Delhi : Fort Rouge

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le Fort Rouge de Delhi et ses remparts


Face à la mosquée Jama Masjid, le Fort Rouge de Delhi est aussi l’œuvre de Shah Jahan. Entre les deux, le vaste espace était alors occupé par les marchands, joaillers, bijoutiers qui vendaient les plus belles marchandises .

Le Fort Rouge est ceint d’imposantes murailles de grès sur 2,2 km de longueur, doublées de fossés ou des crocodiles complétaient le système défensif. L’armée Indienne a sécurisé l’endroit. Le taxi nous décharge à une extrémité. C’est une promenade agréable de longer les murailles

. En face, on voit les trois pains de sucre du temple jaïn et le haut bâtiment blanc de l’Hôpital des oiseaux.

On entrepar la porte de Lahore surmontée de coupoles rigolotes et on arrive à une sorte de bazar datant du temps de Shah Jahan. Des artisans d’art proposent de jolis objets : des marionnettes, des jeux d’échecs des bijoux et étoffes bien tentants.

La Maison des Tambours

Devant la grande porte les musiciens jouaient sur une estrade,  accueillant le souverain Moghol.

Fort rouge de Delhi : Diwan-i-am : estrade du trône

A l’arrière du bâtiment, une grande cour plantée maintenant d’une pelouse, précédait le Diwan i Am où la Justice était rendue en audiences publiques. Le peuple était présent, des milliers de personnes pouvaient y assister. Le Diwan i Am est un délicat pavillon de grès rouge avec de nombreuses arches et 40 colonnes. On remarque les gros anneaux pour accrocher des stores. Au centre le trône était installé sur une haute estrade, dans une niche incrustée de pierres dures colorées en motifs floraux. Des familles indiennes en saris, voilées et tenues flashy s’alignent pour la photo-souvenir devant la niche de marbre. On les photographie aussi : ils sont aussi photogéniques et même plus que l’estrade royale.

Fort rouge de Delhi : Diwan-i-kast audiences privées

La promenade se poursuit dans une esplanade bordée de nombreux pavillons de marbre blanc ou de grès rouge. Une terrasse surplombait la rivière Yamuna qui, depuis lors, a changé de lit. On domine une plaine herbeuse plutôt poussiéreuse en cette saison. Des bassins et rigoles ont été aménagés pour rafraîchir l’atmosphère. Un pavillon construit sur une plateforme au milieu d’un bassin est tout ajouré comme des moucharabiehs. C’est le pavillon de plaisir de danse et de musique.

pavillon des plaisirs au centre d'un bassin (sans eau)

Deux autres pavillons se font face à l’extrémité du jardin : le Pavillon d’été plus proche de la rivière,rafraîchi à l’eau tandis que le Pavillon d’Hiver est en retrait, parfaitement symétrique.

Le pavillon le plus orné est le Diwan I Kaas, hall des audiences privées, au plafond d’argent et aux murs incrustés de pierres précieuses aux motifs végétaux.

En plus de ces bâtiments il y avait encore un Hammam et une petite mosquée, fermée,  avec une porte magnifique.

Cette promenade dans ce vaste espace me fait penser à Topkapi, en moins fastueux en moins construit, mais encore plus étendu.

Delhi – vers Old Delhi, Jama Masjid

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vue de la voiture : rickshaw


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il a fait très froid pendant la nuit. J’ai dû mettre un  gilet de laine épaisse et on s’est réveillées avec mal à la gorge. Réveil à 6h45, il fait jour.

Par la fenêtre nous voyons que 5 hommes dorment enroulés dans des couvertures qu’ils plieront plus tard et rangeront dans des sacs de plastique tissé (genre sac de riz) faisant un gros baluchon et décampant avant que les boutiques n’ouvrent.

Breakfast occidental (toasts beurrés, confiture et omelette ou menu indien : Parathas (sorte de crêpes épaisses et salées) qu’on devrait tartiner de pickles (ce dont je me garde bien) et de yaourt (curd). Le thé indien मसाला चाय est vraiment délicieux : au lait, sucré et parfumé aux épices. Il me semble reconnaître du gingembre.

8h, le chauffeur vient d’arriver, pas le guide ! le chauffeur téléphone à l’agence et me passe son téléphone : il y aurait une manifestation à l’India Gate les rues seraient bloquées. A l’hôtel personne n’a entendu parler de manifestation ; c’est un gros baratin.

9h30,  toujours à l’hôtel, pestant contre l’organisation d’Holiday India. Étrangement, le chauffeur prend l’initiative de partir. Nous connaissons déjà le trajet,  devant l’énorme statue d’Hanuman au coin de Karol Bagh, le métro aérien qui court très haut sur un chemin de béton porté par de hauts piliers. Connaught Circle, de nombreux magasins sont fermés le dimanche) les colonnes jumelles au fût lisse peintes en blanc éclatant étonnent ! Une large artère est bordée de hauts buildings : Barakhamar Road. On croise l’avenue Tolstoï. Je me souviens alors que Gandhi et Tolstoï furent liés. On passe devant une statue  de bronze : Tolstoï ?

Une large avenue est bordée d’immeubles de Presse. Point de verdure comme à New Delhi. De nombreux touktouks verts et jaunes se dirigent vers le Bazar. A un carrefour: une étrange caravane, des charrettes de bois tirées par un vélo portent des bouteilles de gaz rouillées. Le cycliste a posé pied à terre et pousse son lourd chargement. Je compte ces attelages : 9 se suivent.

Progressivement, les trottoirs se remplissent : d’abord des bouquinistes ont posé des piles de livres à même le trottoir. Un petit marché de fruits et légumes s’est installé. A la suite, une friperie s’étend sur la chaussée. Les voitures avancent difficilement : nous arrivons au Bazar. Notre chauffeur s’y engage témérairement parmi les rickshaws et les touktouks plus adaptés aux rues étroites d’Old Delhi.

Rakesh, notre guide pour la journée, nous accueille en français. Il est très fier d’être guide francophone et son français s’améliorera tout au long de la visite.

Jama Masjid

Jama masjid

Nous gravissons les marches qui conduisent à la Jama Masjid, la très grande mosquée construite de 1650 à 1658 par Shah Jahan. 6000 ouvriers travaillèrent à son chantier. Grès rouge et marbre blanc furent apportés du Rajasthan à dos d’éléphant.

Il faut bien sûr se déchausser mais foulard et manches longues ne suffisent pas : on nous déguise avec des peignoirs amples et colorés comme chez la coiffeuse. Les touristes parcourent le quadrilatère bordé de galeries, en bandes multicolores. Un coin de la mosquée est occupé par les pigeons qu’on nourrit de grain. Au centre, un bassin remplace la fontaine aux ablutions que nous avons vue dans les mosquées turques ou égyptiennes. On pourrait grimper au minaret (moyennant finances) on n’y a pas pensé. La salle de prière se trouve dans un bâtiment de grès rouge très haut creusé en coquilles de marbre finement travaillé. Trois coupoles et deux minarets dominent l’ensemble.

New Delhi ; Musée national

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La Galerie de l’Harappa présente une civilisation très ancienne contemporaine de Sumer ou de Égypte antique. Nous la traversons rapidement pour profiter davantage des civilisations postérieures. Les céramiques antiques se ressemblent toutes.

Shiva et Parvati

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une galerie conduit à un patio où je retrouve des fines sculptures de grès ressemblant un  peu à celles d’Angkor datées 9ème au 10ème siècle. Shiva et Parvati sont amoureusement enlacés. Parvati est assise sur la cuisse de Shiva qui tient le sein rond de sa compagne. En dessous, le taureau Nandin. Un  linteau représente la triade Brahma (multiples têtes), Shiva dansant, avec ses têtes de mort, et Vishnou. Des dragons crachent une vague ondulante sur laquelle avancent de minuscules éléphants. Je resterais des heures à inventorier les personnages et les animaux, à admirer la finesse du modelé. Je découvre d’autres divinités : Ganga et Yamouna (8ème siècle), les déesses-fleuves. Fleuves nourriciers sans doute, divinités voluptueuses et dodues qui dansent gracieusement. Sur un autre linteau une procession de musiciens, porteuses d’eau vont arroser le linga. Notre visite à Angkor nous a bien servi !

procession :danseuses et musiciennes

Les miniatures seules m’auraient comblée ! Nombreuses datent du 18èmesiècle, certaines mogholes sont plus anciennes. Les épisodes du

miniature indienne delhi

Râmâyana  me ravissent ainsi que celles qui racontent Krishna  et Rhada.

Toutes n’ont pas des thèmes mythologiques. Certaines dépeignent la vie des cours des Maharadjahs. Le Raja reçoit des invités, une dame chasse un chat intrus, les Princesses partent à la chasse au tigre, les Princesses jouent même au polo (1750). Les animaux sont omniprésents. Partout des oiseaux décorent les fonds, les praires et le ciel. Certains animaux sont les sujets comme ce magnifique tigre dans une jungle défeuillée, les silhouettes des arbres formant des rayures se confondant avec celles de la robe du félin. Étonnants éléphants écrasant un tigre…

guerriers et musiciens

Encore plus inattendues : deux Nativités. Dans l’une d’elles (1720) la Vierge est tout à fait Européenne et on voit des curés catholiques.

Plus attendues : les miniatures mogholes qui illustrent des poèmes persans ou des textes du Coran. Certaines ressemblent à ces enluminures.

Pour dîner ; Chicken Byriani & vegetables (délicieux riz mélangé à des légumes émincés très fin et assez épicé. D a pris une soupe de légumes claire et des veg Pakoras beignets de chou-fleur et pommes de terre, délicieux.

New Delhi : Lotus temple et milans

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lotus temple


Lotus Temple est un sanctuaire Bahaï , entouré d’un parc très fleuri. L’herbe y est un peu desséchée, mais les fleurs, arrosées. On passe entre deux rangées d’orangers aux fruits minuscules, peut être des kumquats ? Des hommes en faction ordonnent la circulation des piétons en file sur la gauche (pays du Commonwealth) »keep left » .

Très peu de touristes, surtout des familles  se dirigent vers le gros bouton de lotus de marbre blanc  perché sur une estrade de brique et de grès rose. Les femmes portent des saris fuchsia, violets jaune citron. Les fillettes sont endimanchées.  On se déchausse, et marche pieds nus ou en chaussettes jusqu’à l’estrade.

Sur le parvis,  deux jeunes femmes très élégantes vêtues plutôt à l’occidentale, longues jupes et écharpes nous font ranger en files qui convergent vers la porte en une sorte d’éventail. En Hindi puis en Anglais elles expliquent la foi bahaï et  la conduite à adopter dans la salle de prière : silence, pas de photos, on peut prier dans n’importe quelle religion ou méditer:

– »Rien n’est au dessus de la prière ! ».

Sous les pétales du bouton de lotus en béton, la salle est circulaire, nue,  seuls éléments décoratifs : les jeux de volumes de la charpente en béton. L’éclairage provient d’une résille en étoile et des baies latérales sous les arches. 22 rangs de bancs de marbre aux dossiers en bois clair font face à un pupitre en  plexiglas sur de magnifiques tapis . A l’extérieur le béton est doublé de marbre blanc.

Des dizaines de gros oiseaux planent.

–           « ce sont des aigles » affirme le guide, « dans le quartier vivent de nombreux musulmans qui abattent des moutons et des chèvres » .

Des aigles charognards ?

Perché sur le coin de l’immeuble d’en face de l’hôtel, des boyaux lui pendant du bec, l’oiseau ressemble à une buse. Renseignement pris, on appelle ces oiseaux kites (comme les cerfs-volants) ou plutôt Black Kites, des Milans.

La balade dans New Delhi continue par les belles avenues bordées d’arbres : ville administrative ? ville coloniale ? Beaucoup de petites voitures, Tata blanches Chevrolet Matiz, ou Suzukis, peu de motos. Cet «échantillon » mécanique est occidentalisé. Pas de nuées de motos comme au Vietnam, ni de taxis comme au Cambodge  ou en Afrique.

Le guide nous conduit à la boutique Kashmir après nous avoir expliqué la situation dans cette province où le tourisme a disparu à la suite de l’état de guerre. Ce serait une bonne action d’y acheter nos souvenirs. Dans le salon, on déroule force tapis. Je déballe mon baratin habituel en cas de tapis. J’aime les TRES BEAUX tapis,je n’ai pas de budget pour eux. Les tapis mécaniques bon marché ne m’intéressent pas. Le vendeur n’insiste pas.

Fin de l’intervention du guide ! Nous continuons seules au Musée National.

new Delhi : India Gate

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India Gate et marchand ambulant

Arc de triomphe élevé en hommage aux 90.000 soldats indiens tombés pendant la première Guerre Mondiale et lors de la guerre Anglo-Afghane en 1919. C’est un monument haut de 42m construit d’une pierre de grès lumineuse dont la décoration est très simple. Il est très fleuri et sa flamme  a l’honneur d’une garde militaire. Situé dans un parc, lieu de pique-nique familial, c’est le rendez-vous de nombreux écoliers en uniforme venus en sortie scolaire. De nombreux marchands ambulants proposent des glaces, des gâteaux et des graines diverses artistiquement disposées.

india gate : barbes à papa

Les étals sont pittoresques, on photographie le vendeur de flûtes, celui qui propose des barbes-à-papa. On achète un paquet de chips à un vendeur qui en réclame 50Roupies, comme je découvre le prix imprimé de 5 Roupies, je proteste. « Tu es devenu fou ? » lui reproche son voisin « five, zero ! » Le filou nous rend de bonne grâce les 35Rs que nous lui réclamons.

india Gate : écolières

New Delhi : Qutub Minar

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J’essaie de me repérer sur le plan de Delhi. Une belle construction blanche  aux colonnes classiques est hérissée d’affiches et d’antennes. Cet ensemble blanc circulaire est occupé par des galeries et des restaurants: Connaught Circle, la fameuse place de Delhi ! Je l’imaginais autrement : une vaste esplanade avec de la perspective.. Au lieu de la solennité victorienne, des échoppes de photographes fermées ou de téléphones mobiles.

Les beaux quartiers de New Delhi sont très verts. D’immenses villas sont cachées dans des jardins luxuriants. Certaines sont occupées par des ambassades. Je lis résidence de l’ambassadeur d’Irak , actuel ou du temps de Saddam ? J’imaginais Delhi comme une ville polluée, bruyante et je découvre d’innombrables jardins, des arbres magnifiques sur le bord de grandes avenues. Je n’arrive pas à me repérer sur le plan les noms des avenues, en revanche me rappellent l’histoire de l’Inde : Kasturbai Gandhi (la femme de Gandhi) , Aurobindo.

qutub minar

Le  guide nous attend en face de Qutub Minar. Il porte bonnet et un pull, sa tenue d’hiver, malgré la température affichée de 21°, cheveux coupés très court et moustache très fournie.

Le site de Qutub Minar est dominé par une très haute tour de 73m de haut : le minaret le plus haute de l’Inde, construit sur 5 niveaux avec des balcons en saillie et décoré d’inscriptions coraniques. Trois souverains. Trois souverains se sont succédé dans la construction du minaret entrepris en 1133 par Qutub -ud -Din. Les Afghans construisirent donc  cette première mosquée : complexe quadrilatère bordé d’arcades sur un ancien temple hindou. Les colonnes finement ouvragées sont du réemploi : on retrouve facilement des personnages dansants ou  dénudés incongrus dans un site musulman. Le minaret assurait aussi un rôle de tour de garde, surveillant un rayon de 50 km. Une madrasa, des tombeaux complètent l’ensemble. Un souverain  entreprit même de construire une tour encore plus énorme : seules les fondations impressionnantes subsistent. Malheureusement le guide ne nous abandonne que pour 20 minutes. Pas le temps de s’asseoir, de lire le Guide Bleu et de prendre des photos comme nous aimons le faire.  Des panneaux signalent l’influence seldjoukide dans les décors de la calligraphie du minaret. Un pavillon carré sous une coupole est gravé de fines décorations.

qutub minar : calligraphie

Arrivée à Delhi

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Karol Bagh : le métro et la statue géante d'Hanuman


5 heures : un cône de lumière descend les lampadaires sur la piste de l’avion. Brouillard ou pollution ?

Les formalités sont interminables. La moitié des guichets de l’aérogare sont mobilisés par des militaires aux casquettes bleue – couleurs ONU. D’où viennent-ils ? Ils sont des centaines, peut être des milliers.

Kamlesh, l’employé de l’agence nous attend à la sortie. Il est jeune, un peu maigrelet. Il insiste lourdement sur le fait qu’il s’est levé très tôt et qu’il ira travailler au bureau à l’ouverture à 8h30.

Le chauffeur est muet. Comprend-il l’anglais ? Dans l’abrutissement du voyage et dans la nuit, nous ne voyons pas grand-chose de Delhi : le métro aérien, des chantiers.

A l’entrée du quartier se trouve la station du métro aérien Karol Bagh et la statue gigantesque d’Hanuman, grand singe en ciment ou en plâtre laqué de couleurs vives. Dans la gueule du singe nous découvrons un escalier. C’est un temple.

Le quartier de l’hôtel est occupé par des garages et des accessoiristes d’autos et de motos. Les environs paraissent un peu miteux. L’hôtel Aster Inn a tout le confort souhaitable. Notre chambre est grande avec belle télé et une petite salle d’eau. Le mobilier est sobre, les fauteuils, jolis : avec des courbes  Art Nouveau. Seuls éléments décoratifs : une grande pendule avec le cadre en laiton et le portrait d’un roi barbu et chevelu aux boucles rondes en cuivre repoussé comme un bas-relief assyrien.

Épuisées, nous nous jetons sur le lit pour grappiller trois heures de sommeil avant la promenade en ville.

11 heures, le chauffeur nous fait traverser la ville sans un mot. Parle-t-il anglais ?

 

comptes, contes, mécomptes d’une touriste imprudente…et étourdie!

Il suffit d’une connexion Internet et d’une carte de crédit pour s’improviser globe-trotteur, pratiquer un anglais basique. Quelques minutes permettent d’obtenir des places d’avions aux tarifs les plus intéressants. En quelques clics j’ai acheté Paris/Delhi via Londres.

Facile d’improviser une expédition au bout du monde. Peu de garde-fous. Rien pour éviter les pièges : la vigilance s’impose déjà dans l’identification du voyageur. L’ordre Nom Prénom (ou l’inverse) peut provoquer une inversion détestable qui a failli compromettre un voyage en Égypte il y a deux ans. Autre piège : la notation de heures am et pm qu’adoptent parfois les britanniques. 3 heures ne sont pas toujours écrites 15h. Logiquement, il est impossible de confondre un vol de nuit et un vol de l’après midi, sauf qu’avec le décalage horaire tout se complique, surtout quand il y a des escales sur de nouveaux fuseaux horaires!

Et voilà donc l’étourdie tombée dans le piège grossier : à 12h nous arrivons toutes prêtes à l’aéroport de Delhi. On ne rentre pas comme cela dans l’aérogare : il faut montre tickets et passeports. Et voici que le militaire nous refuse l’entrée! On essaie à une autre porte. Sur le tableau électronique le vol British Airways n’apparait pas. Je ne m’inquiète pas outre mesure; souvent plusieurs compagnies exploitent un même vol. A bureau de l’information la jeune femme est formelle. Le vol British Airways est le vol de nuit : il est parti sans nous il y a 9 heures et nous n’avons rien à faire ici. Question subsidiaire : par quelle porte êtes-vous entrées? Cette question  me surprend.  Un monsieur parlant très bien anglais surgit derrière moi. Il subtilise mon passeport et commence à recopier les numéros et ceux des visas. Il ne semble s’intéresser que peu au billet périmé. Pourtant j’espère qu’il va m’aider à joindre BA.

Pou moi, impossible de téléphoner : les téléphones cellulaires étrangers sont restreints en Inde et je n’ai pas fait l’achat d’un téléphone indien. Les cabines téléphoniques obsolètes n’existe plus. Pas d’accès Internet. Que faire? Le monsieur très aimable est en train de nous expulser sans que j’en prenne conscience. Brusquement nous voilà entourées de quatre militaires, dont un, en turban khaki. Ils sont charmants mais nous escortent de près. Impossible de faire un pas sans eux! Ils n’ont pas compris la situation : notre avion est parti, il faut que l’on en trouve un autre et c’est seulement dans l’aérogare que nous le trouverons, dans l’aérogare où nous n’avons pas le droit de nous trouver! Heureusement ils comprennent bien l’anglais. J’explique patiemment. Et ils vont devenir nos anges gardiens, se décarcassant auprès des agents des comptoirs pour nous chercher des sièges dans les avions qui partent à Londres. Quand le militaire enturbanné se rend compte que nous allons acheter un nouveau billet il s’affole, cela va vous coûter très cher! « a huge amount of money! » mais ils foncent. Cinq minutes encore pour l’avion de Londres! trop tard, plus de sièges! Pourquoi pas Francfort ou Rome?

Ce sera Rome! Un monsieur, justement, vend des places sur Air China. Au comptoir d’Air China, le steward se décarcasse pour trouver des places sur le vol Rome/Paris Air France ou Alitalia– sans succès.

Nous ne serons pas expulsées de l’aérogare, nous partirons pour l’Europe! Cela va nous coûter cher! mais pas tant que cela. L’avion décoré par des fleurs roses est tout mauve à l’intérieur. Les repas sont excellents. Nous avons un hublot! A 19h30 nous serons à Rome, avec les montagnes afghanes en prime!

Mais il faudra choisir entre le Hilton et les banquettes bien dures de l’aérogare romain pour partir le lendemain vers Orly!

Morale de l’histoire : bien noter les horaires!

Mais aussi noter que l’Inde est bien différente de l’Europe : les règlements de sécurités y sont draconiens de la présence dans les aérogares à l’utilisation des téléphones mobiles : puce indienne obligatoire! Et pour obtenir cette puce il faudra un domicile en Inde (l’hôtel suffit) une photo d’identité et des photocopie du passeport..

Souvenirs de Rabindranath Tagore

SAISON INDIENNE

Rabindranath Tagore a hanté ma saison  indienne : scénarios de Satyajit Ray,contemporain de Gandhi, inspirateur des chanteurs Bauls, et référence de nombreux écrivains indiens que j’ai lus. J’ai quelquefois une certaine timidité envers les monuments de la littérature: Tagore est Prix Nobel 1913, appréhension, serais-je capable de comprendre, d’apprécier?

Tagore, le peintre, m’a éblouie, dans ses couleurs et il n’est peut être pas indifférent que le livre s’ouvre ainsi :

« Je ne sais qui peint des images sur les écrans de notre mémoire, mais à coup sûr, ses tableaux sont des œuvres d’art. Il ne reproduit pas machinalement tout ce qui se passe. Il prend et laisse ce qui lui plait, agrandit ou diminue les évènements, sans scrupule, il relègue au second plan ce qui se trouvait au premier et met en vue ce qui se cachait en arrière; en un mot, son  œuvre est celle d’un peintre et non d’un historien…. »

Ne pas extrapoler trop!  les tableaux de l’exposition(1930) sont largement postérieurs à l’écriture de ce livre(1912).

Tagore raconte ses souvenirs d’enfance et de jeunesse à Calcutta, ses premiers voyages jusqu’en Himalaya avec son père, ses études à Londres à 17 ans et le début de sa renommée d’écrivain.

Rabindranath Tagore aurait peut être pu croiser Kim à bord du train qui le conduisait en Himalaya? Il ne se seraient sans doute pas vus! Kim vivant comme les indiens de basse caste, hantant les bazars et la jungle, tandis que Tagore, le bramine, a passé son enfance confiné dans un  palais instruit par de nombreux maîtres de culture classique, de bengali ancien, de sanscrit écrivant en vers dans un style antique, des demandes les plus triviales (comme la demande de prêt d’un livre). Les mystères que l’enfant a déchiffré ne sont pas des messages codés des militaires, mais plutôt la poésie des livres anciens inaccessibles. Son imagination comble les passages obscurs entre les mots qu’il comprend, il voit dans cette lecture une grande poésie.

L’enfant confiné dans des appartements sous la « servocratie » des domestiques acquiert un sentiment très aigu du « dehors et du de-dans », contemplatif, il découvre des charmes insoupçonnés à un bassin, au fleuve, à un jardin à moitié sauvage qui lui fait un effet de jardin d’Eden. Cette conscience de l’enfermement a sans doute présidé à son souci de l’enfermement des femmes dans La Maison et le Monde (je viens de visionner le DVD)

 

 

 

 

 

 

 

Plus tard, le jeune homme, avec ses frères montent une société patriotique secrète dont l’activité principale se résume à des pique-nique s dans des propriétés délaissées par leurs occupants… Bien que bercé en bengali et même en sanskrit, ayant étudié les épopées traditionnelles et la musique hindoue, il analyse aussi ce que les lettrés bengalis de sa génération doivent à Shakespeare ou à Byron.

Plus qu’à Kim, je pense au jeune Chateaubriand…

Water – film de Deepa Mehta (DVD)

 

SAISON INDIENNE

Dernier film de la trilogie de Deepa Mehta : Fire, Earth et Water. Ce n’est pas du cinéma de Bollywood. Réalisé avec la télévision canadienne,  tourné en partie au Sri Lanka, hors des conventions habituelles du cinéma indien, il aborde le sujet douloureux des veuves.

Chuya, la petite veuve

Quel âge peut avoir la petite veuve dont on rase la tête et qu’on habille de blanc? Sept ou huit ans. Son père l’abandonne dans la maison-refuge des veuves parmi des femmes de tout âge. La plantureuse matrone qui règne sur la cour ne l’impressionne pas, Chuya de fureur, lui mord la cheville de ses jeunes dents de « petite souris ». Elle est pleine d’énergie et capable des colères puissantes des jeunes enfants.

Kalyani, la  seule qui soit coiffée d’une abondante chevelure, vit à l’écart à l’étage. Elle élève en cachette un chiot et consolera Chuya lui faisant partager ses dévotions à Krishna. Je ne comprendrai que plus tard son éloignement des autres femmes. Une autre veuve exerce une autorité naturelle : dévote, austère, elle est aussi la seule femme instruite de l’ashram. Certaines sont infantiles, mariées enfants, elles n’ont rien connu du monde et rêvent de sucreries…Dans la résignation et la dévotion l’énergie de Chuya explose.

Film d’eau qui commence dans un champ de lotus, se poursuit le long du fleuve où se déroulent crémations et ablutions.  Obsession des purifications, pureté des castes. Le contact fortuit avec une veuve apparaît comme une souillure. Film de pluie bienfaisante qui apporte une joie éphémère pendant l’averse.

Film bleu. Bleu, la couleur de Krishna, dit Kalyani. Une lumière bleutée baigne la cour aux murs grisâtres, les saris blancs des veuves. Traces de peinture bleue qui s’écaille sur les planches patinées de l’étage. Le rouge n’apparaît qu’en flash-back: images de ces noces funestes qui ont lié ces femmes à un homme autrefois. Jaune et rose de la fête de Holi, un instant de bonheur. Ambiance nocturne souvent.

Recherche esthétique : certaines scènes sont sublimes : la rencontre de Kalyani de de Narayan sous un ciel rosissant, le jeune homme joue de la flûte comme Krishna.

 

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La figure de Gandhi se profile : l’action se situe en 1938. Évoqué par les deux amis diplômés, par les veuves de l’ashram qui n’apprécient pas son action en faveur des Intouchables. Plus défavorisés que les veuves, les Intouchables, voire….Joie de la population quand Gandhi est libéré de prison,  la foule converge vers la gare où se trouve le train de Gandhi, porteur de tous les espoirs!