Une femme fuyant l’annonce – david Grossman

Depuis dix jours, je suis les pas d’Ora et d’Avram sur leur randonnée dans les collines de Galilée. Cheminement lent, dans une lecture dense, où se découvrent des histoires d’amour intenses et des paysages sauvages. .
Pensée magique:  Ora imagine que, tant qu’elle sera hors d’atteinte des messagers, il n’arrivera rien à son fils, parti dans une opération militaire dangereuse, tant qu’elle pensera à lui, qu’elle parlera de lui, elle le protègera. Pouvoir des mots?
Ce n’est pas une lecture facile que cette fuite anxieuse, et que l’évocation de plusieurs guerres.

La Guerre des Six Jours est  à peine évoquée:  rencontre des adolescents hospitalisés, premiers émois, camaraderies, amitiés, amours adolescentes. Pendant la Guerre de Kippour se noueront et se dénoueront les liens d’amour et d’amitié. Le récit des combats sur le Canal de Suez est particulièrement éprouvant, la captivité en Égypte d’Avram aussi.
Amours, amitiés, amour maternel inconditionnel, paternités incertaines, rapports fusionnels entre frères, toutes les affections sont mêlées. Amour de la terre aussi.
Pouvoir des mots, écritures, carnets griffonnés, c’est aussi un livre d’écrivain, sur l’écriture. La chasse aux références littéraires, de Melville à Thomas Mann,ou à la Bible, peut aussi être une piste de lecture.

J’ai attendu ce livre. Pas seulement parce que les critiques sont excellentes ni parce que la littérature israélienne m’intéresse.Lue sur le  site de la Paix Maintenant l‘oraison funèbre à son fils Uri, tombé au Liban en 2006, m’avait terriblement émue. J’avais imaginé que ce roman était une réaction à ce deuil. La dernière page m’a détrompée, Grossman avait commencé l’écriture en 2003 alors que son autre fils Yonatan faisait son service militaire;

Dernière phrase du livre :

« Ce qui a changé surtout, c’est l’écho de la réalité dans lequel la version finale a vu le jour. »


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Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

6 réflexions sur « Une femme fuyant l’annonce – david Grossman »

  1. Moi aussi je les accompagne en ce moment.Arrivé page 500 je trouve ce voyage fabuleux.C’est un livre d’une profondeur inouïe.Plein de références effectivement pour ce voyage au coeur d’un pays définitivement pas comme les autres.Plein de choses sur la famille,la mémoire,le conflit séculaire.Un petit côté Jules et Jim aussi.Merci de tes visites.

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  2. Il y a ce miracle (ce talent) de Grossman à faire de cet évènement minuscule, la chose la plus délicate du monde, c’est-à-dire comme disait Deleuze, le contraire d’un drame ou d’une « histoire »…

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    1. L’évènement : (le départ d’Ofer) est certes minuscule, grande est l’angoisse d’Ora et l’histoire d’Ora, Avram, Ilan et les enfants s’étale sur trente ans! presque une saga.
      Tout à fait d’accord avec toi pour le talent de Grossman!

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