Taroudant : Vallée des Cédrats

PLAGES DE L’ATLANTIQUE – MONTAGNE DE L’ANTI-ATLAS

Vallée des Cédrats

Nous nous laissons guider jusqu’à la route d’Agadir, une 2×2 voies, presque une autoroute.  Selon le GPS nous devrions trouver la P1714, introuvable. Même les policiers qui tiennent le barrage à la sortie de la ville ne la connaissent pas.

6.3 km de la sortie de Taroudant sur la gauche dans un village à travers  une plaine presque vide, très poussiéreuse, très sèche parcourue par un oued invisible. Des cultures entourées de bâches : contre le vent ? la poussière ? le sable s’accumule à la base du tissu. A l’intérieur de ces enclos, des vergers, oliveraies, orangeraies.

Vallée des Cédrats charbonniers

La plaine fume, des cônes aplatis sont brûlés par des charbonniers. Ils préparent des tas de bois. Cette quantité de bois mort m’attriste : ce sont les arbres morts de la sécheresse.

Des bâtiments carrés très bas, en pisé, sont dispersés dans la plaine. les champs autour sont bien poussiéreux, abandonnés depuis longtemps. Les fermes sont vides.

Une curieuse montagne est surmontée d’un cube évidée par une carrière, sur les flancs traînent des blocs inutilisables.

Vallée des Cédrats : vu du col, les gorges

A Assads, une route grimpe dans la montagne au-dessus d’un ravin impressionnant. Où mène-t- elle ? Toute neuve, Googlemaps ne la connaît pas .  En haut, elle s’arrête net et devient une mauvaise piste. Deux mobylettes descendent à notre rencontre, venant  de Toufelaazet – nous y sommes passées en venant de Tafraout sur la P1723 . Au col la vue est saisissante sur des gorges étroites, des montagnes très resserrées. Est-ce cela la Vallée des Cédrats ? De cédrats je ne vois rien du tout, seulement quelques arganiers. Les cédrats sont des espèces de citrons à peau très épaisse et à forme bizarre qui poussent sur des citronniers (on en a vu au Cap Corse) Rien ici qui évoque des agrumes.

Vue de la route : le village de Tamguimsift ,

Je descends à pied cette route, découvre les villages blottis dans la vallée avec leurs petites mosquées roses et blanches, leurs imposantes kasbahs aux tours crénelées, les maisons de terre. Une piste les relie à Assads , au bout le dernier village est Tamguinsift. Côté montagne, un agadir coiffe un piton inaccessible. Imprenable, mais comment les villageois y apportaient-ils leurs richesses ? Il a au moins trois étages, peut-être quatre. La descente est une promenade très agréable et facile. La montagne est si haute que la route est dans l’ombre même à midi. Au village d’Assads, nous empruntons la piste qui conduit au fond de la vallée. Arrêt pique-nique près de la kasbah, haut édifice aux murs de pisé et aux quatre tours crénelées carrées plutôt trois parce que la quatrième s’écroule. Le portail est fermé, visite impossible mais de belles portes à admirer.

Un kilomètre plus loin, la piste est encore carrossable Dominique me rejoint avec la voiture. Petite mosquée rose, murs des maisons blancs. A la base ils sont enduits de ce bleu répandu au Maroc et jusqu’en Egypte réputé faisant fuir les insectes. Pratiquement pas de parpaing. Silence, jusqu’à l’appel du muezzin.

Assads mosquée et kasbah

La piste continue jusqu’à Tamguinsift. J’avais remarqué une installation de panneaux solaires sur le toit d’un bâtiment rouge sang. C’est le poste de traitement des eaux. Une porte a un écriteau : « station de pompage », une autre « javellisation ». A l’entrée un grand panneau aux couleurs Amazigh souhaite la bienvenue. Le village est tout en pisé, très beau. Plus loin, des bergeries contre la falaise, les murs coiffés de fagots épineux. A la sortie du village, la piste devient sentier. C’est sans doute le chemin du « Parc » indiqué par GoogleMaps ; peut-être nous y trouverions-nous les fameux cédrats ? Seule, je n’ose pas continuer.

La Débâcle – Emile Zola

LES ROUGON-MACQUART (t. 19)

Avec La Débâcle se termine cette Chronique du Second Empire, commencée avec La Fortune des Rougon à Plassans à la suite de la Révolution de 1848. 

Nous retrouvons Jean Macquart, le fils d‘Antoine, le frère de Gervaise, le Caporal de La Terre, jeune apprenti menuisier, puis soldat de Solférino, paysan à Rognes qui a échappé aux tares des Rougon-Macquart, alcoolisme et folie, personnage sympathique et droit. Réengagé dans le 106ème régiment. 

La Débâcle commence près de MulhouseDans l’escouade, Lapoulle, un colosse, Chouteau le peintre , Pache le calotin, Loubet, le cuistot, Gaude le clairon et Maurice Levasseur, un jeune avocat qui détonne un peu parmi ces rustres. Pendant le premier quart du livre, le 106ème marche sans combattre, ordres et contrordres, de Belfort à Mulhouse, d’Altkirch à Reims et finalement à Sedan, pas un Prussien, pas une cartouche tirée, des marches épuisante et souvent pas de ravitaillement. L’optimisme du début s’épuise. La légende napoléonienne, Solférino, ne tiennent plus devant l’organisation des Prussiens. De reculades en défaites, le ventre creux, l’escouade se traîne et la lecture me paraît bien longue. j’ai bien failli les abandonner. 

« Justement, j’en ai assez !… Est-ce que ce n’est pas à pleurer des larmes de sang, ces défaites continuelles, ces
chefs imbéciles, ces soldats qu’on mène stupidement à l’abattoir comme des troupeaux ?… Maintenant, nous
voilà au fond d’une impasse. Vous voyez bien que les Prussiens arrivent de toutes parts ; et nous allons être
écrasés, l’armée est perdue… »

C’est autour de Sedan que se joue la bataille. Dans les villages des environs et dans la ville pour les civils, des relations de Maurice qu’on apprend à connaître : sa sœur jumelle Henriette et son mari Weiss, monsieur Delaherche, le patron d’une fabrique qui abritera avec le carnage une ambulance. C’et aussi à Sedan que l’Empereur va capituler. Le roman prend un rythme nouveau et la lectrice est captivée.

C’est aussi l’histoire d’une amitié, de deux frères d’armes Jean et Maurice qui se soutiennent

« N’était-ce point la fraternité des premiers jours du monde, l’amitié avant toute culture et toutes classes, cette amitié de deux hommes unis et confondus, dans leur commun besoin d’assistance, devant la menace de la nature ennemie »

Et cette amitié soutiendra le cours du roman.

Puis, le lendemain, c’était le 4 septembre, l’effondrement d’un monde, le second Empire emporté dans la débâcle de ses vices et de ses fautes, le peuple entier par les rues, un torrent d’un demi-million d’hommes emplissant la place de la Concorde, au grand soleil de ce beau dimanche, roulant jusqu’aux grilles du Corps législatif que barraient à peine une poignée de soldats, la crosse en l’air, défonçant les portes, envahissant la salle des séances, d’où Jules Favre, Gambetta et d’autres députés de la gauche allaient partir pour proclamer la République à l’Hôtel de Ville, tandis que, sur la place Saint-Germain-l’Auxerrois, une petite porte du Louvres’entr’ouvrait, donnait passage à l’impératrice régente, 

C’est la fin de l’Empire, l’avènement de la République, le siège de Paris et la Commune. Maurice et Jean se retrouve dans les camps opposés, Maurice qui a passé l’hivers et le printemps à Paris se bat sur les barricades des Communards tandis que Jean est dans l’armée régulière du côté des Versaillais. Ils se retrouvent dans Paris en feu

« Paris brûle, rien ne restera… Ah ! cette flamme qui emporte tout, qui guérit tout, je l’ai voulue, oui ! elle fait la bonne besogne… Laissez-moi descendre, laissez-moi achever l’œuvre d’humanité et de liberté… »

Zola est vraiment un conteur, de ce roman de guerre qui aurait dû me rebuter il a fait un une

Promenade à Afensou – Haut Atlas

PLAGE DE L’ATLANTIQUE – MONTAGNES DE L’ATLAS

Haut Atlas : sous les maisons de terre blanches les baches cachent les abris des sinistrés du séisme

Claude a téléphoné à Tami, le guide qui travaille avec les clients des Trois Paons, et a conclu pour 800 dh une promenade de la journée dans le Haut Atlas.

10h30, nous quittons Les Trois Paons par l’allée couverte de bambous formant un tunnel le long des murs de la Gazelle d’Or – hôtel prestigieux où Chirac, Catherine Deneuve et d’autres étaient des habitués. Nous contournons Taroudant par ses remparts : les plus anciens datent des Saadiens (vers 1515) protégeaient la citadelle des armées espagnoles et portugaises. L’enceinte complète comporte 19 bastions et 130 tours. Certaines parties ont été restaurées récemment (subventions françaises Chirac) . le récent séisme de septembre 2023 a fragilisé la muraille et on a édifié des échafaudages.

Nous reprenons la grande avenue bordée de palmiers et d’immeubles récents, passant devant le Centre Culturel et l’Université, quartier destiné aux Roudanis plutôt favorisés et aux fonctionnaires qui ont un salaire fixe. La route de Tamaloukt file plein nord le long des vergers de Domaines (royaux), puis d’une mine de phosphate exploitée par des Espagnols, on voit des camions et de la poussière blanche.

Au village de Tamaloukt nous constatons les destructions du séisme : une maison en béton a glissé de ses fondations.

La route monte ensuite en lacets vers le Barrage Sidi Abdellah dont le remplissage récent n’est pas terminé.

Les couleurs du Haut Atlas sont extraordinaires : les couches se succèdent en passant du rouge à l’ocre puis au blanc et au rose. A l’horizon, les crêtes sont bleues ou grises. De petits arganiers plutôt de la taille d’un buisson sont verts tandis que les grands arbres sont morts. La sécheresse est très préoccupante. Tami ne minimise pas la tragédie pour les paysans. Que deviendront-ils sans leurs olives et leurs arganiers ?

Nous avons pris de l’altitude et dans le creux de la vallée je découvre une palmeraie. Sous les hauts palmiers, les petits champs de luzerne ou d’orge sont vert vif. Miracle de l’eau et des oasis !

La route a aussi beaucoup souffert du séisme et du passage des camions. Par endroits, le goudron a disparu. La piste poussiéreuse est constellée de rochers éboulés de toutes tailles qui ont dévalé la pente. Deux véhicules peuvent à peine se croiser Un groupe d’hommes avec des seaux en caoutchouc de pneus tente de déblayer les bas-côtés. Ils ramassent les pierres, poussent les rochers. Ils travaillent bénévolement, tentent de rendre service. La solidarité n’est pas un vain mot chez les Berbères. Quand nous redescendrons, il ne restera plus qu’un vieil homme à qui le guide donnera quelques dirhams, je viderai le porte-monnaie de mes pièces. « Il faut aider ce vieil homme » dit Tami. « il n’a rien et vient travailler pour son village »

Haut Atlas, après le séisme

Sur la route des femmes cheminent avec leur bourricot qui transporte toutes sortes de chargements dans des paniers bien remplis. Elles sont enveloppées de voiles colorés. Toutes ont les cheveux couverts d’un foulard mais personne ne se cache comme autour de Tafraoute. Je suis étonnée de l’extension de la zone berbérophone ainsi que par leur langage mélangé. Tantôt je capte un mot français ou arabe, tantôt rien du tout. Etonnée aussi de la proportion de femmes dehors ; les enfants sont à l’école, certains vieillards aux champs ou au café, on voit très peu d’hommes en âge de travailler. Sauf quelques jeunes sur des mobylettes.

haut Atlas palmeraie

La route surplombe la palmeraie. Pour la touriste c’est toute une fête des couleurs : vet foncé des palmiers, gris-vert des oliviers, jaune et orange des grenadiers et même de quelques peupliers sur els bords de la rivière.

Au village d’Afensou, Tami gare la voiture à la fin du ruban de ciment qui tient lieu de route. Franchissant une porte, nous sommes dans la cour d’une grosse maison rouge – inhabitable après le tremblement de terre. Les gens vivent dehors sous des tentes en tout genre : blanches carrées, des abris cubiques faits de bâches plastiques renforcées par des roseaux et des canisses. On a aussi installé des préfabriqués en dur (genre Algéco). La terrasse du restaurant est en plein air : canapés tables. La cuisine est dans un cubé évidé auquel il manque la façade. C’est là que Tami emmène les touristes déjeuner. Mais je n’ai pas prévu de m’arrêter et cela arrange bien le guide qui a des clients plus tard dans l’après-midi. Après les salutations d’usage, nous quittons les femmes du restaurant, jeunes et souriantes, passons au ras des algécos et traversons un verger d’oranges. Tami m’en cueille une pour m’en faire cadeau. Nous cheminons sur de petites levées qui limitent les champs de luzerne. Certaines parcelles ne sont pas cultivées. Je remarque des rangées de piments (pour la harissa) un rang de des rangs de pois et des pommes de terre. L’eau court dans de petites rigoles. Le séisme a fait naître de nouvelles sources. L’eau est partout, joyeuse effaçant un peu le tragique des ruines. J’avais imaginé des rangées de tentes comme dans les camps de réfugiés, ici on bricole un abri dans son jardin, ses champs ou les oliveraies et la vie continue. Ils doivent avoir bien froid la nuit !

Le sentier passe sous des oliviers centenaires. Une trace de peinture bleue indique que les olives de cet arbre sont à la disposition de la communauté en l’absence de son propriétaire. Encore la solidarité villageoise s’exprime. On ne peut pas imaginer qu’il en soit autrement : comment vivre si la maison est écroulée dans les deuils et les ruines s’il n’y a pas d’entraide entre voisins.

Le circuit de la promenade arrive à un point de vue au-dessus de l’oued. L’eau est canalisée à mi-hauteur dans des seguias cimentées ressemblant aux levadas de Madère. On descend ensuite dans le lit du torrent tapissé de galets colorés – mes préférés sont les verts. Dans l’eau des plantes à feuilles rondes ressemblent à du cresson : Véroniques des Ruisseaux selon Plantnet. A mon habitude, je rcense les plantes rencontrées : la vigne qui a grimpé sur les branches d’un grand arbre, des caroubiers, des grenadiers avec de minuscules grenades séchées, des figuiers bien verts près de l’eau. Un pistachier lentisque – le premier vu depuis notre arrivée (à nos autres voyages au Maroc, ils étaient très communs), des ronces, de la salsepareille. Les villageois ont abandonné de très grosses courges de près d’un mètre de long sur le bord des chemins.

Haut Atlas oued séguias

Trois jeunes gens sont venus pique-niquer sous les oliviers ; Ils montent une caméra sur un trépied. Tami les interpellent. Ils préfèrent parler Anglais plutôt que Français, l’un d’eux apprend l’Allemand pour étudier en Allemagne. Tami prend des cours de langue en ligne. Encore une fois, je constate la régression de la langue française, pas Tami qui voit la solution des études  au Canada. Je butte sur un emballage rouge : du malathion. On a beau cultiver à la houe ou faire tirer la charrue par un âne, les légumes et les fruits ne seront pas bio pour autant !

Fin de la randonnée : nous retournons au restaurant. Les deux femmes nous offrent du thé à la citronnelle, froid mais délicieux.

Sur la route du retour, Tami prend en stop une veuve dont le mari a trouvé la mort dans le séisme qui va à Agadir chez sa fille pour réclamer les aides qui tardent à arriver. Je ne comprends rien de ce qu’elle raconte mais elle a l’air très remontée.

Retour au gîte à 15h15, Tami va prendre en charge ses autres clients. 8oo dirham pour une demi-journée c’est quand même bien cher !

 

 

 

 

Métro – Le Grand Paris en Mouvement – Cité de l’Architecture

Exposition temporaire du 8/11°2023 au 2/6/2024

maquette de la Gare de Saint Maur Créteil

Le chantier de la Ligne 15 passe tout près de chez moi. Derrière les palissades, impossible de deviner tout le remue-ménage  A la station Créteil-Echat les travaux sont gigantesques, mais bien cachés. J’attends avec impatience la mise en service de la ligne qui me permettra de rejoindre en 15 minutes le Pont de Sèvres et l’Ouest de Paris. Actuellement il me faut près de 2 heures. On nous l’avait promis pour les Jeux Olympiques, mais il ne faut pas rêver! 

Partisane des transports en commun, détentrice du Pass Navigo, je milite depuis longtemps pour l’évitement des déplacements en voiture individuelle en ville (sauf pour ceux qui n’ont pas le choix, handicapés ou secours d’urgence, médecins…)

Très motivée donc pour aller voir l’exposition au Trocadéro.

la partie 1  est historique et nous renvoie 150 ans en arrière, aux pionniers du métro à Londres 1863, à un très curieux métro pneumatique à New York 1870-1874, aux projets variés de métro suspendus ou Elevated Railway d’Edison …

A Paris, c’est l’Exposition Universelle de 1900 qui a lancé le Métropolitain de Fulgence Bienvenüe, la ligne 1, alors Porte Maillot-Vincennes fur mise en service en juillet 1900. L’exposition présente alors photos des travaux, plans, maquettes. Des prouesses techniques sont expliquées comme le franchissement de la Seine avec la méthode du bouclier(1927-1931).Le sous-sol de Paris est déjà très occupé par les égouts mais surtout par de nombreuses carrières. Les ingénieurs ont du composer avec les difficultés. 

les travaux du creusement de la ligne 1 rue de Rivoli

Les carrières de Gypse autour des Buttes Chaumont exigèrent des prouesses techniques pour la Station Danube : des piliers furent alignés le long de la Rue du général Brunet pour asseoir la ligne sur des sédiments solides. La station Abbesses si profonde qu’on l’a surnommée « abysses ». A Opéra 3 lignes passent dans des alluvions imbibées d’eau des plafonds métalliques doivent séparer les lignes, jolie maquette.

Le Réseau Express Régional (RER) entre en service en 1965

la partie 2 : Le Grand Paris Express

en projet 200 km de lignes automatiques et 68 gares

Un travail titanesque avec une quantité de déblais de 47 millions de tonnes Nous voyons circuler ces camions bâchés remplis de sédiments. Où vont-ils?

L’exposition présente deux projets : une œuvre de Land art : Les Yeux vus du ciel à Villeneuve-sous-Danmartin (77)  Immense Géoglyphe que les passagers des avions atterrissant à Roissy peuvent déjà deviner. Vous avez dit Land Art? 

La Fabrique Cycle Terre à Sevran utilise les déblais pour fabriquer des matériaux de construction géosourcés en fabriquant des blocs de terre comprimés destinés au bâtiment.

Les escalators de la Gare deVitry, on descend dans une grotte

L’Archipel présente une sélection de 16 gares avec maquettes, panneaux, photos. Chacune a été conçue en tandem Architecte-artiste, intégrant la gare dans le paysage, dans l’activité et l’histoire du quartier. j’ai cherché celles des stations proches Saint Maur-Créteil, Vitry, Créteil l’Echat

Vitry fresque

J’attends avec l’impatience le moment où je pourrai découvrir toutes ces gares avec les œuvres d’art associées!

En attendant je vous propose une lecture : Les Passagers du Roissy-Express de François Maspéro.

 

 

La Vallée des Lazhars -Soufiane Khaloua – Agullo

LIRE POUR LE MAROC

Amir, fils d’immigrés marocain arrivés en France dans les années 60, raconte à sa petite fille l’histoire de la famille marocaine de son père : il choisit une anecdote : l’histoire d’Haroun Ayami, son cousin préféré, son presque jumeau.

Amir n’est pas retourné au bled depuis 6 ans. Jeune adulte, il retourne dans la Vallée des Lazhar, non loin d’Oujda, près de la frontière algérienne. ll comprend assez d’arabe pour la vie quotidienne mais est incapable de soutenir une conversation. Il a aussi perdu les codes sociaux qui régissent les rapports familiaux, qui saluer, qui embrasser…

« C’était une des incohérences de notre situation, quand nous allions au pays, l’été. En un mois, on s’habituait aux gens, on devenait proches d’eux, comme s’ils faisaient partie de nos vies, comme si on faisait partie des leurs.
En réalité, ça n’était pas le cas. Chaque été, on les retrouvait changés, ils avaient évolué, nous aussi, et l’on devait s’adapter comme si l’on rencontrait de nouvelles personnes. Je ne pouvais pas faire entièrement partie de la vie des Lazharis, parce que la vie, c’était ce qui s’écoulait entre mes séjours ici, en mon absence. »

Sa cousine Farah se marie, ce mariage va réunir les deux clans ennemis : les Ayami et les Hokbani qui se partagent les terres de la Vallée des Lazhars. Ayami et Hokbani se jalousent se haïssent, rivalité dont la raison s’est perdue dans la nuit des temps. Les fêtes réunissant ces deux clans se déroulent sous tension. L’hospitalité traditionnelle dicte ses lois, mais la moindre étincelle risque de déclencher la catastrophe.

« Cette hospitalité est notre unique titre de noblesse. Elle nous permet de haïr sans jamais en venir au meurtre. Les Ayami ont cette noblesse, et les Hokbani aussi. C’est ça, être lazhari. »

L’arrivée d’Haroun, disparu depuis 3 ans, frère de la mariée, le cousin préféré d’Amir, va transformer les vacances pour Amir. Fasciné par le jeune homme séduisant, beau garçon, danseur, souvent provocateur, le jeune franco-marocain va retrouver sa place dans les rapports familiaux à la suite de son cousin.

Amir est aussi fasciné par une jeune fille Hokbani, Fayrouz. Il devient le rival d’Haroun amoureux de Fayrouz depuis le lycée. Je vous laisse découvrir cette histoire d’amour sans divulgâcher…

Recherche d’identité pour ces franco-marocains, transmission familiale, histoire d’amour, traditions rurales. Des thèmes forts qui forment la trame de ce roman très agréable à lire.

L’Argent – Emile Zola

LES ROUGON-MACQUART t18

Si je ne m’étais pas lancé le défi de lire tous les livres des Rougon-Macquart dans l’ordre j’aurais abandonné au milieu L’Argent qui n’est pas à la hauteur de La Bête Humaine (t.17) ou de Germinal que j’ai lus récemment. 

Le héros est Saccard, le frère du puissant ministre de Napoléon III (Son Excellence Eugène Rougon).  J’ai assisté à son ascension dans La Curée spéculant sur la construction du Paris haussmannien, maître d’un hôtel particulier au Parc Monceau, mari de Renée qui a pris pour amant son fils Maxime. Je le retrouve ruiné, veuf à nouveau, locataire de la Princesse d’Orviedo, rue Saint Lazare. 

La princesse, dévote, dilapide sa fortune (mal acquise par son mari) en œuvres de charité. Elle loue un appartement à Madame Caroline et son frère, l’ingénieur Hamelin qui reviennent du Proche Orient.

Saccard, à l’affut d’un nouvel élan  pour rebondir, va se saisir des projets de l’ingénieur :  développement des transports (compagnies de paquebots unies dans la Méditerranée, réseau ferroviaire dans l’empire ottoman, exploitation d’une mine d’argent au Carmel. Et pour financer cette entreprise colossale : il fonde une banque La Banque Universelle.

Saccard organise une énorme spéculation boursière. Occasion pour Zola de nous expliquer en détail comment fonctionne la Bourse de Paris, bâtiment, corbeille, coulisse, boursiers, agents de change, remisiers, coursiers, mais aussi toute une faune « pieds humides » récupérant les valeurs déclassées. Le lecteur apprend tous les mécanismes haussiers, baissiers, le « jeu » des spéculateurs. Ce serait passionnant, mais c’est aussi long, répétitif.

 » il avait contre le juif l’antique rancune de race, qu’on trouve surtout dans le midi de la France; et c’était
comme une révolte de sa chair même, une répulsion de peau qui, à l’idée du moindre contact, l’emplissait de
dégoût et de violence, en dehors de tout raisonnement, sans qu’il pût se vaincre. Mais le singulier était que lui, Saccard, ce terrible brasseur d’affaires, ce bourreau d’argent aux mains louches, perdait la conscience de lui-même, dès qu’il s’agissait d’un juif, en parlait avec une âpreté, avec des indignations vengeresses d’honnête homme, vivant du travail de ses bras, pur de tout négoce usuraire. Il dressait le réquisitoire contre la race, cette race maudite qui n’a plus de patrie, plus de prince, qui vit en parasite chez les nations, feignant de reconnaître les lois, mais en réalité n’obéissant qu’à son Dieu de vol, de sang et de colère; et il la montrait remplissant partout la
mission de féroce conquête que ce Dieu lui a donnée, s’établissant chez chaque peuple, comme l’araignée au
centre de sa toile, pour guetter sa proie, sucer le sang de tous, s’engraisser de la vie des autres. Est-ce qu’on a
jamais vu un juif faisant œuvre de ses dix doigts? est-ce qu’il y a des juifs paysans, des juifs ouvriers? Non, le
travail déshonore, leur religion le défend presque, n’exalte que l’exploitation du travail d’autrui. Ah! les gueux!
Saccard semblait pris d’une rage d’autant plus grande, qu’il les admirait, qu’il leur enviait leurs prodigieuses
facultés financières, cette science innée des chiffres, cette aisance

 

Surtout, cédant aux préjugés de l’époque, de longs paragraphes antisémites sont insupportables. Comment, Zola, l’auteur de J’Accuse, le défenseur de Dreyfus a-t-il pu écrire de telles horreurs? Et moi, lectrice du XXIème siècle, même en contextualisant dans l’époque, suis-je obligée de m’infliger de telles lectures? J’hésite à poursuivre la lecture. Mais je veux comprendre.

Chronologie : L’Argent a été publié en 1891, Dreyfus condamné en 1894, J’accuse 1898. Dès Mai 1896 il avait publié un article Pour les juifs.

Zola, écrivain naturaliste, ne met pas de gants quand il raconte une histoire, il fait parler les blanchisseuses crûment ou les ouvriers comme des ouvriers, les prostituées  comme des prostituées, soucieux de vérité. Si l’antisémitisme caractérisait le vocabulaire des contemporains vivant autour de la Bourse il ne va pas édulcorer leurs propos. 

Par ailleurs, l’opposition entre  la « banque juive » la Banque Universelle de Saccard se présentant comme banque catholique, même catholique-ultra quand Saccard s’oppose à son frère est le ressort de l’action, le ressort de la bataille boursière qui va conduire à la spéculation effrénée puis à la faillite de la Banque Universelle. Le dévot et naïf Hamelin voit dans l’entreprise au Proche Orient une sorte de Croisade avec pour but final le couronnement Jérusalem du Pape (rudement secoué à cette période par les guerres italiennes et l’unification de l’Italie) . Pour réunir des actionnaires modestes, Saccard va jouer sur la fibre catholique et l’opposition aux financiers juifs. Les petits porteurs qui seront finalement ruinés croyaient faire acte de dévotion en consacrant leurs économies à la Banque Universelle. 

C’était la nouvelle Croisade, comme elles disaient, la conquête de l’Asie, que les croisés de Pierre l’Ermite et de Saint Louis n’avaient pu faire
,

 

Et la croisade des femmes surtout triomphait, aux petites réunions intimes de cinq heures, aux grandes
réceptions mondaines de minuit, à table et dans les alcôves. Elles l’avaient bien prévu Constantinople était prise, on aurait bientôt Brousse, Angora et Alep, on aurait plus tard Smyrne, Trébizonde, toutes les villes dont l’Universelle faisait le siège, jusqu’au jour où l’on aurait la dernière, la ville sainte, celle qu’on ne nommait pas,

L’histoire, c’est celle de Saccard, personnage odieux, mais c’est surtout celle de l’Argent corrupteur, l’Argent et le « jeu » qui dénature les relations humaines qui fait refuser aux Maugendre de donner à leur fille Marcelle quelques centaines de francs qui empêcheraient la saisie par les huissiers du mobilier du ménage, qui fait rater le mariage de Nathalie par son père espérant un gain plus important…qui fait perdre toute raison critique à des personnes pourtant incorruptibles comme la Princesse Orviedo ou l’ingénieur Hamelin.

Madame Caroline, garde un moment ses distances avec l’Argent corrupteur

« Ah! l’argent, cet argent pourrisseur, empoisonneur, qui desséchait les âmes, en chassait la bonté, la tendresse,
l’amour des autres! Lui seul était le grand coupable, l’entremetteur de toutes les cruautés et de toutes les saletés humaines. A cette minute, elle le maudissait, l’exécrait dans la révolte indignée de sa noblesse et de sa droiture de femme. D’un geste, si elle en avait eu le pouvoir, elle aurait anéanti tout l’argent du monde, comme on écraserait le mal d’un coup de talon, pour sauver la santé de la terre. »

la réponse de Saccard aux objections de Caroline :

« Comprenez donc que la spéculation, le jeu est le rouage central, le cœur même dans une vaste affaire comme la nôtre. Oui! il appelle le sang, il le prend partout par petits ruisseaux, l’amasse, le renvoie en fleuve dans tous els sens, établit une énorme circulation d’argent qui est la vie-même des grandes affaires »

Il compare la spéculation boursière au sexe, nécessaire à la reproduction humaine…

La fin est inéluctable, le lecteur attend que la bulle boursière éclate, il y a peu de suspens, on se demande seulement comment cela arrivera!

Taroudant : Palais Claudio Bravo

PLAGES DE L’ATLANTIQUE – MONTAGNES DE L’ANTI-ATLAS

Loggia avec vue sur le Haut Atlas

Sur le conseil de Claude, notre hôte aux Trois Paons, nous allons visiter le Palais Claudio Bravo, proche de Taroudant. Ignoré par nos guides, c’est une belle découverte à une petite demi-heure de route.

Nous contournons les Remparts de Taroudant fortifiée par les Saadiens au XVIème siècle, maintes fois restaurés, endommagés récemment en septembre 2023 avec le séisme. Ils valent à Taroudant le surnom de « petite Marrakech », beaucoup plus calme, cependant. Nous prenons la direction du nord sur une large avenue bordée de palmiers qui traverse des quartiers neufs. Le palais se trouve à 8 km sur la route de Tamaloukt, un peu à l’écart.

Le palais a été construit sur un domaine de 75 ha, entre 2002 et 2004 par le peintre chilien Claudio Bravo (1936 Valparaiso – 2011 Taroudant).

La visite est guidée (200 dh) et dure deux bonnes heures.

Pavoisée aux couleurs de l’Espagne, du Maroc et du Chili,le  palais aune silhouette de Kasbah, une grosse tour carrée et de hauts murs de pisé.  Dans l’entrée, deux grands portraits de Hassan II et Mohamed VI accueillent le visiteur. Ce ne sont pas des photographies mais des dessins de Claudio Bravo (fac-similés, les originaux sont à Rabat). A s’y méprendre. Ce premier contact avec le plasticien donne une idée de l’artiste : portraitiste virtuose, hyperréaliste.

Claudio Bravo ; autoportrait

Après le décès de Claudio Bravo, le palais a été transformé en hôtel de luxe qui se visite. Je ne verrai pas la Suite Farah Diba, ni la suite Chirac qui sont occupées par des clients. Farah Diba et Jacques Chirac ont été des hôtes du peintre, ainsi que Tahar Ben Jelloun…Suites, chambres s’organisent autour de plusieurs patios, l’un d’eux contient une belle piscine, dans les autres des fontaines jaillissent me faisant penser à l’Alhambra, avec des massifs fleuris en ce moment des lantanas mauves. On peut loger dans ce Palais des Mille et Unes Nuits pour un prix presque raisonnable si on choisit les chambres que le peintre destinait à son personnel (dignes d’un 4*), une piscine presque olympique (40 m) était aussi conçue au personnel.

 

Visiter un hôtel ? Plutôt un musée. Dans chaque pièce sont présentées les œuvres du peintre (souvent des copies, les originaux ont leur place dans des musées).

claudio Bravo : Paul Bowles

Claudio Bravo était un portraitiste hyperréaliste mais aussi inspiré de Velázquez qu’il a étudié au Prado à Madrid, influencé par Dali dont on retrouve par flash la parenté. Il s’installe e, 1972 à Tanger où il fréquente Paul Bowles dont le portrait est exposé. Du Maroc, il exalte (comme beaucoup) la couleur.

Etonnant contraste entre ses dessins de précisions aussi vrais que des photographies, les planches anatomiques ou études d’animaux, ânes, mouton de l’Aïd aux pattes liées et ses tableaux de natures mortes rappelant Morandi. Etranges tableaux grand formats de paquets ficelés, emballages ou sacs de papier kraft qu’il décline seuls ou par diptyques et triptyques. Sans oublier ces marocains, en djellabas, burnous, capuchons, en prière…Tout cela me fait aussi penser à l’a peinture espanole et à Zurbaran, en cherchant sur Internet je découvre un Agnus Dei (1640) pattes liées, comme l’agneau de l’Aïd, les burnous ressemblent aussi au Saint François encapuchonné.

C’est donc une œuvre très riche et très variée que je découvre aujourd’hui.

Claudio Bravo,  collectionneur, m’a encore plus séduite que le peintre. Son palais recèle des trésors : meubles marquetés, incrustés de nacre ou d’ivoire des meilleurs artisans marocains, syriens, iraniens ou indiens. Miroirs prodigieux dans lesquels se reflètent les tableaux du maître ou d’autres trésors ; perpétuelle mise en abyme dans les arches marocaines des fenêtres, les perspectives de couloirs, de patios. Curiosités comme cette chaise de circoncision juive, ces sculptures dogons, les têtes romaines, même des colonnes provenant de Volubilis. « Comment peut-on prélever des colonnes de Volubilis ? », je m’indigne, « quand on est riche, on peut ! » me répond le guide. Collectionneur de fossiles.

meulbles indiens

A l’étage, la vue sur l’Atlas est extraordinaire. Un salon est installé pour le contempler à l’aise ;

Le séisme de septembre 2023 a fait des dégâts. Les ouvriers sont encore au travail, les fissures visibles ; C’est un miracle que tous ces objets merveilleux n’aient pas été cassés.

En 2006, Claudio Bravo a fait construire un mausolée. Il avait prévu d’abriter une collection de céramique. Après son décès dans son atelier (qu’on a visité tel qu’il était le jour de son trépas) il repose dans le mausolée.

Claudio Bravo : mausolée

Plus loin, dans les jardins – agrumes et oliviers – comme autour de La Menara de Marrakech, il a fait une réplique du bassin et du pavillon de La Ménara. C’est ici que les clients du restaurant sont servis. C’est aussi là qu’on nous offre le thé.

Retour dans la médina de Taroudant : j’achète des kakis, bananes et clémentines.
Nous profitons de la fin de l’après midi aux Trois paons.

Pour dîner, sardines grillées, poivrons, aubergines haricots verts sautés. Gâteau à l’orange et salade de fruits

 

 

 

 

 

 

 

Taroudant : Les Trois paons

PLAGES DE L’ATLANTIQUE – MONTAGNES DE L’ANTI-ATLAS

Googlemaps nous conduit dans les faubourgs de Taroudant sur des routes défoncées dans des quartiers improbables. Les blocs de maisons sont séparés par des terrains vagues qui seraient des terres cultivées si la terrible sècheresse n’avait pas anéanti la végétation. On voit des séguias, canaux de ciment en tubes coupés par moitié, reposant sur des supports. L’eau ne circule plus depuis longtemps. La route est en mauvais état avec des nids de poule énormes, le goudron disparaît même sur des tronçons. Et pourtant, sur le bord de cette route était l’hôtel mythique de la Gazelle d’or où Jacques Chirac avait ses habitudes, Catherine Deneuve et d’autres membres de la jet-set. Piscine, écuries, courts de tennis, rien ne  manquait. Il est fermé depuis de nombreuses années. On devine derrière le mur rouge le vaste domaine.

Nous nous laissons guider   jusqu’à un grand mur, un portail de fer : notre nouveau gîte, les Trois Paons.

Abdou, très grand, de type africain, nous conduit à notre gîte par des cheminements sinueux de ciment laqué de rouge à travers un grand jardin qui fut précédemment une oliveraie  structuré par un paysagiste et un architecte dans un très bel ensemble du bâtiment des propriétaires, de deux villas et de petites dépendances. Aloès, agaves, cactées forment des massifs tandis que les bordures des chemins sont faites de romarin et autres feuillus.

La grande maison aux hautes et larges baies s’ouvre sur une étroite et longue piscine à l’eau claire et à la mosaïque verte. C’est la maison de Claude et Isabelle, nos hôtes. Deux pavillons accueillent les clients. La nôtre « les Oliviers » est précédée d’une terrasse couverte par des canisses meublée d’un canapé profond et d’une table basse pour le thé. Une table métallique avec d’élégantes chaises en fer forgé se trouve un peu plus loin, à l’écart, au soleil, deux lits de plage sur lesquels on a posé des chapeaux de paille bienvenus sous le soleil du Sud marocain. Dans le pavillon, il y a une grande chambre avec un grand lit au couvre-lit vert, un tapis vert, un pouf vert. Toute l’huisserie et les boiseries sont en bois tourné et travaillé,  laqué en vert olive. Deux paniers contiennent serviettes et pagnes pour la piscine pour une saison plus chaude. La porte arrière est en palmier.

Dans la salle d’eau,  tadelakt vert, très classe pour les murs, la douche et même le lavabo qui semble creusé dans la pierre. Une profusion d’accessoires : shampoing, savons, lait pour le corps. Une curieuse poterie joue le rôle de pierre ponce.

Il y a aussi une deuxième chambre que nous n’utiliserons pas, possibilité pour une famille de venir avec des enfants, ou un groupe d’amis.

Dans le jardin, trois paons en liberté, le paon bleu et deux paonnes une grise et une blanche ont donné le nom au riad.  Il y a aussi des tortues qui ne sont pas aussi discrètes qu’on l’imaginerait, bruyantes quand elles se cognent pour se battre ou pour copuler ?

La salle à manger se trouve dans une sorte de cabane en canisses. Un « petit souk » est aménagé où l’on peut acheter des poufs, sacs, poteries, souvenirs variés. Trois tables avec des nappes de couleur vive et de la vaisselle en céramique très jolie.

Nous n’avons pas l’impression d’être « à l’hôtel », plutôt invitées dans cette maison d’hôtes qui n’a que deux pavillons. Le personnel est très stylé, Abdou et deux femmes se déplaçant pour la moindre chose par trois mais l’ atmosphère est familiale. Nous fêterons le Réveillon de la Saint Sylvestre tous ensemble, avec Claude, Isabelle et sa mère, leurs amis, la famille d’Abdou, les enfants…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il n’y a pas de Ajar – monologue contre l’Identité – Delphine Horvilleur

LITTERATURE FRANCAISE

Rothko – rouge

« À travers Ajar, Gary a réussi à dire qu’il existe, pour chaque être, un au-delà de soi ; une possibilité de refuser cette chose à laquelle on donne aujourd’hui un nom vraiment dégoûtant : l’identité. »

Depuis que j’ai lu Vivre avec nos morts   je suis fan absolue de Delphine Horvilleur dont je connais la voix avec les podcasts de Radio France. 

Ses prises de position sur l’Identité vont à contrario des tendances actuelles où chacun se définit selon un séparatisme inquiétant justifiant les censures les plus inquiétantes quand ce ne sont pas les pires violences.

« Qui veut réaliser la volonté de Dieu ? Qui ? Qui veut venger l’honneur du prophète ? Qui veut évangéliser
l’Amérique ? Qui veut poser des petites maisons en Cisjordanie ?… Qui ? Et soudain, on est entouré de gens qui ne manquent pas d’air : une foule de gens hyper-connectés à la volonté de Dieu, qui savent parfaitement te l’interpréter comme s’ils faisaient partie de Sa garde rapprochée. »

Delphine Horvilleur a choisi un angle d’attaque original : le cas Ajar/Romain Gary  pour démontrer les identités multiples. Romain Gary lui parle personnellement 

Depuis des années, je lis l’œuvre de Gary/Ajar, convaincue qu’elle détient un message subliminal qui ne s’adresse qu’à moi.

Personnellement j’ai aimé La Vie devant soi et la Promesse de l’Aube, mais je ne fréquente pas avec autant de constance les œuvres de Gary/Ajar. J’ai donc suivi Delphine Horvilleur avec beaucoup d’intérêt mais il faudrait que je relise Gary.

Ensuite, sûrement je reviendrai à Il n’y a pas d’Ajar qui est un texte concis mais très profond. Et même si on ne lit pas Romain Gary, tout ce qui traite de l’Identité ou plutôt « contre l’identité » est absolument essentiel par les temps qui courent. 

La vérité sort de la bouche du cheval – Meryem Alaoui

LIRE POUR LE MAROC

Amateurs de chevaux, courses hippiques, fantasias, ou galops sur la plage, passez votre chemin, ce roman n’est pas pour vous.

En revanche, c’est une bonne lecture à glisser dans la valise ou à télécharger sur la liseuse avant de partir pour le Maroc.  Vous aurez un point de vue très décalé, la vie dans des quartiers de Casablanca que les touristes ne visitent pas.

« je m’appelle Jmiaa, que j’ai trente-quatre ans, une fille, et que pour vivre, je me sers de ce que j’ai. »

L’héroïne du roman, Jmiaa est prostituée. Les conditions matérielles dans lesquelles elle vit laissent à désirer, sordides, qu’elle partage avec d’autres filles. Jmiaa fait face et ne pleurniche pas. Elle fait preuve de force de caractère, d’ingéniosité.

Jiaa, jeune fille, est tombée amoureuse d’un garçon de son âge, elle a fait un mariage d’amour, qui a très mal tourné. Alcool, drogues, abandon…Malgré les souteneurs, malgré les addictions, Jmiaa affronte la vie avec un appétit de vivre étonnant.

« Les gens, ils disent que ce n’est pas bien de rire autant. Ils disent que si tu ris comme ça, c’est que Satan n’est
pas loin. Qu’il a profité de ton inattention pour t’approcher. Qu’il se tient prêt à bondir. Moi, ce que je dis, c’est que ceux qui racontent ça, ce sont des complexés à deux balles. Ils font ça parce qu’ils s’emmerdent dans leur vie et qu’ils veulent que tout le monde vive comme eux, dans la misère. »

Un jour, une cinéaste, lui demande de raconter son histoire, et c’est une histoire passionnante. les deux femmes deviennent amies….