MA NUIT AU MUSEE – ED. STOCK

Dans cette collection, j’ai lu la nuit au musée de Lola Lafon, dans la Maison d’Anne Frank CLIC, celle de Leila Slimani à la Dogana à Venise CLIC et j’ai apprécié l’idée : un écrivain choisit un musée, l’éditeur lui facilite l’expérience, à charge d’écrire un livre, en toute liberté.
Richard Malka a choisi le Panthéon,
« Ma nuit au musée, je la passe avec des morts. Un truc d’adolescent ou alors c’est l’habitude, depuis 2015. «
Richard Malka est l’avocat de Charlie Hebdo. L’attentat du 7 janvier 2015 reste très présent. Il explique peut-être ce goût du cimetière.
puis je n’aurais pas d’autres occasions de m’assoupir à tes côtés, François-Marie.
Richard Malka a fait installer son lit de camp au pied de la tombe de Voltaire . Son livre sera un dialogue avec lui, monologue ou plaidoirie, de la part de l’avocat qui le tutoie, l’appelle familièrement par son prénom François-Marie. La réponse se trouve dans les écrits du philosophe.
« Dieu et la liberté ». Voilà ta religion. Tu haïssais le christianisme, tu méprisais qu’il puisse être imaginé que Jésus ou Tartempion soit le fils ou l’envoyé du Ciel mais tu croyais en Dieu
Voltaire, selon Malka est l’initiateur des droits de l’homme en défiant la religion.
Récit de la conception de la basilique à la suite d’un vœu de Louis XV
Je déambule dans un bâtiment conçu pour être une église, qui existe grâce à un Juif et qui a fini temple républicain. C’est un édifice multiculturel.
Il retourne à Voltaire pour qui le pire des tyrans était la religion. Il imagine Voltaire remplaçant Marianne dans les mairie, sur les billets de banque…Son épitaphe imaginé par les révolutionnaires
Il vengea Calas et La Barre, Sirven et Monbailli. Poète, historien, philosophe, il agrandit l’esprit humain et lui apprit qu’il devait être libre
Eclairé par les Lumières du XVIIIème siècle, Malka analyse la situation actuelle, les revendications communautaristes. Il cite les pressions exercées par les islamistes : dans les pays musulmans, envers les femmes, les homosexuels et bien sûr, les athées. Assassinats aussi d’intellectuels et d’écrivains. Aussi ici, quand « dans le logiciel paternaliste, un musulman ne peut être qu’une victime » qu’il s’agit de soutenir, au risque de fêter à Sciences Po une « journée du hidjab ». Je me suis pincée et suis allée vérifier sur Internet l’info. Et oui, cela existe, cela vient d’Amérique! Evolution : on ne lapide plus, les lynchages se déroulent sur les réseaux sociaux. la question du voile est discutée dans un chapitre entier. L’auteur s’étonne:
par quel étrange miracle, un symbole de tyrannie à l’égard des femmes en Iran est-il devenu un étendard de la liberté religieuse en Franc
Pour sa part Richard Malka a eu une éducation traditionnelle juive séfarade mais
On ne parlait jamais de Dieu et ce que je concevais du judaïsme à travers mes parents, c’est qu’il fallait vénérer Einstein, Freud, Blum et tous les juifs du monde qui se distinguaient, surtout lorsqu’ils étaient partis de rien.
Au chapitre du judaïsme, Malka convoque Marx la religion est « le soupir de la créature accablée de malheur »et Durkheim qui constate la permanence de la religion en tant que ciment de l’humanité.
A ce propos, Richard Malka pose la question qui fâche : Voltaire était-il antisémite comme on l’a écrit en 1942 dans le livre « Voltaire antijuif »? Certes « tu as dérapé du judaïsme aux juifs ce que tu ne fais pas avec les chrétiens » mais Malka est indulgent « suis-je certain de n’avoir jamais dérapé? »
Puis, à la 17ème chambre du Tribunal, Malka revient à ce qui est le coeur de son métier d’avocat : défendre la liberté d’expression, la liberté d’écrire mais aussi de caricaturer. Et il revient sur Charlie Hebdo :
« le 7 janvier 2015, ce n’est pas un blasphémateur qui a été tué mais douze. jusqu’alors de La Barre était le dernier exécuté pour blasphème en France »
Malka liste toutes les victimes du terrorisme islamiste et discute du concept d’islamophobie. Puis il interpelle Voltaire :
Avoue…Tu n’aurais jamais imaginé que nous en serions encore là deux siècles après ta mort
Alors tu aurais assisté à l’effondrement spirituel d’une société privée de récit unificateur. Tu aurais vu la
religion être remplacée soit par un consumérisme compulsif et un individualisme effréné, soit par une quête
désespérée de sens. « Les anciens dieux vieillissent ou meurent, et d’autres ne sont pas nés », s’inquiétait
Durkheim… C’est la thèse du désenchantement du monde de Max Weber.…tu n’as pas anticipé, François-Marie, c’est à quel point la nature a horreur du vide… Et ce n’est pas la
philosophie qui comble ce vide. Les mouvements pentecôtistes et évangéliques explosent, les prédicateurs
américains dictent, en partie, la politique du plus puissant pays au monde, le nationalisme hindou s’amplifie et le fondamentalisme musulman séduit. Face à ces mouvements conquérants, nous n’osons pas enseigner la méfiance à l’égard des religions, ni parler de leur potentiel de destruction. Nous n’assumons pas de décrire leur dangerosité morale car nous nous sentons coupables de tout.
Donc le problème serait de Remplacer Dieu, ce qui justifie le titre Après Dieu….
Clair, incisif, cultivé. N’en jetez plus.
Bien sûr, j’irai visiter le Panthéon
mais si vous préférez écouter sa voix dans les entretiens radiophoniques :podcast
Il a été un compagnon de promenade merveilleux pendant les épisodes.