18. De M’Hamid à Ait Benhaddou

 

MARRAKECH ET LA VALLÉE DU DRAA

Des barrières contre l'avancée des dunes
Des barrières contre l’avancée des dunes

es murs de palmes tressées empêchent  que le sable n’envahisse les cultures. Je cueille un brin du buisson bleu-vert. Ses feuilles sont épaisses, presque une plante grasse, les petits fruits, globuleux (je ne suis pas sûre que ce soient des fruits). Acacias et hamada, sables tamaris, j’ai plus de mal à identifier les buissons tellement desséchés qu’il ne reste qu’une trame  à symétrie hexagonale et de longues aiguilles. Les buissons sont beaucoup plus présents qu’on ne l’imaginerait.

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Entre Tagounit et Tamgrout on franchit un petit col. De là, la vue est étendue sur la palmeraie mais elle est brouillée, brouillard de chaleur ou poussière ? Le vent se lève ; c’était un  vent de sable. A Tinfou : travaux. La  poussière du chantier s’additionne au sable. On ne voit plus rien, ni le bord de la piste, ni les véhicules qui viennent à notre rencontre ni les engins du chantier. Heureusement tout est clair à Zagora où nous assistons à l’arrivée d’un marathon.

palmeraie
palmeraie

Nous avions repéré une flèche « Circuit touristique de la Palmeraie » parallèle à la RN9 sur l’autre rive du Draa. Selon Hassan, un véhicule léger peut le parcourir. Dès qu’on a traversé l’oued on rencontre des travaux qu’on doit contourner. A chaque intersection le doute s’installe. Doit-on choisir la direction « à la boussole » vers le nord ou prendre la piste principale mieux entretenue ? La route mène à un village où personne n’est capable de nous renseigner. On poursuit le long du Draa jusqu’à un pont. La palmeraie est verte, l’eau vive circule dans des rigoles, la luzerne a une couleur intense, des choux croissent au beau milieu des luzernes ou des fèves. Vie intense qui contraste avec la tristesse de la palmeraie abandonnée de M’Hamid.

J’ai plaisir à retrouver les casbahs autour d’Agdz. Reprendre la même route qu’à l’aller ne m’ennuie nullement ; j’aime ces révisions qui fixent les repères dans la mémoire.  Nous pique-niquons non loin de la cascade de Tizgui (avocat, vache-qui-rit- et oranges achetés à Zagora).  Avant Ouarzazate on loupe la route de Marrakech et traversons la ville. Ville moderne de ciment, impersonnelle, administrations, hôtels, garages. Nous passons devant les studios Atlas que nous avions visité : les décors égyptiens sont toujours visibles de la route.

l'oued près d'Ait Benhaddou
l’oued près d’Ait Benhaddou

Le trajet Ouarzazate/Ait Benhaddou paraît interminable. Nous arrivons à 16heures à notre Hôtel Bagdad Café (le premier sur la route principale). Rose me conseille de filer sur le site pour profiter du coucher du soleil qui donne au pisé une teinte au rouge et des ombres intéressantes. Une contribution d 10 dirhams est demandée pour la restauration du site. Décors naturels de tournage de nombreux films (Lawrence d’Arabie, Gladiator, Alexandre), inscrit au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’Unesco, Ait Benhaddou est un site pittoresque mais très touristique. Même à 17h15, on s’y bouscule dans toutes les langues (surtout en Espagnol). Le ksar perché sr la colline est surmonté d’un grenier (agadir), il domine un oued qui lui donne un écrin de verdure. Même vidé de ses habitants, même occupé par les marchands de souvenirs, Ait Benhaddou garde un charme certain malgré la perte de son authenticité. Il y a 13 ans, nous avions acheté un pouf en cuir qu’on avait rempli de souvenirs, miroirs au cadre incrusté d’os, un sac, un couvre-lit…Rien ne me tente aujourd’hui, les couvre-lits me semblent industriels, les tapis et kilims sont tous identiques, chèches et autres batiks arrivent tout droit d’Asie. Sans parler de « aquarelles au thé et au safran » et des villages en plastique.

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J’ai choisi sur Internet le Bagdad Café pour ses 6 chambres et sa petite piscine ; L’accueil de Rose et de Mohamed est très chaleureux ; Ils sont prévenants, à l’écoute et de bon conseil. Notre chambre est parfaite avec une salle d’eau assez grande, de l’eau chaude dans la douche, un chauffage efficace. Le décor est sobre : plafond de roseaux meubles contemporains de ficelle tressée, tadelakht brun et rose, couettes assorties aux couleurs assorties orange rouge et gris. La pièce est bien éclairée. Je vais pouvoir laver mes cheveux et me débarrasser du sable de la route !

Pour dîner, j’ai commandé de la pastilla – un met raffiné – celle qui arrive est « individuelle » galette recouverte de sucre glace décorée à la cannelle. La pâte feuilletée est bonne mais la farce est un peu sèche, le poulet (ou pigeon) est haché tellement fin qu’on ne le perçoit pas, mélangé à la noisette, l’amande pilées et la cannelle. La poudre aurait gagné à être mélangée à du beurre.

17. M’Hamid – pierres de fossiles, promenade en carriole

MARRAKECH ET LA VALLÉE DU DRAA

 

 

 

La lune est brouillée derrière un écran nuageux. Au point du jour, des écharpes roses, mauves drapent le ciel. Précédée par Gen, le japonais, je grimpe à la plus haute pour voir le soleil se lever. Sans illusions, une barre nuageuse nous privera du spectacle. C’est la deuxième fois, déjà à Merzouga…Nous retournons vers M’Hamid. Mohamed arrête le véhicule sur la hamada pierreuse.

          «  Et tes pierres difficiles, tu comptes les mettre dans la valise ? » râle DT

           « Et comment ! si je trouve des fossiles mes élèves seront ravis ! »

Mohamed a l’œil exercé, à peine descendus de voiture, il trouve une pierre portant un long et mince orthoceras côté pile et un beaucoup plus gros côté face. Les Japonais et nous ne trouvons rien du tout. Soit Mohamed, le Nomade, sait quoi et où chercher, soit il m’a gardé en réserve cette  pierre intéressante que je range précieusement dans mon sac.

Nous reprenons les mêmes pistes qu’hier, mais le ciel est laiteux, le soleil voilé, la lumière moins franche. La géologue se pose de plus en plus de questions : qui a roulé ces galets sur la hamada, d’où leur vient cette patine foncée ? Cassés, leur cœur est clair. D’où se sont d&tachées les pierres de fossiles. La répartition des végétaux m’intrigue aussi. La présence d’un sol meuble est –elle déterminante ? Ou est-ce que l’eau est plus proche ? Le puits n’est pas très profond – à peine (5 ou 6m). Mohamed est très gentil mais il n’a pas été à l’école, il a appris le Français avec les touristes, je ne peux pas lui faire part de mes interrogations.

10h – nous sommes de retour à l’auberge retrouvons avec plaisir Hassan. Avec les Japonais nous nous connectons à la Wifi. Je montre mon blog  à Hassan qui connaît le metteur en scène de Tinghir-Jérusalem et a vu le film. Hassan n’est pas seulement vif et intelligent, il est aussi cultivé et me suggère un livre Les Origines Sahariennes de Jacques Meunié (j’ai feuilleté le sommaire sur Amazon, c’est un  livre très savant qui parle des origines jusqu’au 16ème siècle mais il coûte 83€)

Déjeuner en compagnie des Japonais : tagine poulet, citron avec encore des petits pois frais à peine cuits, délicieux, une salade de légumes variés, tomates, chou fleur, poivrons et oignons en compote.

La promenade en carriole

La promenade en carriole commence à 14h30, Mohamed, 17ans est l’ânier. La haute plateforme est recouverte de tapis et de coussins. Au détour de la route nous nous trouvons dans la palmeraie. Le contraste entre les palmiers très verts et fournis et la Hamada est étonnant.

Il se dégage des palmeraies une impression de fraîcheur et de sérénité toujours renouvelées, une impression de tristesse aussi. Si les arbres sont verdoyants, les champs paraissent abandonnés. Certains ont été préparés pour d’hypothétiques semis, attendant l’eau, la pluie ou celle du Draa. Autour de rares stations de pompage on irrigue. D’autres parcelles sont craquelées, abandonnées depuis longtemps, les rigoles envahies par le sable. Des tamaris commencent à se développer dans les anciens jardins. Une casbah s’est écroulée, il y a peu sans doute, les fils électriques pendent encore. Le ksar est encore habité et a une école primaire rose, un stade enfermé derrière une belle grille, des moutons dans une cour. Les enfants désœuvrés trainent, les plus grands,  sur des vélos, tournent autour de notre charrette, les petits jouent à la marelle. Les femmes sont voilées de noir avec des broderies jaune, rouge et vert très vifs et leur voile est bordé de pompons. Elles portent les bébés sur le dos comme les africaines. Passant devant nous, elles font le signe « non » de la main sans que nous ne tentions de les photographier le moins du monde.  Les habitants vaquent dans les couloirs du village de terre.

Le ciel est couvert, l’agriculture à l’abandon, les maisons écroulées donnent à la promenade une impression de nostalgie. Deux stations de pompage tentent d’irriguer les champs de luzerne très verte des rectangles de ferraille jaune fraîchement peints régulent la circulation de l’eau dans les rigoles. Un semblant de survie dans cette palmeraie qui se meurt. Même l’âne se traîne. Mohamed, l’ânier est plein de bonne volonté et cherche à faire durer la promenade en s’engageant dans des chemins de traverse et s’arrête pour les photos. Par politesse, je filme sans conviction, sachant que j’effacerai au retour ces vidéos fades sans soleil ni ombres.

On nous convie très tôt à 7h pour dîner. Ensuite, une animation musicale est prévue ; Brahim jouera de  l’oud.  Rien ne se passe comme prévu. Les Japonais arrivent en retard. Ils sont vraiment charmants et très gais. La harira est un peu fade mais le bœuf du tagine est fondant. L’arrivée des inévitables clémentines déclenchent l’hilarité de Junko .  On traîne à table jusqu’à 21h15. Ne voyant rien venir,  on se sépare. Mohamed vient nous chercher alors que nous sommes déjà déshabillées.

16. les dunes de Chigaga

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A l'assaut de la Grande Dune
A l’assaut de la Grande Dune

Enfin les dunes!

au pied, un bivouac avec une dizaine de tentes faites de laine brune de chèvre et de dromadaire tissée en bande de 40 à 60 cm cousues entre elles  tendues sur une armature métallique. Une belle tente caïdale blanche brodée et doublée sert de restaurant. Le sol est couvert de tapis, les chaises habillée de bleu nuit. Impression de luxe.

On nous accueille avec le thé sous la grande tente. L’omelette berbère est servie dans un plat à tagine, les œufs cassés sur les poivrons et les oignons en compote grésillent. Une salade tomate concombre et poivron l’accompagne.

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Après le thé, Mohamed nous conduit à la Grande Dune de Chegaga haute de plus de 300m. Il a mis e la musique sahraouie planante pendant la traversée du désert. Nous partons à l’assaut de la dune ; la montée est un peu pénible tant que je garde mes sandales. Pieds nus c’est mieux. Les crêtes sont plus faciles que les traversées où l’on s’enfonce. Arrivée au sommet je suis fière de moi. Un sommet de 300m !!!

Nomades saharouis au puits
Nomades saharouis au puits

Rencontre avec des nomades au puits : un jeune porte un magnifique turban violet, il a de beaux yeux bleus, un visage d’enfant mais des mains d’ouvrier. Un troupeau de chèvres passe, une femme les poursuit en courant toute voilée de rouge. Les couleurs des voiles sont très africaines. Elles sont enveloppées dans une mousseline très fine passant au dessus de la tête, enroulée autour de la taille ressemblant beaucoup au meufeu des Maures du Sénégal. Dans le désert le voile n’est pas un signe religieux ni un accessoire de mode, il est indispensable contre la poussière et la brûlure du soleil. Nous avons appris à nouer le chèche. Les nomades, chameliers chauffeurs et cuisiniers le portent sur la bouche et même devant le nez.

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Au diner dans la tente caïdale, excellente harira et tagine . Des copeaux de carotte et des quartiers de pommes de terre cachent la viande qui baigne dans une sauce aux oignons et petits pois frais. C’est de la chèvre fondante, confite. « Pas du chevreau » explique Najji « 15kg, petite chèvre » . Mandarines encore.

Mohamed, Najji et Omar
Mohamed, Najji et Omar

Le thé est servi près du feu. Avec quelques branches de tamaris ils ont construit un cône. Pas de petit bois, ils allument le feu avec des cartons. Le bois sec brûle avec de belles flammes claires. Mohamed, Najji et Omar, turbans noirs et robes bleues on relevé les pans de leurs chèches sur la bouche ; Ils s’accompagnent de derbouka et de sorte de castagnettes métalliques, chantent pour nous, essaient de raconter des blagues…Le ciel est plus étoilé qu’on ne peut le rêver. Najji nous montre comment trouver la direction de La Mecque avec la Grande Casserole.

Lever du soleil à 7h demain matin. On se couche sous trois très grosses couvertures.

15.En route vers Chigaga

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Mohamed le chauffeur
Mohamed le chauffeur

10heures, départ en 4×4 en compagnie d’un couple de Japonais arrivés par taxi de Zagora, francophones et sympathiques. Mohamed le chauffeur est jeune, il porte une belle djellaba bleue et un chèche noir qui ne laisse voir que ses yeux magnifiques. A la sortie de M’Hamid, fin du goudron, la piste commence dans la Hamada pierreuse et plate puis dans le sable.

les tamaris
les tamaris

La végétation reste très présente. Dès qu’il y a un peu de sable pour retenir les racines. Les tamaris sont une taille respectable,  ils arrêtent le vent qui construit une petite butte sableuse d’où émergent les branches ? Parfois les tamaris ont l’air perché au sommet de la butte. De nombreux buissons épineux forment des coussins gris, verts ou bleutés . Mohamed repère 3 dromadaires qui paissent tranquillement et se laissent photographier. Les nomades ne les entravent pas et les laissent chercher seuls leur pâturage.

dromadaires
dromadaires

Sur les petites dunes la conduite est plus sportive, mieux que la foire du Trône. Partout il y a des traces de pneus. Le désert est devenu un vaste terrain de jeu pour touristes. Avec la sécheresse et le barrage sur le Draa qui a tari le fleuve il n’y a pratiquement plus d’agriculture. Les caravanes ne passent plus. Les sahraouis du campement racontent que la guerre a fermé les frontières. J’ai quelques doutes. Qui fait encore du commerce à dos de dromadaires à l’heure des 4×4 et des camions ? Le tourisme reste donc la seule activité de M’Hamid, les nomades trouvent des emplois de chameliers, chauffeurs, guides ou dans les hôtels. C’est purisme que de regretter la poésie perdue ou souillée par les pneus des 4×4 ! Je ne veux pas tomber dans ce travers. Le temps des explorateurs sahariens, de Monod ou de Foucault est révolu !

Les mots de Monod restent imprimés dans ma tête. Avec lui je regarde les végétaux bien plus nombreux que je ne le pensais avant. Je l’imagine marchant avec son herbier, collectionnant les plantes du désert. Sur la hamada pierreuse, il ne pousse que des buissons  épineux  desséchés, dès que le sol est plus meuble les coussins verts sont plus nombreux. On traverse une presque-forêt de tamaris. Le 4×4 file plein sud. A gauche, à l’est les montagnes de l’Algérie. A droite, encore un plateau violacé, pourpre, parfois échancré borde l’horizon. La hamada plate est ravinée par un oued, peut être très ancien avec des galets ronds dans son lit. Quand a-t-il coulé la dernière fois ?

14. M’Hamid

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l'enseigne de l'auberge
l’enseigne de l’auberge

 

L’Auberge de Hassan : Hamada du Draa est précédée par un portail monumental surmonté de deux dromadaires métalliques baraqués. On entre par une très belle porte en bois  incrusté de fibules berbères et de cauris et on se trouve dans un verdoyant jardin.

maroc2013dt 002 (184) - CopieOn a recouvert une grande estrade de tapis colorés avec des divans et des tables basses et des coussins. Sur une terrasse trois tables en mosaïque et des chaises de ferronnerie, sous une tente il y a encore des tables.

salle de bain grand luxe poterie de tamgroute
salle de bain grand luxe poterie de Tamgroute

Les chambres sont installées dans de spacieux bungalows de terre à la façade arrondie peinte de figures naïves à la manière des cases africaines. La porte est gravée d’une fibule triangulaire. Le mobilier consiste en un très grand lit dont la tête est en ficelle tressée. La table de nuit et un canapé sont aussi en ficelle. Le tapis rebrodé de rouge et noir au point de croix est aussi sur du jute. Le carrelage jaune est parsemé d’étoiles bleues. La douche est installée dans un cylindre carrelé de carreaux verts de Tamgroute. Le clou est le lavabo de pierre contenant des ammonites et des orthoceras  qui ressortent en relief, une merveille.

Ammonites et orthoceras dans le lavabo
Ammonites et orthoceras dans le lavabo

Hassan nous attendait. L’accueil est chaleureux avec bien sûr du thé.

On s’installe ensuite dans le jardin pour écrire, trier les photos et se reposer après le long voyage.

Au dîner la soupe est jaune et contient des vermicelles et des petits pois frais. La tagine de poulet au citron est accompagné d’olives, de petits pois frais et de carottes ; Excellent ! Pour finir des mandarines.

13. La route d’Agdz à M’Hamid

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La route construite un peu en hauteur au dessus de la palmeraie domine les jardins, paysage verdoyant. Nous jetons un air un peu blasé aux casbahs et aux ksour sans nous y arrêter. La kasbah Oulad Othman est vraiment impressionnante, nous marquons l’arrêt sans la visiter. La route s’élève dans le défilé de l’Azlag . La falaise brune éclipse le soleil pendant un petit moment et c’est bien reposant. Beau panorama sur la palmeraie. J’essaie de repérer les strates épaisses qui coiffent la montagne. Géologie à la jumelle, évidente pour qui possède les repères que j’ignore. Jusqu’à Zagora, la palmeraie reste proche même si la route s’éloigne parfois. Zagora est une ville avec des bâtiments officiels, des grands carrefours, des banques, de nombreux hôtels. Nous nous félicitons de lui avoir choisi Agdz pour étape.

Entre Zagora et Tamgroute nous rencontrons les premiers amas de sable. Peut –on les appeler des dunes ?

les portes du désert
les portes du désert

Tamgroute s’est développée depuis  notre premier passage il y a 12 ans. C’était un petite bourgade dans mon souvenir, notre guide nous avait cueillie à l’entrée de la ville. C’était un homme charmant, artiste, cultivé qui nous avait fait une longue visite et offert une esquisse calligraphiant nos prénoms avec les troncs des palmiers. Je garde un très bon souvenir.

Aujourd’hui nous traversons des faubourgs avant de trouver la Mosquée où se trouve la bibliothèque fameuse. Un homme en djellaba nous fait garer la voiture dans l’ombre du minaret et propose ses services. Pas question d’y couper, guide ou faux guide, autant prendre celui-là ! A la bibliothèque, il cède le guidage à un très vieil homme tout ratatiné dans une chaise roulante qui récite plus qu’il n’explique. La bibliothèque date donc de 1600 et contient 4000 manuscrits. Le plus ancien est un Coran sur peau de gazelle de 1063/483. D’autres ouvrages enluminés et calligraphiés sont des commentaires du coran, du Droit coranique, des ouvrages de grammaire, d’astronomie, de mathématiques, il y a même une histoire de l’Egypte,  un dictionnaire turc/arabe et des poésies berbères transcrites phonétiquement en alphabet arabe. Tout ceci est présenté dans des vitrines. Précieux pour des érudits, émouvant pour qui sait lire l’arabe, les manuscrits anciens me plaisent. J’avais passé une matinée passionnante au matanadaran à Erevan. Malheureusement l’interdit religieux des images limite l’enluminure à de la calligraphie ce qui est plus difficile à apprécier.

A grands pas, mon guide en djellaba rayée traverse la cour de la zaouïa pour me montrer le mausolée du fondateur de la bibliothèque Sidi Mohamed Bennacer. On n’entre pas, je ne peux qu’admirer les plafonds peints en bois de cèdre de l’Atlas à l’extérieur. Sous les arcades de la zaouïa vivent des pèlerins des indigents et surtout des malades qui espèrent recouvrer la santé à proximité du mausolée. Ils sont nourris par la communauté. Les femmes sont hébergées à part dans une salle.

Le complexe religieux comporte une université coranique où 120 étudiants étudient pendant 3 ans. Tout est gratuit pour eux, logement et nourriture mais ils ramassent les dattes et les vendent ; la ville de Tamgroute possède 7 mosquées correspondant aux 7 familles ; chaque famille peut avoir un effectif de 500 personnes. Venues avec les caravanes elles ont des origines lointaines au Mali même au Sénégal. Chaque famille occupe un quartier de la ville et se consacre à un métier. Nous nous engageons dans le couloir qui reste frais même dans la chaleur écrasante de l’été.

Les potiers de Tamgroute

poterie de Tamgroute
poterie de Tamgroute

Les potiers sont originaires du Mali. 460 membres font partie de la coopérative, dans chaque atelier les familles se relaient  à tour de rôle pour que chacun trouve du travail. La glaise est prélevée à trois kilomètres dans le lit du Draa étalée puis pétrie 4 à 5 semaines dans la cour. La couche prête à l’emploi est épaisse de 2 ou 3 cm et bien humide. Un homme travaille au tour, il est installé dans un creux seul émergent du sol de l’atelier, son buste et le pot en train de grandir. On fabrique toutes sortes de poteries : des grandes jarres émaillées de vert, des tuiles vertes ; des gobelets, des plats, des carreaux. La couleur verte(oxyde de cuivre) est la spécialité de Tamgroute mais on produit aussi des plats à tagine bruns (hématite). Aux oxydes minéraux on mélange aussi des pigments végétaux comme le henné ou le safran. Une autre technique plus délicate appelée « peinture au henné » est le travail des femmes. Les motifs sont marron et noirs sur un fond clair et ressemblent aux tatouages.  Evidemment la visite se termine à la boutique. Le potier a fait une visite vraiment intéressante, impossible de partir les mains vides. Je jette mon dévolu sur un brûle-parfum en forme de plat à tagine a joué de motifs de croissant de lune et d’étoiles. Le jaune que j’ai choisi est plus cher parce qu’il est au safran.(50dh). Le guide propose d’aller voir els forgerons, j’écourte redoutant un nouveau traquenard.

Je resterai sur mon ancien souvenir de Tamgroute. A la sortie nous voyons les premières dunes et la ville ensablée. Des constructions émergent à peine du sable.

la ville ensablée au sud de Tamgroute
la ville ensablée au sud de Tamgroute

La route est en chantier, une piste caillouteuse la double. Comme il y a pas mal de circulation on avale de la poussière. Le désert est plat, pierreux sans rien qui n’accroche le regard. Passé un autre col nous retrouvons le Draa dont l’eau est particulièrement limpide ce qui me paraît étrange. Des écriteaux préviennent :

          «  vous entrez dans le désert ! milieu fragile, économisez l’eau qui est précieuse ! emportez vos ordures ! »

un acacia, un puits...bel endroit pour un piquenique!
un acacia, un puits…bel endroit pour un piquenique!

Il est près de 2h, le pique-nique est minimaliste : une orange, une mandarine et une banane mais l’endroit choisi est rêvé : un acacia au feuillage léger et un  peu plus loin un puits. Des dromadaires ont laissé l’empreinte de leurs pas.

Tagounite

Tagounite est une ville de garnison. Une base militaire occupe l’entrée de la ville de ciment poussiéreux envahie par une horde de cyclistes : les lycéens qui retournent au lycée.

M’Hamid

M’Hamid est la fin de la route. Après, c’est le désert, la piste. En dehors du tourisme, il n’y a pas grand-chose. Le tourisme est agressif. Par trois fois des rabatteurs nous arrêtent.

12.jeudi, souk à Agdz

MARRAKECH ET LA VALLEE DU DRAA

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Jeudi, jour de marché à Agdz. Le souk est aux portes de la ville. On arrive de partout, en grand taxi Peugeot ou en carriole à âne. La marchandise est déballée par terre légumes et quincaillerie ou outils, sur des tréteaux pour les épices. Les mandarines remplissent out l’arrière d’un petit camion, les tas d’oignons sont gigantesques, les pommes de terres monstrueuses. Tous les légumes d’été chez nous sont ici en décembre : petits pois, haricots verts, aubergines, courgettes, poivrons…Aucune femme : les hommes font les courses.  Des antiquaires ont suspendu des kilims colorés. Je demande le prix d’une théière décorée d’os 250dirhams (trop cher !) Le marchand nous rappelle. Elle ne me tente pas assez pour engager un marchandage. Un autre article me touche plus : un soufflet orné d’une étoile de David, d’une ménorah et une main de Fatima. Le marchand insiste, il est encore en état de marche. Après la visite du mellah abandonné, cet objet est émouvant. Pas question de le mettre dans la valise, il est trop encombrant. Je le quitte à regret.

11. Agdz promenade dans la palmeraie, Tannougalt

MARRAKECH ET LA VALLÉE DU DRAA

la montagne Kissane, mon cap
la montagne Kissane, mon cap

Gaëlle nous a dessiné deux plans : un itinéraire-piéton, pour moi et un auto pour DT qui me rejoint.

La montagne Kissane dont le sommet semble coiffé d’un plat à tagine, est mon cap, elle doit être droit devant moi. A droite ou à gauche, j’aurais dévié. La palmeraie est tranquille et très vivante. Des hommes conduisent des charrettes tirées par des ânes, des femmes portent des sacs de luzerne (la femme porte, comme l’âne, l’homme conduit !). Des hommes travaillent avec la houe. Dans les rigoles coule de l’eau fraîche. Amandiers, figuiers et grenadiers ont leur feuillage roussi. Je remarque quelques oliviers et quelques goyaviers. Les choux poussent au milieu des luzernes ou des fèves. Il y a eu de légumes surtout du fourrage. Tout le monde est aimable et confirme la direction de Taliouine (Gaëlle m’a dit de ne pas pointer moi-même la direction, c’est impoli de contredire le visiteur). Je suis tout d’abord une route poudreuse puis une petite levée de terre le long d’une rigole, traverse le lit asséché du fleuve. Il faut alors monter sur la berge.

Le Draa et la Casbah de Taliouine
Le Draa et la Casbah de Taliouine

Une piste va à Taliouine que je quitte pour rester sur les bords du Draa sur le ciment d’un canal d’irrigation qui surplombe le fleuve dans lequel maintenant il y a de l’eau. Des femmes y lavent leur linge. Vue de loin la casbah de Taliouine est très belle, de près elle est très ruinée, tout le village de terre est en ruine, le village en ciment est situé plus haut.

les petits jardins de la palmeraie
les petits jardins de la palmeraie

De Taliouine à Tafergalt s’étend une belle palmeraie, mais Gaëlle m’a déconseillé de m’y hasarder, elle serait « labyrinthique » je marche sur le goudron sous le soleil pour ne pas m’égarer. La route court à flanc de montagne et domine les jardins dont je regrette la douce ombre.

Dominique me rejoint avant Tafergalt qui est composée comme Taliouine d’un village de terre quasi-abandonné et d’un village moderne de ciment et parpaing. Un petit garçon à vélo nous accompagne. Un peu plus loin en bordure de palmeraie on avise une jolie casbah que je dessine assise sur un muret.

casbah
casbah

Tannougalt

Tannougalt se trouve entre la route d’Agdz à Zagora et le Draa. Nous dépassons des casbahs aménagées en hôtel sans trouver le village ancien. Sur la route, nous prenons en stop un homme qui connait le restaurant Chez Yacoub recommandé par Gaëlle et nous pilote jusqu’à la place du village. On laisse la voiture en face du hammam. La visite du Ksar ne coûte que 20dirhams  plus 100dirhams pour le  guide.

Les portes du ksar de Tannougalt
Les portes du ksar de Tannougalt

Celui qui se présente a belle allure avec sa djellaba blanche, son turban violet et ses 1.98m. Le village fortifié a 4 entrées. La porte hispano-mauresque est celle des cavaliers et donne sur la place où se déroulaient autrefois des fantasias. Les trois autres portes sont celles des Juifs du côté du mellah, celle des paysans vers la palmeraie et celle des caravanes près du souk. Tannougalt était une étape sur la route de Tombouctou. Le nom de la ville vient d’un mot signifiant « carrefour ». Les dernières caravanes sont passées en 1968, juste après le départ des Juifs du Mellah.

Mellah de Tannougalt
Mellah de Tannougalt

Le ksar de Tannougalt date du 16ème siècle. C’est le plus ancien de la région. C’était aussi le siège du tribunal où le Caïd rendait la justice. Avant de parvenir au cœur de la casbah on passe par des couloirs très frais et très noirs. A l’entrée se trouvait une salle d’attente pour les plaignants. Dans un renfoncement, Abdel nous montre une grande jarre en terre cuite destinée à la conservation des dattes. Dans la palmeraie on distingue 24 variétés de dattes pour 4 usages : la consommation des dattes fraîches pour les humains, la nourriture des animaux, la conservation des dattes plusieurs années, et la fabrication par les Juifs du Mellah d’eau de vie de dattes.  Une première petite cour est éclairée par un puits de lumière.

la cour principale
la cour principale

La cour principale est carrée 8 colonnes portent les arcades en fer à cheval revêtues de tadelakht et décorées de motifs géométriques.  Au centre, des tapis et coussins figurent la vie dans cette cour. Un côté est occupé par les greniers (agadir), un autre par le tribunal. Le caïd siégeait à une extrémité, les plaignants à l’autre bout ; un grand espace les séparait. En face se trouve le hammam. L’étage st réservé aux femmes. Au plafond sont dessinés les motifs des tapis qu’elles tissaient sur la galerie. Autour de cette galerie se répartissent les chambres. Celle de la favorite est située au dessus du tribunal. On monte enfin sur la terrasse.

Le Mellah a été abandonné à la fin des années 60. La synagogue et le cimetière sont restaurés par la fondation Attal Habib. Les Juifs étaient des artisans confectionnaient des bijoux et des sandales. Ils étaient aussi commerçants. Après leur départ les caravanes cessèrent de s’arrêter à Tannougalt.

Il ne reste plus que 28 familles au village plus 5 étrangers qui reviennent régulièrement en vacances au village.

De la terrasse on voit la palmeraie. L’eau se trouve proche de la surface, puits profonds de 10m. le barrage sur el Draa près de Ouarzazate effectue des lâchers d’eau trois ou quatre fois par an.

Déjeuner chez Yacoub sur la belle terrasse. Omelette berbère et salade marocaine. L’omelette chez Gaëlle était meilleure

10. Agdz – visite de la casbah du Caïd Ali – Hammam

MARRAKECH ET LA VALLÉE DU DRAA

 

la casbah du Caïd Ali
la casbah du Caïd Ali

 

Visite de la Casbah du Caïd Ali

Gaëlle est l’épouse du plus jeune petit-fils du Caïd Ali, seigneur de la tribu vivant dans la vallée du Draa. Il possédait plusieurs casbahs dans la région, certaines beaucoup plus anciennes. Celle où nous logeons est vieille de 140ans, édifice de prestige vouée aux réceptions. De l’autre côté de la ruelle, une autre Casbah lui appartenait, plus grande et plus vieille d’un siècle. Non loin de là le Glaoui a construit la sienne dans le but de surveiller le Caïd qui déménagea à Tannougalt.

Notre chambre est située dans le riad, la cour d’honneur destinée aux invités, bordée d’arcades. Le jardin autrefois était planté de 32 orangers et 3 fontaines bruissaient. Les 4 derniers orangers sont morts au cours de la dernière sécheresse il reste une seule vasque. Hélas il est impossible d’envisager de replanter les arbres sans mettre en danger la casbah de terre déjà fragilisée par l’alternance des pluies et des sécheresses ainsi que par les séismes. Il faut imaginer la réception des invités : sous les arcades on étalait tapis et coussins ou dans les pièces si le froid était trop intense ou la canicule brûlante.  Ces pièces étaient conçues pour les températures extrêmes : de jour on ouvrait grand les vantaux pour laisser entrer la chaleur et la lumière tandis que les petites portes en arcade dans les portes monumentales étaient utilisées la nuit pour éviter de perdre la chaleur, les grincements des gonds de ferraille et aussi pour le respect dû aux invités, en effet l’ouverture était trop petite pour un adulte qui devait s’incliner. Pas de meubles au Maroc, seulement des tapis, des coussins, des nattes et des tables basses. Les plafonds peints imitent la tente caïdale. Ils étaient suspendus. Des petits trous jouaient le rôle de soupape pour évacuer l’air mis sous pression par le piétinement sur la terrasse. Du fait de la grande amplitude thermique, la seule dilatation serait dommageable aux murs de terre et aux plafonds sans cette astuce. En 1995, à la suite de pluies, une partie des arcades s’écroula.

 

Par chance, un architecte allemand, spécialiste de l’architecture de terre crue s’est intéressé à la casbah. Avec ses étudiants il collabore à sa restauration. La façade nord fragilisée par une fissure causée par un séisme est consolidée par un bâtiment qui l’étaie, une sorte d’entrée. Un des problèmes de la casbah est causé par un socle hétérogène, mi-roche mi-terre qui ne réagit pas de la même manière selon le substrat. La restauration pose évidemment des soucis financiers, les plafonds de palmier ont été refaits en eucalyptus et roseaux, meilleur marché.

Derrière le moucharabieh; la cour d'honneur des invités
Derrière le moucharabieh; la cour d’honneur des invités

A cour des communs possède un puits proche de la cuisine du hammam. Les deux grands côtés du rectangle sont occupés par les étables des animaux et en face par les greniers. Vaches et moutons vivent enfermés à l’étage ce qui ne pose pas de soucis puisqu’ils ne la quittent pas : on leur apporte du fourrage stocké en face. En hiver, sur les parcelles irriguées, on peut récolter la luzerne chaque semaine. La cour est à l’ombre presque toute la journée tant les murs sont hauts. Une heure quand le soleil est au zénith le soleil darde amis c’est l’heure de la sieste et personne ne sort.

Les chambres sont à l’étage dans le « château ». Comme dans les pièces de réception, le mobilier était  sommaire. Parents et enfants dormaient dans des pièces dont la taille variait en fonction du nombre des enfants. Quand la famille s’agrandissait on déménageait à côté dans plus grand ! Le décor était réchauffé par des tapis colorés. Au mur la décoration était minimale puisqu’on déménageait, les suivants n’auraient peut être pas apprécié

Gaëlle et sa famille on collecté dans les autres casbahs les éléments de décor et les plans.

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Tout en haut, encore une terrasse de réception. Cinq fenêtres à grillage de bois (genre moucharabiehs primitifs) permettaient aux femmes de voir ce qui se passait dans le Riad. Les 5 fenêtres symbolisent les 5 piliers de l’Islam ou les 5 prières.

Au sommet de la tour se trouvait le bureau du Caïd, carrelé d’Azulejos venant d’Espagne ou du Portugal et des plafonds peints de manière à impressionner les visiteurs.

Le Hammam

Soit brûlantes, soit froides, les douches communes de la casbah ne soulèvent pas mon enthousiasme. Anouar suggère le hammam situé juste à côté de la réception dans un bâtiment qui ne paie pas de mine derrière un grand tas de bois destiné au chauffage. Une petite fille me fait entrer par une porte dérobée derrière un rideau fait par un sac de riz ou d’engrais  en plastique. Elle tient la caisse : entrée 10dh+1dh pour le savon noir dans du plastique. Déshabillage dans la première pièce. Je laisse mes habits en tas sur un banc. Le seul banc existant,  parce qu’à l’intérieur il n’y a qu’un carrelage douteux et quelques robinets. Les femmes apportent tout leur équipement dans une corbeille en plastique : le tapis de sol, un petit banc en plastique, un seau personnel, une écuelle, le gant rugueux pour se frotter, la pierre ponce, le shampoing….Je n’ai rien de tout cela et je dois m’asseoir par terre pour me frotter avec les doigts. Celles qui se rasent laissent trainer les poils par terre (pas de poubelle). Je ne m’attarde pas. Je me frotte, me récure, me rince, me sèche et m’habille. Le temps d’une douche. Rien pour le keif !

Diner : couscous avec beaucoup de légumes, carottes, navets courgette, une sorte de potiron à chair rose, très doux. La viande, du bœuf confit et tendre se cache sous la pyramide de légume. La sauce est servie dans un bol, on peut diluer la harissa.

9. Agdz : la cascade de Tizgui

MARRAKECH ET LA VALLÉE DU DRAA

La cascade de Tizgui

La cascade de Tizgui
La cascade de Tizgui

Sur la route de Ouarzazate, une dizaine de km d’Agdz, après une grande côte, la piste de Tizgui est bien indiquée. Des murets de pierre et des cairns la bordent. Pas trop pierreuse, un peu sableuse, elle est bien roulante pour les véhicules légers. Dans les épingles à cheveux de la descente elle est même cimentée. On prend à bord un homme en djellaba noir et blanche rayée qui transporte la planchette des colporteurs. On croit d’abord qu’il vend de la camelote pour les touristes. En route, il me montre une bague en or. C’est le bijoutier ! La planchette est vitrée, tous les bijoux sont en or pour les villageoises. A une fourchette il descend à pied vers le village, le parking de la cascade surplombe un petit canyon.

cascade de Tizgui
canyon de Tizgui

L’accès à la cascade est facile : un bon sentier puis des marches cimentées protégées par un  parapet. La cascade est un mince filet d’eau glissant sur le rocher usé et tombant dans une véritable piscine naturelle. Un figuier s’accroche au rocher recouvert de végétaux aquatiques très verts. Dans le canyon poussent des palmiers. Omar se lève, vient à ma rencontre. Il m’offre du thé et me tend un cahier : son livre d’or, et un livre-photos montrant la cascade dans sa splendeur. Depuis deux ans il n’a pas plu. Omar a préparé le thé, il faut prendre son temps pour bavarder. Des plats à tagine sont alignés, il me montre son four pour un méchoui. Si un groupe s’annonce il peut servir le déjeuner.

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Je vais au village par le canyon, dix minutes à peine marchant le long de la rigole soigneusement cimentée. Les gros tamaris sont pleins d’oiseaux noirs à calotte blanche (traquet noir ou traquet à capuchon ? ) . Trois jeunes femmes lavent dans des bassines une abondante lessive dans un petit filet d’eau.  Elles l’étalent sur le versant d’en face sur des pierres. Elles m’accueillent avec des sourires mais ne parlent pas français. Une gamine marchant à peine quémande « bonbon, stylo ! » « oualou stylo » mon arabe basique les fait rire et la petite n’insiste pas.

Le village est construit de maisons modernes en parpaing gris dominé par un minaret jaune. La piste traverse l’oued devenu très large. On cultive la luzerne et les légumes de chaque côté d’une rigole. On s’arrête devant l’école primaire en ciment peinte en rose. Je continue la piste dans le lit du Draa sur des galets roses et verts. La granulométrie indique un courant impétueux. Quand le Draa a-t-il été ce torrent impétueux capable de rouler ces gros galets ? Il y a quelques mois, quelques siècles, quelques milliers d’années ? Quand le lit a-t-été plein d’eau ? Ici et là, de grandes flaques témoignent de la présence d’eau.

le village-fantôme sur les bords du Draa asséchés
le village-fantôme sur les bords du Draa asséchés

Un village-fantôme se fond dans la colline rouge. Les murs s’écroulent. Il n’est pas complètement abandonné : un gros bâtiment en ciment vert est construit à son sommet.

Des femmes marchent dans le lit de l’oued portant des fagots, des palmes sur la tête ou des sacs blancs remplis de fourrage, ou une coupe de roseaux. Plus loin, j’entends le bruit d’une pompe et vois de beaux champs de luzerne très verte et des épouvantails. La rigole est bien maçonnée, des cailloux plats sont cimentés. Il y a aussi un sentier bien marqué (au cas où l’oued serait en crue ?). Sur un rocher se prélassent des écureuils gris à la queue rayée et aplatie. Ils s’enfuient à mon approche.

Déjeuner au bord de la piscine chez Gaëlle. Par une autre température j’aurais bien nagé. L’omelette est servie dans un plat à tagine rempli jusqu’au bord. Elle est fourrée aux tomates, poivrons et oignons, des olives et même du citron décorent la surface. Gaëlle vient nous tenir compagnie.