelle ?

Unité de temps : le narrateur entre dans un café avant une conférence et le récit se terminera à la fin de la nuit. Unité de lieu : Tel Aviv, autour du centre culturel.

Les personnages foisonnent.
De l’ « auteur », le personnage principal, nous ne saurons pas grand-chose. C’et un auteur reconnu qu’on a invité à une lecture d’un de ses livres. De l’ouvrage présenté, nous ne saurons rien non plus.

En revanche, toute une cohorte de personnages, réels ou inventés, défile. Leur histoire est elle réelle ? ou fantasmée par l’auteur qui s’ennuie ? Personnages ordinaires pour la plupart, dont l’existence est suggérée avec tendresse, personnages singuliers sans qualités exceptionnelles, si humains, et si originaux dans leur quotidienne banalité. Certains sont au bord de la mort : le poète écrivant les quatre rimes, peut être déjà disparu, l’heureux gagnant du loto qui se trouve en phase terminale d’un cancer… d’autres sont bien vivants.
Une rencontre amoureuse s’esquisse, s’évite, se noue, et finalement, avorte…

Des portraits racontent un univers déjà disparu de syndicalistes, de responsables culturels d’un temps révolu où le mouvement ouvrier imprimait son influence culturelle et militante. Parfum d’un passé oblitéré par la consommation effrénée des années 2000… temps ou Davar paraissait encore…C’est sans doute cette nostalgie que je recherche.

Amos OZ : Vie et mort en quatre rimes (127p.) Gallimard

David Grossman : Dans la peau de Gisela Politique et Création littéraire

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Quelques fois, j’ouvre un livre et j’ai le sentiment qu’il m’est personnellement destiné. Quelle mégalomanie !!!!

Ce n’est pas franchement le hasard dans le cas de David Grossman. Je ne l’ai pas pris par inadvertance à la bibliothèque. Je connais un peu David Grossman et j’ai suivi ses prises de positions à la suite de la dernière « guerre » au Liban en 2006, relayées par La Paix Maintenant, j’ai aimé son roman « quelqu’un avec qui courir ».

La lecture de la littérature israélienne est pour moi une nécessité.  Autant je me suis interdite de retourner en Israël tant que la situation d’occupation perdurera, autant je lis, avec un sentiment d’urgence, les publications des écrivains israéliens. Il m’est nécessaire de savoir qu’il existe des intellectuels qui donnent naissance à des personnages – peu importe que ce soient des fictions – qui me sont infiniment proches.

Les deux derniers textes A la mémoire d’Yitzhak Rabin et Ecrire dans le Noir sont- ils des textes littéraires ou politiques ? Ils sont en tout cas le cri d’une conscience très aiguë de l’atrophie de la pensée et de la langue causée par l’occupation et la nécessité absolue de l’empathie, de la connaissance de l’autre Dans la peau de Gisela indispensables pour rester humain, Ha Mensch, comme je l’ai entendu autrefois.

Sayed KASHUA – Et il y eut un matin

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Traduit de l’hébreu.

Parmi les Palestiniens, Cisjordaniens, Gazaouis, Fatah, Hamas, Musulmans, Chrétiens,  Druzes…. On oublie parfois les Arabes Israéliens qui, parfois, se revendiquent tels. Sayed Kashua écrit en hébreu. Le titre de son roman Et il y eut un matin, sonne biblique.

Le héros est un journaliste dans un journal israélien . Avant de retourner dans son village, il habitait Tel Aviv et menait une vie ordinaire avec sa femme, enseignante, et leur bébé. C’est à cette vie ordinaire qu’ils aspirent. Pour la sauvegarder, le narrateur est prêt à toutes sortes de concessions. Hélas, il perd son emploi, et doit retourner au village pour ne plus subir les tracasseries de ses voisins.

Le retour au village, la construction de la nouvelle maison n’est pas vécue dans l’allégresse. Ni sa femme, ni le journaliste ne regrettaient la vie du village, étriquée. Ils aspiraient à l‘anonymat de la grande ville.

Pourtant tout se déroule sur le mode de la comédie. Beaucoup d’humour. On sourit beaucoup dans ce livre. Même quand le village n’est soumis à un blocus inexplicable. Le village est encerclé comme un village des territoires occupés. Bons israéliens, la plupart des habitants ne comprennent rien à l’arrivée des chars et à l’encerclement. L’électricité est coupée, comme le téléphone, Internet.

Enfin le journaliste tient un scoop ! Mais il ne peut pas joindre son journal.
En quelques heures toute la vie quotidienne se désorganise. On stocke la nourriture, mais les frigos sont en panne, l’eau vient à manquer, les égouts, eux débordent. C’est l’enfer auquel personne n’est préparé! Mais toujours sur le mode humoristique.

Le dénouement ne tardera pas, l’occupation ne durera que quelques jours. La fin est surprenante.

Aujourd’hui les bombes tombent sur Gaza. Le blocus de la ville dure depuis des semaines. Qui aurait envie de lire une comédie ? Et puis vendredi, jour de la colère, les palestiniens se solidarisent avec Gaza bombardée. Comment réagiront les Arabes Israéliens finalement intégrés comme le journaliste de l’histoire ? L’auteur écrirait il un tel roman maintenant ? Ecrit pour voix-nomades en décembre 2009

Sayed KASHUAEt il y eut un matin POINTS 280p

 

Un Feu Amical – Avraham B Yehoshua

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Le feu amical, c’est le tir collatéral qui a tué Eyal, en embuscade.

Ce livre est un livre de deuil. Daniella va en Tanzanie où est décédée sa sœur Shouli. Elle va retrouver son beau-frère Yirmi, le père d’Eyal. Double deuil!

C’est un livre de feu :  flammes des bougies de Hanoukka que le mari de Daniella, resté en Israël, allumera en compagnie de ses enfants, de ses petits enfants. Des bougies que Yirmi jettera dans son poêle tanzanien. Feu des premiers hommes que les paléontologues étudient dans le Rift, berceau de l’humanité, feu qui différenciera ces pré-humains des primates.

Malgré ce préambule, c’est loin d’être un livre mortifère. Au contraire. La vie se déroule avec toutes ses péripéties,  vie quotidienne  à Tel Aviv, ou celle de la mission archéologique dans la savane africaine. A un autre rythme, toutefois.
L’auteur raconte par le menu tous les évènements de cette semaine de la fête.

Construction ingénieuse, sept jours de voyage, sept parties correspondant aux bougies de la fête, parties dans les quelles alternent les chapitres de la vie de Daniella et celle de son mari Amotz en Israël.

A B Yehoshua aborde le sujet de la mort des fils à la guerre, du deuil des parents, avec tact mais aussi avec révolte. Le quotidien d’Israêl n’est pas séparable de l’état de guerre, même en période de paix relative.

Amotz, non religieux lit les prières sur les emballages de bougies, personne ne semble croyant. Pourtant la lecture de la Bible et particulièrement de Jérémie s’insère dans le récit de manière tout à fait convaincante.

Nostalgie : Eli che lo igamer leolam

  Soirée Radio

La télévision est en grec, mais la radio capte la Grèce, le Liban, Israël et RFI .

Sur Kol Israël, deux musicologues, ton très France Musique, dissertent du lied, de la chanson française, ils commentent de manière savante « Eli che lo igamer le olam » .

Je suis parcourue de frissons, bouffée de nostalgie ,A nouveau un commentaire savant puis une version « de concert ». Après toutes les images d’Intifada j’avais presque oublié qu’il existait là-bas une vie intellectuelle, une musique que j’aime. L’émission musicale terminée, un historien pérore sur la deuxième Alia.

Je change de station et tombe sur un hommage en grec à Mélina Mercouri. Si je ne comprends pas le détail, j’arrive à saisir assez de grec pour que cela ait un sens. Nous terminons la soirée toujours avec de la musique grecque