MARRAKECH ET LA VALLÉE DU DRAA

Yannick a bu son café avec nous et nous a accompagnées à la place triangulaire où Moued nous attend dans un petit taxi jaune Dacia. A 8h30 on peut conduire dans la médina sans déranger les étals. Près de Riad Laarouss le téléphone sonne : on a oublié le sac à dos dans le salon, nous attendons Yannick devant la pharmacie et la Poste. A cette heure matinale, en face de la station pour les carrioles à ânes, les maçons sont assis avec truelles et outils pour l’embauche journalière.Le Guéliz est le quartier européen chic avec des banques, de beaux cafés, des boutiques de marques et les journaux français dans les kiosques. Impression de ne pas avoir quitté la France.
La route du Tichka

Quitter Marrakech est facile, c’est tout droit ! On longe les remparts. Par la route de Fès, nous traversons la palmeraie, ses hôtels-clubs, ses golfs et ses lotissements, quelle tristesse, je ne vois même pas les palmiers. Les eucalyptus sont plus prospères. Plus loi, des olivaies, quand récolte-t-on les olives au Maroc ? Sans prévenir, une cité champignon aux immeubles rouges tous identiques, aux boutiques vides, qui semble surgir de nulle part, banlieue satellite ?Le ciel se voile, le paysage est hivernal, les arbres défeuillé. Ait Ourir : marché, des bestiaux, vaches et veaux noirs sont hissés sur des pickups. Le piémont de l’Atlas est verdi par une herbe fine qui s’avère être des brins d’orge ou de blé, au dessus de l’Oued Zat on cultive la luzerne dans de petits champs. A chaque virage on a installé des étals de cristaux et fossiles de l’Atlas. Plus haut, une forêt de pin enclose, c’est la Réserve de chasse royale. Dans la montée, nous suivons une caravane dont la tête est une camionnette de bestiaux puis une citerne de carburants Afrikia et de nombreux pickups. Les villages de terre sont comme incrustés, adossés au flanc de la montagne. La route suit le ruisseau qui a creusé tantôt un canyon tantôt une vallée cultivée en terrasses. Le paysage devient plus minéral. Des touffes de genêts et parfois des palmiers doums tellement trapus qu’ils n’ont pas de troncs, s’accrochent à la roche. On passe de marnes gris-vert à l’ocre et au rouge. Les neiges s’approchent. Dans l’Oued Ameskar un attelage d’un cheval blanc et d’un âne laboure.
Midi, arrêt à Taddert

Des réchauds de braises fument. Côtelettes d’agneau sur la terrasse du Jardin, brochettes à « La Belle Vue », tagines de l’autre côté de la rue. Je commande des brochettes. La carcasse est suspendue dans la cabine carrelée comme l’échoppe d’un boucher. Le boucher ou restaurateur, découpe un bon morceau qu’il pèse et découpe. Il cuira 10 brochettes mais il faudra attendre un bon moment. La terrasse justifie le nom du restaurant.
Le col Tizn Tichka
Plus loin, après la barrière de neige, il y a encore des baraques de jus d’orange et au col, une grande boutique. Le col est situé à l’exacte moitié du trajet Marrakech-Ouarzazate (190 km). Plaques de neiges, vent glacial, on n’a pas envie de s’y attarder.
Descente sur Ouarzazate
Sur le versant sud, le paysage change radicalement. La neige a fondu. Les roches sont plus rouges. Le ravinement impressionnant. Le premier gros village Aguelmous a de grande maison en ciment mais aussi de vieilles constructions de pierre aux fenêtres bordées ans large tour blanc.

La descente est plus facile que la montée. Le relief paraît plus tabulaire, plus aride aussi. Autour des villages on cultive des vergers, au dessus la montagne est désertique. Montagne en technicolor avec des passages bruns, d’autres verts presque turquoise, des pierres violettes, des collines rouges et orange. La barre qui coiffe le relief, parfois s’effondre. Les gros blocs glissent sur la pente en un monstrueux chaos.Amezgane : de petits champs sont soigneusement préparés, rectangles délimités par des levées de terre. Rien ne pousse en ce moment, hiver ou sécheresse ?

La route contourne Ouarzazate. Arrêt-photo à la casbah de Tifoultoute : au premier plan des palmiers, à l’horizon des crêtes blanches de neige. La casbah est mal entourée : un minaret tout neuf en ciment et des antennes-relais rouges et blanches. Nous l’avions visitée autrefois.
La RN9 vers Agdz, Zagora et MHmid

La RN9 traverse un désert de pierre – plaisir de la géologue qui est perplexe. Le volcanisme a troublé les séries sédimentaires. On devine un oued asséché par la présence de lauriers-roses et de palmiers. De temps à autres, des rangées d’oliviers et d’amandiers arrosés en goutte à goutte . Cultive-t-on le désert comme en Egypte ?
Le soleil baisse, la lumière se fait rasante, flatteuse par ses couleurs chaudes et les ombres profondes qui accentuent le relief. Les strates lus dures ressortent dans les pentes. Une montagne toute en pointe s’impose : Kissane, la montagne d’Agdz rose, mauve pâle dans un ensemble tabulaire brun et noir. A ses pieds : la palmeraie, merveilleux contraste !
Le soleil baisse encore. Les conducteurs, pressés d’arriver avant la nuit deviennent nerveux. Une file de 24 pickups nous double, rallye ou tourisme de masse dans le désert ?

Cette magnifique mais vertigineuse route du Tichka! C’est à Ouarzazate que j’ai enseigné pendant deux ans, au lycée qui s’appelait alors Prince Héritier Sidi Mohamed devenu depuis le roi du Maroc.
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@claudialucia : magnifique arrivée sur Ouarzazate!
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