Le Docteur Pascal – Emile Zola –

LES ROUGON-MACQUART (t. 20) – LECTURE COMMUNE

Pasteur 1886 – Edelfelt

Ce volume termine le cycle des Rougon-Macquart à Plassans là  il avait commencé 25 ans plus tôt.

Pascal, le troisième fils de Félicité, le seul qui ne soit pas monté à Paris faire fortune comme Eugène, le ministre de Napoléon III ou Aristide – Saccard, l’homme d’affaires.  Médecin des pauvres mais dans le livre, il a presque cessé d’exercer et se consacre à la recherche médicale. Il cherche à fabriquer avec des cervelles de mouton, une sorte de panacée qu’il injecte à ses patients pour leur donner des forces. Son remède est-il au point? La visite du médecin et ses injections semble avoir des effets miraculeux. Effet placebo? Il s’avère qu’il injecte de l’eau pure.

« Ce qui avait amené le docteur Pascal à s’occuper spécialement des lois de l’hérédité, c’était, au début, des
travaux sur la gestation. […]mettant surtout en observation sa propre famille, qui était devenue son principal champ d’expérience, »

« Il avait, pour sa famille, d’abord dressé un arbre logiquement déduit, où les parts d’influence, de génération en génération, se distribuaient moitié par moitié, la part du père et la part de la mère. »

Son second axe de recherche s’oriente sur l’hérédité et comme Zola il dresse un arbre généalogique de la famille élargie des Rougon-Macquart assorti de fiches décrivant les caractères de chacun et la transmission possible des tares de la famille : alcoolisme, folie, ou débilité. Les Rougon-Macquart semblent assez nombreux pour fournir un bon échantillonnage. 

Le docteur Pascal a recueilli Clotilde , sa nièce, la fille d’Aristide Saccard qui l’appelle « Maître » et qui l’adore. Evidemment, ils vont tomber amoureux. Mais comme cette liaison presque incestueuse pourrait choquer, Pascal attendra que Clotilde ait 25 ans. Il est rempli de scrupules et renoncera à elle quand il sera ruiné pour qu’elle mène une vie plus confortable auprès de son frère Maxime dont on a fait connaissance dans La Curée. Les histoires d’amour chastes et pures ne sont pas ce que j’ai préféré dans la Série des Rougon-Macquart. Il me semble que Zola excelle dans la méchanceté et le vice et qu’il s’affadit dans la vertu. 

Nous retrouvons de nombreux protagonistes de la saga : l’ancêtre, Adelaïde, centenaire vit toujours dans l’asile des Tulettes. Mutique et desséchée, la folie l’a quittée. Antoine, l’alcoolique s’est aussi assagi, il a sa ferme des Tulettes et coule une vieillesse sereine. Félicité,  toujours aussi manipulatrice,  détient le pouvoir sur la famille. Elle craint que les recherches généalogiques de Pascal ne s’ébruitent et qu’elles ne jettent l’opprobre sur la famille. Pascal, le scientifique libre-penseur est en contradiction avec les convictions catholiques qu’elle professe.

« Veux-tu que je te dise mon Credo, à moi, puisque tu m’accuses de ne pas vouloir du tien… Je crois que l’avenir de l’humanité est dans le progrès de la raison par la science. Je crois que la poursuite de la vérité par la science est l’idéal divin que l’homme doit se proposer. Je crois que tout est illusion et vanité, en dehors du trésor des vérités lentement acquises et qui ne se perdront jamais plus. Je crois que la somme de ces vérités, augmentées toujours, finira par donner à l’homme un pouvoir incalculable, et la sérénité, sinon le bonheur… Oui, je crois au triomphe final de la vie. »

Cependant le personnage de savant positiviste, libre-penseur, apparait un peu faible. Dans Germinal, La Terre, la Bête Humaine, L’Argent, et d’autres… Zola livre une analyse fouillée du milieu dans lequel évoluent les personnages, tandis que Pascal dans son laboratoire est plutôt désincarné. Zola avait il eu connaissances des recherches de Mendel à Brno? Des recherches de Pasteur? La première vaccination contre la rage a eu lieu en 1885, le Docteur Pascal a été publié en 1893

D’autres personnages sont évoqués comme l’abbé Mouret et le Paradou. Maxime avec sa jeunesse dissolue est presque un vieillard alors qu’il n’a pas la quarantaine. Son fils illégitime,  Charles beau comme un ange, est complètement dégénéré. On le confie à la garde d’Antoine et même d’Adelaïde….

Quatre générations de Rougon-Macquart peuplent ce dernier livre, consignés dans l‘arbre généalogique qui est la pièce-maîtresse de l’intrigue. Si l’analyse politique et sociale du Second Empire s’achève avec la Débâcle qui aurait pu être la conclusion de l’histoire. Le docteur Pascal en est plutôt un épilogue ou un post-scriptum. 

C’est une lecture commune donc CLIC sur le lien

Sur la route du Midi , une étape à Beaune

CARNET PROVENCAL (2024)

les Hospices de Beaune

Nous avions prévu de couper  le voyage à Avignon mais nos amis avignonnais ne sont pas disponibles. Le gîte de Marseille n’est loué que demain, samedi, rien ne presse. Pourquoi ne pas passer la nuit à Orange ? Comme l’autoroute est bien roulante, nous choisissons de faire une halte à Beaune passée à nombreuses reprises sur la route du ski ou du midi sans jamais y consacrer une visite.

Les Hospices de Beaune ou Hôtel-Dieu

Je connaissais les toits aux tuiles vernissées colorées. Je suis surprise par les pignons, les pinacles métalliques certains dorés d’autres gris-fer. Une élégante galerie soutenue de fines colonnes court le long du bâtiment ? le puits à margelle de pierre est surmonté d’une ferronnerie très fine.

L’audioguide est compris dans le prix du billet (12€). Le commentaire donne la parole à Nicolas Rolin qui a construit l’Hôtel-Dieu avec sa femme Guigone de Salins. Les fondateurs ont doté l’institution de vignobles de Bourgogne, déjà très réputés, et d’une somme conséquente. Les Hospices de Beaune ont accueilli les malades du XVème siècle jusqu’au XXème. Une maison de retraite occupe encore les lieux historiques. Les bienfaiteurs se sont succédé au cours du temps. Louis XIV a fait une donation pour installer femmes et hommes séparément. Une vente aux enchères de charité des crus prestigieux apporte des sommes bienvenues.

la Salle des pôvres

La Salle des pôvres : on y soignait confortablement les malades nécessiteux dans des lits à l’abri de lourds rideaux formant des alcôves. Au pied de chaque lit, une table de chevet porte un pichet d’étain pour le vin, un gobelet, une écuelle et des accessoires pour les soins. La salle est installée dans la nef de chapelle. Elle n’est séparée du chœur que par un jubé de bois sculpté. Les poutres peintes sont très colorées avec de des engoulants avalant les sablières décorées. L’autel de marbre était surmonté d’un retable peint par le flamand Rogier de la Pasture ( 1399 – 1464) représentant le Jugement dernier. Il n’était ouvert que le dimanche, en semaine seulement des grisailles étaient encadrés par les donateurs Rolin et Guigone. Ce retable fragile est conservé dans une salle obscure avec deux tapisseries – celle de Rolin sur fond rouge avec des oiseaux, des écussons et sa devise « Seule » l’autre tapisserie est fleurie et présente un chevalier agenouillé tenant un beau cheval blanc ?

Hospices de Beaune : retable de Rogier de la Pasture

Les pauvres malades étaient bien nourris. La cuisine se visite. On y voit toute sorte de casseroles, coquemar, vaisselle et un tournebroche triple très curieux. En plus des repas des malades, une distribution de pain blanc était offerte aux nécessiteux de la ville.

La grande salle Saint Nicolas raconte une autre vocation des Hospices : orphelinat et école pour de jeunes garçons qui apprennent un métier tandis que les filles tricotent et cousent ?

La Salle Saint Hugues hébergeait les malades qui payaient leur séjour. Ces hôtes payant étaient dans une salle chauffée par une cheminée tandis que la salle des pôvres n’en avait pas. Les religieuses bassinaient les lits des pauvres avec des bassinoires, bouillottes et chaufferettes.

Pharmacie : laboratoire

Les remèdes étaient élaborés à la Pharmacie dans  son laboratoire aux puissantes cornues. Le pilon  du grand mortier, suspendu, était actionné par un arc. La pharmacie contenait des onguents, poudres, huiles essentielles dans des flacons de verre ou des pots de porcelaine. Un pharmacien de la ville supervisait la confection des pilules et suppositoires par les sœurs.

Le jardin des simples fournissait les plantes médicinales.

Le trafic se densifie après Beaune, la pluie de plus en plus violente. La conduite devient difficile avec les nombreux camions qui projettent un brouillard aveuglant. A Lyon, nous passons sous Fourvière, les vacanciers-skieurs nous ont abandonné pour les Alpes.

Nous atteignons Orange à 17 heures.

 

Daumier, les Parisiens à la Maison de Balzac

Exposition temporaire jusqu’au 31 mars 2024

A l’intérieur de l’omnibus

Si vous ne connaissez pas la Maison de Balzac, rue Raynouard Paris XVIème, c’est une excellente occasion  d’y faire une visite. Choisissez plutôt une journée ensoleillée pour profiter du jardin et de la vue sur la Seine et la rive Gauche. Si vous êtes familier de la Maison de Balzac, c’est une jolie exposition. Daumier est vraiment chez lui parmi les personnages de la Comédie Humaine 

.

Daumier est chez lui chez Balzac même si rien n’atteste qu’ils se fréquentaient. L’esprit caustique, l’observation acérée, le goût du détail… tout les rapproche. 

Daumier peignait aussi!

Basses Terres – Estelle-Sarah Bulle – Liana Levi

LIRE POUR LA GUADELOUPE

« Cependant, le souvenir de la peur et le grand déménagement de l’île s’imprimèrent dans l’esprit des habitants comme si l’éruption avait bien eu lieu. De loin en loin, l’un disait : « Tonton est parti l’année 1976, juste avant l’éruption de la Soufrière

[…]

C’est ainsi que la ville de Basse-Terre, pluricentenaire, qui ne connut aucun dégât matériel, fut profondément blessée par le volcan. »

Basse-Terre  juillet 1976, Eucate, ne quittera pas sa case malgré les injonctions préfectorales et l’évacuation décrétée. Case qu’elle a construit de ses mains  au flanc du volcan et qu’elle occupe avec sa petite fille fantasque,  Anastasie

« La case d’Eucate était une aberration, le béton ne l’ayant même pas effleurée. »

Sur Grande Terre, Elias attend son fils qui vient lui présenter sa femme et ses enfants après une longue absence en métropole. En son honneur, il construira une maison qui va être bien utile…

C’est un bien joli roman qui met en scène plusieurs générations, les anciens gardiens des traditions, les jeunes, citadins et vacanciers. Personnalités contrastées, saveur du parler créole (mais pas trop) …

Sur le cas du volcan se pencheront les spécialistes : Tazieff

Tazieff peut prendre la pose devant un trou fumant à deux mille mètres d’altitude, c’est qu’un autre type est là à le filmer. Ce type prend tout autant de risques, mais lui, personne ne le considère comme un héros.

[…]
Tazieff déclare qu’il ne se passera rien. Il parle de la Soufrière avec une désinvolture presque dédaigneuse : pour lui, c’est à peine un volcan, un tumulus plein de petits halètements, une figurante en comparaison du Krakatoa ou de l’Etna. Une montagnette à la mesure des Antilles, ce chapelet de rochers cousus sur un doigt d’océan. »

et

le nouveau venu, Claude Allègre, l’agace avec ses lunettes de professeur, son ton alarmiste et ses cravates bariolées.

Contre l’avis de Tazieff, les autorités joueront la prudence et évacueront la région de Basse-Terre pour éviter à tout prix la tragédie de la Montagne Pelée. 

Il sera finalement peu question de vulcanologie, j’aurais aimé en apprendre plus.

Si le volcan n’a pas explosé, une autre catastrophe est évoquée dans le livre : le cyclone de 1928 resté dans les mémoires des Guadeloupéens.

Un beau voyage en livre!

Antiquités Orientales au Louvre – Mésopotamie

palais de Khorsabad

Les voyages en Mésopotamie semblent bien compromis, Irak et Syrie peu recommandés pour le tourisme. Le Département d’Antiquités Orientales offre une belle alternative et en plus un voyage dans le temps.

Hommes barbus de Tello

le site archéologique de Tello fut l’objet de fouilles dès 1877 par les archéologues français, identifié à la ville de Girsu, et à Sumer – époque Uruk 3500Av JC a livré de nombreux objets, statuettes représentant des hommes et des animaux ainsi que des sceaux cylindriques d’une grande délicatesse.

 

C’est à Sumer à l’époque d’Uruk que se développe l’écriture cunéiforme. Une vitrine présente la naissance de l’écriture. Les cartels montrent que des idéogrammes peuvent être reconnus: des têtes avec des barbes attirent l’attention sur la bouche et signalent la parole, un œuf la naissance…Des tablettes d’argile renferment des textes mais on écrivait également sur des roches, des galets, des stèles de pierre, des cônes…

sumériens sur une stèle

les sumériens sont bien reconnaissables avec leurs grands yeux, leurs sourcils à la Frida Kalho et leurs jupes de mèches de laine (kaunakes)que j’avais prise pour des plumes.

La salle suivante présente des objets provenant de Mari (2900-2300 av.JC)  cité construite dans une boucle de l’Euphrate dans la Syrie actuelle. Cité circulaire. le Temple d’Ishtar recelait des statues en lapis lazuli, et une mosaïque de coquille nacrée. mari était également un  centre pour le commerce en provenance d’Afghanistan, d’Inde

incrustations de nacre

Trois civilisations se succèdent Akkad (2340-2200 av.JC)Lagash (2150 -2100) et Ur. Dans la salle suivante je découvre des personnages : Naram-sin, le roi d’Akkad avec une merveilleuse stèle de victoire, des représentation du roi Manishturu et sa stèle en forme de pyramide couverte de signes cunéiformes.

Gudéa prince de Lagash

Gudéa prince de Lagash, un prince bâtisseur est représenté assis, debout faisant des libations. Des sceaux racontent toute une mythologie et des légendes le « drame du Nouvel An » avec un dieu-soleil, un dieu-serpent….

Babylone (1894-1589)

Hammurabi(1792-1750) sur sa stèle noire où est gravé le code, rencontre le dieu-soleil Shamash. Il entre en conflit avec le roi de Mari

Les conservateurs nous invitent à suivre Zimri-Lim, le dernier roi de Mari (1775-1761) dans un voyage partant de Mari jusqu’à Ugarit sur la côte méditerranéenne en longeant l’Euphrate et le Khabur. A Ugarit, il rencontre des marchand chypriotes et des Crétois. En 1762, il tombe sous les coups d’Hammurabi, roi de Babylone. D’impressionnantes fresques murales retrouvées dans le palais de Mari donnent une idée de la vie alors. 

Mon voyage en Mésopotamie se termine avec les Assyriens du palais de Khorsabad (717-706 av. JC) et ses bas reliefs géants. 

Pour me changer, je monte à l’étage supérieur où sont suspendues de magnifiques tapisseries du XVIème siècle Les Tapisseries de Scipion l’Africain me rappellent que j’ai oublié de visiter le temple de Tanit de Carthage je redescends pour découvrir une salle consacrée à Bahrein bien étonnante. Je n’en ai pas fini avec les surprises au Louvre! 

De retour à la maison, je sors des étagères le très gros bouquin de   Mazenod L’Art Antique du Proche-Orient ou je retrouve sumériens et assyriens…

Fin de vacances à Essaouira – Marrakech, Guéliz

PLAGES DE L’ATLANTIQUE- MONTAGNE DE L’ANTI-ATLAS

Retour des pêcheur dans le port d’Essaouira

La fin des vacances approche, enregistrement du Vol Royal Air Maroc en ligne de mon téléphone. Il faut surtout confirmer la demande d’assistance à l’aéroport pour Dominique. Une boîte vocale en arabe annonce quelque chose qui doit dire qu’il faut rappeler ultérieurement. Puis après tous ces essais c’est Maroc Telecom qui m’informe que je n’ai plus de crédit ! j’ai épuisé les 20€ payés il y a trois semaines à l’aéroport.

Très facile de recréditer : n’importe quel magasin édite un code de 14 chiffres pour n’importe quelle somme même minime comme 20 dirhams (2€) On compose 555 et on rentre ce code.

Pour l’assistance de Dominique, Philippe connait un responsable à Royal Air Maroc qui fera la demande. Dans l’après-midi, la compagnie m’appelle pour s’excuser du désagrément du bogue.

Au port d’Essaouira, le retour de la pêche est un spectacle. Il y a un monde fou sur le quai où les pêcheurs débarquent les cagettes de poisson. Un très grand filet pourpre est étalé par terre. Près de la porte Bab el Marsa  un véritable marché se tient (différent de la criée réservée aux professionnels). Très pittoresque avec toutes sortes de poissons : sardines, bien sûr, amis aussi petits requins, raies, sabres, bonites, crustacés…

N°5 notre restaurant de sardines

Dans la médina, je cherche des ponces en poterie. C’est plus amusant d’avoir un but. Mais où les trouver, pas avec les poteries vernissées de Safi ou Tamgroute proposées aux touristes. Je trouve dans une boutique qui vend des savons, savons noirs et des poudres d’argile pour le Hammam. Il a fallu que je demande, elles étaient cachées dans un panier.
Je veux aussi offrir un bracelet à Dominique : j’ai trouvé un très simple, mince, juste ciselé discrètement. Pas de prix, pas de marchandage non plus, le bijoutier jette le bracelet sur la balance et annonce 520 dirhams, le poids de l’argent. Je ne m’attendais pas à cette somme que je n’ai pas en espèces.

Nous avions prévu de manger des sardines sur le port. Dès le parking, le placier nous reconnaît. Il nous trouve une place juste derrière le restaurant n°5. Le patron se souvient de l’assiette de sardines que nous avons mangée dans la voiture sur le carton ondulé. Cette fois-ci, nous nous installons sur une belle table bleue à l’avant du petit chalet. Nous choisissons des petites soles et des crevettes, cadeau du patron 2 sardines. C’est servi avec de la salade marocaine (tomate poivron oignons). C’est amusant de voir passer les touristes que les serveurs des différents restaurant essaient d’attirer avec de gros homard. Amusant aussi le manège des mouettes et des chats. Un gros chat jaune perché sur l’auvent élit Dominique et la persécute bien qu’elle ne manifeste aucune volonté à lui céder du poisson et qu’elle le chasse sans aucun résultat. Heureusement, un gamin de 3 ou 4 ans parlant une langue slave, lui jette un peu de son assiette et nous délivre du matou.

Je recommence ma marche sur la plage, au moins deux heures pieds dans l’eau.

De retour à Dar D’Art, Philippe veut prendre sa revanche au flipper mais je préfère profiter des derniers rayons du soleil près de la piscine. Pour diner briouates au fromage, à la viande et aux aubergines puis un tagine de poisson, loup et dorade cuits avec des tomates fraîches, poivrons et citron confit. Crème caramel.

– dernier jour à Essaouira, route vers Marrakech

Pour arriver à Marrakech 176 km et un peu plus de trois heures de route. Nous disposons donc encore d’une belle journée de plage. Détour par Diabat, haut lieu des hippies autrefois. C’est un golf Sofitel. Les golfs me mettent en colère dans les pays souffrant de sècheresse. A plage de Diabat, c’est m’extrémité de celle d’Essaouira où je me suis déjà promenée.Sardines grillées au N°5 .

Juste après prenons la route. On nous avait prévenues, il faut respecter les limites de vitesse ! sur une portion à 100 km/ h un car veut faire la course et colle au coffre de la Citroën en nous poussant. On aurait été mieux inspirées de la laisser doubler. Au premier barrage, PV pour excès de vitesse : 150 DH à payer sur l’heure, reçu fourni écrit manuscritement avec lenteur mais sans application.

L’hôtel Palais Al Baja est très bien situé au Guéliz dans une rue tranquille : parking juste devant l’entrée . C’est un beau bâtiment rose, élégant mais un peu décati. La terrasse est en rénovation, le restaurant est plutôt une cafétéria sans charme. L’accueil est gentil et efficace, il y a bien un ascenseur. Chambre standard, pas très palace, plutôt 2* pour la taille. En revanche le petit déjeuner est offert : à emporter à 4h30 du matin, dans un sac en papier kraft. Un quart d’heure suffira pour rejoindre l’aéroport en passant à côté de La Menara.

Marrakech ThéâtreRoyal

En attendant la nuit, je fais un tour dans le quartier du Guéliz, très agréable, découvre le Théâtre Royal, inauguré en 2001, œuvre d’un architecte tunisien. La Gare a aussi très belle allure. J’aurais bien prolongé la promenade mais la nuit tombe et pour nous elle sera courte : réveil à heures pour être à  l’aéroport.

 

 

Marrakech Guéliz

 

 

Retour à Essaouira – Dar D’Art

PLAGES DE L’ATLANTIQUE -MONTAGNES DE L’ANTI-ATLAS

Sans passer par Taroudant ni la 2×2 voies, route d’Agadir, nous trouvons une route tranquille entre serres et villages. Ecoliers et collégiens vont à l’école à vélo.La rocade d’Agadir nous permet de mesurer l’importance économique de la ville : extension du port et les futures zones logistiques pour l’expédition des fruits et légumes du Souss-Massa, l’Université (faculté des Sciences et de Médecine privée) . Avec les chantiers sur la rocade, il nous faut trois quarts d’heure pour contourner Agadir que nous avions traversée rapidement en passant par les quartiers chics.

A la sortie d’Agadir, des plages. Nous faisons une belle pause à la seconde sur une plage immense que je parcours pieds nus, comme à mon habitude. Des bungalows, des restaurants, quelques lits et parasols (très peu). En revanche les surfeurs sont très nombreux. Ils s’échauffent sur le sable avant d’aller dans les vagues.

Nous retrouvons avec plaisir la route côtière et ses belles vues sur l’océan. Au Cap Rhi le phare et les cabanes construites de bâches en plastique, si petites qu’il nous avait semblé impensable que des humains les occupent. Elles sont pourtant bien habitées. Des femmes cuisinent sur leur kanoun de terre rouge. Des hommes brandissent des sacs en plastique avec quelques dattes ou amandes ?

Après Tamri et ses bananeraies la route monte dans les montagnes.  Le long de la Nationale1, des étals de miel, d’Amelou, d’huile d’argan ou olive, sont abrités sous des parasols. Nous descendons et traversons le gros bourg commerçant de Smimou. 3 km plus loin, sur la gauche nous prenons la petite route côtière P2222 qui nous conduira en corniche à Sidi Kaouki. A côté du panneau « Cascade » des voitures de touristes sont garées et des familles descendent vers la mer. Nous nous arrêtons aussi pour voir cette étonnante « cascade » dans un environnement aussi sec. Pas de ruisseau, ni source, ni cascade en vue, mais une plage en contre-bas. Philippe, du Riad Dar D’Art, recommandera à d’autres touristes cette plage complètement sauvage. Je regrette maintenant de ne pas avoir suivi ces familles. Puisque je suis descendue de voiture, je fais un bout de chemin sur la P2222, très calme entre les arganiers, avec vue sur mer au loin. Promenade très calme et très agréable. Des dromadaires broutent dans les arganiers, ce sont sans doute ceux qui transportent les touristes sur la plage de Sidi Kaouki.

Dar d’Art, 

En fin d’après midi, nous découvrons notre nouvelle maison d’hôte : Dar d’Art, à l’écart de la grande route dans les arganiers et les oliviers. Dès l’entrée, nous comprenons l’appellation Dar D’Art : le patio est encombré d’innombrables sculptures africaines traditionnelles, de sculptures contemporaines hétéroclites et souvent fantaisistes, sièges de coiffeur en skaï orange, mannequin peint aux couleurs vives. Il faut ruser en portant les valises pour ne pas les renverser. Notre chambre est aussi abondamment décorée de tableaux colorés. Il y a tant d’œuvres d’art qu’on ne déballera pas les valises. Elle est très gaie dans les teintes orange des murs au plafond, couvre-lit rouge. Une étrange table basse verre et métal porte trois plateaux qui pivotent mais ne sont pas forcément horizontaux. Attention au plateau du thé d’accueil qui pourrait bien glisser ! Lampadaires modernes, bibliothèques garnies. On hésite entre galerie d’art ou débarras.

Le maître de maison est chaleureux et original comme le lieu. Impossible de s’ennuyer dans une maison pareille. Il y a tant à regarder. Il y a aussi un flipper de bar, qui fonctionne. Philippe, notre hôte, vient nous solliciter pour une partie que je décline (je suis lente et maladroite, la boule disparait à ma grande frustration). Dominique, au contraire gagne trois parties de suite, la revanche sera pour demain.

 

Il y a une très belle piscine en L qui me tente. Glaciale, je ne ferai qu’un court aller-retour sur le petit côté du L, frigorifiée. Elle est dans un jardin d’oliviers, accompagnée de beaux palmiers. En face, le bâtiment d’un étage, en U s’ouvre sur une cour pavée où sont disposées chaises longues, tables et bancs tous vintage. La maison crépie de beige est peinte de motifs africains (lion, éléphant). Un endroit original !

Le dîner est servi dans l’aile qui fait face à notre chambre, où se trouve la cuisine, quelques tables et un coin-salon en creux autour d’une cheminée où brûle un beau feu. Philippe, notre hôte et des clients mangent autour du feu. Dîner en musique : Debussy. Au menu, aubergines grillées à la chair ferme aromatisée avec de l’ail et de la tomate, un tagine de bœuf aux abricots, pruneaux et amandes, un délice. Salade de fruit. Souad est une fine cuisinière.

la Palmeraie de Tioute

PLAGES DE L’ATLANTIQUE – MONTAGNES DE L’ANTIATLAS

Casbah de Tiout

38 km du gîte, au pied des contreforts de l’Anti-Atlas.

Après avoir quitté la route Agadir-Ouarzazate,  la route P109 traverse une plaine déserte puis une zone caillouteuse petite route vers Tioute  5km .

Le gros village masque la palmeraie. Les touristes sont attendus. Au premier croisement, un homme vêtu de l’habit bleu des hommes du désert qui semble être l’uniforme des guides touristique, s’approche. Son insistance nous déplait. Je n’ai pas envie d’un guide, j’ai juste envie d’être tranquille. J’aime le calme des jardins de la palmeraie ; D’un autre côté, les petits jardins et les champs appartiennent à un propriétaire et c’est délicat de se promener chez des particuliers sans leur être présentée. S’il faut marcher sur les petites levées entre les cultures un guide est nécessaire.

Au village suivant (il y en a 7) un homme sur une mobylette nous indique la direction de la Casbah. Il ne fait pas que nous l’indiquer, il nous accompagne jusqu’au sommet de la colline au parking d’n énorme restaurant en ciment. Il ne reste qu’à négocier le prix ; « ce que vous voulez » est très agaçant. Je fixe 200 dirhams pour au moins 2 heures de promenade.

Tiout palmeraie casbah

Je suis donc le guide au pas de course dans la casbah authentique mais bien ruinée. On ne voit plus rien de sa splendeur ; on devine des citernes, une tour de guet. Pas grand-chose si ce n’est une belle ruine dans le paysage. Au pied de la colline des parkings sont aménagés près d’un bassin stockant l’eau d’irrigation. On peut s’y baigner à la chaude saison. La palmeraie est très touristique : on passe par un restaurant sous une tonnelle de bignone rose. L’eau fraîche coule dans de petis canaux. Plus loin un restaurant de plein air, des coussins alignés pour de grandes réunions.

Des murets de pierre, des allées dallées offrent une promenade facile et confortable d’une terrasse à une autre. Un moulin à eau est encore en état de moudre de la farine. Plus loin, il y en a deux autres mais plus ou moins ruinés. Des bougainvillées fleurissent un autre établissement.

Tiout aiguillage de seguias

Des familles marocaines portent des sacs de victuailles et des couvertures pour le pique-nique. Tourisme local du Jour de l’an férié aussi au Maroc. Cette palmeraie est aménagée, je n’avais vraiment pas besoin d’un guide. Ce dernier justifie sa présence en donnant des explications : ici, les gens vivent 50% de l’agriculture, 50% du tourisme, il faut bien que le village vive !  Mohamed fait des efforts pour m’être agréable. il tresse pour moi une feuille de palmier en étoile. Il me montre l’aristoloche avec sa feuille en forme de cœur et ses fleurs en cornet très creux. Dans son verger, il me cueille trois citrons petits mais doux, ce n‘est pas une exagération, il ne sont pas du tout acide et on pourra les déguster à la petite cuiller. Trois récoltes par an pour l’orge, deux pour la luzerne. Ils élèvent des vaches à l’étable. Le labour est fait avec des fait avec des bœufs. C’est un plaisir de voir une palmeraie si bien tenue.

Aristoloche

La promenade n’a duré que 1h45, j’ai donné les 200dh convenus mais pas plus puisque le contrat de 2 heures n’a pas été respecté.

Nous pique-niquons dans un verger d’arganier. Mohamed m’a assuré qu’ils ne sont pas morts et qu’à la prochaine pluie ils « reverdureraient »

A 15h15, nous sommes au pied des remparts de Taroudant. Plus le temps d’en faire le tour (8 km/2h) mais je peux en faire une partie en choisissant un tronçon ancien (Saadiens). J’entre dans la médina par la Porte de la Kasbah qui fait une encoche dans le tracé de l’enceinte pentagonal avec des décrochements. J’arrive dans un quartier tranquille de rues désertes ; je ne prolonge pas trop la promenade de peur de me perdre.

A l’Orient désorienté – Errances Israël – laure Hoffmann – L’Harmattan Poésie(s)

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

;

Quelques semaines après le 7 Octobre, j’ai coché sur la liste de Babélio cet ouvrage dont le titre correspond à mon état d’esprit. Sidération!

Le parcours de l’autrice, de Jérusalem à Tel Aviv, en passant par le Kibboutz me parle. Le poème A mon Orient Désorienté – daté 7 octobre 2023

A l’Orient Désorienté

Ce cri résonne

raisonne puis déraisonne

un cri soleil noir

qui chante en moi

*depuis que j’ai commencé

à comprendre

qu’on ne comprend rien

par petites étincelles

par ouverture béante

de la faille

la blessure originelle

A l’Orient désorienté

ce cri d’impuissance

qui s’élève contre toute intolérance

contre la haine de l’autre

si contre nous tout contre

contre la malédiction de frères ennemis

contre tout racisme toute xénophobie

tout apartheid toute guerre

de religion – le pire obscurantisme

au nom de la lumière

….

Comment ne pas souscrire à ce cri!

Mais est-ce poésie? Est-ce le temps de la poésie? J’ai plus envie de hurler que d’élégies, de fleurs de soleil. Comment dire le déchirement?

Taroudant – Souk du Dimanche – place Assaragh

PLAGES DE L’ATLANTIQUE – ANTI-ATLAS

Les remparts de Taroudant

Dimanche : jour du Souk à Taroudant qui se tient à l’extérieur des remparts de l’autre côté de l’Oued. On vend tout ce qu’on peut imaginer : des vêtements, fripes mélangées, des épices, des dattes, des graines, des légumes frais en vrac ou bien disposés en bottes d’oignons ou en  tas de carottes, des animaux vivants, poussins tassés dans des enclos en carton ondulé, chevreaux attachés ensemble par deux ou par trois, moutons debout ou couchés pattes liées(mauvais présage), un âne à l’arrière d’un pick up…Et un vacarme ! Certains vendeurs nous assourdissent, une sono installée dans la camionnette.

Souk bottes d’oignons

Tout autour des centaines de vélos. Ils ne sont pas à vendre, ils sont cadenassés. C’est le parking ! Très peu de voitures. Le long de la route de Tamaloukt cela continue. On a étalé tout un fourbi : outils de jardinage neufs, vieilles serrures, filets de toute maille et de toute couleurs. Nous aurions besoin d’une sangle pour la valise ; il y en a tant qu’on veut sauf que ce sont des sangles pour le chargement des ânes. Les vendeurs des rues sont venus avec leurs charrettes à bras chez les « grossistes ». On se cogne, on se pousse, au milieu des allées « Balek ! »

Souk épices

 

nous faisons une incursion dans la Médina en voiture jusqu’à la place Assaragh. Le GPS nous y conduit. Mais le parcours en labyrinthe est stressant. Il y a, certes, des voitures, mais aussi des carrioles tirées par des ânes, des calèches et des chevaux, des vélos et mobylettes, des portefaix, des charrettes à bras couvertes d’oranges ou d’oignons ? Sur les trottoirs des marchandises sont étalées si bien que les piétons marchent tranquillement sur la chaussée déjà bien encombrée. Le GPS claironne « à gauche à 150 m » « à droite à 20 m » on ne voit même pas de rue, cauchemardesque. Et pourtant un vaste parking est prévu, très bien organisé : placiers en gilets jaunes, consignes pour les vélos et colis, même des toilettes. Payant mais très raisonnable.

Taroudant les calèches place Asseragn

La place Asseragh est un vaste rectangle. En son centre des arbres touffus donnent de l’ombre sur les bancs très occupés. Assis par terre, des musiciens. Sur les deux grands côtés, les terrasses des cafés et des restaurants. Les petits côtés sont occupés par des boutiques et des banques. A l’ombre les cafés sont bondés. Au soleil personne. Public masculin exclusivement, pas une femme. Sur els ardoises les menus sont écrits en français, pour les touristes, je suppose. Les calèches tournent.

Pour le Réveillon de la Saint Sylvestre Claude et Isabelle ont invité des musiciens. Au dîner, tous sont conviés, les clients(nous), les amis de nos hôtes, le personnel au grand complet avec leurs enfants. Tous à la même table. En face au fond, un buffet. Près de l’entrée des coussins, pour les musiciens. Il reste même de la place pour une piste de danse.

A l’apéritif, champagne, foie gras et pizzas coupées en petits carrés. Verrines de mousse d’avocat, mousse de betterave -une découverte – avec du citron vert et des feuilles de menthe, c’est à la fois acide, sucré parfumé et très joli, verrine d’aubergine grillées.

Les musiciens arrivent, djellabas jaunes brodées, calots assortis. Ils devaient être quatre, ils arrivent à huit. Première prestation sans instruments, seulement voix, frappant des mains et des pieds. Ils dansent en ligne et nous invitent à participer. Je me lève et me ravise, c’est un peu incongru, ces hommes dansent entre eux (et très bien) je ne me sens pas à ma place. D’ailleurs, les autres femmes resteront assises alors qu’hommes et enfants se défoulent.

Dîner : autre buffet poulet grillé, la harissa est dans des demi-citrons verts, briouates minuscules, seffa : vermicelle sucré-salé décoré de cannelle et d’amandes . Petites pastillas rondes individuelles, le poulet aux amandes est emballé dans des feuilles de brik très fines, légères délicieuses.

Je  n’ai vraiment plus faim, j’ai négligé les lentilles alors que j’adore cela et je laisse les tartelettes très appétissantes pour terminer par la mousse au citron rafraîchissante.

Entre chaque service les musiciens mangent entre eux.

Réveillon : gnaouas

Ils reviennent avec leurs instruments. L’un d’eux accompagne le repas avec son oud. Puis els autres arrivent avec des crotales qui suppléent aux applaudissements. Un guembri est même électrifié : c’est un instrument à corde avec une caisse de résonnance rectangulaire. Plusieurs tambours. Musique et danse, au début? nous ne prêtons aucune attention aux paroles. Nous appelons Brahim 10 ans le fils d’Abdou pour traduire. « C’est du français ! » Ce Labalaba répété comme une incantation c’est tout simplement « là-bas ».

Ils dansent, le sol vibre, nos chaises aussi. Ils grimacent s’amusent. Tous se prêtent volontiers à leurs jeux très bon enfant. A propos d’enfants, le petit de 5 ans fait une démonstration de danse très amusante puis se prend au sérieux, joue sérieusement à la vedette, il devient suffisant et prétentieux.

Quel beau Réveillon ! Claude et Isabelle ont vraiment bien fait les choses. Tout a été parfait.