CARNET SICILIEN

Ciel voilé au petit matin. Au café du coin, je prends un capuccino et un croissant fourré à la confiture. Ces petits déjeuners au café me plaisent beaucoup. Le café est bon. Je regarde la ville s’éveiller.
Quattro Canti

Pour aller au Palais des Rois Normands, nous prenons la Via Maqueda toute endormie jusqu’au Quattro Canti, carrefour théâtralisé par quatre façades concaves ornées de quatre fontaines surmontées des statues des quatre saisons facilement reconnaissables, Printemps avec un bouquet de fleur, Eté des gerbes de blé, Automne et les fruits, l’Hiver est une vieille femme. Au dessus quatre rois d’Espagne. A un troisième niveau, les quatre saintes de la ville avec leurs attributs (l’une d’elle a une meule ).
Corso V Emmanuele

Nous tournons dans le Corso Vittore Emmanuele, rue passante mais étroite bordée de boutiques de Palais et d’églises. La cour du palazzo Ninfa est particulièrement belle, un grand palmier occupe tout le patio, au fond, une très jolie fontaine est surmontée par un bas relief représentant Persée et Andromède.
Le soleil dissipe les nuages quand nous passons devant l’énorme cathédrale. Nous traversons à pas pressés le jardin exotique, presque une palmeraie marocaine.
Le Palais des Rois Normands

Le Palais des Rois Normands est une grande bâtisse composite assez sobre. J’essaie de retrouver la forteresse arabe sous le château normand aux fenêtres gothiques. Des ailes néogothiques ont été rajoutées ainsi qu’une tour carrée, la Tour Pisane, coiffée d’un observatoire astronomique au toit pointu de tuiles vernissées au dessus d’une charmante galerie. Une vaste esplanade précède les bâtiments. Nous y rencontrons les premiers touristes qui, comme nous, cherchent l’entrée. Côté esplanade, ce sont les entrées officielles du Parlement de Sicile et des forces armées ( ?). Il nous faut contourner le palais.

Première surprise : la jolie tourelle surmonte la Porta Nuova qui enjambe le Corso Vittore Emmanuele. Sur l’autre face sont sculptés es personnages géants, atlantes maures baroquisants.

Deuxième surprise : la queue pour visiter la Chapelle Palatine, s’enroule autour d’une pelouse. Des cars,

descendent des touristes de toutes origines. On ne laisse entrer que de petits groupes. Cette queue nous décourage.

A la Cathédrale, nous emboîtons le pas à un groupe de lycéens français, espérant bénéficier d’une visite guidée. La conférencière les entraîne dans la chapelle où sont enterrés les rois de Palerme, Roger II et Frédéric II. Leurs sarcophages étaient de porphyre. Le porphyre était le privilège impérial chez les Byzantins. Etre enterré dans du porphyre conférait une dignité presque impériale aux rois de Palerme. Nous suivons le groupe dans la chapelle contenant les reliques de Sainte Rosalie, – patronne de Palerme qui avait écarté la peste de la ville. Là nous décrochons, nous avons eu notre compte de châsses et de reliques hier pendant les processions. Nous préférons nous intéresser à la Méridienne tracée sur le dallage. Les signes du Zodiaque sont fait d’incrustations de marbres polychromes précieux tout à fait réussies.

Des restaurations néoclassiques du XIX ème siècle (ajout d’une coupole) masquent l’ancienne cathédrale normande. Les cathédrales néoclassiques immenses m’ennuient. Nous en avons vus quelques unes en Hongrie, toutes monumentales et barbantes. Nous ne nous attardons pas à l’intérieur. Nous nous installons sur l’esplanade pour étudier l’extérieur. L’ensemble n’évoque pas vraiment une Cathédrale, plutôt un château fort avec es créneaux et des tours de guet. Plus on examine les détails plus on est surpris. Toute l’histoire de la Sicile peut être résumée dans les décors. L’ancienne mosquée a laissé un souvenir : une inscription coranique sur une colonne que nous finissons par trouver après l’avoir bien cherchée. Le portique gothique catalan est une pure merveille avec ses colonnes torsadées et la mosaïque un peu passée du fronton.

Après en avoir fait le tour, (il y a même une porte de bronze datée de 1961), nous installons derrière le chevet et j’essaie de dénombrer tous les motifs décoratifs des incrustations noires et blanches : étoiles de David, étoiles arabes, aigles, lions, croix de malte, motifs géométriques…
Charrettes peintes

De l’autre côté du petit jardin, des charrettes peintes sont exposées. C’est l’atelier du dernier peintre de charrettes. Les motifs peints de chevalerie m’enchantent. Des marionnettes, chevaliers de fer blancs sont pendues dans l’atelier. Toutes ces couleurs donneront de jolies photos.
Pour éviter le Corso V Emmanuele plein de voiture nous engageons dans des petites rues très clames mais très ruinées. Des étais de bois empêchent les façades de s’écrouler. Derrière, souvent, il n’y a plus rien. La végétation se développe. Sur un mur gardé par des tessons de verre, de jolies plantes grasses à fleurs roses se sont épanouies.
La fontaine della Vergogna

Nous retrouvons le Quatro Canti et la Place Pretoria occupée par la fontaine della Vergogna : belle fontaine orné de personnages nus.
Santa Catharina dont les décors nous avaient enchantées est fermée. Nous avions prévu d’y faire des photos. A la Martorana, encore la Messe. On ne pourra pas admirer les mosaïques avant 11h30. Consolation San Cataldo, la petite église cubique avec ses trois coupoles roses, est ouverte. Elle est minuscule. Les touristes s’installent sur des bancs le long des murs. L’intérieur est très simple, pas de décoration. On dirait une église grecque. Seul le sol est orné.
Kalsa

Nous continuons notre promenade au hasard des petites rues vers la mer dans l’ancien quartier arabe de la Kalsa. Passons devant l’Eglise San François d’Assise et par la Via Merlo. Encore des palais délabrés.
Autour du Jardin Garibaldi, une sorte de marché aux puces. Le jardin est planté de banians géants. Quand j’avais lu cela dans les guides, j’avais pensé que, revenant de Cuba, nous ne pourrions qu’être déçues par les ficus méditerranéens. Erreur ! Ce sont les plus gros que j’aie jamais vus. D’ailleurs, ce sont des variétés australiennes. La promenade botanique est remplacée par une promenade historique : des stèles et des bustes commémorent le débarquement des Milles en Sicile en 1850. J’ai la surprise de découvrir le buste d’un hongrois Tüköry, d’un roumain (déjà des brigades internationales !) Le souvenir de Garibaldi est très présent dans ce quartier : de nombreuses plaques rappellent les événements de cette époque.
Autre témoignage historique : le Palais de l’Inquisition dans le Palais Chiaramonti occupé aujourd’hui par l’Université. J’ai le souvenir d’une lecture récente de Portes Ouvertes de Sciascia qui narre un procès s’y déroulant.
Nous rentrons par la Via Alloro, la Piazza Aragona, Via Garibaldi Via Gorizia. Nous passons devant un café littéraire qui rappelle le souvenir du Guépard. Au hasard, une façade baroque magnifique se cache derrière des palissades de chantier. Des putti de stuc blanc sont encore perchés sur les volutes au dessus d’un escalier. Via Garibaldi : chapeliers et fabriquants de bérets …