SINAÏ AVRIL 2008

Sur le chemin qui s’enfonce dans la montagne, une jeune femme voilée de grenat nous interpelle :
– « Venez ! »
Nous grimpons dans son jardin en haut d’un talus. Elle nous présente tous les arbres fruitiers : pommiers, amandiers, grenadiers, caroubiers, vigne, oliviers, bien sûr. Je prends un cours d’Arabe. Je connais presque tous les noms de fruits, pomme : topheakh (tapouakh en hébreu, raisin Anab (anavim) Caroubier Kharouv (pareil), grenade Remon (rimon) abricot mishmish, pareil pour la pastèque ! Ces mots me sont familiers. Aucun mal pour les retenir ou les prononcer. Ayant acquis un petit trésor de vocabulaire, je vais pouvoir communiquer avec les femmes qui ne parlent jamais anglais.

Selma nous cueille une rose et nous invite au thé chez elle, une maison de pierre,et nous reçoit dans le salon : seul mobilier en plus des nattes, lirettes et coussins: télévision et un magnétoscope trônent sur une table basse. Les murs ne sont pas crépis : mélange de pierre et de parpaings. Certains moellons sont soulignés de bleu. Dans un coin, à la place d’honneur : la photographie du père de Selma jeune : un bel homme moustachu, très bédouin.
Selma vit avec son père qui garde les troupeaux et sa mère qui travaille au monastère. Seule, elle s’ennuie. Elle nous abandonne pour faire le thé, très contente. Seule, elle n’en aurait pas fait, elle profite de l’occasion de notre visite. A la télé se joue un vieux film égyptien que je m’amuse à suivre. On offre des bonbons. Selma détache un très joli bracelet de perles blanches et vertes et le passe à mon poignet. Je sors le porte-monnaie. Elle ne veut rien. C’est un cadeau ! Si nous revenons demain, elle en coudra un autre . Nous promettons de revenir.
Deux jeunes arrivent : une très jeune femme en T-shirt rose à manches longues mais très collant avec un voile noir, un garçon très brun aux yeux très noirs et aux dents très blanches, tout de blanc vêtu. Selma explique : Khanan, sa sœur a treize ans. Elle est mariée (elle frotte les deux index) à Raja (15 ans). A peine vraisemblable : ce sont des enfants. Des enfants magnifiques et débrouillards ! Khanan attache à nos poignets des bracelets de perles tisées (moins beaux que celui de Selma). Ils sont d’accord pour les portrraits à conditions qu’on ne les montre pas aux Bédouins. Ils veulent regarder le résultat : Khanan ne se plait pas. Elle joue les vamps avec son voile noir. Raja est très photogénique. On lui demande de sourire. Raja s’éclipse et revient avec une besace pleine de cristaux et de géodes qu’il vend aux touristes. Il nous donne un quartz du mont Sinaï (aucun intérêt)et une petite géode. Je lui achète deux cristaux automorphes qui me plaisent.
Le père de Selma a décoré la porte avec des dessins naïfs en couleur. Je sors le carnet moleskine et montre mes dessins. Raja reconnaît l’église de Jard (Vendée) « Deir ! » s’exclame t il ! (Pas difficile,avec les croix). Ils veulent que je leur refasse mon dessin de la montagne. J’exécuterai cette commande et nous reviendrons le lendemain.
Sur le chemin du retour, nous rencontrons le troupeau. Les sœurs de Selma reconnaissent les bracelets et réclament des cadeaux. Elles veulent des crèmes. Elles nous montrent leurs pieds crevassés et leurs mains. Je file à la chambre et sors tous les échantillons que nous avons apportés de France justement pour offrir. On garde les plus jolis pour Selma quand nous reviendrons demain.