Sur le bord du Lac Ahémé

JUMELAGE CRETEIL/POBE

sur le bord du lac Ahémé

Boppa : déjeuner sur le bord du lac

11h,  le minibus s’arrête devant un joli restaurant de plage : sièges peints en blanc et bleu aux couleurs marines, petits auvents au bord de l’eau, parterres fleuris. C’est un endroit soigné et accueillant.

Des pancartes appellent au respect de l’environnement : « Défense d’uriner dans le lac ». un jumelage avec la fédération Léo Lagrange a construit un monumental urinoir très bien fléché et mis en valeur. Comme nous transpirons beaucoup, nous snoberons cette installation. On nous offre des sièges et un verre de bienvenue : « Possotomé bien sûr ! »Pour moi, une béninoise pour Damien les autres prennent un coca.

Justin, un guide de Sandotours dont m’avait parlé Danielle, nous accueille ici chez lui. Conversation agréable. En attendant le déjeuner, j’ai enfin le temps de dessiner.  Nous regardons les pirogues du lac Ahémé en écoutant  un chanteur local GG Vickey qui chante une simple ritournelle :

« Il est gai de voguer sur le lac Ahémé
Quand le temps est serein
Fredonnant ce refrain… »

Puis une autre dont les paroles nous plaisent moins :

    « Dieu te bénisse, toi qui viens de naître et souris à la vie… »

 

 

Une musique d’ambiance remplace la célébrité locale, Alpha Blondy, du reggae….

On nous présente des cuvettes pour nous laver les mains : une d’eau savonneuse une d’eau claire. Le repas arrive dans des boites isothermes : du riz, dans des petits pots de la semoule de maïs qui ressemble à de la polenta, une sauce à la tomate  et aux oignons douce, le blanc de poulet est tendre. C’est notre premier repas africain.

la guinguette de Boppa

En pirogue avec Justin sur le Lac Ahémé

Justin nous emmène pour un tour en barque jusqu’à l’endroit où aboutit le fleuve Couffo venant du nord. Nous croisons des pêcheurs, un monsieur pêche à pied, immergé jusqu’à la poitrine dans le lac qui n’est vraiment pas profond. Deux enfants qui ont de l’eau jusqu’aux épaules, tirent un filet tendu entre deux bâtons pour pêcher la crevette.

Un pêcheur en pirogue pêche à l’épervier. Nous essayons de le photographier ou filmer le mouvement circulaire quand il déploie son filet. La pirogue passe devant un curieux mât orné de drapeaux. Les fanions ne marquent pas l’emplacement des filets mais un endroit sacré où il est interdit de pêcher. Si on enfreint le tabou, il faut payer une amende : un poulet par exemple.

Le lac se comble avec les sédiments venus des collines. La pisciculture à l’akadja, que nous avons observée à Ganvié est ici interdite. Un village au sud s’est rebellé il y a eu des blessés dans la bataille rangée qui a opposé les villageois aux gendarmes. Les habitants des villages situés plus au nord  comprennent mieux les enjeux écologiques.

Le Couffo marque la limite entre la commune de Boppa et celle d’Allada. En saison sèche, on met le feu aux jachères pour chasser. Sur les deux  rives du Lac Ahémé la même ethnie Aïzo est celle du sud Bénin. Justin nous raconte les guerres livrées par les rois d’Abomey contre les peuples Aïzo vivant autour du lac. Un de es rois Guizo est tombé dans une embuscade, depuis, il est interdit à un roi d’Abomey de s’aventurer sur les terres inondables.

Les habitants des rives du lac peuvent aller à Cotonou soit par Bopa- Comé et la route du Togo, soit par la route du Nord qui passe à Allada. Justin évoque les problèmes de communication. Le train, autrefois était un moyen de transport commode ; Malheureusement vétuste et mal entretenu il a cessé le service des voyageurs. Le fret est encore acheminé par train vers le nord jusqu’à Parakou. Des camions prennent le relais vers le Niger, le Burkina Faso, pays enclavés tributaires du port de Cotonou.

Un héron s’envole, deux petits limicoles bruns se promènent sur leurs hautes pattes parmi les nymphéas. Nous entendons la  voix diffuse de la prière du Vendredi venue d’une mosquée invisible. Nous passons devant un temple de la Divinité de la richesse. Justin nous raconte l’usage de faire l’offrande  d’un repas avec de l’huile de palme, un poulet ou un mouton partagé par tous si les vœux qu’on a faits sont exaucés.

Des femmes naviguent dans une pirogue chargée de marchandises. Justin nous raconte comment les femmes font le tour du lac vendant le poisson  pêché par les hommes. Elles peuvent également le fumer et le vendre au marché. En Août, à la période des pluies le poisson descend le Couffo et abonde.

 

Comme nous terminons la croisière, j’interroge Justin au sujet de l’évolution politique du pays. Un an après la Présidentielle, juste après les Législatives. Le changement annoncé se fait il sentir ? Justin est beaucoup plus circonspect que mes interlocuteurs précédents. Il me fait remarquer que le taux d’illettrisme étant très élevé, les foules sont manipulables. Manipulables et impatientes. Un slogan tel que « tout va changer » mobilise les électeurs impatients qui sont déçus et ne voient rien venir. Justin, pour sa part, voit plus loin. «Il faut laisser sa chance au Président ! », le temps qu’il installe sa politique dans le long terme. Le temps aussi que la justice fasse son travail. Comme on parle de la lutte contre la corruption, je l’entreprends en citant Aminata Traoré et sa théorie de l’appauvrissement de l’état exigé par le FMI qui entraîne l’impuissance des gouvernants. Chez Thierry et Thimoléon, il n’y avait eu aucun  écho. Justin, lui, est cultivé, il la connaît ne dénonce pas sa théorie mais ne souhaite pas s’y attarder.

Nous pourrions écouter Justin qui raconte si bien le Bénin pendant des heures. La pirogue accoste un peu plus loin sous un belvédère où nous montons en traversant un village pittoresque où le plastique et le ciment n’ont pas encore droit de cité. Comme Justin nous accompagne, tout le monde est très amical et nous pouvons faire toutes les photos que nous désirons. Une route en pente nous mène au belvédère sur la colline coiffée d’une église qui semble désaffectée et d’une croix. De là nous avons une vue sur le lac et les deux rivières qui s’y jettent.

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Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

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