3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

Kpessi : baignade et pirogue
Je me laisse tenter par une baignade dans la lagune. Cela commence mal : le fond est vaseux. Dans le doute, je préfère garder mes sandales. Les tongs sont aspirées par une succion du fond. Je n’arrive plus à les décoller.
Un peu plus loin 4 enfants pataugent. Peut être le fond est il plus propre ? Non ! Ils me défient : « savez vous nager ? »Nous jouons ensemble. Le plus petit prétend avoir quinze ans, je lui en donne huit. Je le traite de menteur et cours chercher crayons et stylos.

Pirogue sur la lagune
Je me harnache en conséquence : mon turban à la sénégalaise pour ne pas avoir de coup de soleil et mon voile turc pour protéger la nuque, le cou et les joues. Comme il fait frais sur l’eau, la superposition des étoffes n’est pas inconfortable.
Kamal nous accompagne. Tandis que la pirogue s’éloigne de Kpessi parviennent des tambours et des chants. Kamal nous explique que c’est la reprise à l’école. Les enfants se tiennent dans la cour et chantent l’hymne togolais. La demi-journée peut commencer et c’est ainsi tous les jours au Togo. L’école est juste derrière l’auberge et nous pourrons les enregistrer demain matin.
La traversée est un enchantement : nous naviguons « à la voile » : un drap vert est attaché à un mât tenu par deux ficelles. Le vent souffle et soulève de vraies vagues. Un épervier tente de pêcher et part bredouille ; les sternes sont plus habiles, elles ne se contentent pas de raser la surface elles plongent. La pirogue se rapproche de la rive opposée (4km).
Togoville catholique
Des baobabs défeuillés se détachent au dessus d’une végétation dense et embrouillée. La rive nord n’est pas plate et sableuse comme celle du côté de l’océan. Une falaise rouge surplombe la lagune portant un village : Togoville : 8000habitants, autrefois la capitale du Togo.
Dès que la pirogue accoste, un guide se présente. La visite démarre mal. La première attraction est un canot bleu abandonné à l’envers dans un pré, assez gros mais très ordinaire : le canot du Pape Jean Paul II. Nous arrivons ensuite au débarcadère du Pape peint en rouge. Le Saint Père est venu en saison pluvieuse, l’eau montait lus haut. La passerelle rouge se trouve un mètre au dessus du sol, incongrue. On remonte la rue très raide qui mène au sanctuaire marial. La Vierge est apparue ici. Une statue en ciment bleu et blanc très conventionnelle est placée sous un arceau de fleurs blanches. Je prends la photo comme celle du canot et de la passerelle pour faire plaisir à notre guide. L’église est allemande. A sa construction c’était un temple protestant. Pour la venue du Pape on a fait venir un peintre d’Italie ou d’Ouganda (je n’ai pas bien compris) pour la décorer à fresques et des vitraux ornent les fenêtres comme dans une église européenne. Des bancs en ciment ont été rajoutés pour la visite papale. Jusqu’ici, la visite ne nous passionne pas.

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Togoville centre artisanal
Passage obligé au Centre Artisanal. Un groupe en ciment orne la placette : un jeune homme vêtu de jeans assis cavalièrement sur une chaise à l’envers, s’appuyant sur le dossier, les manches roulées au dessus du coude fait face à un vieil homme en costume traditionnel. La Modernité faisant face à la Tradition.
Je trouve ce que je cherche pour la pièce : un petit gong double et une gourde végétale emmaillotée dans un filet où sont enfilés des boutons de nacre. C’est un joli instrument de musique. Les boutons sonnent de manière plaisante. Je négocie à 6000F les deux, je donne 10€, il me rend 650f et fait un reçu pour 9€. Le compte est bon, la facture manuscrite aussi. L’artisan qui a fabriqué la gourde sort pour la photo. Il est content de sa vente et moi de mon achat.
Togoville animiste

Après la visite catholique commence la visite aux fétiches qui sont bien vénérés ici à en croire la fraîcheur des offrandes répandues sur le fétiche mâle. Le fétiche femelle est une statue enfermée dans un enclos. Un peu plus loin un arbre est enrubanné. A sa base, une calebasse. Une petite chèvre est attachée.
Nous écoutons de plus en plus distraitement ; le guide préfère bavarder avec Kamal dans leur langue.
Nous sommes plus attentives à l’animation de la rue. Une file d’enfants se dirige vers un portail sculpté portant les symboles des fétiches puis remonte le village. Les filles portent des bassines les garçons des seaux. A quoi correspond cette joyeuse procession ? Un camion a livré du sable au village. Les ruelles ne permettent pas l’accès au chantier. On a donc fait appel aux enfants pour terminer la livraison. Le propriétaire donnera quelque chose à l’école.
Ici aussi, la campagne contre le VIH a laissé des tableaux peints et il y a une baraque en bois verte ornée du ruban rouge. D’autres panneaux rappellent des règles d’hygiène simples : les eaux souillées rendent malade !
Nous rendons la visite traditionnelle à la maison du roi. Dans la salle d’audience, les chaises sont alignées le long du mur de part et d’autres du trône royal sur une estrade sous la photo de l’ancien monarque de Togoville – celui-là même qui avait signé le traité de Protectorat avec les Allemands. Une femme en bigoudis nous apporte le Livre d’Or, le roi ne se déplacera pas. Nous n’avons ni le temps ni la patience d’attendre son fils qui viendrait peut être.

