LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, AIFELLE, KEISHA, FANJA, SANDRINE, DOMINIQUE et d’autres…..
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Le Narrateur est retourné à Balbecil est invité chez Madame de Cambremer et dans le salon de Madame Verdurinqui a loué la Raspelière à cette dernière. En compagnie d’Albertine, ils empruntent le petit train local et y retrouvent les membres de la petite bande d’invités de Madame Verdurin, Brichot, Cottard et le Baron de Charlus avec le violoniste Morel. Le petit train s’arrête aussi à Doncières où Robert de Saint-Loup est cantonné. Ces petits voyages en train sont l’occasion de conversations parfois pédantes.
Brichot, à la prière d’Albertine, nous en avait plus complètement expliqué les étymologies. J’avais trouvé charmant la fleur qui terminait certains noms, comme Fiquefleur, Honfleur, Flers, Barfleur, Harfleur, etc., et amusant le boeuf qu’il y a à la fin de Bricqueboeuf. Mais la fleur disparut, et aussi le boeuf, quand Brichot (et cela, il me l’avait dit le premier jour dans le train) nous apprit que fleur veut dire «port» (comme fiord) et que boeuf, en normand budh, signifie «cabane». Comme il citait plusieurs exemples, ce qui m’avait paru particulier se généralisait: Bricqueboeuf allait rejoindre Elbeuf, et même, dans un nom au premier abord aussi individuel que le lieu, comme le nom de Pennedepie, où les étrangetés les plus impossibles à élucider par la raison me semblaient amalgamées depuis un temps immémorial en un vocable vilain, savoureux et durci comme certain fromage normand…
[…]Dans presque tous ces noms qui se terminent en ville, vous pourriez voir, encore dressé sur cette côte, le fantôme des rudes envahisseur normand.
Chose inexplicable, ils semble que les Goths soient venus jusqu’ici et même les Maures. Mortagne vient de Mauretania
« Homme » c’est Holm qui signifie « ilôt » quand à Thorp ou « village »…
Nous partons la semaine prochaine en Normandie, nous voici édifiés pour la toponymie! je vais essayer de mettre mes pas dans ceux de Proust. Mais ce ne sera pas facile, la côte s’est bien construite en un siècle et il ne faut pas oublier que La Recherche est un objet littéraire et que Proust a modelé le paysage à sa façon.
« De quoi parliez-vous donc? dit Albertine étonnée du ton solennel de père de famille que venait d’usurper M. de Charlus.- De Balzac, se hâta de répondre le baron, et vous avez justement ce soir la toilette de la princesse de Cadignan, pas la première, celle du dîner, mais la seconde. […]C’est une nouvelle exquise, dit le baron d’un ton rêveur. je connais le petit jardin où Diane de Cadignan se promena avec M. d’Espart….. »
Sodome et Gomorrhe terminé, j’ai lu cette nouvelle d’une centaine de pages suivant la recommandation de M. de Charlus. Après avoir ramé dans la Recherche, longueurs et répétitions, quel bonheur de retrouver Balzac rafraîchissant comme une boisson pétillante légèrement acidulée.
La princesse de Cadignan, autrefoisduchesse de Maufrigneuse, après les évènements de Juillet 1830, ruinée s’est rangée dans une profonde retraite et voulut faire oublier sa vie scandaleuse :
« Elle avait passé sa vie à s’amuser, elle était un vrai don Juan femelle, à cette différence près que ce n’est pas à souper qu’elle eût invité la statue de pierre, et certes elle aurait eu raison de la statue. »
Trente six ans, encore belle, elle aspire à un nouvel amour. A sa seule confidente, Madame d’Espards, elle se livre
je voudrais cependant bien ne pas quitter ce monde sans avoir connu les plaisirs du véritable amour,
Pourtant, un homme, en secret, l’a suivie au spectacle, dans la rue, sans jamais l’aborder, Michel Chrestien, mort tragiquement. Son ami, l’écrivain Daniel d’Arthez connaissant Blondet et Rastignac, est invité à diner chez Madame d’Espards qui provoque la rencontre avec la princesse de Cadignan. Ils évoqueront le souvenir de Michel, mais pas seulement, d’Arthez n’est pas insensible au charme de la princesse
Après cette conversation, la princesse avait la profondeur d’un abîme, la grâce d’une reine, la corruption des diplomates, le mystère d’une initiation, le danger d’une syrène.
La suite du roman met en scène la séduction toute en douceur, toute en finesse que met en œuvre la princesse pour conquérir d’Arthez. Balzac détaille tous les stratagèmes et la maîtrise de la conquête. La toilette grise, qu’évoquait le Baron de Charlus.
« Elle offrit au regard une harmonieuse combinaison de couleurs grises, une sorte de demi-deuil, une grâce pleine d’abandon, le vêtement d’une femme qui ne tenait plus à la vie que par quelques liens naturels, «
Après cette longue préparation, quand Arthez est bien accroché, elle va lui livrer ses secrets, qui ont donné le titre au livre.
Ici commence l’une de ces comédies inconnues jouées dans le for intérieur de la conscience, entre deux êtres dont l’un sera la dupe de l’autre, et qui reculent les bornes de la perversité, un de ces drames noirs et comiques, auprès desquels le drame de Tartufe est une vétille ; mais qui ne sont point du domaine scénique, et qui, pour que tout en soit extraordinaire, sont naturels, concevables et justifiés par la nécessité, un drame horrible qu’il faudrait nommer l’envers du vice
Il vous faudra lire le livre pour découvrir ces secrets!
Et nous voici repartis pour une interminable soirée de près de 100 pages chez le prince de Guermantes!
Dans A l‘Ombre des jeunes filles en fleurs et Le côté de Guermantes, nous avions assisté à un dîner chez Madame de Villeparisis, un autre chez la duchesse de Guermantes. Ces mondanités ont un fâcheux effet soporifique, ma liseuse me tombe des mains, ce qui est bien ennuyeux si je lis dans le métro. Des personnages très nobles, très titrés, se livrent à une comédie protocolaire où il convient d’être « présenté« , où on fait semblant de ne pas voir tel ou tel importun, où médisances et piques se distillent dans la plus grande des politesses (enfin pas toujours). La lectrice doit être très attentive aux liens de parenté, aux diminutifs et surnoms, se souvenir des liaisons secrètes (ou pas) où d’anciennes maîtresses ne doivent pas croiser leurs rivales….Si encore ces personnages étaient sympathiques, mais ce n’est vraiment pas le cas.
Le narrateur n’est pas très sûr d’être invité à cette soirée, il ne fait pas vraiment partie de ce monde du Faubourg Saint Germain. Il n’a pas été « présenté » au maître de maison, le Prince de Guermantes. Il passe un bon moment à chercher qui voudra se charger de cette formalité. Certains propos sont savoureux, d’autres franchement ennuyeux.
« On entendait, dominant toutes les conversations, l’intarissable jacassement de M. de Charlus… »
qui est au centre de l’attention du narrateur. M. de Charlusest bien trop occupé pour le présenter, d’ailleurs un fâcheux, médecin, détourne Marcel de l’attention du baron. Tout aussi importun, M. de Vaugoubert, un diplomate, ne sera pas plus utile.
M. de Charlus est attiré par les deux fils de Madame de Surgis, deux éphèbes d’une grande beauté affligés des prénoms ridicules d’Arnulphe et de Victurnien.
Provocateur, il s’amuse à bloquer Mme de Saint-Euverte, venue glaner des invités pour sa garden-party du lendemain, et lui inflige le couplet suivant :
La proximité de la dame suffit. Je me dis tout d’un coup: «Oh! mon Dieu, on a crevé ma fosse d’aisances», c’est simplement la marquise qui, dans quelque but d’invitation, vient d’ouvrir la bouche. Et vous comprenez que si j’avais le malheur d’aller chez elle, la fosse d’aisances se multiplierait en un formidable tonneau de vidange[…]On me dit que l’infatigable marcheuse donne des «garden-parties», moi j’appellerais ça «des invites à se promener dans les égouts». Est-ce que vous allez vous crotter là?
Proust vulgaire? Le baron de Charlus, un Guermantes, est ici chez lui, il peut se permettre n’importe quoi, il imprime de son insolence, la morgue l’impunité que sa naissance lui confère.
Ce beau monde ne fait pas toujours dans la délicatesse et le bon goût. Madame d’Arpajon arrosée par un jet d’eau, provoque l’hilarité du grand-duc Wladimir avec des « roulements militaires du rire » ponctué de « bravo la vieille! » encore plus désobligeant. Le grand monde ne fait pas montre de la meilleure éducation!
Mon intérêt est piqué par la rencontre avec Swannqui a eu une entrevue étrange avec le Prince. A-t-il été éconduit? Swann malade, vieilli,
« Swann était arrivé à l’âge du prophète. Certes, avec sa figure d’où, sous l’action de la maladie des segments
entiers avaient disparu, comme dans un bloc de glace qui fond et dont des pans entiers sont tombés, il
avait bien changé. »
Son nez (nez juif?) est devenu monstrueux. Il fait pitié dans ce salon impitoyable et antisémite. Sa présence remet l’Affaire Dreyfus au centre de la conversation. Et je ne suis pas au bout de mes surprises. Le prince après avoir vanté les beautés de la France et
ce qu’elle a de plus splendide, son armée qu’il m’était trop cruel de lui faire part de mes soupçons qui n’atteignaient, il est vrai que quelques officiers. Mais je suis d’une famille de militaires, je ne voulais pas croire que des officiers puissent se tromper. J’en reparlai encore à Beauserfeuil, il m’avoua que des machinations coupables avaient été ourdies, que le
bordereau n’était peut-être pas de Dreyfus, mais que la preuve éclatante de sa culpabilité existait. C’était la
pièce Henry. Et quelques jours après, on apprenait que c’était un faux. Dès lors, en cachette de la Princesse,
je me mis à lire tous les jours le Siècle, l’Aurore; bientôt je n’eus plus aucun doute, je ne pouvais plus
dormir. Je m’ouvris de mes souffrances morales à notre ami, l’abbé Poiré, chez qui je rencontrai avec
étonnement la même conviction, et je fis dire par lui des messes à l’intention de Dreyfus, de sa
malheureuse femme et de ses enfants. Sur ces entrefaites, un matin que j’allais chez la Princesse, je vis sa femme de chambre qui cachait quelque chose qu’elle avait dans la main. Je lui demandai en riant ce que
c’était, elle rougit et ne voulut pas me le dire. J’avais la plus grande confiance dans ma femme, […]ce que sa femme de chambre cachait en entrant dans sa chambre, ce qu’elle allait lui acheter tous les jours,
c’était l’Aurore.
Quelle surprise! Subir toutes ces mondanités sans se décourager est bien récompensé!
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Le jeune Marcel, caché pour guetter la pollinisation de l’orchidée de la Duchesse de Guermantes, est le témoin fortuit d’un échange entre Jupien et Le Baron de Charlus. Intrigué par cette rencontre, il espionne les deux hommes et surprend un rapport sexuel qu’il rapporte de manière très explicite.
Il est vrai que ces sons étaient si violents que, s’ils n’avaient pas été repris un octave plus haut par une plainte parallèle, j’aurais pu croire qu’une personne en égorgeait une autre à côté de moi et qu’ensuite le meurtrier et sa victime ressuscitée prenaient un bain pour effacer les trace du crime
Je suis surprise par la brutalité du récit. Précédemment Proust avait éludé l’attirance homosexuelle et l’attitude ambiguë de Charlus, nous avait baladé avec des jeunes filles en fleurs qu’il ne désirait pas vraiment et des manœuvres amoureuses pour se rapprocher d’ Odette Swann ou Oriane de Guermantes. Ici, il énonce les faits crus et précis.
La suite du texte est une analyse de la façon dont sont perçus les homosexuels.
Race sur qui pèse une malédiction et qui doit vivre dans le mensonge et le parjure, puisqu’elle sait tenu pour punissable et honteux, pour inavouable, son désir, ce qui fait pour toute créature la plus grande douceur de vivre
Une allusion à Oscar Wilde ?
Sans honneur que précaire, sans liberté que provisoire, jusqu’à la découverte du crime; sans situation
qu’instable, comme pour le poète la veille fêté dans tous les salons, applaudi dans tous les théâtres de
Londres, chassé le lendemain de tous les garnis sans pouvoir trouver un oreiller où reposer sa tête,
tournant la meule comme Samson …
Il fait un parallèle entre la situation des Juifs et la position des homosexuels dans la société :
rassemblés à leurs pareils par l’ostracisme qui les frappe, l’opprobre où ils sont tombés, ayant fini par
prendre, par une persécution semblable à celle d’Israël, les caractères physiques et moraux d’une race,
Il poursuit la comparaison jusqu’à imaginer l’équivalent du sionisme,
De même qu’on a encouragé un mouvement sioniste, à créer un mouvement sodomiste et à rebâtir Sodome.
Il ne faut pas oublier que le roman se déroule en pleine Affaire Dreyfus et que l’antisémitisme est virulent.
Laissons pour le moment de côté ceux qui, le caractère exceptionnel de leur penchant les faisant se croire supérieurs à elles, méprisent les femmes, font de l’homosexualité le privilège des grands génies et des époques glorieuses, et quand ils cherchent à faire partager leur goût, le font moins à ceux qui leur semblent y être prédisposés, comme le morphinomane fait pour la morphine, qu’à ceux qui leur en semblent dignes, par zèle d’apostolat, comme d’autres prêchent le sionisme, le refus du service militaire, le saint-simonisme, le végétarisme et l’anarchie.
Un constat clair, presque militant? Politique en tout cas. Comme pour l’Affaire Dreyfus, Proust ne se perd pas en périphrase. A mon grand étonnement.
Passion et désir amoureux d’une jeune femme qui se définit comme libre et ne s’interdit rien. Ni de tromper son fiancé, ni de vivre une relation passionnée avec le fiancé de sa sœur.
Passion et désirs attisés par la violence des hommes actifs dans les attentats indépendantistes. Tragédie antique avec le chœur des femmes tenues à l’écart de la folie des hommes
Ainsi pour Clorinde, la politique était une affaire d’hommes jusqu’au jour où ceux qu’elle considérait toujours comme des enfants étaient devenus des assassins. Alors Clorinde, Mathilde, et peut être Francesca, avaient dû penser qu’elles avaient eu tort de ne s’être pas intéressées à la politique, de n’avoir rien tenté pour faire cesser cette barbarie qui n’était pas nouvelle, mais qui avait dégénéré en guerre civile. Elles étaient coupables d’avoir été indifférentes au monde et elles payaient le prix du sang versé
Le désert des Agriatesest la petite région comprise entre Saint Florentet l‘ÎleRousse restée sauvage à l’écart des axes routiers. Région restée vierge de toute installation moderne, où bergers et randonneurs seuls ont accès. Grottes, maquis impénétrable, Julius, le berger croit pouvoir s’y cacher. Pourquoi Francesca choisit-elle de le suivre? Cette Fuite aux Agriates se déroule dans la sauvagerie d’une nature magnifique.
J’ai lu d’un trait ce court texte sans éprouver d’empathie pour les personnages. Hommes terriblement imbus de leur virilité, préférant une lutte armée qui ne se justifie que par leur désir d’héroïsme. Femmes correspondant à l’image d’Epinal de la femme corse : Mathilde, la mère, drapée dans sa dignité, Marie, la faible asthmatique, jalouse mais soumise. Francesca, la passionnée (?) qui ne sait pas vraiment ce qu’elle désire.
Un aspect m’a plu : la photographie, et le rôle de la lumière dans cette brutale lumière Corse. Et j’ai pensé à un autre livre A son Image de Jérôme Ferrari où l’héroïne est photographe. Renseignements pris, il date de 2018 et donc largement postérieur pour être mis en miroir.
Anatole Le Braz est un écrivain breton qui s’est intéressé aux légendes celtiques et a compilé traditions et contes à la fin du XIXème siècle. Un de ses ouvrages est justement La Légende de la Mort.
Gérard Lefondeur imagine une série de romans policiers ayant pour enquêteurs le Commissaire Le Dantec et Anatole Le Braz. Le commissaire fait appel à l’écrivain comme expert de la culture bretonne. C’est le premier livre de la série Les enquêtes d’ANATOLE LE BRAZ que Babélio m’avait fait connaître avec Le sang de Douarnenez (CLIC)que j’avais beaucoup apprécié.
L’Ouvrier de la Mort qu’on appelle aussi l’Ankou est représenté brandissant une faux conduisant une charrette grinçante.
« Je vous chante qu’il me semble les avoir croisés ce matin, en revenant de la Croix du Chaos du Moulin, sur une drôle de charrette tirée par un postier breton ; une sacrée belle bête, soit dit en passant. Dans leur équipage, ils avaient rien des deux moitiés de vagabonds qui ont disparu il y a belle lurette. Et puisqu’on en parle, maintenant que j’y pense, j’ai eu l’impression qu’ils revenaient par le chemin vicinal qui conduit à la demeure de Goadec, justement. »
Deux décès suspects dans les alentours de Braspart, petit bourg des monts d’Arrée, n’ont pas alerté la gendarmerie : une vieille femme malade décède d’arrêt cardiaque, le garde champêtre et son chien écrasé sous la roche branlante de la forêt de Huelgoat. Le Commissaire Dantec, inspecteur de police d’origine bretonne mais venant de Paris, est intrigué par un détail : une petite faux sculptée en bois, retrouvée chez les deux victimes. C’est à ce propos qu’il fait appel à Anatole Le Braz.
La scène avait quelque chose d’un peu ridicule : un homme bien charpenté et vêtu comme un Anglo- Saxon, suivant à moins de deux mètres un pilote automobile aux lunettes de conduite remontées sur le casque, totalement inutiles car couvertes de condensation ; quel couple étrange…
Le folkloriste habitué à aborder les paysans recueille plus de témoignages que le policier à bord de sa Dion Bouton. Il sait aussi désamorcer les susceptibilités des gendarmes à l’égard du policier supposé Parisien. Le duo va nous faire vivre des aventures étonnantes et sanglantes que je ne révèlerai pas ici. L’humour tempère la teinte sombre du thème de l’Ankou
Vous n’aurez qu’à suivre les pommes et quand leur piste s’arrêtera, sur votre droite, vous verrez l’Arbre aux Pendus. Dans le champ. C’est là, juste au bord, qu’on l’a retrouvé.[…]les premières pommes sur la chaussée. Cela avait quelque chose d’un roman de Lewis Carroll, mâtiné de Charles Perrault ou des Frères Grimm, le tout illustré par Gustave Doré
Le roman décrit les coutumes et croyances de la Bretagne à l’aube du XXème siècle. Coutumes rurales mais aussi irruption de la modernité. Répression de l’usage de la langue bretonne, opposition entre les laïcards et les calotins. Modernité de l’automobile, et du téléphone. Comment Monsieur le Comte n’a pas le téléphone dans son manoir? Arrivée du tourisme comme cet hôtelier belge à Port Blanc…
Cependant, Le sang sur Douarnenez que j’ai lu précédemment m’avait paru plus riche avec les luttes sociales dans les conserveries. J’y avais croisé Conan Doyle avec grand plaisir.
Nous devions passer les deux semaines des JO en Bretagne, j’avais téléchargé ce roman que j’ai lu avec grand plaisir après l’annulation du séjour.
Merci à Ta d loi du ciné de m’avoir conseillé cette lecture à la suite des Marins perdusde JC Izzo.
Le cargo, le Gabbiano, sous pavillon chypriote a un armateur italien, domicilié en Suisse, un capitaine français et un équipage cosmopolite, principalement des italiens, des grecs, des français….Sa cargaison : des fûts transportant des déchets. Certains fûts se sont détachés et endommagés, la cale empeste. Dans leur première escale, en mer Caraïbe, on leur refuse le déchargement à cause de l’odeur pestilentielle qu’il dégage.
Au début, les marins ne s’inquiètent pas, ils déchargeront ailleurs, au Nigéria, de l’autre côté de l’Atlantique, les bateaux-poubelles ne manquent pas.
La tragédie commence quand la petite chatte du mousse se brûle les pattes dans la cale, son maître aussi est blessé. La cargaison sent mauvais, mais elle brûle. D’autres marins tombent malade. Quand ils disent qu’il « transportent la peste » ils ne sont pas loin de la vérité.
Personne n’accepte le Gabbiano qui erre en Méditerranée, cherche asile en Italie, puis met cap sur l’Irlande, l’Île de Man…
C’est une histoire de marins, d’hommes rudes mais de solidarité dans un équipage solidaire. Un capitaine exemplaire. Des marins qui pleurent. Empathie des autres.
C’est aussi une histoire de pollution, de trafics d’armateurs véreux…Une histoire navrante de pavillons de complaisance…Une histoire navrante où l’on laisse crever des hommes en mer. Trafics d’armes, trafics de déchets, de carburants…
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La troisième partie du livre se déroule presque entièrement au cours d’un dîner chez la Duchesse de Guermantes.
Quelques échappées : Albertine fait un retour inopiné justementquand Marcel manigance un dîner galant avec Madame de Stermaria recommandée par Saint-Loup. Ce dernier arrive du Maroc où son régiment est cantonné. Ils dînent ensemble, comme autrefois à Doncières, mais dans un café bizarrement fréquenté par les dreyfusards et les jeunes nobles, antidreyfusards, comme il se doit, dans deux salles séparées.
« la petite coterie qui se retrouvait pour tâcher de perpétuer, d’approfondir, les émotions fugitives du procès Zola attachait une grande importance à ce café. mais elle était mal vue des jeunes nobles qui formaient l’autre partie de la clientèle et avait adopté une seconde salle du café »
Le narrateur n’éprouve plus de sentiment amoureux pour la Duchesse de Guermantes qui, justement, elle l’invite à l’un de ses dîners. Au début du livre, Marcel aurait fait n’importe quelle bassesse pour une telle invitation. Il avait réclamé avec insistance que son ami Saint-Louple présente à sa tante. Il avait aussi prétexté un intérêt pour les tableaux d’Elstir que possède la Duchesse. Ce dîner inespéré arrive trop tard!
Au cours de la soirée, des digressions se feront, suivant les divers convives dans leurs relations familiales ou mondaines. Avec un luxe de détails, l’auteur analyse les relations entre les différentes coteries, les relations de hiérarchie. La Duchesse de Guermantes, l’hôtesse, est l’arbitre du bon goût, de l’élégance et l’ordonnatrice des invitations, tandis que La princesse de Parme, Mme d’Arpajon, et d’autres devront se soumettre à cette domination.
Je me suis bien ennuyée à suivre les relations familiales des uns et des autres. Tout ce beau monde se fréquente non pas pour l’intérêt de la visite mais par habitude familiale. Si on n’estime pas beaucoup telle princesse, on lui rend visite parce que c’est une cousine…Dans l’entre-soi, on se désigne par des surnoms ou des raccourcis Palamède (le baron de Charlus) est « Mémé », » Grigri« pour Agrigente,
Vous ne connaissez pas cet excellent Gri-gri», s’écria M. de Guermantes, et il dit mon nom à M. d’Agrigente. Celui de ce dernier, si souvent cité par Françoise, m’était toujours apparu comme une transparente verrerie, sous laquelle je voyais, frappés au bord de la mer violette par les rayons obliques d’un soleil d’or, les cubes roses d’une cité antique dont je ne doutais pas que le prince — de passage à Paris par un bref miracle — ne fût lui- même, aussi lumineusement sicilien et glorieusement patiné, le souverain effectif. Hélas, le vulgaire hanneton auquel on me présenta, et qui pirouetta pour me dire bonjour avec une lourde désinvolture qu’il croyait élégante, était aussi indépendant de son nom que d’une oeuvre d’art qu’il eût possédée »
Texte prémonitoire quand je pense au tableau de Nicolas de Staël peint des décennies après la parution de la Recherche.
Basin est le Duc de Guermantes (drôle de prénom), il me faut aussi retenir les prénoms des dames, Oriane, pour la duchesse, Madeleine, Mme de Villeparisis..
Pour donner du lustre à son salon, la Duchesse de Guermantes invite parfois des artistes ou des hommes de lettres, c’est à ce titre que Bloch qui a écrit des pièces de théâtre se trouve invité chez Madame de Villeparisis, Swann, autrefois fit connaître Elstir.
La conversation ne languit pas, les bons mots circulent avec les médisances, « Taquin le Superbe », calembour d’Oriane à propos de Charlus,des critiques acerbes concernant la cousine Zenaïde, « rapiate«
Tu mangeras de la purée de marrons, je ne te dis que ça, et il y aura sept petites bouchées à la reine. -Sept petites bouchées, s’écria Oriane. Alors c’est que nous serons au moins huit!«
Méchancetés au sujet d’un auteur qui empesterait
« je n’ai osé respirer qu’au gruyère »
Et c’est long, très long, Proustne nous épargne pas un ragot. Motivée par le défi, je continue ma lecture, en calculant le temps qui restera à lire le pensum.
Il y a aussi toute une rédaction sur l’espritdes Guermantes par comparaison avec les Courvoisier, nobles réactionnaires bornés.
A ce moment entra M. de Grouchy, dont le train, à cause d’un déraillement, avait eu une panne d’une heure. Il s’excusa comme il put. Sa femme, si elle avait été Courvoisier, fût morte de honte. Mais Mme de Grouchy n’était pas Guermantes «pour des prunes». Comme son mari s’excusait du retard: — Je vois, dit-elle en prenant la parole, que même pour les petites choses, être en retard c’est une tradition dans votre famille. — Asseyez-vous, Grouchy, et ne vous laissez pas démonter, dit le duc. — Tout en marchant avec mon temps, je suis forcée de reconnaître que la bataille de Waterloo a eu du bon puisqu’elle a permis la restauration des Bourbons »
Sans y prendre garde, je me prends à sourire à des trouvailles : comment ne pas serrer la main à un importun qu’on doit quand même inviter à déjeuner, déjeuner couché peut-être? Pépites littéraires quand l’une des invitées parle d’un écrivain incompréhensible :
Je finis par comprendre non seulement que le poète incapable de distinguer le beau du laid était Victor Hugo, mais encore que la poésie qui donnait autant de peine à comprendre que du russe ou du chinois était: «Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille applaudit à grands cris», pièce de la première époque du poète et qui est peut-être encore plus près de Mme Deshoulières que du Victor Hugo de la Légende des Siècles. […]
Victor Hugo n’est pas aussi réaliste que Zola, tout de même? demanda la princesse de Parme. Le nom de Zola ne fit pas bouger un muscle dans le visage de M. de Beautreillis.
Les prétentions littéraires atteignent des sommets de drôlerie qui me font oublier toutes les longueurs
« Zola un poète! — Mais oui, répondit en riant la duchesse, ravie par cet effet de suffocation. Que Votre
Altesse remarque comme il grandit tout ce qu’il touche. Vous me direz qu’il ne touche justement qu’à ce
qui… porte bonheur! Mais il en fait quelque chose d’immense; il a le fumier épique! C’est l’Homère de la
vidange! Il n’a pas assez de majuscules pour écrire le mot de Cambronne. »[…]Il l’écrit avec un grand C, s’écria Mme d’Arpajon. – Plutôt avec un grand M, je pense ma petite… »
Littérature, mais aussi peinture. Il est question de Renoir, de Manet et bien sûr d’Elstir. Mais mon billet est trop long, je vais m’arrêter là.
Agacée du fait que le narrateur soit autant « entiché de noblesse » , je pardonne toutes les longueurs, les généalogies, les règles de protocole pour les pépites amusantes qui me font bien rire. Proust auteur comique, qui me croirait?
C’est une installation d’art contemporainque nous offre l’artiste franco-gabonaise s’inspirant des rituels de deuil des pleureuses punu. Elle met en scène un
« récit de larmes expérimenté lors du décès de mon père à travers les rites d’accompagnement au mort par les pleureuses »
Art total puisque Myriam Minhidou associe la musique à ses sculpture. Comme un long serpent ondulant, une sculpture végétale émet une mélodie vibratoire quand on la caresse. Le visiteur se déplace donc dans une ambiance sonore qu’il crée en intervenant sur la sculpture.
harpes gabonaises
Autre référence musicale : les harpes sacrées conservées dans la tour des instruments du Musée du quai Branly. Elle a transposé la peau de ces harpes en céramique.
argile et sel
Larmes de sel cristallisé et gravées, mémoire des larmes, invitation à la méditation