Les Africains savent faire la fête! Réception avec théâtre et danses

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

Pobè : danses et théâtre

 

le salut des acteurs de la pièce de théâtre

Après l’arrivée de Marcelle et de Romain? les cérémonies peuvent commencer. Nous, les « officiels« , sommes assis  sous le manguier à une  table recouverte d’une nappe et décorée d’une coupe, les élèves, sur des bancs de classe derrière des tables.

Une longue file sort en chantant de la classe, menée par un garçon en T-shirt blanc . Les chants sont différents de ceux présentés en 2007, les chorégraphies aussi. J’admire la souplesse des mouvements d’épaule des filles qui évoquent des ailerons d’oisillons, la fluidité de leurs corps les drapés des tenues de fête.

La pièce de théâtre a pour thème le dépistage du virus HIV.
Deux jeunes couples vont faire le test. Les premiers, plus mûrs, sont confiants. Les deux autres,  plus jeunes  n’ont pas encore eu de relations sexuelles, la fille se refusant à son compagnon avant le dépistage. Un garçon de terminale joue le rôle du médecin. Avant de  donner le résultat il aborde la question avec psychologie :

  Jeune, que dirais tu si tu apprenais que tu étais positif ? »
Le garçon qui était cool, est effondré. Il traite sa partenaire de prostituée. C’est l’occasion pour le médecin pour faire un cours de prévention :
–    « calme-toi, jeune, il n’y a pas que la voie sexuelle, il y a aussi la voie sanguine ! »
Et il énumère les pratiques à risque, échange de lames de rasoir, d’épingles chez la coiffeuse,

 

Pobè calendriers et discours

 

les calendriers qui nous ont permis d'apporter l'argent!

Vient le moment des discours. J’offre les calendriers au Directeur, aux professeurs et à Thimoléon…Monsieur le Directeur parle le premier, brandissant le calendrier :
« Oh temps, suspens ton vol… », il est chaleureux dans le registre affectif.

le discours du Directeur

Thimoléon prend la parole après lui. Lui aussi? parle bien. Avec humour il évoque ses joutes avec le directeur pour faire avancer les travaux et le presser d’accélérer la correspondance, les comparant à des combats de judo. L’image est amusante : tous les deux combattent dans la même catégorie des très très lourds). Si Thimoléon emploie le très respectueux « Monsieur le Directeur », il est toujours très ferme sur ses positions. Il insiste sur le fait qu’il faut absolument terminer la salle de lecture. Son aide m’est précieuse. J’ai inscrit dans la convention que l’argent est destiné exclusivement à la Salle de Lecture mais je n’ai pas assez de poids (encore !!!) pour enfoncer le clou comme Thimoléon le fait.

Enfin, c’est mon tour de parole. Comme mes prédécesseurs, je manie le calendrier et je m’adresse aux enfants plutôt qu’aux adultes. Je leur raconte comment se réunit le Club-Pobé-Créteil, les réunions et notre envie de connaître l’Afrique et la culture africaine, les fêtes africaines que nous faisons à chaque occasion.

Retour à Pobè : bibliothèque scolaire!

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

Arrivée au CEG1de Pobè : ma tenue africaine

 

Arrivée à Pobè : les caisses de livres et les cadeaux des corrrespondants

Nous arrivons au CEG1 vers 9h45.

Le collège semble vide, on ne nous attendait pas si tôt. Marcelle et Romain ne sont pas encore là. Le Directeur m’accueille :

–    Va te mettre à l’aise ! Tu seras mieux avec la tenue traditionnelle !

Une tenue africaine m’attend dans son bureau. Le pantacourt kaki et le T-shirt orange – même décoré de l’Aigle Bleu de  Pobè – étaient un peu ordinaires pour la circonstance. Je ne sais pas  nouer le pagne. Mariette et Camelle s’en chargent.

 

ma tenue traditionnelle, Camelle m'aide à nouer le pagne

Cartons de livres pour Pobè

 

nous déchargeons les cartons de livres pour la bibliothèque. Ils sont partis en décembre. Je suis très fière de les apporter moi-même. je me réjouis à l’avance de les ouvrir devant collègues et enfants!
Toute une chaine de solidarité s’est formée autour de cet envoi : les livres apportés par les enfants à la fête du mois de juin, collectés par Jeanne, Inès et Céline, les petites qui ont fait l’inventaire et les cartons, Lucile qui a bien voulu nous offrir le fret, Beda et son mari, hier à moto, et ceux que je ne connais pas qui les ont sorti de douane….

 

la salle de lecture : c’est le chantier!

 

la bibliothèque : les livres n'ont même pas été sortis des cartons!

La visite commence par la Salle de Lecture.

C’est une grosse déception!

L’inscription à la craie : SALLE DE LECTURE surmonte l’entrée. Sur le tableau noir, une série d’équations et de racines carrées témoignent d’un cours de maths récent. Les tables de classe sont disposées face au tableau comme dans n’importe quelle salle de classe.

Seul souvenir de notre projet : l’ouverture de communication avec la bibliothèque pratiquée en avril 2007 entre notre première visite. La porte définitive est posée à côté. Un contreplaqué vert bouche le trou. Aucun progrès depuis 2007. A quoi a servi le projet ? Et les 350 000 CFA ?

la salle de Lecture : le chantier!

Nous avions pourtant reçu des photos du remplacement des plafonds et des tôles. Je me souviens de l’histoire du serpent qui a mordu le charpentier :

– « c’était moi, » dit un professeur.

Le spectacle de la bibliothèque est encore plus décourageant. Pour notre arrivée, on a fait venir un maçon et un peintre qui ont mis un coup de badigeon sur la moitié de la salle. Les livres ont été jetés à bas au milieu de la pièce sans  même une bâche pour les protéger. Je suis triste pour eux ! Je cherche ceux que nous avons envoyés l’an passé sans les trouver.

Ce ne sera pas le moment de ranger en grande pompe les livres des 3 cartons qui sont dans le coffre de la voiture. J’avais pourtant maintes fois imaginé la scène et m’en réjouissais. L’ouverture des cartons, les enfants qui les auraient feuilletés ; on aurait filmé, photographié…. J’essaye de cacher ma déception devant mes hôtes. Je ne peux m’empêcher de lever les yeux au plafond taché de grandes auréoles et même crevé dans un carré.

Le Directeur a remarqué mon regard : il justifie le trou :
–    c’est pour permettre aux vampires de s’échapper »
Selon lui, les chauves-souris seraient responsables de l’état déplorable du plafond
–    » Leur urine gâte le bois ! » 
Il nous fait admirer les nouvelles tôles qui recouvrent le bâtiment et la charpente neuve.

Pour moi, c’était de l’histoire ancienne.
Nous poursuivons la visite dans un chantier boueux qui nous mène vers de nouvelles constructions.
–    « fais attention, Miriam ! «

 

En pagne je ne suis pas très habile et je prends ma jupe dans un morceau de fer.
Les bâtiments sont surélevés sur un socle de béton. La plateforme est abritée par une sorte de moucharabieh de ciment en parpaing ouvragé. Sur cette coursive ombragée, s’ouvrent 4 classes sur le modèle africain : deux grands tableaux noirs se font face aux deux extrémités.

Premier jour à Cotonou : on s’organise

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

Au Jardin Helvetia

Ma première visite est pour l’océan qui déferle bruyamment sur le sable.

A mon habitude, je marche dans l’écume mousseuse, ma robe relevée sera trempée par une vague plus puissante que les autres. Le ciel est de plomb. Saison sèche ne signifie pas absence de nuages. Des éclairs parcourent au loin les nuées. Une courte pluie fera baisser un peu la température mais peut être aurons nous des moustiques ?

Nous allons à la banque et passons voir Sébastien à Sandotours. Il me semble que nous avons quitté Cotonou la veille. Peu de tourisme cette fois-ci! Nous nous contentons de voir défiler nos souvenirs et de retrouver nos repères.

L’après midi, je me promène dans le Jardin Helvetia pour chercher le réseau et téléphoner à mes nombreux contacts. J’ai l’impression que je suis une femme d’affaires. D. se moque de moi en me traitant soit de Sarkozy soit de Sœur Emmanuelle(à tout prendre je préfère cette dernière).

Béda est venue m’apporter les cartons de livres que nous avons envoyé il y a quelques mois dans le  container de Lucile : elle arrive avec son mari à moto-taxi , cette chaîne de solidarité autour des cartons de livre est très émouvante : gratuitement chacun a fait en sorte qu’ils arrivent à temps à Pobè. Je suis très fière de ne pas arriver les mains vides.

Retour à Pobè : en vacances ou en mission?

2009, CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

 

Jumelage Pobè/Créteil : Les danses de la réception en 2007

La vente des calendriers 2008 et 2009 par les élèves du collège approche le million de CFA(900 000F). On ne va quand même pas laisser dormir tout cet argent au foyer du Collège!

Puisque personne, au Collège,  ne veut tenter l’aventure de Pobè, j’ai eu vraiment envie d’y retourner et faire avancer les choses.

Les vols Air France sont à un prix raisonnable (moins chers qu’en 2006- 700€) .

Mais qu’allons nous faire pour un troisième voyage au Bénin ?

Visiter le Togo voisin?

J’ai pris contact avec le Comité de Jumelage de la Ville de Créteil : nous ferons une sorte de reportage-photo sur les réalisations du Jumelage Créteil/Cotonou en relation avec l’Eau que mes élèves présenteront  au Festival de l’Oh organisé par le Conseil Général 94 qui a pour fil rouge le Fleuve Niger cette année.

Ensuite, les choses se sont enchaînées. Valerio m’a donné le téléphone de l’instituteur de Ouidah qui initie les petits béninois au cinéma dans le cadre de son association « FIWE allumez les étoiles ». Avec lui, nous pourrons faire les photos du diaporama que les élèves doivent réaliser sur Les Enfants et L’Eau en Afrique de l’Ouest.

Agenda  de ministre!

Samedi :prise de contact avec tous mes interlocuteurs, dimanche: voyage à Pobè, lundi :visite à Cotonou, mardi à Ouidah…. Sans compter les photos que je dois rapporter à mes élèves pour réaliser les panneaux de l’exposition sur « les enfants et l’Eau »… les décors de la pièce que j’aimerais rapporter du marché…
Il ne reste plus que 5 jours pour le Togo et à peine quelques demi-journées pour aller à la plage….
Cela ne ressemble plus du tout à des vacances !

Le Bénin n’est pas spécialement une destination touristique :
En 2006,au Centre de vaccination d’Air France, on nous avait demandé :
–    « vous partez au Bénin comme humanitaires ou vous avez de la famille là-bas ? »

Personne ne pensait que nous allions simplement faire un voyage de découverte.

Et d’ailleurs, nous avions choisi le Bénin à cause du Jumelage Créteil/Cotonou et nous partions déjà avec le produit du Lâcher de Ballons d’un autre collège avec l’intention de lier des relations avec une école ou un collège béninois.

Depuis 3 ans que le processus est enclenché, je consacre de plus en plus de temps à cet échange entre Pobè et mon collège. Je finis par y croire ! Et par croire que je suis devenue une « humanitaire ».
Cette vocation humanitaire ne fait pas rêver que moi ! A lire les débats dans les Forums de voyages, cela chatouille de nombreux jeunes (et moins jeunes y compris des retraités). On ne rêve plus d’être explorateur ni conquérant ni missionnaire. Le costume de l’humanitaire n’est plus réservé aux French doctors, il y a toutes sortes de bénévolats (ou même de carrières stipendiées) dans ce créneau.

Il faut tout de même raison garder : je suis avant tout un professeur et le projet que j’ai initié est d’abord pour mes élèves de Créteil. Il faut toujours bien garder présente l’idée que je projet est un projet d’école – de patronage aurait dit l’une de mes collègues –  je ne vais pas sauver l’Afrique ni la sortir du sous développement par la vente de deux séries de calendriers !

En revanche, en banlieue parisienne, l’intérêt est aussi bien pédagogique dans le cadre de la correspondance que dans celui de l’ouverture sur la solidarité et la citoyenneté.

Enfin, la valorisation de toute la culture africaine ne peut qu’être bénéfique à es élèves issus de la diaspora africaine qui n’ont pas toujours l’occasion d’être fiers de leurs racines et qui tombent facilement dans la victimisation :

– « on ne réussira à rien puisque nous sommes entourés de racistes. »
– « ce n’est même pas la peine d’essayer puisqu’on vient des banlieues… »,

Il importe de contrer ce discours défaitiste par des initiatives volontaristes.