Paschetta à Erice

CARNET SICILIEN

 

castellamare del golfo
castellamare del golfo

 

Castellamare del Golfo

Le temps est menaçant. Nous décidons qu’il fera beau et partons vers 8h pour Erice. Nous trouvons l’autoroute à Ballestrate en direction de Castellammare del Golfo. Sur une arête rocheuse, se détachent les ruines d’une ferme, comme un château fort, dominant une plaine très verte qu’enjambe l’autoroute sur un viaduc. Les couleurs sont très vives : vert foncé du jeune blé, bleu du ciel, taches oranges des soucis et pourpres du trèfle incarnat. Castellamare est nichée dans un creux.

Castellamare del Golfo
Castellamare del Golfo

Vue d’en haut, elle est ravissante avec l’échancrure de son petit port, la pointe portant la forteresse, sa baie arrondie à l’arrière, ses dômes et ses clochers. Nous descendons dans un dédale de petites rues étroites entre des maisons à plusieurs étages ornées de balcons en fer forgé. Je remarque « via della Liberta gia via Croce » qui me fait sourire. Négligeant les rues commerçantes nous allons droit au port. Jolies barques colorées hissées sur le quai. Sous le château sur des petites tables de vieux pêcheurs vendent des petits poissons. Le château a une grosse tour carrée. Une plaque commémore le Risorgimento et les événements de 1850 (il faudra que je me documente sur cette période). Les beaux clochers remarqués d’en haut sont encastrés dans des maisons entassées sur la pente. Pas de recul pour des photos.
Scopello

Tonnara di Scolpello
Tonnara di Scolpello

La route grimpe sur un cap escarpé, trop raide pour les cultures. Seuls quelques vergers en fleurs s’accrochent autour de Scopello, joli village tout petit, quelques BxB, un restaurant prêt pour la Paschetta (repas traditionnel du Lundi de Pâques, agneau et artichauts).

La Tonnara

tonnara
tonnara

Au creux d’une crique, la Tonnara – ancienne pêcherie de thon- est ravissante avec sa maison rose, ses toits de vieilles tuiles patinées. Deux grosses tours sarrasines carrées sont perchées sur des falaises découpées. Au premier plan, des fleurs de toutes les couleurs, soucis oranges en grosses plaques, trèfle incarnat, chardons bleus, myosotis et fleurs violettes en grosses touffes. Au fond, la mer turquoise et les rochers bruns rouille.

Arrivée à Erice, nous sommes accueillies par un ange

Erice : château normand
Erice : château normand

Les nuages s’accrochent au sommet du Mont Eryx, la route s’élève avec de nombreux lacets, nous rencontrons des bancs de brouillard, juste avant d’atteindre Erice. Le gardien du parking est un rigolo, sur son beau costume noir, sa chemise blanche son nœud papillon il a accroché des ailes d’ange en polystyrène. Nous nous habillons comme pour une expédition polaire : pull, Kway et polaire. Passons sous une gracieuse arche en ogive gothique :

Campanile
la Porte de Trapani, et découvrons la Chiesa Madre et son Campanile. J’ai le grand plaisir de monter seule au Campanile (106 marches) c’est une belle tour carrée construite en 1312 par Frédéric  d’Aragon sur des fondations puniques. La notice raconte que Frédéric II fut assiégé par Robert d’Anjou à Erice. Arrivée au sommet, le brouillard s’est levé, le panorama est extraordinaire. A mes pieds, Trapani, grande ville et beau port, et les marais salants, toutes proches les îles Egades. Quand je redescends, je me rends compte que l’ascension était inutile : Erice est perchée sur un rocher à 756 m dominant la plaine !

les toits d'Erice vus du campanile
les toits d’Erice vus du campanile

Chiesa Madre
La Chiesa Madre a un aspect sévère, gothique Chiaramontano, murs nus surmontés de créneaux ou merlons décorée seulement d’une très fine rosace de pierre (très récente 1950). Son portail est finement travaillé. Elle ressemble beaucoup aux églises gothiques de montagnes vues en Cantabrie l’an dernier. L’intérieur est très différent : une restauration du XIXème siècle néogothique l’a parée de stuc blancs aux motifs arabes et catalans (voir cathédrale de Palerme). Cette décoration « précieuse » n’a pas vraiment sa place dans cette église sobre. A l’extérieur 9 croix font allusion aux neuf colombes avec lesquelles la Venus Erycéenne s’envolait deux fois par ans. D’après la notice, l’Eglise aurait été construite avec des matériaux pris sur le Temple de Venus, les 9 croix sont donc païennes.
ruelles
Nous montons dans les étroites rues pavées. Je ne sais pourquoi, je pense à Vezelay, probablement à cause  de l’expression de « colline inspirée » des nombreux couvents qui comparent Erice à Assise. La ville se vide. Les maisons ont un aspect austère. Les petits pavés des ruelles sont presque le seul élément décoratif. Trois sacs poubelles pendent au bout d’une corde sur un crochet du deuxième étage. C’est sans doute la mode sicilienne de « descendre la poubelle ».Nous arrivons au jardins Balio, joli parc avec des buis taillés des bustes et des stèles. D’ici, la vue est extraordinaire, d’un côté, le Château Normand perché sur un rocher, de l’autre la côte, la mer est bordée de plages de sable jusqu’au Cap San Vito lo Capo. Le Château Normand se visite librement, il ne reste pas grand chose debout à part la citerne autour de laquelle était construit le Temple de Vénus ? Une troupe de bonnes sœurs chante dans un coin, visiteuses insolites très touristes. Elles sont ravies de se faire prendre en photo ensemble.
Dolci
Je ne veux pas quitter Erice sans acheter les pâtisseries renommées autrefois spécialités des couvents. La pâtissière est très vieille, sa boutique aussi, peu de choix : rien que de la pâte d’amande. Un écriteau prévient : « il n’y a plus d’agneau pascal ! »
Il est possible de faire le tour de la ville en voiture (l’intérieur est piétonnier). Par hasard, nous trouvons les remparts. Certains blocs cyclopéens du Vème siècle av.JC sont attribués aux Carthaginois. Nous déjeunons au pied des remparts dans la voiture à cause du froid. Découvrons la porte Spada et les quartiers Espagnols, garnison.

les murailles d'Erice
les murailles d’Erice

Il fait beau, nous avons envie de mer. La côte vue d’en haut est bordée de belles plages. Cap sur San Vito lo Capo. Les Siciliens sont sortis pour leur pique-nique traditionnel de Lundi de Pâques : dans les campagnes? fument les barbecues. La route est bien encombrée, les plages aussi. Nous sommes un peu déçues. Nous aboutissons à une Tonnara (‘pêcherie de thon abandonnée) moins belle que celle de Scopello, en ruine, murs aveugles, hangars à bateaux ouverts. Des jeunes en combinaison de plongée pêchent dans l’eau claire. Des pistes semblent rejoindre Scopello en passant par la Réserve de Zingaro : impossible de passer en voiture. C’est une randonnée de 7 km dans une montagne escarpée, rocheuse et couverte de maquis. Dernière surprise du jour : des iris sauvages nains, délicats tout juste épanouis qui m’émerveillent.

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Retour par une route bien chargée encombrée d’énormes campings cars. A cinq heures nous sommes chez nous. Notre plage est vraiment la plus belle. Nous aurions dû rentrer plus tôt pour en profiter plus ! Le vent a rafraîchi l’atmosphère, exceptionnellement, je ne me déchausse même pas pour la promenade au bord de l’eau.

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Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

Une réflexion sur « Paschetta à Erice »

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