CARNET SICILIEN

Il fait bien gris. Peut être est ce dommage de découvrir le site sous le mauvais temps?
Nous sommes les premières au guichet, on nous laisse entrer avant l’heure. Le site est à nous !
A trois minute à pied de la maison, sur le plateau de Marinella : trois temples E F G / Cette dénomination paraît un peu rébarbative, nos livres sont peu prolixes en renseignements.
Les fleurs font un décor coloré. Pâques est vraiment la plus belle saison pour les ruines archéologiques, nous pensons à Volubilis et à Paphos, l’an dernier. Même si le beau temps est loin d’être garanti.
le temple E, (celui d’Héra ?) est le plus complet : ses colonnes ont été relevées. C’est un grand temple dorique assez massif du Vème siècle de pierre jaune très érodé. Pas de décor, les métopes sont à Palerme.
Les temples F et G sont des amas de ruines. Les deux colonnes du G – attribué à Phébus Apollon- sont colossales.

Au début, difficile de retrouver les temples, d’imaginer leur silhouette. Nous sommes plus sensibles au paysage et aux fleurs.
Une jolie promenade d’une vingtaine de minutes nous mène à l‘Acropole. La silhouette du temple D se détache sur le ciel. Au lointain, des collines bleutées. Au bord de la mer très verte, les cubes jaunes, ocres, blancs du village de Marinella s’étagent au flanc de la colline.
Si le temps avait été plus ensoleillé, nous aurions pu nous arrêter, j’aurais aimé dessiner. Nous nous promettons de revenir par un meilleur jour faire des photos.
Acropole
L’Acropole n’est pas très haute, d’imposantes fortifications l’entourent. Dès notre arrivée sur le site, nous avons la bonne surprise de trouver de nombreux panneaux explicatifs qui animent notre visite. Le jeu de repérage que nous pratiquons toujours, nous amuse toujours autant. Il nous faut identifier 5 temples, la Stoa, les maisons carthaginoises, la grande forteresse au nord.
Je lis avec attention les notices. L’une explique l’évolution de la construction des temples doriques, d’abord à colonnes monolithiques puis à tambours. Les proportions changent avec l’écartement des colonnes .C’est affaire de spécialistes, mais cela aiguise le regard.
D’autres panneaux détaillent l’histoire de cette grande cité. 409, grande bataille contre Hannibal et les Carthaginois. J’essaie de grappiller quelques renseignements des guides cornaquant les groupes de touristes.
L’une d’elle raconte le culte de Baal dans une sorte de labyrinthe à ciel ouvert le Tophet. Une statue de Baal a les bras articulés. On déposait un enfant dans les mains du dieu, actionnées par un mécanisme qui précipitait l’enfant dans le vide. Des études dans la nécropole de Mozia montrent une anomalie, une proportion très basse d’enfants alors que la mortalité infantile était sans doute élevée. Cette observation s’est répétée dans l’étude d’autres sites puniques. Les études récentes des cendres des sacrifiés à Salambô en Tunisie montrent que les enfants sacrifiés étaient très jeunes, parfois des fœtus. L’hypothèse actuelle est que ces « sacrifices humains » seraient plutôt des dons d’enfants morts naturellement. Ce qui expliquerait l’absence d’enfants dans les nécropoles. Je suis contente d’entendre parler des Carthaginois qui semblent très présents dans cette région de la Sicile : à Erice nous avons vu les fondations des murailles, à Trapani, les Phéniciens introduisirent les maris salants. Invités inattendus dans nos vacances.
Malgré un ciel très menaçant nous continuons l’exploration du site en quittant l’acropole pour chercher le temple de Démeter ou le Malephoros.
Le sentier descend dans la vallée du petit fleuve Modione (ou Selinon) occupée par des roseaux. Un petit pont l’enjambe. Les hirondelles, très nombreuses volent au ras de l’eau et offrent un spectacle très animé. Le pont est gardé par deux gros chiens blancs. Le berger, abrité dans son 4×4 nous fait signe de passer. Le troupeau de moutons paît derrière le pont.
Nous découvrons un très joli petit site verdoyant adossé à une pente. Sur le panneau, on signale une fontaine que je cherche en suivant une petite rigole taillée dans les pierres antiques. Malheureusement, le nuage très noir crève. Quand nous rentrons à la maison, nous sommes trempées. Heureusement nous pouvons nous sécher et manger un repas chaud.
Après midi à Castelvetrano sous la pluie
Nous tournons longtemps dans les rues laides, désertes et mouillées, de cette petite ville. Au centre, une rue animée, un petit quartier piétonnier : une petite place le Vieux Palais, une belle fontaine de la nymphe. La Chiesa Madre a un très beau portail finement décoré. A l’avant du chœur, je remarque une sorte de rideau qui descend du plafond ajouré de sculptures de stucs, angelots blancs.

Le Musée civique de Castelvetrano est composé d’une salle unique bien présentée. L’attraction majeure est une petite sculpture de bronze originale : un éphèbe trouvé à Sélinunte. Autour, dans des vitrines, des céramiques grecques bien présentées. Anachronique mais très belle, une madone de Laurana en marbre très fin.
Nous tournons longtemps à la recherche de la petite église de la Trinité, en vain. Nous revenons à Selinunte avec un très joli paquet, beau papier, faveur dorée contenant de bons gâteaux : les croissants à la crème que Dominique attend depuis le début du séjour. Et des cannoli à la ricotta pour moi. Castelvetrano nous a laissé une mauvaise impression, petite ville mal fichue avec des quartiers pauvres très laids. Dominique la trouve déprimante.

