Paul Klee – légende des marais. pourquoi Klee? Exposition Art Dégénéré
J’ai écouté Marie Drucker sur FranceInter : « il y a des millions de manières de se sentir juif ou de ne pas se sentir particulièrement juif » et j’ai eu envie de lire Nos cœurs déracinés.
«Être juif, c’est se confronter à la vastitude des possibilités d’être. Cela peut être affaire de religion, de croyance, de foi, d’appartenance, de non-appartenance, de mysticisme, de culture. On n’est ni croyant ni pratiquant, mais à la question : vous êtes juif ? on se doit de répondre « oui » sans conditions. Car, plus que toute autre, notre identité est aussi faite de nos morts.»
Percutée par le 7 octobre, Marie Drucker explore ses racines, comme le suggère le titre des « coeurs déracinés »
« Exclusivement guidée par ma liberté que je crains à tout moment de perdre, je refuse d’être estampillée et réduite à cette seule part de mon identité.
Alors pourquoi m’attaquer à ce sujet hautement inflammable ?
Parce que aujourd’hui, c’est différent. Depuis le 7 octobre 2023, c’est différent. Je ressens le besoin impérieux d’explorer l’inexploré – je viens de ces familles où l’inconnu n’est pas l’avenir mais le passé, le saut dans le vide n’est pas demain mais hier. »
J’ai beaucoup aimé l’évocation de ses grands-parents qui
« avaient un amour immodéré pour la France, pour ses valeurs, et un attachement viscéral à la laïcité »
Venus d’Europe de l’Est, Pologne ou Roumanie. Attachement à la langue allemande, celle de Zweig. L’étoile jaune encadrée. Evocation de l’antisémitisme en Pologne qui a poussé à l’exil sa famille paternelle. Vie cachée pendant la guerre.
Drancy, le Dr Drucker, le grand père, est médecin du camp « Abraham Drucker s’est bien comporté » selon Serge Klarsfeld. Installation du cabinet médical en Normandie.
« n’est-ce pas cette condition extraterritoriale, sans contrainte de frontières, qui a donné le meilleur du
judaïsme et tant apporté à l’Europe et au monde ? Puisque les Juifs ont, de tous temps ou presque, été
détachés de la question territoriale, la préoccupation majeure était alors la circulation des idées. Le vrai
territoire est celui de l’échange oral, qui fonderait notre identité malgré nous »
La suite est une réflexion sur l’identité juive, les rapports avec le sionisme : indifférence du côté paternel, ou adhésion au sionisme pour le côté maternel. Confiance dans l’Europe, rempart contre l’oubli. Maternité.
Et pour terminer ce crédo :
« je crois aux sciences humaines, à la littérature, au cinéma comme valeurs refuges et échappatoires. malheureusement c’est vers la télévision et les réseaux sociaux que nous nous tournons par paresse… »
Crédo désabusé de l’ancienne journaliste après le 11 septembre et le 7 octobre quand l’actualité est traitée par les chaines d’information continue 24 h/24 et les téléspectateurs voraces d’images, de son, de violence. Sans parler des réseaux sociaux.
J’ai aimé cette voix lucide qui parle de notre monde.
Très jeune, (1898 -1900)au cours d’un voyage aux USA, elle s’est essayé à la photographie. L’exposition présente une très belle série en Noir et Blanc.
Elle étudia la peinture à Münich (1902) où elle eut pour professeur Kandinsky qui fut son compagnon jusqu’en 1916. ils voyagèrent en Tunisie(1905), à Paris(1906 – 1907)
1905 Rue de la Verdure Bab El Khadra Tunis
De son séjour parisien, on peut voir au MAM des linogravures
1907 Kandinsky à l’harmonium
Elle a représenté un paysage à Sèvres, à Saint Cloud, d’autres linogravures.
Au cours de son séjour parisien elle a visité des galeries et des collections privées où elle a pu voir des œuvres de Gauguin, Bonnard, Cézanne, Picasso et Matisse.
Portraits Munichois 1908
1908 portrait de garçonnet
son style s’affirme dans ces portraits très proche de l’expressionnisme allemand. En 1909 elle rejoint à « Nouvelle Association des Artistes de Münich » puis le Blau Reiter (1911) avec Kandinsky, Franz Marc et August Macke. J’ai un excellent souvenir de l’exposition à l’Orangerie du Cavalier Bleu ICI
1913 Combat du dragon
J’ai reconnu le Combat du dragon qui y était et qui est également présenté ici. Elle peint à Murnau des paysages que j’ai beaucoup appréciés
1911 rue de village bleu
Mon préféré est cette rue de village bleu.
1910 Nuages du soir
On retrouve le motif des meules de foin dans plusieurs tableaux.
1909 A l’écoute
Certains cadrages comme ci-dessus, « A l’écoute » sont étonnants, ou comme cette nature morte croquée dans un tram ou un train avec les paquets sur les genoux d’une dame dont on ne voit pas la tête .
1929 la sténographe Suisse en pyjama
Elle passe la première guerre mondiale en Scandinavie et retourne dans les années 20 en Allemagne. Elle peint les femmes au travail ou actives
1930 La lettre
De retour à Murnau en 1931
1932 Le Lac gris
Après 1933, le reste discrète, réduit ses apparitions en public mais continue de travailler.
J’ai découvert cette artiste et j’ai beaucoup aimé cette exposition.
Le Teich est une commune au sud du Bassin d’Arcachon là où la petite rivière L’Eyre forme un delta.
Le Parc ornithologique est payant (9.80 €). Un circuit de 6 km est organisé sur des chemins de planches, des sentiers bien entretenus de gravillons blancs et allées sableuses avec de nombreux affûts d’observation. 6 km, mais avec les détours, le podomètre en marque 8. Compter 2h30 à 3h de visite, et même plus pour l’observation des oiseaux.
Nous traversons différents milieux : rivière sous couvert forestier, grandes pièces d’eau rectangulaires, chenaux et bassins vaseux peu profonds. Les affuts d’observation sont très bien aménagés : belles cabanes avec des ouvertures horizontales à différentes hauteurs avec des tablettes bien pratiques pour les photographes, planches illustrées de détermination des espèces d’oiseaux. Pour l’optique, il vaut mieux apporter son matériel, longue-vue et jumelles, on peut aussi emprunter des jumelles. De nombreux panneaux renseignent les visiteurs sur tout ce que vous voudrez savoir sur les oiseaux d’eau. Certains sont passionnants. Il y a beaucoup à lire (à tenir en compte dans le temps de promenade).
marais vase
Sur le circuit, une vingtaine de points d’observation. Ne pas s’entêter si les oiseaux ne sont pas là, il y en aura sûrement une concentration ailleurs ! Ne pas oublier d’éteindre le portable et chutchoter. Les ornithos ne sont pas bavards, sauf pour échanger sur les déterminations des oiseaux.
La Réserve du Teich se trouve sur le parcours des grandes migrations.
Il faut tenir compte des saisons (les calendriers des présences sont affichés). Tenir compte également de l’heure : certains oiseaux quittent les lieux pour se nourrir ailleurs. Les canards s’alimentent volontiers le soir et dorment en plein midi. Les marées jouent aussi leur rôle à marée basse les limicoles préfèrent l’estran dégagé du bassin et ne reviendront qu’à marée haute sur la réserve. Autre paramètre : la hauteur de l’eau. Un système de bondes et d’écluse régule la profondeur optimale. Enfin : la salinité. La rivière apporte de l’eau douce qui se mélange à l’eau du Bassin.
Toutes ces variables expliquent la diversité des observations.
l’abreuvoir
Le premier affût est spécial : on y accède par un sas fait par des rideaux noirs, une glace sans tain permettant de surveiller sans être vu un abreuvoir, bassin carré peu profond, miroir d’eau. Beau dispositif mais il n’y a personne. Pas étonnant, l’eau est partout, pourquoi viendraient ils plutôt ici que sur la rivière toute proche ou dans les flaques.
Les affuts suivants sont décevants. Pendant ma promenade, j’écoute les passereaux dans les arbres très bruyants ; il n’y a pas encore de feuilles. Une surprise : en grimpant un escalier d’un affut dominant un plan d’eau, je tombe nez à bec d’une mésange qui s’envole quand je sors mon téléphone.
La promenade se déroule entre deux haies d’aubépine fleurie, un enchantement qui me fait penser à Marcel Proust à Combray.
le sentier entre les haies d’aubépines fleuries
Enfin un rassemblement de canards : colverts, chipeau et sarcelles d’hiver. Au fil de la promenade je rencontre d’autres sarcelles. Tous els canards dorment la t^te sous l’aile, pumage gonflé près des nids en construction. C’est amusant d’assister à la sieste des canards mais cela ne facilite pas la détermination des espèces.
la sieste des canards
Quand le sentier se rapproche de la côte, les limicoles font leur apparition. Les bécasseaux sont bien bruns, peut-être des barges qui sont signalées sur les panneaux, mais les becs sont beaucoup plus longs. Des limicoles gris sont tassés les uns contre les autres à la limite de la portée de mes jumelles, bécasseaux, pluviers ou gravelots à collier interrompu ? Impossible de les distinguer sans longue-vue. Je regarde avec envie les ornithos « pros » vêtus de treillis qui portent des téléobjectifs impressionnants, des bazookas !
Gujan Mestras Port de Larros
Nous retournons au Port de Larros. La terrasse de L’Annexe de la Marine est accessible PMR avec un plan incliné. Le plat du jour : tortilla au chorizo et moules frites 16€50. Je commande de la friture d’éperlan qui sont servies dans un cornet comme les frites. Les moules sont excellentes du persil et de l’ail sont haches très fin dans une émulsion de jus de moule et d’huile d’olive. Délicieux.
Les flèches jaunes de bois de randonnées pédestres signalent le sentier côtier vers Le Teich. La balade commence mal : les marques rouge et blanches de GR ont été recouvertes de peinture blanche. Pas de sentier, une chaussée goudronnée entre des hangars et des entrepôts en ruine. Assez déprimant.
Le Port du Canal est un port ostréicole plus petit et moins touristique que le Port de Larros, les cabanes de bois n’ont pas été repeintes. Un écriteau raconte l’histoire de chaque port qui est l’œuvre du travail de l’homme. Les colons de la Compagnie Ouvrière de la Colonisation des Landes de Gascogne, en 1850, ont creusé un canal menant à l’établissement de bains des Mestras. La première vocation de ce port fut donc balnéaire. Large de 10 m, il ressemblait à un canal. Il fut ensuite transformé en port de pêche avec le creusement d’une darse. Un autre canal a été consacré à l’ostréiculture. Information intéressante, mais toujours pas de GR.
Un chemin le long des cabanes me conduit à un autre port : le Port de la Barbotière, le port le plus ancien de Gujan qui date du XVIIIème siècle, relié aussi à un établissement de bains d’où son nom. Sur place, un beau terrain de boules très animé avec son chalet. Des chantiers navals aussi et le grand Lycée de la Mer.
J’avais définitivement perdu l’espoir de trouver le sentier littoral quand deux dames chaussées en randonneuses m’expliquent comment le rejoindre : derrière l’internat du lycée, un chemin longe la baie. Bordé de haies, très agréable et bien fréquenté. Il faut retourner à la route pour trouver le dernier et plus petit port de Gujan-Mestas : le Port de la Môle. Ensuite le sentier continue jusqu’au Teich entre ses aubépines fleuries.
Hors délai pour le BOOKTRIP EN MER je remercie tous les marins du Challenge de m’avoir donné envie de lire ce livre : Claudialucia, keisha, fanja
Les aventures et les naufrages ont accompagné ma semaine à Arcachon et dans les Landes du Médoc . Le décor, dunes, marais et forêts, était planté sous mes yeux. J’ai adoré la petite maison d’Hélène la sorcière:
Les pins, ici, sont plus clairsemés, et après eux apparaît une maison étrange. Elle est faite de planches grossières et de poutres, de pièces de bateaux, et son pignon tourné face à l’ouest a presque disparu sous le sable qui s’amoncelle. On pourrait monter cette dune pour marcher sur le toit où une cheminée dégage une fumée grise rabattue par le vent. Derrière, le haut d’un pin fourchu émerge d’une autre colline de sable, et plus loin on peut voir des troncs morts. Des têtes d’arbres auxquelles s’accrochent encore quelques aiguilles marron sortent du sol. Tout un monde semble avoir été englouti,
Le naufrage de la caraque portugaise en janvier 1627 sur les côtes du Médoc a vraiment eu lieu et a été documenté, c’est un fait historique même si l’ouvrage est une fiction.
Même si le Royaume du Portugal est tombé sous la tutelle de l’Espagne, même si la domination de la flotte portugaise est contestée sur les mers par les Anglais et les Hollandais il reste assez de fierté à Dom Manuel de Meneses, le Capitaine-mor, pour engager la flotte portugaise dans des aventures sur tous les continents connus alors : Europe, Afrique, Indes, Brésil.
« Il allait donc falloir se préparer à un combat déséquilibré et, éventuellement, pensa Fernando, prier pour trouver un morceau de bois auquel s’accrocher si le bateau venait à couler. Le genre de prière qu’il était plus facile de voir exaucée que celle qui aurait consisté en un apprentissage accéléré de la natation. Car si les prêtres enseignaient la prière et organisaient même des concours en la matière pour tuer l’ennui et détourner les hommes du jeu, si les officiers enseignaient le maniement du mousquet pour les mêmes raisons, si les soldats comme Gonçalo Peres vous enseignaient un peu malgré eux qu’il fallait toujours se tenir sur ses gardes, il ne venait à l’idée de personne, en embarquant pour un voyage de six mois sur des océans déchaînés, de vous apprendre à nager. »
Nous suivons les aventures de deux amis Fernando et Simao, soldats engagés en partance pour Goa, puis celles de Diogo, le fils de Nouveaux Chrétiens de Salvador de Bahia et de son ami Ignacio, indien Tupinamba, réunis après la prise et l’incendie de Sao Salvador de Bahia par la flotte hollandaise et enfin la cavale de Marie, la landaise, qui a assassiné à Bordeaux un jeune noble qui voulait abuser d’elle.
Fernando et Simao, après leur engagement comme soldats tenteront leur chance dans le trafic des diamants. Histoire de tigre dans la jungle, prisons de l’Inquisition..
Ignacio et son arc, Diogo seront engagés par le Capitaine-mor à la suite d’une expédition des flottes portugaises et espagnoles pour déloger les Hollandais de Salvador de Bahia.
Voyages au long cours, naufrages, batailles navales et aventures sanglantes sur terre. C’est un roman d’action, picaresque, historique, très bien écrit et très distrayant!
Une journée magnifique se prépare. Nous passons derrière l’Office de Tourisme, montons dans la Ville d’Hiver et ses villas fabuleuses dans des quartiers huppés. Descendons côté mer par d’autres quartiers très verts aux villas plus récentes mais toujours luxueuses. Nombreuses ont adopté le style basque avec boiseries marron ou vertes et lettres au graphisme basque. Nous longeons la mer dans les quartiers des Abatilles eu Moulleau et du Pyla-sur-mer (je note que l’orthographe diffère de celle de la Dune du Pilat). Les panneaux routiers ne mentionnent plus la Dune, nous voici égarées. Le GPS nous remet sur la bonne route. On accède à la Dune du Pilat par l’arrière dans la forêt sur un immense parking payant (7€) très bien organisé et ombragé.
Un cheminement stabilisé conduit aux « chalets » de bois abritant l’Accueil, les toilettes, des salles de projection. C’est vraiment très (trop) bien organisé. Le souffleur d’aiguilles fait un boucan épouvantable. Les souffleurs de feuilles déclenchent ma fureur : aussi bien en février quand les arbres ont perdu leurs feuilles depuis longtemps qu’en Aout où elles sont solidement attachées aux branches. Les rangers du parc dans le bâtiment d’accueil ne comprennent pas ma colère ; « il faut que ce soit propre » me répondent-ils. En effet la forêt landaise ne tolère pas une aiguille par terre.
Banc d’Arguin
Le chemin de la dune est bien indiqué. A partir d’Avril, un escalier de bois facilite la montée. Je suis ravie qu’il ne soit pas encore installé. J’ai mes chaussures de randonnée, mon bâton de marche et monte à l’assaut des 100 m de sable sec. Bien sûr, je m’arrête pour reprendre mon souffle et prends des photos, genre arrêt photo et pas randonneuse qui flanche. En à haut du raidillon je suis éblouie par le sable fin, doré. Les courbes sont somptueuses, les arêtes durcies. Le sable vole, emporté par le vent. Il fait très froid. Les randonneurs sont habillés comme aux sports d’hiver avec parkas, capuches, bonnets et écharpes. La dune me fait penser aux pistes de ski. Je suis la ligne de crêtes. Sur l’arête, je ne m’enfonce pas. Sur ma droite, l’océan, la vue est somptueuse avec le Cap Ferret et le Banc d’Arguin. Comme la mer descend plusieurs bancs sont visibles formant des chevrons. En observant plus attentivement, je surveille les allers et retours des bateaux à fonds plats des ostréiculteurs. A gauche, c’est le désastre. Les mégafeux de ont ravagé la forêt le long de la Dune du Pilat. Les campings se reconstruisent. Sans la verdure, les mobil homes de bois ressemblent à des barraques de chantier tassées les unes contre les autres. Cela ne fait vraiment pas envie. A mon retour, peu avant midi, le raidillon de la montée ressemble à une queue à l’enregistrement d’un aéroport. Des cars ont déversé des lycéens américains, espagnols, allemands qui se se pousse même pas pour me laisser passer en sens inverse.
Plage de la Lagune : ganivelles
La route de Biscarosse est bordée d’arbres calcinés. Les pins verts réapparaissent par bouquets. Les parkings des plages sont proches de l’eau. Pas de dune pour cacher la& mer au parking de la Plage de la Lagune. La plage est immense. Au nord une dune et avant quelques pins.
Sur le sable mouillé, je remarque quelques galettes noires. Un dégazage sauvage ? Les galettes ont de plus en qui craque sous mes pas ; plus grosses et noires. Je m’approche et reconnais la structure du bois. Ce n’est pas du mazout mais le bois brûlé transporté depuis les grands incendies de 2022 ou peut être arrivé récemment ? La dune est fixée par des oyats et d’autres plantes maritimes. Pour éviter le piétinement des ganivelles barrent le passage. Je m’amuse à dessiner les pins, le bois flotté qui sert d’appui aux vélos, les ganivelles et les graminées. Dessiner est mon grand plaisir même si le résultat n’est pas à la hauteur.
L’après-midi, je retourne marcher pieds nus dans l’eau. La marée monte. Je laisse l’eau me baigner les jambes avant le reflux. Parfois je marche sur la croûte sèche qui craque sous mes pas. Je n’arrive pas à imaginer la limite de cette longue plage du Pilat à Biscarosse, 17 km au sud. Les promeneurs sont plus nombreux, souvent avec leurs chiens. Quelques pêcheurs ont installé leurs cannes sur de hauts supports ; ils ont apporté fauteuils pliants, appâts et tout un matériel lourd.
Coucher du soleil Plage Pereire
Pour terminer cette journée ensoleillée pas question de s’enfermer à l’appartement même si Filip a réparé la télévision – nous avions vécu le bug comme une catastrophe. Nous allons attendre le coucher du soleil. Il nous faut une plage orientée à l’ouest. La plage Pereire est bien à l’ouest mais le Cap Ferret borde l’horizon. Elle est longée par une très jolie promenade que je me promets de revenir la parcourir.
C’est un très joli roman, très tendre, très délicat sur le thème de la musique, du travail du luthier, de l’amour du travail bien fait et de l’amitié.
Le narrateur, au début du roman, est un garçonnet qui a besoin d’un petit violon – un huitième. Son père, musicien à l’Opérette de Sofia, le conduit dans l’atelier du vieux luthier tchèque. Le vieil homme et l’enfant sympathisent. Gueorgui, Georg – en Bulgare, fait figure de grand père pour l’enfant. Il insuffle toute sa confiance dans le « roi Viktor » qui deviendra sûrement un virtuose.
L’action se déroule dans Sofia des années 50. La maison des parents de Viktor a connu des jours meilleurs. Elégante villa Sécession, elle est devenue une maison close, elle héberge des familles déclassées où jalousie et alcoolisme entrainent des violences récurrentes. La mère de Viktor, d’origine bourgeoise est particulièrement amère . Elle rêve de meubler son intérieur d’un buffet.
Menuiserie et lutherie nécessitent le travail du bois et les outils du luthier pourront être utilisés. Le bois que le vieil artisan garde pour des violons à venir peut aussi servir. En cachette, Marin, le père vient dans la cave qui sert d’atelier pour fabriquer le buffet. Marin met tous son cœur pour son chef d’œuvre. buffet luxueux qui s’avère aussi musical :
Des voix cristallines s’écoulaient de la petite pharmacie, douces comme un baume. Les basses grondaient de la penderie, assombries et feutrées. Des thèmes et des motifs pour flûte se déroulaient du placard de gauche, comme des saucisses liées les unes aux autres. Du placard de droite parvenait le tintement triomphant des casseroles et des poêles, semblable à celui des cymbales dans les Danses polovtsiennes de Borodine : boum-ta ta, boum-ta ta ; le petit bar déversait les accords cristallins d’une harpe avec une douceur liquoreuse ; dans le tiroir, cuillères et fourchettes s’entrechoquaient énergiquement, comme des castagnettes dans un capriccio espagnol. Le buffet déversait une orgie musicale, il grondait, rugissait, tonnait, débordait ! Le quartier écoutait, frappé de stupeur, tandis que mes parents valsaient. »
Viktor ne fera pas carrière comme violoniste – plus tard il sera écrivain – mais l’amitié avec le « grand-père » perdure. Depuis longtemps, Gueorgui n’a plus de client. Ses élèves, Frantisek et Vanda, ont pris sa place. Ils convoitent ses outils précieux. Bojenka, sa femme est décédée. Georg végète dans la cave, terrorisé par ses terribles voisins et leur chien. Seules les ombres viennent lui rendre visite. Quand Marin et Viktor viennent le visiter, Georg est presque mort d’inanition.
Comme s’il était le véritable grand-père, ils le rendent à la vie.
Alors que tous complotent, voisins, élèves et services sociaux, pour l’expulser, Georg se consacrera à son dernier chef-d’œuvre : un violon pour Dieu….
Ce court roman, si poétique, a été primé en Bulgarie et même à Bordeaux. Prix mérité! Une pépite.
Nous rejoignons la corniche sur la mer piétonne et cycliste avec ses trois jetées. Les croisières-excursions pour l’Ile aux Oiseaux et la navette pour Le Cap Ferret partent de lajetée Thiers. Les passants sont chargés de cabas et paniers : le marché n’est pas loin : halle couverte, étals plutôt luxe. Sur la grande place les marchands ont installé des portants pour des fringues, attention, c’est de la qualité ! Une dame voilée propose du couscous, un pâtissiers des cannelés et des pasteis de nata, le foodtruck est une rôtisserie. Les cafés ont installé leurs terrasses. A 10 heures, il y a beaucoup de monde pour le café ! En face, discret : Carrefour Market. Les enseignes savent faire preuve de bon goût quand la clientèle et l’environnement l’exigent. La place et le quartier autour des Halles sont piétonniers, de grands parkings souterrains engloutissent les voitures.
Arcachon : jetée
La promenade a été refaite récemment, végétalisée. Deux pistes séparées : piétons et vélos. Des planches ont été installées le long de la plage. De nombreux joggers courent, des promeneurs déambulent. J’arrive au Port de Plaisance : des panneaux racontent qu’autrefois c’était un port sardinier. Plus loin des hangars pour les bateaux de plaisance.
Retour par le même chemin, 13 000 pas au podomètre, une dizaine de km A/R. Sur le front de mer parmi les petits immeubles se trouvent de très jolies villas aux boiseries peintes en bleu avec mosaïque ou céramique témoins d’un autre temps. Même les immeubles modernes ont respecté le bon goût qui caractérise Arcachon. Sous els beaux pins fleurissent déjà primevères et renoncules ;
Pique-nique à l’arrière du Port de Plaisance sur la Pointe de l’Aiguillon, fine presqu’île qui ferme le port ; la Capitainerie, à l’extrémité est un bâtiment original en béton brut ondulé. Ces derniers temps je m’intéresse beaucoup au béton !
port de meyran
Les petits ports ostréicoles de la rive sud du Bassin d’Arcachon, sont pittoresques. Nous essayons de coller au rivage en suivant le trajet du train. La route principale D650 est très urbanisée avec des boutiques de franchises moches tandis que le littoral est charmant : marais, cabanes multicolores, petits ports. Négligeant le Port de la Hume, nous aboutissons au petit Port de Meyran pas touristique du tout avec une guinguette bien sympathique. Des tuiles blanches sont empilées pour former des murets à clairevoie. Certaines portent des huitres incrustées comme des lichens. Je tente une promenade entre poches à huitres en plastique noir empilées, ferrailles rouillées, tables pour poser les poches. Ce désordre authentique m’inspirait, il n’en est rien sorti.
port de meyran : tuiles
Le Port de Larros est beaucoup plus pittoresque et touristique. Les cabanes ne sont pas soignées comme celles d’Oléron. Le bois accuse la patine, décoloré par le soleil et le sel des embruns. De nombreux ostréiculteurs organisent des dégustations dans des établissement du plus rudimentaires au gastronomique. A la carte, des huitres dont les prix varient selon la catégorie. Certains ajoutent pain et beurre et même pâté de fabrication locale. Si on est allergique aux huitres, le choix se réduit : crevettes et bulots mais pas partout. Pour les moules ce n’est pas la saison. Une longue digue pavée se termine par un Christ en croix. Les promeneurs sont nombreux, locaux ou bordelais, venus en famille avec poussettes et tricycles. Foule bien sympathique et gaie. Sortie du dimanche avec dégustation. Comme il fait soleil, nous restons longtemps à regarder la mer monter dans le chenal en se promettant de revenir y déjeuner.
Rodolphe II(1552 -1612) fils de Maximilien II, fut Roi de Hongrie, roi de Bohème et Empereur du Saint Empire Romain Germaniqueen 1576, le « plus grand mécène du monde »
Hoffman : Lièvre entouré de plantes (1585) d’après Dürer
1ère partie de l’exposition « Décrire le monde » présente une collection d’aquarelles et dessins ainsi que des livres savants
Hoefnagel : Scarabée éléphant
Ces planches sont de toute beauté et sont digne d’une encyclopédie naturaliste. Le chardonneret s’inspirant aussi de Dürer, taille réelle aquarellé vaut le déplacement. Il y a aussi le livre savant Gemmarium et Lapidarium
Compendium astronomique
En face, c’est la mesure de la Terre et de l’Universqui réunit les astronomes aussi fameux que Tycho Brahe qui tente de concilier l’héliocentrisme de Copernic avec les théories de l’Eglise, et Johannes Kepler qui met en évidence le mouvement elliptique des planètes. on peut voir les calculs de ces savants sur de gros livres. Mais surtout les instruments : sextants, compas, sphères armillaires… décorent les rayons, le compendium réunit en une boîte plusieurs instruments de mesure.
Une salle est appelée Allégorie à l’époque on pensait que la Nature s’exprimait par un langage secret et par la Magie Naturelle qui s’intéressait à l’optique au magnétisme et à l’alchimie.
Castrucci : (1615)Château aux environs de Prague
Trois tableautins en pierres dures décrivent les environs de Prague.
On assiste au Renouveau du Paysage
Deux paysagiste Pieter Stevens et Roelandt Savery s’inscrivent dans la tradition flamande de Breughel faisant attention au moindre détail. Ils dessinent et gravent des paysages forestiers . Dans al scène avec trois chasseurs, ces derniers sont minuscules, il faut les chercher comme les bucherons dans un autre tableau
Pieter Stevens Paysage avec bucherons
Rodolphe II collectionnait aussi les très belles coupes de jaspe, de cristal de roche, d’ambre ou de corne de rhinocéros. Il tournait aussi ces coupes lui-même en corne.
Le bac quitte Royan à 12h15, il faut arriver une demi-heure à l’avance, nous empruntons la route la plus courte. Après Marennes, elle traverse une campagne semée de blé, bien plate. Pas une haie, pas un arbre pour distraire le regard. Et quand il y a des arbres, ce sont des peupliers bien alignés. Campagne ennuyeuse.
Nous retrouvons le Marais et la Seudre à Nielle-sur-Seudre. L’Eguille est bien nommée avec son clocher pointu qui se voit de loin.
Arrivée à Royan, à peine 10 heures . A notre précédent passage en 2021, j’avais parcouru la plage jusqu’à Saint Georges de Didonne, négligeant la ville. Après le film The Brutalist, vu récemment et l’église du Havre, je choisis la visite de l’église de béton des années 50 (1955-1956) de Guillaume Gillet et les vitraux de Henri-Martin Granel et de jean Idoux.
Eglise de Royan choeur
L’église se dresse haut sur une colline, elle se voit de loin avec ses 56 m de béton noirci, un peu comme un voilier ; Cependant, elle ne soutient pas la comparaison avec l’église du Havre, sa contemporaine qui m’avait impressionnée. La comparaison entre les deux villes me vient à l’esprit. Toutes deux ont été détruites en 1945 par les bombardements alliés et reconstruites très rapidement. En commun : les courants d’air. Royan, station balnéaire ne concourt pas dans la même catégorie que le grand port normand.
Traversée Royan-Le Verdon, très agréable sous un ciel voilé. La Gironde est grise et on devine à peine le Phare de Cordouan dans la brume. A la Pointe de Grave nous faisons une pause sous le phare à section carrée. Le petit musée consacré à cordouan n’ouvre qu’à 14 h. Pour déjeuner on se détourne en face de l’estuaire du côté de Neyran. A marée basse, on ne voit que de la vase grise.
La Route des Lacs (D101) traverse la forêt droite et vide. Nous retrouvons avec plaisir cet itinéraire.
Lacanau
A l’Office de Tourisme, très bon accueil, je ressors avec des dépliants et plans pour les balades en forêt. Notre location est située en front de mer : balcon au 2ème étage, ascenseur, parking assuré (hors saison) juste en face. Panique : une grue, des cônes et des barrières interdisent l’entrée du front de mer. Le parking en bas de la maison est aussi condamné. Il y en a un autre accessible mais avec 5 marches, rédhibitoire ! Le propriétaire, venu de Bordeaux, comprends nos difficultés d’accès. Pour ma part, loger dans un chantier avec bruit et poussière, ne me tente guère. Le balcon sur mer aurait été infernal. Le propriétaire, très conciliant téléphone lui-même à AirBnb pour une annulation sans frais et propose de nous aider à trouver un logement de remplacement. Il nous conseille Arcachon. En quelques clics, nous avons réservé une petite maison en Centre-ville, de plain-pied et parking facile.
J’adore les surprises et l’inconnu. La tournure que prennent les vacances m’excite.
88 km entre Lacanau et Arcachon par la Route des Lacs. Nous arrivons sur le Bassin d’Arcachon à la tombée de la nuit. J’ai beaucoup aimé l’arrivée sur la Teste-de-Buch : de chaque côté de la route, de majestueux pins forment une allée couverte ; comme la route est en courbe le tunnel est encore plus impressionnant.
Arcachon : place de Verdun
Nous arrivons directement à la grande Place Verdun. En son centre, un monument aux morts surdimensionné. Les maisons autour de la place sont typiques du style balnéaire d’Arcachon certaines abritent des administrations, commissariat, pompier.
Notre petite maison d’Arcachon
Notre maison au n°7 est particulièrement jolie avec son crépi blanc surhaussé de briques décoratives avec son panneau de céramique Salve maria qui ajoute du cachet. Mais où est donc le 7bis ? je tourne pour trouver une ruelle étroite. Sur la ruelle s’ouvre une baie vitrée qui donne sur un patio couvert meublé comme un salon de jardin : plantes en plastique, barbecue, fauteuils modernes. Le plafond est habillé d’un filet vert façon camouflage. Un petit vasistas sert de puits de lumière. Les fenêtres de la maison sont équipées de jolis volets verts, mais elles s’ouvrent sur le patio fermé. Claustrophobes, s’abstenir. La lumière du jour ne pénètre pas dans la maison. La petite maison est bien agencée pour sur si petit espace : coin salon avec un beau canapé devant un grand écran plat. Sur la table carrée noire, un bouquet de fausses fleurs. La chambre est très confortable. En résumé : une bonbonnière dans un trou à rats. Un faitout comme unique casserole, le micro-onde perché est inaccessible.
Ouf! Enfin je suis venue à bout des 589 pages, en 10 jours…
Et pourtant je lis vite et j’aime les thrillers, l’espionnage m’intéresse, surtout quand c’est Le Carré. Ce qui se passe en Russieet en Ukraineexcite ma curiosité. D’Ukraine, il n’en est pas question. Normal, puisqu’il n’y a pas de guerre, c’est une opération spéciale… pas de reproche de ce côté là.
Pour la Russie,on saute de Saint Pétersbourg à Moscou et dans un domaine, un haras finalement en Carélie. Dépaysement? On boit beaucoup, ce n’est pas un scoop ; cela occupe des dizaines de pages. Les espions américains ont même droit à un stage pour apprendre à supporter les toasts forcément très alcoolisés. Gueule de bois de la lectrice. Les protagonistes sont des oligarques proches du pouvoir. Ils ont des goûts de luxe, s’habillent en Prada, conduisent des voitures occidentales. A-t-on besoin de connaître les marques ? Prada, Louboutin, Gucci….Clichés!
Violence et informatique. On coupe des bras, des orteils, on s’entretue.
L’informatique est très présente. J’aimais mieux le temps de la psychologie, des coups tordus et des boites à lettres secrètes.
En bonus, les chevaux. Bonne idée de blanchir des fortunes avec des étalons. Les chevaux voyagent au mépris des sanctions occidentales, du Mexique en Arabie Saoudite, en Russie. Bonne idée, les chevaux! enfin autre chose que les clichés connus. Les balades au Mexique comme dans la forêt russe me font rêver. L’attachement de l’espionne froide et retorse pour la jument m’a émue.
Les espionnes ont remplacé les James Bond, cela ne rend pas le roman féministe pour autant. Elles tiennent le devant de la scène mais se comportent comme des machos.
Peut être ce monde brutal est celui de l’Amérique d’aujourd’hui?
Encore une fois, je préfère les espions britanniques.