Pâques albanaises

CARNET SICILIEN

 

les jeunes filles au défilé
les jeunes filles au défilé

 

Les volets ferment tellement bien que nous ne pouvons pas deviner que c’est la mer sur les rochers qui fait autant de bruit. Il fait beau. Nous partons donc très tôt pour voir les festivités à Piana degli Albanesi .

En  route, par l’intérieur

A Partinico, une route coupe à travers la montagne. Huit heures, nous traversons des villages endormis. Un défilé d’hommes âgés, précédé par un tambour, remonte la rue principale d’un village, nous les suivons.
Les cerisiers sont en fleurs. Nous retrouvons la même végétation que l’an passé à Chypre : marguerites jaunes, soucis oranges sauvages très bas, giroflées mauves. Des vignes, de vieux oliviers sur des terrasses. La montagne est très escarpée, les rochers souvent à nu. Dès qu’on monte nous rencontrons le brouillard. Dommage ! la route est en corniche, par de belles échappées on découvre la mer et Palerme.

Piana degli Albanese

Auguri!
Auguri!

9h30 à Piana degli Albanese . La Messe dans l’église grecque : la Cathédrale San Demetrios à 10h30, la procession à 12h30, ensuite un spectacle de danses folkloriques. Pour attendre, une promenade dans les petites rues en pente et les escaliers. Du haut du village, Dominique voudrait photographier les toits ; mais la lumière n’est pas belle, il fait gris. L’église est laide du dehors, inintéressante à l’intérieur. C’est une église grecque moderne avec son iconostase, ses icônes dorées, ses popes. Mais les peintures sont très récentes et de facture simpliste. Rien à voir avec les merveilleuses églises de Chypre.

Musée civique

Pour patienter, je visite le petit musée civique : photos d’Albanie et du Kosovo. Piana degli Albanesi est une colonie albanaise depuis la chute de Constantinople. Plusieurs pièces sont consacrées à la vie des paysans : intérieur d’une maison reconstitué, un pauvre lit, la cuisine dans un coin (tanour à la turque  comme en Israël), des outils de menuiserie, de la fabrication du fromage, de la culture des olives forment un petit écomusée. Le plus intéressant est une exposition de photos anciennes et d’articles de journaux relatant les luttes des paysans pour la terre à la fin de la deuxième guerre mondiale. La terre était en la possession d’un marquis (650 ha). Les paysans ont réclamé le partage des domaines latifundiaires. Ces luttes furent sanglantes. Le 1er mai 1947, 50 morts sous le feu du bandit Giuliano. J’ai remarqué une rue Togliatti au village.

En attendant le défilé

sfilata
sfilata

Tandis que je déchiffrais l’histoire sociale, Dominique s’est postée à l’entrée de la messe. Elle a fait des photos des popes et des villageoises costumées. Nous devons rester deux heures avant la Sfilata. Les visiteurs commencent à affluer sur la place. Peu de touristes, (un couple d’Allemands, trois Japonais et quelques Israéliens). La plupart des gens sont venus des alentours, endimanchés. Les femmes perchées sur de très hauts et fins talons, les hommes pourraient être les figurants dans un film : vieux en noir avec leurs bérets, les jeunes cheveux gomminés raides de brillantine, lunettes noires malgré le brouillard, costumes croisés, chemises blanches, cravates. La plupart sont de petite taille, les pantalons trop longs sur des chaussures brillantes, veston élargi par des épaulettes. Quelques uns portent même un costume trois pièces. Pour faire original, certains se singularisent en bleu marine. Seules les gamines sont à la mode avec des petits pulls étriqués fluo, vert ou rose. Pour les femmes, le noir domine, jupe droite et manteau au dessus de 40 ans, permanente. Noir avec des découpes modernes et chaussures pointues pour les plus jeunes. De nombreuses femmes et jeunes filles costumées se promènent. Les jupes sont somptueuses, le plus souvent rouges avec des motifs de brocard, dorés ou floraux. Plus rarement vert pomme ou à fond blanc. Au dessus, un tablier de dentelle très fine noire. En haut des corsages blancs avec de jolies dentelles, des manches bouffantes. Enfin, un grand châle bleu. Certaines arborent des gilets de velours noir. Le plus étrange c’est la ceinture large avec une boucle énorme représentant un chevalier sur sa monture avec une lance (saint Georges ?) Sur la tête, toutes portent un ruban replié assorti à la jupe au pliage compliqué .Les garçons, peu nombreux ressemblent à des Grecs, jupette beige, collants beiges chaussons (sabots) à gros pompon rouge et chemise brodée. Sur leur tête, un feutre arrondi faisant un peu penser à un fez.
Assises sur les marches sous la fontaine, nous regardons les journalistes de la télé filmant la messe et les villageois qui sortent des autres églises. J’achète un arancini chaud et délicieux. Le petit commis pâtissier traverse la place avec ses plateaux sans cesse pour ravitailler le bar .

Sur le corso

Changeant d’observatoire, nous nous perchons sur les gradins pour observer les mouvements de la foule sur le Corso noir de monde. Un mouvement montant et un autre descendant fait une sorte de manège. Les mêmes groupes peuvent remonter et redescendre plusieurs fois sous nos yeux. Ils s’embrassent, se souhaitent « Buona Pasqua » ou « Auguri » à l’italienne.  Plus tard à la sortie de la messe ils échangeront des œufs rouges. Ils sont vendus incorporés dans des galettes plates dans les pâtisseries ou sur des étals dans la rue. Une sono déverse des chants folkloriques en albanais très fort. Nous n’avons pas la patience d’attendre le spectacle de chants et de danse, nous nous contentons de la Sfilata. Les jeunes filles forment une longue procession. Les premières portent des paniers d’œufs rouges traditionnels et suivent les étendards portés par quelques garçons. Nous aurions aimé entendre des chants ou de la musique mais le défilé est silencieux. Après le passage des dernières jeunes filles, nous allons voir le lac où le WWF administre une réserve naturelle. Le lac est triste avec les sommets noyés dans la brume. Le chemin est détrempé, la promenade sera courte. Des pique-niqueurs venant de la fête portant des provisions emballées dans les beaux papiers des pâtisseries siciliennes rebutés par le froid en seront quittes pour manger dans les voitures ?

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Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

3 réflexions sur « Pâques albanaises »

  1. … »la ceinture large avec une boucle énorme représentant un chevalier sur sa monture avec une lance (saint Georges ?)  » En effent, in s’agit d’un symbole qui a appartenu au « culte du chevalier thrace », plus tard denomee: « culte des chevaliers danubiens » qui a ete repandu dans un large territoire au sud et au nord du Danube(Balkans et Carpates) , aux populations thraces et geto-daces. Ce culte etait pratique seulement par les hommes et les guerriers…Le symbole a ete transforme au cours du temps et considere plus tard l’image de St.Georges , apres la conquete romaine et a cause du christianisme / orthodoxie…

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