Un court roman paysan ou une longue nouvelle? La Bonne dame de Nohant nous conte son Berry dans une jolie histoire toute simple : le mariage du fin Laboureur, Germain, avec la jeune Pastourelle. Germain, 28 ans, est veuf, père de 3 enfants, à qui il doit donner une « mère » . Mariage arrangé, mariage de raison. Mais quand il va visiter sa promise rien ne se passe comme prévu.
Je vous laisse découvrir l’histoire.
Résumée ainsi, l’œuvre semble simplette. Une bluette pour les collégiens?
Pas seulement, George Sand l’inclut entre un avant-propos au ton sérieux et un appendice ethnographique.
Pour la Mare au Diable en particulier, le fait que j’ai rapporté dans l’avant-propos, une gravure d’Holbein, qui m’avait frappé, une scène réelle que j’eus sous les yeux dans le même moment, au temps des semailles, voilà tout ce qui m’a poussé à écrire cette histoire modeste, placée au milieu des humbles paysages
Pas si simple : en introduction, George Sand attire il faut enfin que la mort ne soit plus ni le châtiment de la prospérité ni la du lecteur sur une gravure de Holbein, Les simulachres de la mort.Peinture de la dure condition des paysans avec la seule perspective de la mort. George Sand apporte son optimisme et ses convictions sociales.
« nous voulons que la vie soit bonne, parce que nous voulons qu’elle soit féconde. Il faut que Lazare quitte son fumier, afin que le pauvre ne se réjouisse plus de la mort du riche. Il faut que tous soient heureux, afin que le bonheur de quelques uns ne soit pas criminel et maudit de Dieu.[…] Il faut enfin que la mort ne soit plus ni le châtiment de la prospérité, ni la consolation de la détresse. «
Elle est attentive à l’évolution politique (1846) et se soucie de la mission de l’art.
La conclusion du livre, en appendice, est la relation des Noces de Campagne décrites avec la précision d’une ethnographe. George Sand raconte la tradition des Livrées où les réjouissances ont pour héros le chanvreur (broyeur de chanvre) qui défend la maison de la fiancée contre l’assaut mené par les camarades du marié avec à sa tête le fossoyeur. Joutes verbales et comédie bien réglée. De pittoresques traditions président à l’échange des anneaux. Puis on revient au burlesque pour l’arrivée du Chou. Cavalcades, déguisements pendant trois jours rappelant les Saturnales antiques.
Depuis le 7 Octobre, l’actualité s’impose avec des images très douloureuses. Grâce à Facebook, j’obtiens des documents, au jour le jour, sur la page de LA PAIX MAINTENANT, la Newsletter de +972,. Je guette les prises de parole des écrivains israéliens que je suis depuis longtemps. Après la stupeur, les voix ont mis du temps à se faire entendre : DavidGrossman et sa tribune dans La Repubblica, Dror Mishani, Au ras du sol. Les paroles prémonitoires d’Amos Oz. Et récemment, de nombreux officiers.
Aimer Israël, soutenir la Palestine est un court essai de 212 pages, écrit et publié à compte d’auteur en 2022, traduit récemment par Bertrand Bloch avec un addendum rédigé après le 7 Octobre.
En 12 chapitres, Nir Avishaï Cohen présente son soutien à la solution à deux états et une analyse très pointue de la situation politique en Israël. Cet essai est très agréable à lire parce qu’il se lit comme un roman. Nir Avishai Cohen se raconte depuis son enfance dans un moshav, puis son service militaire, ses périodes de réserve, et son engagement politique au sein du parti Meretz et dans « Breaking the silence » organisation d’anciens militaires témoignant de l’action des militaires dans les Territoires occupés.
Bien qu’il ait été vilipendé, traité de traitre, même insulté de kapo, Nir Avishai Cohen se présente comme un patriote, un combattant, un officier de Tsahal qu’il ne renie jamais.
« Oui, c’est comme ça aujourd’hui dans de nombreux endroits en Israël: si vous ne faites pas partie du courant dominant, vous êtes automatiquement quelqu’un qui hait les Juifs et un ennemi de votre pays. »
Il raconte comment il a pris conscience des aspects négatifs de la colonisation au fil de son histoire personnelle et de ses faits d’armes. Jeune recrue, il n’a pas eu conscience tout de suite des conséquences de ses actions, au Liban d’abord puis dans les territoires :
« au plus profond de moi que les deux valeurs fondamentales dans lesquelles j’avais grandi, l’amour de la terre et l’amour de l’autre, étaient bafouées. Ces valeurs n’étaient pas prises en compte à Jénine en 2002. Mes actions militaires n’avaient rien à voir avec cet amour de la terre et mon respect de l’autre. »
Cette prise de conscience n’a pas été immédiate du fait du lavage de cerveau que tous subissent.
C’est un véritable lavage de cerveau orienté à droite, qui glorifie les colonies, et maintient ces jeunes dans une ignorance certaine. Moins ces garçons et ces filles en savent, plus le système peut introduire dans leur cerveau le mantra “Les Arabes sont mauvais et les Juifs sont bons”.
Ajouter à ceci qu’il n’est pas souhaitable de douter ou de discuter. Un militaire agit d’abord et réfléchit (peut-être) après….
Il découvre finalement un véritable apartheid. Son sens moral, et ses conviction démocratiques, ne sont pas les seuls arguments. Selon lui, défendre les colonies est aussi une très mauvaise stratégie pour la défense d’Israël :
de plus, les colonies nuisent à la sécurité du pays puisque leurs positions rendent impossible le tracé d’une frontière solide entre les Palestiniens et l’État d’Israël.
Les colonies constituent aussi un véritable obstacle, probablement le seul, à un traité de paix entre Israël et les Palestiniens
Le lecteur suit le cheminement de la pensée dans ces témoignages criants qui débouchent sur l’action militante. Une voix discordante porteuse d’optimisme quand même.
J’aime mon pays, mais je n’en suis pas fier. J’aspire à ce moment où je serai fier d’Israël, où je pourrai parcourir le monde et dire fièrement que je suis Israélien. Je crois que ce jour viendra; le bien finira par prévaloir.
Je viens de terminer On m’appelle Demon Copperhead de Barbara Kingsolveravec grand bonheur mais un certain regret : je n’avais pas lu David Copperfield . Le podcast de France culture : Barbara Kingsolver , écrivaine : » Je voulais parler de ce nulle part que sont les Appalaches »CLICraconte que l’écrivaine a eu l’inspiration dans la maison deCharles Dickens qu’elle a visitée, elle s’est assise au bureau du célèbre écrivain …
Il était urgent de télécharger David Copperfield . On se rend toute suite compte de l’épaisseur d’un livre, d’un fichier numérique, non . David Copperfield peut figurer dans le Pavé de l’été et même dans lesEpais(+ de 700 pages) .11 jours de lecture et pourtant je suis immobilisée par une sciatique! Lecture au long cours.
Je n’ai pas l’ambition de faire une critique de ce classique de la littérature anglaise. J’ai commencé cette lecture-miroirDavid Copperfield/Demon Copperhead comme un jeu, en cherchant les clins d’œil de Kingsolver à Dickens, jeu des ressemblances et des différences. Les deux héros n’ont jamais connu leur père et perdent leur mère très jeunes, les deux tombent aux mains de beaux-pères violents et autoritaires, battus, ils le mordent puis sont placés dans des institutions cruelles : Daviden pension, et Demon en famille d’accueil.
« prenez garde, il mord »
« je vous demande bien pardon, monsieur, je cherche le chien?
-Le chien! dit-il quel chien?
Non, Copperfield, dit-il gravement, ce n’est pas un chien. C’est un petit garçon. J’ai pour instruction, Copperfield, de vous attacher cet écriteau derrière le dos. Je suis fâché d’avoir à commencer par là avec vous, mais il le faut. »
Les deux histoires racontent le lamentable calvaire de ces enfants maltraités puis utilisés comme des esclaves, forcés de gagner leur vie très jeunes. Tous les deux y croiseront les personnages secondaires qui vont jouer un rôle dans chacun des romans Steerforth, fils de bonne famille, doué et insolent, Fast-Forward, le champion, qui seront les protecteurs des enfants mais aussi leur « mauvais ange », dans les deux livres Tommy ou Thomas Traddles seront des copains fidèles…Les secourables voisins de Demonseront la famille Peggottandis que Peggotty, la fidèle servante leur a sûrement prêté les noms. Il y aura dans les deux livres une Emmy, amie d’enfance, qui tournera mal. Les analogies sont nombreuses et je ne les relèverai pas toute. Les deux jeunes vont s’enfuir, vivre des expériences éprouvantes avant de retrouver leur tante qui deviendra leur bienfaitrice…
Si Barbara Kingsolver a calqué le canevas initial du déroulement du roman d’apprentissage, elle a placé l’action dans un milieu bien précis dans les Appalaches du XXIème siècle, tandis que le roman victorien se situe à Londres, Douvres, Cantorberydans l’Angleterre victorienne de la Révolution Industrielle. Chacun de ces livres s’ancre dans cette réalité sociale ou dans la géographie spécifique. Les cours de justice, les offices notariaux londoniens nous renvoient plus à Balzac avec la satire des procédures, des actes calligraphiés, grouillots ou procureurs…
Ma « lecture-miroir » m’a fait anticiper les drames à venir. Moins surprise par les évènements, j’ai été plus attentive aux détails. Au milieu du livre, je me suis laissée embarquer par Dickens et j’ai complètement lâché le jeu des ressemblances pour me noyer dans le roman-fleuveavec les nombreux personnages qui vont évoluer dans le temps. David Copperfield, jeune adulte, par amour pour Dora va chercher son indépendance et découvre l’écriture. David Copperfield devenu écrivain est-il inspiré de Charles Dickens?
J’ai été impressionnée par la richesse, l’abondance des personnages qui ne sont jamais secondaires, jamais ébauchés mais analysés finement, caractères, décors, langage. Leur personnalité évolue pendant les années. Certains resteront positifs tout au long du roman. Finalement David Copperfielda croisé des vrais méchants mais beaucoup de bonnes personnes. Certains sont ambivalents comme les Micawber dont le héros doit se méfier mais qui se révèlent bien meilleurs que je ne l’imaginais. Certains, énigmatiques, comme Dick.
J’avais des idées préconçues sur la place des femmes dans la société Victorienne, j’ai été étonnée par la variété de personnages féminins avec la femme-enfant Dora, bien agaçante pour la lectrice du XXI ème siècle, mais aussi les fortes personnalités de la tante Betsy, les mégères terrifiantes, les servantes débrouillardes et voleuses…. et bien sûr, la vierge déshonorée.
Mathieu est un plasticien familier par le Logo d’Antenne2, le revers de la pièce de 10F, les Affiches d’Air France, le trophée des 7 d’Or
Revers de la pièce de dix francs
C’est aussi le personnage mystérieux qui habitait Rue Léopold II dans un hôtel élégant devant lequel je passait en allant au Lycée Molière, dont nous guettions les apparitions et les voitures somptueuses.
Cette rétrospective à la Monnaie de Paris me semblait tout à fait à sa place mais je ne soupçonnais pas l’œuvre monumentale. Les trois énormes tableaux de 6 m de longueurs qui occupent la plus vaste salle : La Bataille de Bouvine, Les Capétiens partout, La victoire de Denain m’ont étonnée.
Capétiens partout
Je n’imaginait pas une telle résurrection de la peinture d’histoire et surtout pas dans cette version abstraite d‘Abstraction lyrique. Autre originalité : ces tableaux ont été peints en public, en un temps record, avec des mises en scènes spectaculaires. Pour la Bataille de Bouvine; Mathieu était costumé et a fait traverser Paris au tableau sur une carriole.
La victoire de Denain
Le happening a été filmé. On voit Mathieu sauter brandir de très longs pinceaux, comme des lances ou des épées et danser une étrange chorégraphie. Les thèmes m’interpellent comme cet Hommage à Louis XI.Un peu plus loin, une salle entière, L’Attrait du Grand siècle rend hommage au Maréchal Turenne, à Delalande à Vauban, et toute une composition présente Louis XIV en majesté dans l’appartement de la Rue Léopold II
Louis XIV
Dans la salle intitulée Limbes les œuvres sont plus anciennes des années 40 montrent la proximité avec le dripping de Pollock et avec l’allemand Wols. Un voyage au Japon inspire des calligraphies presque orientales, beaucoup plus sobres noir et blanc avec parfois une touche de rouge.
la Tour de Villebon
Frédéric Rossif a réalisé un portrait du peintre, lui donnant largement la parole pour qu’il explique sa création et sa théorie de l’abstraction lyrique. Il l’a filmé peignant un tableau : la technique est corporelle et très physique? Il commence à se frotter à la toile imprimant deux bandes colorées de son corps, puis il imprime de grands motifs tournant, sorte de calligraphie. Des gants de toilettes en guise de pinceaux XXL pour des tracés épais, des pinceaux de peintre en bâtiment puis des pinceaux plus fins montés sur de longues tiges. il saute, recule, avance. Enfin il écrase des tubes de couleur (acrylique ou gouache) pour donner du relief. Ecrase, recommence, frotte…C’est une gestuelle surprenante. Improvise-t-il ou a-t-il un plan préconçu?
La Libération d’Orleans par Jeanne d’Arc, presque figurative
Je suis perplexe : impressionnée par ces oeuvres puissantes Impressionnée mais pas franchement convaincue. D’abord je n’ai aucune empathie pour le personnage imbu de lui-même. Presque à l’égal de Dali. C’est peu dire! Le génie en moins. C’est aussi répétitif. Décoratif mais répétitif. De plus, l’exaltation des batailles médiévales, du faste des rois, n’est en rien ma tasse de thé. Par tradition, ou par provocation, Mathieu s’affirme royaliste. je fais fonctionner à fond mes convictions anti sectaires, et ouvre mon esprit. Cela ne fonctionne pas avec moi!
En revanche, l’exposition Street Art où 4 plasticiens actuels ont peint les cimaises présentant des oeuvres de plus petites tailles de Mathieu, fonctionne bien.
L’histoire d’un ruisseau, même de celui qui naît et se perd dans la mousse, est l’histoire de l’infini. Ces gouttelettes qui scintillent ont traversé le granit, le calcaire et l’argile ; elles ont été neige sur la froide montagne, molécule de vapeur dans la nuée, blanche écume sur la crête des flots ; le soleil, dans sa course journalière, les a fait resplendir des reflets les plus éclatants ; la pâle lumière de la lune les a vaguement irisées ; la foudre en a fait de l’hydrogène et de l’oxygène, puis d’un nouveau choc a fait ruisseler en eau ces éléments primitifs. Tous les agents de l’atmosphère et de l’espace, toutes les forces cosmiques ont travaillé de concert à modifier incessamment l’aspect et la position de la gouttelette imperceptible ;
Le podcast de RadioFrance : Avoir raison avec Elisée Reclus…CLIC
m’a accompagnée, en 5 épisodes de 30 minutes, pendant mes promenades en forêt. Elisée Reclus (1830 -1905)géographe, explorateur, homme de lettres, anarchiste est une personnalité fort intéressante. J’ai eu envie de le lire dans le texte.
L’Histoire d’un Ruisseau , en 20 courts chapitres, suit le cours d’un ruisseau de la Source au Fleuve, en passant par le Torrent de la montagne, la Grotte, le Gouffre, puis enfin Le Moulin et l’Usine, et L’Eau dans la Cité.
chaque nouvel élan, le ruisselet prend une autre physionomie ; il se heurte sur une saillie de rocher et rebondit en paraboles de perles ; il s’égare entre les pierres, puis s’étale dans un petit bassin sablonneux ; ensuite, il s’élance en cascatelles et baigne les herbes de ses gouttes éparses.
C’est un plaisir de lire ce récit poétique qui s’émerveille avec les yeux de l’enfant qui découvre le monde pendant « les heureux jours de vacances » , se baignent dans les flaques, puisent à pleines mains dans le sable brillant les paillettes de mica, or ou argent…ou franchissent les ponts naturels que forment des arbres déracinés.
Le regard naïf de l’enfant se double de la culture scientifique du géographe et du géologue. les phénomènes d’érosion, de transport et de sédimentation sont expliqués très clairement et agréablement.Elisée Reclus est un géographe reconnu par ses pairs. Ses ouvrages de vulgarisation ont reçu un vaste accueil dans le public.
les gamins assis sur leurs bancs d’école lèvent souvent les yeux de leurs livres d’étude et regardent avec avidité du côté du sentier qui descend vers le ruisseau>. Puis quand ils sont libres enfin, comme ils s’élancent avec joie…
Le ruisseau est aussi symbole de liberté, d’égalitéquand dans Le Bain, les militaires, dépouillés de leurs uniformes et galons s’ébaudissent dans la rivière. Attentif à la liberté des hommes en anarchiste, il est aussi attentif à la dimension sociale.
Si les opprimés n’avaient pu retremper leur énergie et se refaire une âme par la contemplation de la terre, et de ses grands paysages, depuis longtemps déjà l’initiative et l’audace eussent été complètement étouffées.
A mesure que s’écoule le ruisseau dans la campagne, les préoccupations économiquesde l’auteur sont abordées, dans l’Inondation qui peut également être bénéfique, Le Moulin et l’Usine où la force hydraulique est analysée. Quand il décrit le Train de Bois, l’explorateur nous entraîne dans la montagne mais aussi en Amazonie où il a voyagé.
Ce livre est d’une grande densité et d’une grande richesse. Etonnante modernité quand il traite de l’assainissement et du retraitement des eaux usées, le comparant à un organisme vivant qui regénère dans les poumons le sang appauvri en oxygène. Modernité quand il évoque la spectrométrie de masse pour analyser la composition chimique de l’eau. Je ne savais pas que le procédé existait déjà.
Certes, nous n’osons point dire que de nos jours la vie est devenue moins pénible pour tous les hommes.
Des multitudes d’entre nous, déshérités encore, vivent dans les égouts sortis des palais de leurs frères
plus heureux ; des milliers et des millions d’individus parmi les civilisés habitent des caves et des réduits
humides, grottes artificielles bien plus insalubres que ne le sont les cavernes naturelles où se réfugiaient
nos ancêtre
Et toujours ce souci de justice sociale récurrent dans le récit!
A lire et à relire, selon l’humeur du jour, poésie, voyage ou révolution?
Mon pavé de l’été : 624 p ou 824 selon les éditions!
Ne pas s’effrayer, il se lit très bien. Vers la moitié, quand on est bien accroché, on ne veut plus le lâcher.
Malheureusement, je n’ai pas lu David Copperfield de Dickens dont Barbara Kingsolver s’est inspirée. C’est un classique que tout lecteur anglophone a lu ou étudié. La lecture est sûrement plus riche quand on le connaît, je viens donc de le télécharger.
DemonCopperhead est né dans les Appalaches, dans le County de Lee, en Virginie, zone rurale plutôt déshéritée : mines de charbons abandonnées et culture du tabac. Les habitants ont pour surnom Rednecks , ce qui n’est pas vraiment un compliment, ploucs ou péquenauds, dirait-on.
Demon n’a pas connu son père. Sa mère, junkie, accro aux opioïdes, n’est pas toujours en état de l’élever. Elle succombe à une overdose quand il a dix ans. Il sera confié à des familles d’accueil par les services sociaux, débordés et incompétents. Encore à l’école primaire, Demon doit travailler, avec les vaches, dans les champs de tabac, réduit en esclavages comme les autres enfants placés chez ce fermier. Confié à une autre famille, c’est encore pire! A douze ans, Demon est capable de travailler comme un adulte et décide de fuir.
Je ne vais quand même pas dévoiler tout le livre!
Le début, très sombre, m’a fait craindre un misérabilisme déprimant. Loin de là! Demon a de la ressource, il fait de belles rencontres et devient même une vedette de football américain. Un accident le plonge dans les opioïdes, sur ordonnances. Dépendance aux comprimés, drogue, alcoolisme font des ravages dans tout le comté de Lee.
Barbara Kingsolver a su créer tout un monde tout autour du personnage principal. Loin de tout manichéisme. Parmi les personnages secondaires, il y a des méchants, mais aussi de très belles personnes. Il y a surtout une solidarité familiale et villageoise qui ne laisse personne de côté. On s’attache à tous ces gens qu’on a le temps de voir évoluer pendant une vingtaine d’années . On découvre une Amérique méconnue, complexe, aux prises avec le chômage, les addictions et le mépris des élites urbaines.
Tout ce qui pouvait être pris a disparu. Les montagnes avec leurs sommets explosés, les rivières qui coulent noires. Les miens sont morts d’avoir essayé, ou pas loin, accros que nous sommes à l’idée de rester en vie. Il n’y a plus de sang à donner ici, juste des blessures de guerre. La folie. Un monde de douleur, qui attend qu’on l’achève.
Barbara Kingsolver ne m’a jamais déçue. Elle sait créer des mondes variés autour de thématiques différentes avec de vrais personnages. Un prix Pulitzer bien mérité!
Le Boulevard Blanqui, métro Corvisart, la Rue Barrault à l’ouest, la Rue de Tolbiac au Sudet la Place d’Italie délimitent le périmètre d’un quartier charmant : La Butte aux Cailles avec des rues pentues, parfois pavées entre des maisons basses, souvent agrémentées de verdure.
Le Street art décore les façades, décors très variés : quelques grands graffs colorés mais finalement assez peu, beaucoup de petits éléments, mosaïques ou pans de miroirs posés en relief, des pochoirs
La Rue de la Butte aux Cailles est bordée de terrasses de cafés, restaurants, mais aussi d’une bibliothèque, d’un atelier de poterie et arts plastiques, une librairie…des affiches vantent un Théâtre, proposent des improvisations. Rue vivante, sympathique
Et au bout de la rue : la place Verlaine avec son puits artésien, un petit square tranquille, plein de bancs et de sièges et la très belle piscine. Piscine construite en 1922-1924, alimentée par le puits dans la nappe de l’Albien (-582 m) chauffée par le chauffage urbain et « les ordinateurs ». Belle piscine Art Déco avec un bassin extérieur pour cette journée estivale. Les plages horaires sont larges, les prix minimes et l’accueil chaleureux. Cela fait très envie.
En redescendant vers Corvisart, nous détaillons le street-art, il y a même une artiste qui peint un grand mur ; on se congratule, merci pour égayer notre promenade, merci pour les compliments….
En face de la station de métro, sous un porche rectangulaire très haut dans un bloc d’immeubles récents des escaliers montent à la butte. La photo est à l’honneur puisque le passage est la rue Atget qui conduit aux jardins Brassaï, espace vert bien caché.
Dernier souvenir attaché à la Butte aux Cailles : le souvenir de la Commune de Paris qui fut le théâtre de luttes sanglantes le 25 mai 1971. Une place est nommée Place de la Commune de Paris et un restaurant : Le Temps des Cerises, restaurant coopératif et militant
Classé BD Doc., je l’ai emprunté à la médiathèque sans l’ouvrir. Format BD bros album de 170 pages. Une claque!
J’attendais une bande dessinée, point de dessins : des photos. Soigneusement encadrées de noir, disposées comme les vignettes d’une bande dessinée. Si le sujet n’était pas aussi grave, on penserait à un roman-photo. Plutôt un photo-reportage. Très belles photos, très travaillées. Noir et blanc ou sépia avec des plages colorisées. Le gris domine ou le marron, avec des personnages colorés, des plages vertes de l’herbe parfois….Et le thème récurrent des hommes en route, des barbelés, des miradors.
Publié en Espagnol en 2016, ce reportage glaçant est prémonitoire. Il annonce les guerres actuelles, les faiblesses de l’Europe, ses fissures.
« Cela fait quelques temps que nous y réfléchissons. En suivant la frontière extérieure, la grande fissure, nous avons trouvé des dizaines d’entailles dans le rêve européen. C’est l’immense faille des réfugiés, les brèches du nationalisme, la fermeture des frontières et l’ombre du Brexit ; le populisme et l’islamophobie, la crise qui a opposé le Nord et le sud, la f^lère d’un bloc de l’Est qui considère Bruxelles comme la nouvelle Moscou, les cassures de la Syrie, de l’Orak, fr la Lybie. Et puis il y a la Russie, une énorme crevasse sur laquelle nous voulons à présent nous pencher »
Le livre rassemble plusieurs reportages des journalistes espagnols, Carlos Spottorno, photographe et Guillermo Abril, grand reporter pour El Pais Semanal en divers points brûlants des frontières de l’Europe : Mellilaet sa haute barrière que les Africains sautent. Passages de Syriens de Turquie en Europe, à Lesbos, en Thrace et en Bulgarie.
Lampedusa : ils rapportent un reportage de l’Opération mare nostrum sauvetage en Méditerranée de bateau de migrants. (2014)
Ils suivent les colonnes de migrants à travers la Hongrie, la Serbie, la Croatie, toujours des barbelés à franchir!
La deuxième partie de l’ouvrage les conduit plus au Nord et plus à l’Est : Pologne, Lituanie, Estonie, Finlande aux frontières de la Russie alors que la première guerre d’Ukraine fait rage au Dombass, avec l’annexion de la Crimée et l’intervention de Poutine en Syrie. La présence des réfugiés est toujours là mais la menace se fait plus précise : Kaliningrad, Narva et même au delà du cercle polaire.
Les fissures dans la glace de la banquise symboliseraient elles ces cassures préfigurant les conflits d’aujourd’hui?
35° à l’ombre en ville, 22;5° C dans l’eau. c’est le jour pour aller se rafraîchir sur les Bords de Marne!
Depuis des mois, pendant mes promenades, j’ai surveillé l’aménagement de la plage deMaisons Alfort attendant l’ouverture.
Il convient d’abord de réserver un créneau par Internet, « A la Plage » Paris Est Marne &Bois CLIC. les créneaux sont de 2 heures, la jauge de 200 personnes. Si vous n’êtes pas domicilié dans l’agglo ParisEstMarne&Bois il€ vous en coûtera 8 €, 3€ pour les locaux.
Muni du QR code, on passe le contrôle des sacs (nourriture interdite). On peut se changer dans de jolies cabines colorées à rayures verticales et on pose sa serviette sur les chaises longues, les marches, sous les arbres ou sur la passerelle de bois le long de l’eau.
Deux bassins vous attendent : un grand bassin peu profond où se concentrent les familles avec enfants, ou les non-nageurs. Un couloir de nage le long de la rivière de 50 mètres pour faire des longueurs tranquillement. L’eau de la Marne a été filtrée. On ne nage pas directement dans la rivière. Pas de courant, ni de perturbations au passage des péniches.
Bien sûr des surveillants de baignade pour chaque bassin.
La Seine et la Marne baignables, héritage des Jeux Olympiques, très appréciable. En revanche, je ne sais pas comment sera l’eau après les orages prévus aujourd’hui.
Un peu plus loin, sur les pontons des plaisanciers vides, des jeunes ont étalé serviettes et nappes de pique-niques improvisés. Ils sont en maillot de bain, malgré la baignade formellement interdite mais je n’ai vu personne à l’eau.
Depuis les Jeux Olympiques, j’ai découvert que Saint Denis était tout à fait accessible (RER D, métro ligne 13 et 14). Aucune excuse. Comme je suis un peu perdue dans les Mérovingiens, Carolingiens, les Capétiens, Valois et Bourbons, j’ai opté pour une visite guidée de Explore Paris.
La visite commence devant une maquette de la ville, de nombreux édifices ont disparu, la Basilique avait deux tours dont une de 90 m, la Tour nord qui, fissurée, fut démontée en 1846. Elle est cette année en cours de reconstruction dans un chantier-école. Autre édifice disparu : la Rotonde des Valois qui devait abriter le mausolée de Henri II et Catherine de Medicis.
Porche gothique et rosace
Notre conférencier insiste sur le caractère complexe de l’édifice, construit par petits bouts sur une église mérovingienne, puis romane, enfin gothique. Ce serait la première manifestation du gothique dans le monde .
Chœur gothique
L’abbé Suger(1081 -1151), abbé de Saint Denis reconstruit de 1140 à 1144 le chevet lumineux avec ses merveilleux vitraux. Aérien, les murs ont presque disparu la lumière inonde l’église.
Constructions, destructions aussi. La Révolution a pris la Basilique pour cible : symbole de la Royauté et de l’Eglise. Au XIX ème siècle, Viollet-le-duc, entreprend la restauration avec le démontage de la tour nord, la restauration de la crypte. Il veut faire de Saint Denis un musée et réarrange les gisants. Ils sont le plus souvent sculptés dans le marbre blanc, idéalisés porteur de la couronne royale et du sceptre, reposant parfois sur une plaque de marbre noir de Tournai. Aucune ressemblance pour ceux qui ont été sculptés des siècles après la disparition. Les gisants de Pépin le bref(708)et Berthe au Grand Pied (790) ont été commandés par Louis IX (1226-1270) donc 5 siècles plus tard, inutile de chercher des ressemblances! De m^me pour Clovis mort en 511 dont le gisant date de 1230. Peut être plus réalistes, Charles V et Jeanne de Bourbon à ses côtés, Duguesclin est proche. A Saint Denis on trouve les rois, les reines mais aussi des nobles. Si le marbre blanc est immaculé actuellement, les gisants à l’origine étaient peints, sur le gisant de Philippe Dagobert (1222 -1235), on retrouve quelques couleurs, bleu et fleurs de lys dorées. Plus étonnant le tout petit gisant de Jean 1er le Posthume,fils de Louis X le Hutin ,qui a régné (et vécu) 5 jours. en 1316.
Je me perds un peu dans tous ces capétiens, leurs reines et enfants…
mausolée de François 1er
Plus spectaculaires, les mausolées Renaissance de François 1er et de Henri II . les gisants décharnés reposent sur les tombeaux sous l’arche alors qu’ils sont représentés en prière au sommet du monument.
la bataille de Marignan
A la base : la Bataille de Marignan
Encore plus fastueux : le mausolée de louis XII et Anne de Bretagne entouré des Vertus cardinales aux quatre coins et des douze apôtres en marbre de Carrare
mausolée Louis XII
Un peu plus loin, les gisants de Henri II (1547-1559) et Catherine de Medicis sont habillés en costume du sacre de tissu prestigieux où figure le monogramme de Henri II qui comporte aussi les initiales de Diane de Poitiers, la maîtresse du roi, honorée jusque dans l’éternité. Son mausolée a été commandé par Catherine de Medicis d’après les plans de Primatice. Il était destinée à être exposé dans la Rotonde des Valois qui a disparu.
Crypte romane et pierres tombales en hommage aux Bourbons
On descend dans la Crypte avec un joli chevet roman autour de la relique de Saint Denis. les pierres tombales noires sont aux noms de Louis XVI, Louis XVIII, Charles X. A la Révolution le plomb des tombes des rois a été fondu et les restes se trouvent dans l’ossuaire. On peut voir le cœur de Louis XVII .
Nécropole mérovingienne
sous la crypte : la nécropole mérovingienne. Nombreux étaient ceux qui voulaient alors être inhumés à proximité des relique de Saint Denis.
Denis premier évêque de Paris, alors Lutèce était venu évangéliser la Gaule. Ayant déplu aux autorités romaines il est arrêté, supplicié, condamné à mort et décapité à Montmartre (mont des Martyrs) . Denis prend alors sa tête dans sa main, la porte contre sa poitrine et s’écroule à Saint Denis. Ce n’est pas le seul saint céphalophore. Cette légende est une manière de créer un pèlerinage dont l’importance économique permet à l’abbaye de se développer. Cette dévotion aux reliques et le potentiel économique des pèlerinages a poussé à partitionner les corps des saints et distribuer les reliques dans différentes église.
Après deux heures je sors un peu ahurie de cette promenade dans l’histoire de France, visitée dans le désordre. Il me faut consulter Wikipédia pour les dates et la vérification de mes notes griffonnées.