HoChiMinhville : premières découvertes

CARNET VIETNAMIEN

 

les motos


A la sortie de l’aéroport, personne ne nous attend. Parmi les nombreuses pancartes notre nom ne figure pas.

La postière, en costume traditionnel, jaune P etT,  téléphone au correspondant de l’agence. Explications embrouillées:

– « The driver is on the way !  »

9h30 –  toujours rien ! La postière vient me chercher dans le hall de l’aérogare. L’hôtel Liberty 3 a appelé.

Nous prenons un taxi. Je suis démoralisée. D’habitude, nous nous débrouillons par nous même. Pour une fois que nous avons eu recours à une agence, et que tout semble organisé, cela se passe mal. Nous n’avons aucun voucher pour les hôtels, ni les billets d’autobus et de train. Et si nous étions tombées dans une arnaque?

Dans le taxi,  je suis trop préoccupée pour faire du tourisme. Mes premières impressions de Saigon seront vagues. Une circulation infernale où certaines motos remontent le courant à contre-sens le long du trottoir.  Une urbanisation anarchique. Notre taxi se faufile dans le flot des motos, très peu de voitures, quelques vélos. Je comprends tout de suite pourquoi les touristes n’ont pas le droit de conduire ici. Pour une densité de deux roues équivalente à celle de Cotonou, l’air est curieusement respirable : les motos sont neuves. Malgré cela, de nombreux motards sont masqués surtout les femmes qui ont le visage complètement protégé, leurs avant-bras sont couverts de gants à manches longues. Ces protections sont peut être anti-chute ?

hôtel Liberty3

Vu du balcon de Liberty3: le parc

Dans le hall de l’hôtel, notre guide glisse 4 billets de 50 000VND en dédommagement du prix de la course en taxi que j’ai payée en € .

Liberty3  a 7 étages et une soixantaine de chambres. Il est situé sur une grande place. Notre chambre est vaste, haut plafond bordé par une corniche soignée et des moulures sobres. Trois portes laquées vert d’eau font face à un rideau orange qui habille la grande baie et la porte-fenêtre. Sur le balcon, une poterie bleue contient un palmier et une plante rampante. Mobilier sobre – style hôtel-  télé-satellite, une coiffeuse. Sonnées par la nuit d’avion et l’émotion, nous dormons toute la matinée.

Sous un ciel couvert, mais lumineux, nous partons à pied explorer les environs.  Le « quartier routard », les hôtels sur la Rue Pham Ngu Lao et mini hôtels dans les ruelles adjacentes. Partout, des agences de voyage proposent des excursions, des magasins de souvenirs, des photographes, des restaurants bon marché…tout ce dont les touristes pourraient avoir besoin. Des jeunes filles transportent des piles de best-sellers : Da Vinci code, Papillon, guides Lonely-Planet.

Après avoir fait le tour du pâté de maison, nous arrivons dans un parc très vert aux pelouses plantées d’une graminée aux feuilles larges et épaisses, ombragé par de grands arbres et coloré de massifs de fleurs, amarantes à crêtes roses très roses, impatiens.  Dans des poteries des topiaires très asiatiques : des arbres découpés en rondelles parallèles horizontales ou en petites boules imitant la silhouette du pin. Les jardinières, habillées de bleu arborent le chapeau conique typique.

 Le Marché

 

le marché et les fruits exotiques

Le marché Bien Than est une belle halle coloniale. Nous y entrons par la section des vêtements et des chaussures. J’adore les ambiances de marchés, souks d’Istanbul, du Caire ou de Marrakech, marché africain de Praia ou de Cotonou. Je me laisse tenter par une bricole : un éventail à 10 000 dongs (0.5€). La jeune vendeuse  fait une démonstration : le faire glisser le côté sur l’avant-bras puis casser le poignet. Les marchands de fruits ont construit des piles soignées,  ramboutans hérissés pointes entre jaune, orange et rouge, longanes brunes, gros pamplemousses  verts pâle comme ceux de Cuba. Les oranges se vendent vertes. De curieux fruits fuchsia ressemblent à des raves (peut être ce ne sont pas des fruits ?) Des durians spectaculaires, des anones, des goyaves…

Hôtel de Ville

l’hôtel de ville de HoChiMinhVille

A la sortie du marché nous traversons la Rue Pasteur et trouvons facilement l’Hôtel de Ville (1901-1908) style néo-Renaissance, IIIème République, très kitsch, très pâtisserie, sans grand intérêt quoique très vanté par les guides. Dans un jardin en face, Ho Chi Minh avec un enfant, une belle statue. Le vieux chef a une attitude sympathique. Toujours des petits arbres taillés dans de belles poteries. Comment les nommer ? Topiaires ? Bonsaïs ? Arbustes taillés ?

A la Poste

Poste coloniale, héros révolutionnaires

Bâtiment colonial peint en rose abricot pâle, rehaussé de stucs blancs, style pâtisserie, persiennes vert foncé, une frise Art Nouveau jaune et vert. Deux petits jardins fleuris aux topiaires bien taillés ont chacun  une statue représentant un couple révolutionnaire qui se détache sur un mur portant des plaques enguirlandées honorant Joule, Ohm, Faraday, Galvani, Gay-Lussac, Ampère, Louis XI, Laplace, Descartes… que vient faire Louis XI ?

En face de la Poste la cathédrale de brique roses pseudo romane. Je n’ai que très eu de goût pour ces édifices sans aucune invention, plagiats ennuyeux.

Rue Catinat

Nous descendons l’avenue la plus célèbre, l’ancienne rue Catinat maintenant Don Khoi, les « Champs Élysées » de Saigon : boutiques de luxe, beaux hôtels, un très joli théâtre (toujours Belle Époque) genre Garnier mais petit, encadré de deux jardins agrémentés chacun d’une fontaine de marbre rouge, sur l’une un flûtiste sur l’autre un violoniste. C’est charmant ! Alors que nous allons à la Rivière, des jeunes filles proposent des soins de beauté, manucure.

Bords de la rivière de Saigon

Sur notre rive : un bel hôtel, des cafés, un jardin public aux pelouses très vertes et aux grands arbres noueux. Sur l’autre rive : des entrepôts couverts de tôles rouillées, on devine aussi des habitations.

Pas de pont, des navettes de bacs de tout gabarit. Entre les deux berges coule la rivière de Saigon, grise et boueuse charriant des branches vertes mais aussi des bidons

Un remorqueur tire deux barges vides, un gros bateau gris très enfoncé. Que transporte- t il ? De frêles barques à la proue très relevée ont perdu leur peinture. Le propriétaire a peint de beaux yeux rouges sur l’une d’elle.

Tous les bancs sont occupés : vieillards, vendeuses de livres, touristes buvant des canettes de coca…une mendiante veut se faire offrir une bouteille d’eau. Elle monte sur l’estrade du café et termine un verre oublié sur une table.

Des gouttes tombent. On  s’en réjouit, imaginant que la pluie va rafraîchir l’air. Brusquement il tombe des cataractes. Un négociant en vins nous invite gracieusement à nous abriter dans sa boutique. Une jeune fille nous apporte un minuscule tabouret en plastique bleu. En un clin d’œil, les pèlerines sont déployées sur les motos. De couleurs vives quelquefois transparentes, à gros pois verts ou violets. Une visière permet de circuler à moto. L’ennui c’est que les motos éclaboussent les passants qui tentent de traverser. Nous rentrons trempées sous le soleil. Une bonne douche et des habits secs, il n’y paraît plus rien.

Dîner dans le quartier routard. D, peu aventureuse, choisit un  poulet frit dans un fast food . Je tiens à l’exotisme, m’attable à une gargote pour routards, et commande un  poulet aux légumes, cuit à la vapeur, insipide. Thé est à volonté et gratuit.

 

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Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

2 réflexions sur « HoChiMinhville : premières découvertes »

  1. Prenant un délicieux plaisir à vous lire et à comparer avec des lignes écrites par d’autres Français au temps de l’Indochine, je me garderai d’un égoïsme total et vous propose cette description de Lucien Bodard :
    – « L’Asie, c’est le monde secret de la perfidie, de la cruauté et de la haine. Et pourtant – mais comment l’expliquer ? – ce n’est pas un monde lointain, inaccessible, à part. On n’est pas au pied d’un mur, comme chez les musulmans. Au contraire, l’Asie verse ses philtres, corrompt les coeurs et les âmes (…). Elle est dangereusement, fatalement, amicale. On vit pleinement en elle, et on en meurt. Mais, en attendant, elle est un paradis, le royaume du plaisir.
    Quelle cité est donc plus joyeuse que ce Saïgon du meurtre et du trafic ? »
    in « L’illusion. La guerre d’Indochine II », folio, 1973,434 p., P. 193.

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