De Bohicon à Natitingou en taxi-brousse

BÉNIN 2006 : BALLONS DICTIONNAIRES ET BÊTES SAUVAGES

crevaison!

Vous allez attendre !!!

Otis n’est pas rentré. C’est l’Arlésienne de ce voyage. J’aurais pourtant bien aimé connaître ce personnage qui a des sortes d’antennes pour intervenir par téléphone au bon moment quand nous avons un problème.

Marie-Josée ne s’appelle pas Marie-Josée mais Candide. Marie-Josée c’est le nom de la femme blanche du père de Candide qui a fondé l’hôtel. Candide a 28 frères et sœurs. Deux de ses petites sœurs habitent l’hôtel. Hier soir, elles apprenaient leurs leçons sous la paillote. La plus petite,de l’Anglais, la grande qui est en seconde,  les sciences naturelles. Son cahier est perlé, son cours très complet. Elle veut être médecin. Je ne sais pas dans quelle section elle se trouve (elle fait 5h de biologie par semaine).

Justement,  le téléphone sonne : Otis a demandé à un ami de venir nous prendre pour nous conduire à Bohicon. Marie-José-Candide n’a plus d’unités sur son portable. Elle n’utilise pas le fixe. De mon mobile, elle rappelle notre convoyeur.

Parmi un flot de paroles, j’entends : « huit heures- ZERO ». Le chauffeur arrive très rapidement. « Vous allez attendre » prévient Marie José. Nous n’imaginons pas à quel point ! Africalines n’existe plus, remplacé par Confort Line.

la Gare routière de Bohicon

La gare routière est située à un carrefour, à l’emplacement d’une station service. La fosse du mécanicien fait office de salle d’attente. Les bancs, le long du mur, sont déjà bien occupés. Au fond, plein de paniers et de bassines ainsi que des tabourets. J’abandonne les valises et le sac à dos et je vais aux renseignements.
–  « Ils vont venir  à neuf heures trente ! » martèle le gros homme  de l’essence en chemise à carreaux rouge.
Tout le  monde opine :
–   « A neuf heures trente, ils vont venir, beaucoup de cars ».

Un homme propose son taxi pour 8000f. Le car est à 6500f ; c’est à peine plus cher. A ce prix, ce ne sera pas un taxi privé. Il nous montre son véhicule – pneus lisses- je n’ai pas confiance.

petit marché pour les voyageurs

Au fond de l’abri, des enfants viennent chercher des paniers et disposent avec le plus grand soin des mandarines ou des avocats, remplissent des sachets de haricots cuits.
Une petite fille gracile de 6 ou 7 ans nous prend à parti :
–  « Yovo ! » dit-elle sévèrement en contemplant nos bagages.

Elle veut installer les tabourets de son commerce là où nos sacs encombrent. Elle porte, roulé sur sa tête, le petit foulard qui lui permet de porter les paniers de mandarines.

Vers 9 heures toutes les vendeuses sont prêtes avec les avocats, les oranges pelées mais aussi des boules enroulées dans des feuilles vertes et des boules d’une pâte très odorante contenant des graines. Une femme tient une cantine chaude avec du riz et de la sauce. Des colporteurs proposent du dentifrice, des cotons-tiges, des petites serviettes (bien utiles pour s’éponger), des bics fichés verticalement dans un carton, des ceintures, des calculatrices….

J’amorce une sortie. Le gros homme me dispute :
–    « Je vous ai dit, à neuf heures trente, ils vont venir » répète-t-il en détachant les syllabes.

voilà les cars!

A l’heure dite, le premier car arrive. Cohue monumentale. Des gens descendent achètent de quoi se restaurer. Pas question d’approcher, l’autobus est complet. Un second suit, c’est celui de Parakou, un troisième pour Natitingou. Les chauffeurs en chemise bleue et le placeur avec un dossart blanc m’expliquent :
–     « Des gens se sont trompés, ils ont pris le car de Natitingou alors qu’ils vont à Parakou, vous prendrez leur place. »
Le placeur appelle Damien, le chauffeur du car N°4 encore en route quelque part. Le chauffeur du car de Parakou nous lance, mauvais :
–     « A cause de vous, nous attendons ! ».

Finalement Damien gare son car plus loin. Course, le monsieur de l’essence porte nos valises. Nous avons été devancées par une dame à la carrure imposante. Il ne reste  plus qu’une seule place.
– « Il en reste une autre dans le car suivant ».
On refuse de se séparer. Deux hommes empoignent nos valises.
–    « Je ne comprends pas pourquoi on vous balade comme cela ! »

Dans le Taxi-brousse Dieu est avec nous..

Il est dix heures passées, le calme est revenu dans la gare routière. Les cars sont passés. Nous sommes en rade. Il reste toujours le taxi. Je négocie la banquette arrière : 4 places au lieu de deux pour nous seules, il baisse son prix à 7000F (7000X4=28000F). Il « casse » son prix à 26000F. Chargement, attente d’autres clients. Trafic de bidons dans le coffre. Deux hommes montent sur le siège du passager. Ce sont les clients qui paient l’essence au revendeur.

Dassa, Savalou, Banté

Jusqu’à Dassa, nous traversons une verte campagne très boisée. Autour de Dassa, paysage très pittoresque : les 41 collines coiffées de chaos granitiques. Après Dassa, on prend à droite vers Savalou. Le paysage prend une allure désolée, beaucoup plus sec, des incendies ont grillé la maigre forêt.

Entre Savalou et Banté, la misère est désolante. Les villages rues en ciment croulant aux auvents de tôle rouillée sont tristes. Pas d’enseignes peintes colorées rigolotes les « Dieu le fera » et les « deo gracias » sont effacés. Seuls panneaux peints de neuf, les pancartes des ONG du monde entier soulageant ici, une école, là, un dispensaire. Des pancartes « Le SIDA est là, sois fidèle ! » paraît être une exhortation dérisoire dans un pays où la polygamie est ordinaire et où les préservatifs sont des articles de luxe.
Sur les petits étals des marchés, pas grand-chose. Avant Dassa, les cylindres blancs  de « gari » (manioc) avaient attiré mon attention. Ici, même pas de mangues. A Bantéle vieux monsieur assis sur la banquette avant  est remplacé par une dame très élégante.

arrêt déjeuner

Le chauffeur décide un arrêt déjeuner : on sert dans une assiette du riz avec de la sauce rouge. Sans la sauce, le riz doit être digestible par un estomac européen. Je n’ai pas confiance dans la propreté de la gamelle. J’espère des fruits frais. Je me promène sur les planches qui vont d’un étal à l’autre passant du cybercafé (eh oui !) aux articles de toilette : savon, manioc, haricots secs. Rien de frais même pas de petites mangues. Je me demande comment j’aurais pu manger des mangues dégoulinantes dans le taxi. On me promet :
  « A Pira, il y aura des bananes ! ».

La route longe la frontière togolaise, nous avons même cru que nous étions passées au Togo. Ce n’est pas la douane mais le péage de la route. La forêt verdoyante reprend le dessus. Le paysage devient plus riant.

Bassila

A Bassila, enfin, j’achète des bananes, un avocat et une mangue pour 600F. Je mange avec avidité les bananes. Le petit déjeuner d’Abomey est loin.

Crevaison !

Ce n’est pas étonnant. J’avais remarqué l’état des pneus. Le chauffeur a répondu :

« Dieu est avec nous ! »
Effectivement Saint Michel Archange, sous forme d’autocollant est présent sur le tableau de bord. On a entendu la messe à deux reprises à la radio. Cette radio n’émet que des bondieuseries et pas RFI, comme dans la voiture de Thierry. D a blasphémé. Nous sommes punies.

Gare routière de Djougou

La réparation est rapide. A 17H nous sommes à Djougou. Le chauffeur nous confie à un autre taxi pour les 85 km restants. Il y a du réseau pour le téléphone portable : j’appelle Léon pour le prévenir de notre retard.Le chauffeur du taxi brousse nous débarque sans me rendre la monnaie et nous confie à un autre taxi.

Un placeur installe une famille avec au moins quatre enfants sur la troisième banquette du break Peugeot. Puis, D, qu’il appelle « Maman » devant. Sur la deuxième banquette, se tassent 4 personnes. Il ne me reste plus qu’à me coincer entre Dominique et le chauffeur. Dominique ne l’entend pas ainsi et pique une grosse colère. Nous avions fixé 26000 F pour 4 places. Il a rendu la monnaie sur 28 000 et nous voilà tassées ! C’était bien la peine de payer si cher ! Dominique se lève et part dans le marché. Je suis à bout de nerfs après 10 heures de route, 40° à l’ombre, en plein marché, seules blanches, c’est bien le moment de faire une colère!Je vais au coffre retirer nos bagages. Il y a une poule vivante dans une bassine au dessus de notre valise. Heureusement la grippe aviaire n’est pas encore arrivée au Bénin.

« Elle va revenir! »

Tout le monde proteste : le chauffeur était un  malhonnête ;  D a eu raison de se fâcher, « elle va revenir, il faut l’attendre ! ». Je retarde  une douzaine de personnes en plein cagnard ! J’ai oublié que nous sommes en Afrique, pays où on attend facilement

D’ailleurs, Dominique est de retour. Le nouveau chauffeur est musulman : « Allah récompense les gens patients » dit l’autocollant collé au tableau de bord. Le taxi se détourne de la route pour poursuivre le chauffeur indélicat jusqu’au garage où il fait réparer sa roue.

Le nouveau taxi avale les kilomètres. En une heure, nous voilà à Natitingou. Pour racheter l’honneur des chauffeurs béninois, nous sommes conduites à domicile à l’hôtel Tata Somba. Normalement les voyageurs sont déposés à la gare routière, puis pris en charge par les zemidjans.

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Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

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