Milena – Margarete Buber-Neumann – points

HOLOCAUSTE

C’est au camp de concentration de femmes de Ravensbrück que nous nous sommes rencontrées. Milena avait entendu parler de mes mésaventures par une allemande arrivée au camp par le même transport qu’elle. La journaliste Milena Jesenskà voulait donc me parler. elle voulait savoir s’il était vrai qu’ l’Union soviétique avait livré à Hitler des militants antifascistes qui avaient émigré en URSS »

Depuis leur rencontre le 21 octobre 1940, jusqu’à la mort de Milena le 17 mai 1944, une remarquable amitié a lié ces deux femmes. Margarete Buber-Neumann, a écrit seule le livre qu’elles devaient publier ensemble. Elle y raconte la vie de Milena et la vie à Ravensbrück.

Ce livre était depuis longtemps sur mes étagères. Pour l’anniversaire de la libération du  camp d’Auschwitz le 27 janvier, il m’a semblé opportun de l’en sortir.

Milena est surtout connue pour sa liaison avec Kafka et le livre Lettres à Milena. D’ailleurs Buber Neumann donne à de nombreux chapitres une citation de Kafka. Cependant Milena est beaucoup plus que l’amante d’un écrivain célèbre et leur relation date de 1920 – 1922 .

Le récit de la vie de Milena nous fait rencontrer tous les cercles intellectuels de Prague et accessoirement de Vienne où elle a vécu avec son premier mari Ernst Polak, vie intellectuelle intense, vie de cafés. Vie militante aussi quand Milena en compagnie de Xaver Schaffgotsch vit en Allemagne à Buchholz et à Dresde. Débats sur le marxisme. De retour à , Prague elle rencontre, puis épouse en 1927 l’ architecte Jaromir Krejcar (dans la mouvance de Le Corbusier, Gropius, Perret…). la lecture de cette biographie est très instructive pour tous ces aspects.

Milena avait un caractère bien trempé et surtout un don pour l’écriture. C’est par le journalisme qu’elle s’est affirmée. Journalisme de mode, traductions, livres pour enfants, billets d’humeur mais aussi publications politiques dans la presse communiste. Elle entra au Parti communiste en 1931 pour s’en faire exclure en 1936, alors que son mari était parti en URSS.

Après 1937, journaliste politique, elle perçoit le danger nazi aux portes de la Tchécoslovaquie avec les minorités des Sudètes. la lecture des prémisses de la Seconde Guerre mondiale, l’antisémitisme, les compromissions des alliés français et britannique a un goût très amer quand on les lit aujourd’hui  avec les échos de la Guerre en Ukraine et l’affaire du Groenland. L’histoire begaye-t-elle? Assez rapidement, elle réalise le danger que courent les Juifs tchèques et s’organise avec d’autres compagnons à les exfiltrer avant l’invasion nazie. Son appartement devient un véritable centre d’émigration et de résistance. Elle multiplie les provocations ironiques dans ses articles. Humour extraordinaire quand elle fait passer un texte de Brecht de l’Opéra de 4 sous pour une chanson de soldats allemands.

la Gestapo finit par l’arrêter et la déporter à Ravensbruck.  la deuxième partie du livre raconte la vie des deux amies déportées. Prisonnières, affamées, mais toujours dignes et extraordinairement libres malgré les privations et les règlements. Pendant les 4 années, elles trouvent toujours le temps de préserver leur intimité, et aussi de se consacrer à soulager les autres déportées plus démunies qu’elles. Elles inspirent le respect même des allemands. Curiosité de la journaliste qui analyse les différentes attitudes des prisonnières. Envie aussi d’écrire un livre pour témoigner

« je retrouvai la liberté et exécutai le testament de Milena. j’écrivis notre livre sur le camp de concentration. Peu avant sa mort, elle m’avait dit un jour: »je sais que toi au moins, tu ne m’oublieras pas. Grâce à toi, je peux continuer à vivre… »

Et comme je voulais connaître sa voix (ou plutôt sa plume) j’ai téléchargé ce livre sur ma liseuse. Dans les lettres à Willi Schlamm, journaliste juif exilé ayant pris la fuite devant l’entrée des Allemands en Tchécoslovaquie, elle témoigne de ses activités de Presse, traductrice vers le Tchèque  des articles de Schlamm (germanophone) journaliste et même éditrice, tentant de motiver le journaliste en exil à envoyer encore des articles pour la revue de Prague. On lit son style épistolaire vif, plein d’humour et d’affection. 

D’ailleurs, je ne peux écrire en allemand que quand je suis de bonne humeur, mais vu de Bruxelles, je suis
méchante. Comment résoudre ce problème ? En allemand, je suis posée, mordante, de bonne humeur.
Čechiš, je suis sentimentale et « abominablement éprise de vérité ». Qu’est-ce que tu préfères ?

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Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

3 réflexions sur « Milena – Margarete Buber-Neumann – points »

  1. Déja noté! Pour un RV auteurs tchèques, là j’ai prévu une autre lecture.(et je dois terminer le visionnage du doc sur Nuremberg, très très intéressant)

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