Le regard de l’aveugle – Mamadou Samb

LIRE POUR L’AFRIQUE

le regard de l'aveugle

« la souffrance m’a tellement envahie et détruite qu’actuellement je pleure pour toutes les femmes mutilées, infibulées, qui toutes ont connu ou connaîtront une nuit pareille… »

Mamadou Samb dénonce l’excision et l’infibulation, il raconte l’itinéraire d’Oulimata, jeune bambara née au Mali dans un petit village au bord du fleuve.

De l’initiation des jeunes filles, je n’avais entendu parler qu’à mots couverts, le roman donne une version très crue et précise de ces mutilations génitales. L’initiation avait aussi pour but de faire prendre conscience à Oulimata de sa place dan la société dans une caste intérieure.

La seule chance d’Oulimata fut d’être envoyée par son père, Danfa à Bamako pour entrer à l’école française et d’être confiée à Saliou et Fanta qui l’adoptèrent comme leur propre fille. Fanta vient du même village qu’Oulimata, comme elle, elle fut excisée et refusa l’homme à qui elle était destinée, son sauveur fut Danfa, le père d’Oulimata qui permit sa fuite à Bamako. Triste histoire qui se répète à chaque génération. Comment vivre une sexualité normale après l’infibulation?

Une malédiction s’abat sur le village  : l’onchocercose ou cécité des rivières. Le village est abandonné quand Oulimata y retourne, ne retrouvant que son père, aveugle, et une amie d’enfance, 10Oumy qui conduit ses parents, eux aussi aveugles. La seule solution est la mendicité, à Bamako d’abord, puis à Dakar où la magie de la grande ville a attiré Oulimata. La grande ville est un piège pour la jeune fille.

« depuis mon enfance, j’avais toujours aimé lutter contre ceux qui voulaient faire de moi une soumise, une moins que rien; je rugissais comme une lionne, je mordais comme une tigresse à chaque fois que ‘avais les moyens de me défendre. j’avais toujours refusé de porter sur mon dos l’histoire de mes ancêtres. « 

Si l’histoire d’Oulimata est celle de la misère, de la prostitution, de la déchéance, de la prison  et du SIDA, Oulimata n’est pourtant pas une victime passive. Elle est pleine de vitalité, passionnée de lecture, instruite, elle danse si bien qu’une troupe de danseurs l’intègre. Elle connaît même une véritable histoire d’amour.

Mamadou Samb a su raconter cette histoire sans misérabilisme superflu, sans le manichéisme qui m’avait dérangée dans l‘Echarpe des Jumelles où il dénonçait aussi les injustices que la tradition fait aux femmes. On y croise des personnages de tous les milieux, avec leurs contradictions et leurs caractères.

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

5 réflexions sur « Le regard de l’aveugle – Mamadou Samb »

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