La route des Pêches vers Ouidah

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

 

palmes tressées

La route des Pêches est une piste sablonneuse sous les cocotiers. C’est un enchantement. Les laideurs de la modernité n’ont pas encore abîmé les villages des pêcheurs aux paillotes traditionnelles rectangulaires aux toits à double pans parfois renforcé de filets. Autour des habitations, les courettes sont entourées de palissades de feuilles de palmes tressées. Leur tissage me fascine, leurs couleurs aussi : vertes, fraichement confectionnées, brunes puis gris argent, celles qui sont patinées.

Les pirogues reposent sur le sable. La plupart grises en bois brut. Parfois décorées peintes de couleurs vives qui s’écaillent, des frises gravées. Certaines ont un  drapeau.

Sous des abris –  4 piquets, un toit de chaume –  se déroule une vie variée. Des femmes sont allongées avec leurs bébés. D’autres assises attendent avec leurs bassines le passage d’un zem ou d’un taxi. Ailleurs un babyfoot et des enfants. Des animaux traversent la voie, volaille, chevreaux.
Après à peine une demi-heure, nous arrivons à la Porte du Non-Retour. La Route de l’Esclave, avec ses statues comme un chemin de croix, disparaît sous des tas de gravier. Le chantier est difficilement praticable. Nous ne songeons plus du tout aux monuments.

Jumelage Créteil/Cotonou : maraîchers

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maraîchers


 

Dernière étape : les maraichers de Cadjehoun (prononcer Cadion).
Les jardins se trouvent non loin de l’Etoile Rouge un peu à l’écart de la grande route.

latrines

Encore une fois, le premier objet de notre visite se trouve être des latrines décorées au nom de la ville de Cotonou 2002 et de la Ville de Créteil. Les peintres ont fait une erreur sur le prénom de Laurent Cathala, notre Maire, qu’ils ont baptisé Denis. Ces latrines sont indispensables  pour l’état sanitaire des légumes.

–    « autrefois les gens dispersaient partout des sachets »
–    « des sachets ??? »

Je ne comprends pas tout de suite qu’ils y faisaient leurs besoins.
Ici aussi le prix des WC est de 25F.
parcelles très soignées

Les jardins sont entourés de murs délimitant un vaste espace vert avec des bosquets d’arbres des petites mares avec des bananiers. Les parcelles sont cultivées avec un soin méticuleux. Les longs rectangles sont limités par de toutes petites allées en creux, très propres elles aussi. Tout est cultivé à la main « avec la roue ». Je prends cette « roue » pour une charrue.
–    « qui tire la roue ? »
L’incompréhension me met sur la piste de la houe ou de la bêche.

légumes

Les salades sont magnifiques. Ici, on les appelle « les feuilles », ce sont des batavias comme celles de chez nous. Les carottes viennent de lever. Les aubergines donnent de petits fruits blancs. On cultive plusieurs sortes de poivrons tuteurés, attachés, taillés. Certains légumes nous sont inconnus : solanum ou véronia.

Arrosage

Le sol est très léger et très sableux. Il est amendé avec des fientes de volaille mais aussi avec des engrais chimiques. L’arrosage doit être permanent. Quand nous arrivons, vers midi, des hommes se promènent avec deux arrosoirs, un dans chaque main, qu’ils remplissent dans un trou d’eau , humidifiant salades et carottes.
L’arrosage mécanique n’a lieu qu’une fois par jour à 13heures. Cet horaire m’étonne. Chez nous, ce serait une hérésie d’arroser quand l’évaporation est maximale. Mais ici, on n’économise ni l’au (gratuite venant d’un forage) ni le travail humain. Ce qu’on veut épargner, c’est le carburant des motopompes. On ne peut les mettre en marche qu’une fois par jour.

rencontre avec les maraîchers

JP Agohoubo nous conduit sur la terrasse d’un bâtiment comprenant le bureau et le magasin. Plusieurs hommes  y font la sieste. Nous préférons emporter les sièges sur la terrasse que de nous enfermer dans le bureau.

Ici, encore, même cérémonial. D’abord, nous nous présentons. Puis je pose des questions. Enfin, ils disent ce qu’ils souhaitent que nous rapportions en plus haute instance.

Les maraîchers se sont associés en coopérative pour former la COMAC (Coopérative des maraîchers de Cadjehoun). La coopérative élit un Bureau et se réunit une fois par an en Assemblée Ordinaire. Chacun est arrivé avec sa parcelle individuelle, la coopérative ne s’est formée qu’après. S’ils mettent le matériel d’irrigation et les outils en commun, la culture est individuelle ; Il existe même la possibilité d’embaucher des manœuvres à la tâche (environ 1000F par jour). Créteil a financé les deux motopompes qui exploitent l’eau de la nappe située seulement à 4m en profondeur.

Après ma séance de questions, les maraîchers énumèrent leurs attentes :
Ils attendent des « raccords ». Je ne comprends pas tout de suite qu’il s’agit de tuyaux de plastique jaune. Le moteur de la pompe doit être remplacé. Il faudrait aussi pouvoir financer la maintenance des équipements. Un mécanicien (plombier ?) devrait être affecté à l’entretien. D’autres revendications surprennent : ils souhaiteraient des voyages d’échanges et l’intervention d’un spécialiste. Je les interroge au sujet de Songhaï à Porto Novo, l’institut ne les impressionne pas,  ils en savent autant qu’eux !

mise en  action de la pompe

Il n’est pas encore 13h, pour écourter notre attente on avance un peu la mise en action du moteur. Nous verrons donc les doubles pommes d’arrosages montées sur les tuyaux jaunes. Il n’y a pas d’aspersion mécanique  ce sont les maraîchers qui se promènent avec leur tuyaux.

Jumelage Créteil/Cotonou : Centre social

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Au centre social, un accueil de ministre!

Un accueil de ministre!

Nouvelle étape imprévue : nous dépassons le centre de santé Ahogboué, tournons dans une impasse. Des femmes attendent dans de belles tenues avec des chants et des danses. Elles secouent des assiettes métalliques garnies d’anneaux. Au fond de la cour, à côté d’un moulin à faire du gari un homme tape sur un grand tambour et un enfant sur un petit tambour. Une sono réglée au maximum corne dans nos oreilles.

Bibliothèque et pédagogie

Arrive une jeune femme mince et élégante qui nous fait quatre bises à chacune. Elle se présente : Madame Léonie Wotto épouse Soglo, nous ouvre la bibliothèque où des ventilateurs à grosses pales tournent rapidement, meublée de belles tables lourdes en bois foncé. Dans les étagères il y a plein de livres mais empilés à l’envers et pas répertoriés.il manque sans doute la bibliothécaire pour le faire. Léonie Wotto soupire, ce ne sont pas les livres qui conviennent. Ce sont des bandes dessinées et des romans. Elle voudrait du matériel pédagogique, des livres de classe. Je saisis la balle au bond : des livres de classe, nous en avons ! Le problème c’est le fret. Je lui raconte le Jumelage avec le CEG1 de Pobè et la galère chaque fois qu’il s’agit d’expédier les cartons de livres. Pour elle, le problème semble mineur. Il suffirait d’une assise avec le Maire, Monsieur Soglo.
–    « on pourrait arranger cette assise » propose-t-elle
Je proteste :
–    « notre temps est compté, j’ai tellement de choses à faire, de gens à voir pendant notre court séjour ! »
–    Nous passons dans son bureau équipé de matériel informatique. J’en profite pour lui laisser mon adresse électronique
–    « nous pourrons rester au contact par email, pour la réunion, je n’ai vraiment pas le temps »

Elle aimerait faire de ce lieu un centre de documentation pédagogique ainsi qu’un centre informatique. D’après elle l’ADSL est en attente.

la méprise

Nous rejoignons une salle de conférence encore très bien ventilée. Sur la table, un vase avec des fleurs artificielles et un micro. Nous comprenons ici la méprise. Elle attendait une autre délégation  de gens bien plus considérables que nous. C’était pour eux qu’on avait organisé les festivités, les danses qui m’avaient étonnée. Léonie Wotto ne nous laisse pas partir. Elle aussi a des doléances : ses ordinateurs sont en panne. Mais elle a également de l’imagination et des idées qui pourraient m’intéresser. Elle voudrait sensibiliser les enfants du quartier à l’hygiène. Pourquoi ne pas confectionner un CD pour leur explique qu’il faut se laver les mains à la jarre ? Dans cette ville bâtie sur des zones marécageuses et souffrant de problèmes d’assainissement et de parasitose, le nœud du problème c’est encore l’eau ! Et nous revoici dans le vif du sujet ! Ce serait effectivement une belle idée ! Nous prenons congé avec des embrassades. Léonie est décidément une personne charmante.

Jumelage Créteil/Cotonou : noix de cajou

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cuisson des noix de cajou


 

Hors programme de l’eau, on nous conduit devant une unité de torréfaction des noix de cajou.

Sur la voie, un petit feu de bois est allumé sous une grosse bassine ou les noix cuisent. Par terre d’autres bassines contiennent des noix carbonisées. La femme a également une passoire  et des bassines contenant du kaolin. On  vend les noix de cajou pour l’apéritif dans des bouteilles au prix de 2500F d’après la dame, 2000F selon Thierry. Ici, nous sommes aussi sur un site du Jumelage. 26 femmes travaillent mais aujourd’hui elles sont au marché.

Les doléances sont nombreuses : les foyers sont HS, il faudrait les refaire, c’est trop petit et mal agencé, il pleut à travers la tôle qui est gâtée ; il y a de la fumée. Il faudrait agrandir le site, cimenter la dalle.

Toutes ces plaintes sans aménité agacent un peu. On  aurait pu avoir au moins l’idée de nous faire goûter aux noix de cajou bien appétissantes

 

Jumelage Créteil/Cotonou : Borne-Fontaine

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au puits l'eau est gratuite - mais - sale


 

Kiosques à eau et puits:
Nous trouvons le puits à quelques mètres d’un kiosque à eau potable. Ce n’est pas la borne fontaine financée par le  Jumelage de Créteil. Le kiosque a été financé par la Banque Mondiale dans le cadre du PGUD (Projet de Gestion Urbaine Décentralisée). C’est une construction carrelée de bleu. A l’intérieur le kiosquier (e) a accès au robinet et de sa guérite prélève sa dîme. Les tuyaux recourbés vers le bas sortent de l’édifice à plus de 2m de haut. La femme vient avec sa bassine sur la tête et a remplit sans avoir à la poser. Malheureusement le fontainier n’est pas là aujourd’hui et nous ne pouvons pas photographier la manœuvre.

Au kiosque, eau payante et aujourd'hui, pas de kiosquier!

An l’absence de ce dernier, il y a de l’animation autour du puits où l’eau est en accès libre et gratuit. L’eau du robinet est propre, celle du puits, non. Au début, les jeunes filles qui tirent la corde refusent de se laisser photographier. Heureusement notre accompagnateur les persuade. Au bout de la corde, point de seau mais une sorte de poche souple de faible capacité. Pour remplir sa bassine, il faut de la patience.
Entre temps, la nouvelle de notre venue s’est répandue dans le quartier ; Une petite fille en uniforme beige de l’école m’aborde :
–    « Yovo, cadeau ! »
Je lui montre mes poches vides :
–    « Tu veux mon mouchoir ? «
–    « non, le stylo ! »
–    « mais je ne peux pas te le donner, j’en ai besoin pour travailler ! »
Les enfants se sont approchés. Ils sont très nombreux autour de nous.
–    « que faites vous ici ? «
–    – « c’est la récréation ! »
La présence de JP Agohoumbo et de Thierry les dissuade. Ils s’éparpillent rapidement.
La voiture se faufile dans des ruelles étroites manquant d’écraser volailles et canards qui se promènent sur la voie. De la voiture, je remarque les WC publics : 25F.
25F c’est justement le prix de la  bassine d’eau à la borne fontaine, 30F pour la grande bassine. Quel sera le budget pour une famille qui n’a ni robinet ni cabinets à la maison pour l’hygiène, la boisson et la cuisine ?
A cela s’ajoute le problème des ordures. Sur les bords de la lagune les décharges sauvages causent la pollution de l’eau. Dans les rues on balaie mais les immondices se retrouvent en tas que le vent disperse.
Notre guide se lamente :
–    « ici, les gens ne veulent pas payer l’abonnement au ramassage des ordures. Ils préfèrent les utiliser comme remblais pour les crues »
Peut être (hypothèse personnelle) les gens ne voient pas la nécessité de payer encore une taxe ?

la borne-fontaine et les bassines

Nous n’avons pas pu photographier la borne fontaine de Créteil mais nous passons devant plusieurs kiosques à eau bleus. Il y en a 13 pour 7 quartiers.

Jumelage Créteil/Cotonou : La fumerie des crevettes

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fumerie de Crevettes

De l’autre côté de la place, nous découvrons le premier site au programme de la visite : la fumerie de crevettes. Quatre dames de « constitution traditionnelle » (comme l’aurait écrit Alexander mac Call) nous accueillent. Six foyers en terre alignés forment une sorte de comptoir abrité sous un auvent. Les crevettes sont déposées crues sur des grilles métalliques. Elles cuisent et sont fumées Ces grosses crevettes sont pêchées soit dans la lagune soit plus loin. Quand les crevettes manquent à Cotonou les dames peuvent voyager jusqu’au Ghana avec leurs bassines métalliques pour en acheter. Il faut quatre heures pour fumer les crevettes qui se conserveront jusqu’à  quatre mois après le fumage. On peut donc les stocker pour attendre de les vendre à bon prix dans le petit « magazin » attenant à l’atelier. .
19 femmes font partie du Groupe Féminine AIDOTE de DOWITA 1 du quartier de Sainte Cécile. Elles travaillent à temps plein selon une technique traditionnelle. Elles vont chercher la marchandise, la fument et commercialisent  elles-mêmes et se partagent la marge bénéficiaire en mettant en commun le reliquat dans une tontine.
Après une visite des installations, nous prenons place, alignées sur su banc.
Elles me laissent la parole et je pose mes questions que notre accompagnateur traduit. La plupart du temps il est inutile de traduire.

les dames de la coopérative

Je demande si leurs maris sont les pêcheurs des crevettes. La question du travail des maris leur semble déplacée. Non les femmes des pêcheurs vendent poissons et crevettes. Elles leur achètent la marchandise. D’ailleurs seulement six femmes habitent le quartier. Pas question de salaire non plus, c’est une coopérative. On partage les bénéfices.
Après l’interview, c’est leur tour de parler. Elles ont des choses à dire et comptent sur nous pour les transmettre.
D’abord, elles nous montrent leurs yeux rougis par la fumée. Elles mettent du collyre mais souhaite quelque chose de plus efficace.
Elles attendent du Jumelage de gros investissement : un congélateur et l’installation d’un compteur électrique (il y a déperdition d’énergie à cause de la distance et l’installation électrique est précaire avec tous ces fils emmêlés dans la rue). D’autres foyers en maçonneries devraient être ajoutés aux six existants. En ce moment elles travaillent avec des bidons sciés : foyers métalliques provisoires à l’air libre.

Fumerie de crevettes

Elles aimeraient également que le Jumelage leur procure une autre occupation à la morte-saison quand il n’y a pas de crevettes qu’elles appellent la Rupture de Septembre à décembre pendant la période des crues.
Quelle sorte d’activité ? , je demande
– « un débat participatif permettra de retenir une autre activité ! » est la réponse.
A défaut de polyvalence professionnelle elles ont bien intégré la langue de bois.
Dans la liste des souhaits, elles ajoutent 20 ou 30 bassines métalliques importées du Ghana coûtant 5000F.
Des bassines ! Quand même ! Elles pourraient peut être les acheter elles-mêmes ?
Je pense, silencieusement, dans mon for intérieur.
J’admire le dynamisme de ces femmes. Le groupement en coopérative réjouit l’ancienne kibboutznikit. Mais l’attente de l’extérieur est immense. Je promets d’être l’écho à Créteil de leurs souhaits. Je leur explique que nous ne sommes que des professeurs et que nous ne disposons d’aucun argent à distribuer. La seule chose qui est en mon pouvoir est de demander à mes élèves de calligraphier un panneau expliquant leurs besoins et accompagnant les photos de l’exposition.

Jumelage Créteil/Cotonou : histoires d’eaux : question des latrines

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Histoire de latrines – qualité de l’eau!

 

sur la lagune : latrines et immondices

Les latrines et les cochons

Un étrange monument qui domine  la place. Sur un haut socle de ciment, trois cabines ont perdu leurs portes et leurs équipements : des latrines.

Comment les gens montaient-ils ? Notre accompagnateur nous fait remarquer que Février est en saison sèche mais qu’à la saison pluvieuse le site sera inondé.

Les latrines sur pilotis en bois ont la faveur des habitants. Les excréments tombent directement dans l’eau de la lagune. Les installations sont les mêmes que dans le film indien Slumdog Millionnaire. Autour des latrines, un tas d’ordures impressionnant  sert de soue à cochons.  Thierry nous avait dit que la peste porcine avait décimé ces animaux.

Si la construction des latrines est le début de l’assainissement on peut dire qu’ici c’est mal parti !

 

Jumelage Créteil/Cotonou : Histoires d’eau

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Jumelage Créteil/Cotonou : problèmes liés à l’eau

la lagune, les immondices côtoient les habitations,

Mairie de Cotonou

La Mairie de Cotonou est située à proximité de l’Etoile Rouge.

Mon téléphone sonne : nous sommes attendues. Il faut entrer dans la cour. Thierry connait les usages : son taxi ne peut pas y pénétrer. Les gardiens nous envoient dans une ruelle sableuse. Enfin notre guide à moto, nous fait signe de le suivre jusqu’à une annexe un peu plus loin, toujours dans un dédale de ruelles sableuses. Sauf quand nous allons à Sandotours voir Sébastien, nous ne nous sommes jamais écartées des grandes voies goudronnées et bordées de commerces. Dès qu’on quitte le goudron, la physionomie de la ville change : les maisons basses sont derrière des cours. On devine mal la vie qui s’y déroule. Il y a des arbres, des enfants qui jouent, des animaux qui divaguent. Les fils électriques s’enchevêtrent. La Mairie Annexe est un grand bâtiment blanc à étage, propre et simple, entouré de grands murs. Comme au CEG1 de Pobè, des feuilles photocopiées en noir et blanc sont scotchées sur les portes.

Notre guide nous présente à un homme plus âgé que je prends pour le chef et à qui j’offre le calendrier du ClubPobèCréteil qui est ma carte de visite. C’est une méprise : on nous conduit immédiatement chez le grand chef et je regrette de m’être séparée trop tôt de mon sésame.

Je lui explique en quelques mots l’objet de ma visite : le jumelage avec le CEG1, le Festival de l’Oh, l’exposition sur les réalisations du Jumelage Créteil/Cotonou qui doit être en rapport avec l’eau.

Monsieur Michel Makpenon ; qui se présente comme économiste, nous délivre un exposé magistral illustré par des photos sur l’écran de son PC :

Les problèmes liés à l’eau à Cotonou

Deux sortes de problèmes se posent aux édiles : la rareté de l’eau potable et la pollution des sols et de la nappe phréatique.

La géographie de Cotonou complique encore le problème. La superficie de la ville se divise en un tiers de zone marécageuse, un tiers seulement de zone asséchée et un tiers de zone inondable. De plus elle est située à 1m au dessous du niveau de la mer ce qui explique que la nappe affleure et que les contaminations sont alors immédiates. Une étude datant d’il y a 25 ans avait conclu à l’interdiction d’occupation par l’habitat de certaines zones. Mais ne fut pas suivie d’effet. Un schéma directeur pour l’aménagement serait souhaitable mais actuellement inexistant.

La pollution la plus préoccupante est la pollution fécale. Les évacuations des collecteurs, quand ils existent,  se font dans la lagune. Seules les « boues humaines » sont traitées. Les pollutions des eaux pluviales sont également préoccupantes. L’eau de pluie est collectée à ciel ouvert dans des canaux charriant toutes sortes de saletés. Des huiles de moteur des poussières arrivent à la lagune causant des nuisances aux espèces halieutiques et la nécessité de drainage.

L’accès à l’eau potable est un indicateur de pauvreté  Seulement 46% de la population possède un robinet à la maison pour les autres l’accès peut être problématique en saison pluvieuse. Monsieur Makpenon nous montre une photo d’une maison complètement entourée d’eau, pour aller au robinet, une sorte de gué a été aménagé avec de grosses  dalles e ciment ou de parpaing.

Si j’avais pris une clé USB j’aurais pu emporter ce document. Monsieur Makpenon me fait cadeau d’un épais rapport en 2 tomes.
Je suis impressionnée par cet exposé clair et par la personnalité de Michel Makpenon qui est très chaleureux et connaît bien Créteil.

Dans la cour, une 4×4 attend. A son bord, des Français et des Béninois. Petite méprise, je crois que nous allons nous joindre à eux.
Notre guide, Jean Patrice Agohoumbo monte dans la Toyota de Thierry qui s’engage dans des ruelles où la voiture passe tout juste sous des fils électriques entremêlés. Après une courte distance nous arrivons au bord de la lagune où sont construite des maisons sur pilotis comme à Ganvié.

En route vers Cotonou avec Thierry

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carburant


 

Temps gris, nous avions imaginé la saison sèche plus ensoleillée.

–    « cela va se lever », dit Thierry

Sa prédiction se révèlera exacte.

les nouvelles de Thierry

Sur le chemin des Pêches, je lui demande les nouvelles du Bénin. Grand auditeur de la radio, RFI le plus souvent, ainsi que des stations béninoises, il se passionne pour la politique et nous avons écouté et commenté ensemble les grands moments de l’élection présidentielle de 2006 ainsi que les législatives de 2007. Aujourd’hui sa radio est silencieuse. Est – elle gâtée ? Il ne note pas de changements mais soutient toujours le Président Boni Yahyi : « contre la corruption,, on ne peut rien faire » laisse-t-il finalement tomber.

Nous parlons du complexe immobilier prévu sur le chemin des Pêches. L’affiche était déjà là en 2007. Il s’agit d’un projet assez monstrueux ne tenant pas compte des habitants. Heiner et Moronikê ont fait appel au Maire de Ouidah qui a promis de mettre son veto.

Je le questionne au sujet du nouveau quartier de l’aéroport avec ses hautes villas carrées enfermées par un grand mur, gardées mais paraissant vides. Gilbert nous avait dit qu’on pouvait les louer, meublées, climatisées. Thierry explique : tout ce quartier a été financé par la Libye lors de la grande conférence panafricaine de 2008 « pour faire les États Unis d’Afrique ». je n’ai jamais entendu parler de la Conférence de Cotonou mais récemment, le Courrier International racontait récemment que Kadhafi avait été élu Président de l’Union Africaine.

Un autre nouvel arrivé sur la scène africaine, la Chine, bâtit une nouvelle ambassade.

Thierry nous raconte la visite éclair de Sarkozy :
–    « il n’a même pas voulu dormir chez nous ! » s’esclaffe-t-il
–    « on a dû faire  appel à la police pour le protéger de la population » continue-t-il.
Nous essayons de nous orienter dans Cotonou que nous avons traversée à nombreuses reprises . On entre par Fidjrossé puis on emprunte une longue route bordée de marchands d’essence, de roues de motos, de matériaux de construction. Certaines enseignes nous amusent ; Notre préférée : « Les pintades du Principal ». C’est l’avenue de la Francophonie.

Pobè : la Salle Informatique est fonctionnelle

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La salle informatique est fonctionnelle

Tout le monde se presse en Salle Informatique pour voir les images de Créteil que j’ai apportées sur mes clés USB. Les enfants veulent connaître les noms de tous les visages qui apparaissent sur les écrans. Certains élèves de 2006-2007 ne me sont déjà plus familiers. C’est fou comme on oublie vite !

 

Un ordi, une clé USB, un cyber….le tour est joué

 

les enfants savent déjà écrire leur courrier

Sur un autre poste, deux garçons rédigent leur lettre que je pourrai emporter sur ma clé. Bosco et Spero, plus âgés ont joué le médecin et un des garçons de la pièce. C’est Spero qui a inventé la pièce. Il a aimé les dessins de Ghada et veut correspondre avec elle. A l’aide de Power point ils joignent des images proposées par Windows. Je suis étonnée de voir qu’ils se débrouillent très bien et connaissent les raccourcis clavier  (bien utiles quand la souris est défaillante ce qui doit arriver au Bénin). Depuis Deux mois un cybercafé a ouvert ses portes à Pobè. Ce serait magnifique s’ils écrivaient leurs lettres en classe, venaient les saisir au collège et portaient sur une clé au cyber. Un nouvel élan serait donné à notre correspondance ! Au tableau je calligraphie mon adresse email et celle du blog qu’ils pourront peut être consulter !

 

les Béninois découvrent les visages de leurs correspondants et notre collège cristolien

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Retour de Pobè

 

Photographie générale. Notre taxi s’en va entre la haie d’honneur comme celle de notre arrivée en 2007.

A la sortie de Pobè le téléphone sonne. J’ai oublié mon cahier. Bosco et Spero ont pris une moto pour me l’apporter.

"on fait une dernière vue!"

Le retour se fait sans encombre. Je me souviens des embouteillages du lundi de Pâques 2007. Rien de tel aujourd’hui. C’est pendant ce long trajet qu’était née l’idée de faire un site Internet pour faire connaître notre projet. Il a fallu mon accident et l’aide d’Akwaba pour que le site se transforme en blog.

A Fijdrossé nous trouvons les pique-niques du dimanche sur la plage. Heureusement il est 16Heures et les gens ne sont pas encore arrivés pour faire la fête. Les bars sont pourtant prêts, tables et chaises disposés, sonos beuglantes. Des calicots invitent à fêter la Saint Valentin. Des cordes ont été tendues pour les gardes vélos et les gardes motos (versions béninoises des parkings dans un pays où on n’est pas encore motorisé). Nous passons sans encombre, deux heures plus tard cela aurait été impossible.