new Delhi : India Gate

CARNET INDIEN

India Gate et marchand ambulant

Arc de triomphe élevé en hommage aux 90.000 soldats indiens tombés pendant la première Guerre Mondiale et lors de la guerre Anglo-Afghane en 1919. C’est un monument haut de 42m construit d’une pierre de grès lumineuse dont la décoration est très simple. Il est très fleuri et sa flamme  a l’honneur d’une garde militaire. Situé dans un parc, lieu de pique-nique familial, c’est le rendez-vous de nombreux écoliers en uniforme venus en sortie scolaire. De nombreux marchands ambulants proposent des glaces, des gâteaux et des graines diverses artistiquement disposées.

india gate : barbes à papa

Les étals sont pittoresques, on photographie le vendeur de flûtes, celui qui propose des barbes-à-papa. On achète un paquet de chips à un vendeur qui en réclame 50Roupies, comme je découvre le prix imprimé de 5 Roupies, je proteste. « Tu es devenu fou ? » lui reproche son voisin « five, zero ! » Le filou nous rend de bonne grâce les 35Rs que nous lui réclamons.

india Gate : écolières

New Delhi : Qutub Minar

CARNET INDIEN

 

 

 

 

 

 

 

J’essaie de me repérer sur le plan de Delhi. Une belle construction blanche  aux colonnes classiques est hérissée d’affiches et d’antennes. Cet ensemble blanc circulaire est occupé par des galeries et des restaurants: Connaught Circle, la fameuse place de Delhi ! Je l’imaginais autrement : une vaste esplanade avec de la perspective.. Au lieu de la solennité victorienne, des échoppes de photographes fermées ou de téléphones mobiles.

Les beaux quartiers de New Delhi sont très verts. D’immenses villas sont cachées dans des jardins luxuriants. Certaines sont occupées par des ambassades. Je lis résidence de l’ambassadeur d’Irak , actuel ou du temps de Saddam ? J’imaginais Delhi comme une ville polluée, bruyante et je découvre d’innombrables jardins, des arbres magnifiques sur le bord de grandes avenues. Je n’arrive pas à me repérer sur le plan les noms des avenues, en revanche me rappellent l’histoire de l’Inde : Kasturbai Gandhi (la femme de Gandhi) , Aurobindo.

qutub minar

Le  guide nous attend en face de Qutub Minar. Il porte bonnet et un pull, sa tenue d’hiver, malgré la température affichée de 21°, cheveux coupés très court et moustache très fournie.

Le site de Qutub Minar est dominé par une très haute tour de 73m de haut : le minaret le plus haute de l’Inde, construit sur 5 niveaux avec des balcons en saillie et décoré d’inscriptions coraniques. Trois souverains. Trois souverains se sont succédé dans la construction du minaret entrepris en 1133 par Qutub -ud -Din. Les Afghans construisirent donc  cette première mosquée : complexe quadrilatère bordé d’arcades sur un ancien temple hindou. Les colonnes finement ouvragées sont du réemploi : on retrouve facilement des personnages dansants ou  dénudés incongrus dans un site musulman. Le minaret assurait aussi un rôle de tour de garde, surveillant un rayon de 50 km. Une madrasa, des tombeaux complètent l’ensemble. Un souverain  entreprit même de construire une tour encore plus énorme : seules les fondations impressionnantes subsistent. Malheureusement le guide ne nous abandonne que pour 20 minutes. Pas le temps de s’asseoir, de lire le Guide Bleu et de prendre des photos comme nous aimons le faire.  Des panneaux signalent l’influence seldjoukide dans les décors de la calligraphie du minaret. Un pavillon carré sous une coupole est gravé de fines décorations.

qutub minar : calligraphie

Arrivée à Delhi

CARNET INDIEN

 

Karol Bagh : le métro et la statue géante d'Hanuman


5 heures : un cône de lumière descend les lampadaires sur la piste de l’avion. Brouillard ou pollution ?

Les formalités sont interminables. La moitié des guichets de l’aérogare sont mobilisés par des militaires aux casquettes bleue – couleurs ONU. D’où viennent-ils ? Ils sont des centaines, peut être des milliers.

Kamlesh, l’employé de l’agence nous attend à la sortie. Il est jeune, un peu maigrelet. Il insiste lourdement sur le fait qu’il s’est levé très tôt et qu’il ira travailler au bureau à l’ouverture à 8h30.

Le chauffeur est muet. Comprend-il l’anglais ? Dans l’abrutissement du voyage et dans la nuit, nous ne voyons pas grand-chose de Delhi : le métro aérien, des chantiers.

A l’entrée du quartier se trouve la station du métro aérien Karol Bagh et la statue gigantesque d’Hanuman, grand singe en ciment ou en plâtre laqué de couleurs vives. Dans la gueule du singe nous découvrons un escalier. C’est un temple.

Le quartier de l’hôtel est occupé par des garages et des accessoiristes d’autos et de motos. Les environs paraissent un peu miteux. L’hôtel Aster Inn a tout le confort souhaitable. Notre chambre est grande avec belle télé et une petite salle d’eau. Le mobilier est sobre, les fauteuils, jolis : avec des courbes  Art Nouveau. Seuls éléments décoratifs : une grande pendule avec le cadre en laiton et le portrait d’un roi barbu et chevelu aux boucles rondes en cuivre repoussé comme un bas-relief assyrien.

Épuisées, nous nous jetons sur le lit pour grappiller trois heures de sommeil avant la promenade en ville.

11 heures, le chauffeur nous fait traverser la ville sans un mot. Parle-t-il anglais ?

 

comptes, contes, mécomptes d’une touriste imprudente…et étourdie!

Il suffit d’une connexion Internet et d’une carte de crédit pour s’improviser globe-trotteur, pratiquer un anglais basique. Quelques minutes permettent d’obtenir des places d’avions aux tarifs les plus intéressants. En quelques clics j’ai acheté Paris/Delhi via Londres.

Facile d’improviser une expédition au bout du monde. Peu de garde-fous. Rien pour éviter les pièges : la vigilance s’impose déjà dans l’identification du voyageur. L’ordre Nom Prénom (ou l’inverse) peut provoquer une inversion détestable qui a failli compromettre un voyage en Égypte il y a deux ans. Autre piège : la notation de heures am et pm qu’adoptent parfois les britanniques. 3 heures ne sont pas toujours écrites 15h. Logiquement, il est impossible de confondre un vol de nuit et un vol de l’après midi, sauf qu’avec le décalage horaire tout se complique, surtout quand il y a des escales sur de nouveaux fuseaux horaires!

Et voilà donc l’étourdie tombée dans le piège grossier : à 12h nous arrivons toutes prêtes à l’aéroport de Delhi. On ne rentre pas comme cela dans l’aérogare : il faut montre tickets et passeports. Et voici que le militaire nous refuse l’entrée! On essaie à une autre porte. Sur le tableau électronique le vol British Airways n’apparait pas. Je ne m’inquiète pas outre mesure; souvent plusieurs compagnies exploitent un même vol. A bureau de l’information la jeune femme est formelle. Le vol British Airways est le vol de nuit : il est parti sans nous il y a 9 heures et nous n’avons rien à faire ici. Question subsidiaire : par quelle porte êtes-vous entrées? Cette question  me surprend.  Un monsieur parlant très bien anglais surgit derrière moi. Il subtilise mon passeport et commence à recopier les numéros et ceux des visas. Il ne semble s’intéresser que peu au billet périmé. Pourtant j’espère qu’il va m’aider à joindre BA.

Pou moi, impossible de téléphoner : les téléphones cellulaires étrangers sont restreints en Inde et je n’ai pas fait l’achat d’un téléphone indien. Les cabines téléphoniques obsolètes n’existe plus. Pas d’accès Internet. Que faire? Le monsieur très aimable est en train de nous expulser sans que j’en prenne conscience. Brusquement nous voilà entourées de quatre militaires, dont un, en turban khaki. Ils sont charmants mais nous escortent de près. Impossible de faire un pas sans eux! Ils n’ont pas compris la situation : notre avion est parti, il faut que l’on en trouve un autre et c’est seulement dans l’aérogare que nous le trouverons, dans l’aérogare où nous n’avons pas le droit de nous trouver! Heureusement ils comprennent bien l’anglais. J’explique patiemment. Et ils vont devenir nos anges gardiens, se décarcassant auprès des agents des comptoirs pour nous chercher des sièges dans les avions qui partent à Londres. Quand le militaire enturbanné se rend compte que nous allons acheter un nouveau billet il s’affole, cela va vous coûter très cher! « a huge amount of money! » mais ils foncent. Cinq minutes encore pour l’avion de Londres! trop tard, plus de sièges! Pourquoi pas Francfort ou Rome?

Ce sera Rome! Un monsieur, justement, vend des places sur Air China. Au comptoir d’Air China, le steward se décarcasse pour trouver des places sur le vol Rome/Paris Air France ou Alitalia– sans succès.

Nous ne serons pas expulsées de l’aérogare, nous partirons pour l’Europe! Cela va nous coûter cher! mais pas tant que cela. L’avion décoré par des fleurs roses est tout mauve à l’intérieur. Les repas sont excellents. Nous avons un hublot! A 19h30 nous serons à Rome, avec les montagnes afghanes en prime!

Mais il faudra choisir entre le Hilton et les banquettes bien dures de l’aérogare romain pour partir le lendemain vers Orly!

Morale de l’histoire : bien noter les horaires!

Mais aussi noter que l’Inde est bien différente de l’Europe : les règlements de sécurités y sont draconiens de la présence dans les aérogares à l’utilisation des téléphones mobiles : puce indienne obligatoire! Et pour obtenir cette puce il faudra un domicile en Inde (l’hôtel suffit) une photo d’identité et des photocopie du passeport..

Souvenirs de Rabindranath Tagore

SAISON INDIENNE

Rabindranath Tagore a hanté ma saison  indienne : scénarios de Satyajit Ray,contemporain de Gandhi, inspirateur des chanteurs Bauls, et référence de nombreux écrivains indiens que j’ai lus. J’ai quelquefois une certaine timidité envers les monuments de la littérature: Tagore est Prix Nobel 1913, appréhension, serais-je capable de comprendre, d’apprécier?

Tagore, le peintre, m’a éblouie, dans ses couleurs et il n’est peut être pas indifférent que le livre s’ouvre ainsi :

« Je ne sais qui peint des images sur les écrans de notre mémoire, mais à coup sûr, ses tableaux sont des œuvres d’art. Il ne reproduit pas machinalement tout ce qui se passe. Il prend et laisse ce qui lui plait, agrandit ou diminue les évènements, sans scrupule, il relègue au second plan ce qui se trouvait au premier et met en vue ce qui se cachait en arrière; en un mot, son  œuvre est celle d’un peintre et non d’un historien…. »

Ne pas extrapoler trop!  les tableaux de l’exposition(1930) sont largement postérieurs à l’écriture de ce livre(1912).

Tagore raconte ses souvenirs d’enfance et de jeunesse à Calcutta, ses premiers voyages jusqu’en Himalaya avec son père, ses études à Londres à 17 ans et le début de sa renommée d’écrivain.

Rabindranath Tagore aurait peut être pu croiser Kim à bord du train qui le conduisait en Himalaya? Il ne se seraient sans doute pas vus! Kim vivant comme les indiens de basse caste, hantant les bazars et la jungle, tandis que Tagore, le bramine, a passé son enfance confiné dans un  palais instruit par de nombreux maîtres de culture classique, de bengali ancien, de sanscrit écrivant en vers dans un style antique, des demandes les plus triviales (comme la demande de prêt d’un livre). Les mystères que l’enfant a déchiffré ne sont pas des messages codés des militaires, mais plutôt la poésie des livres anciens inaccessibles. Son imagination comble les passages obscurs entre les mots qu’il comprend, il voit dans cette lecture une grande poésie.

L’enfant confiné dans des appartements sous la « servocratie » des domestiques acquiert un sentiment très aigu du « dehors et du de-dans », contemplatif, il découvre des charmes insoupçonnés à un bassin, au fleuve, à un jardin à moitié sauvage qui lui fait un effet de jardin d’Eden. Cette conscience de l’enfermement a sans doute présidé à son souci de l’enfermement des femmes dans La Maison et le Monde (je viens de visionner le DVD)

 

 

 

 

 

 

 

Plus tard, le jeune homme, avec ses frères montent une société patriotique secrète dont l’activité principale se résume à des pique-nique s dans des propriétés délaissées par leurs occupants… Bien que bercé en bengali et même en sanskrit, ayant étudié les épopées traditionnelles et la musique hindoue, il analyse aussi ce que les lettrés bengalis de sa génération doivent à Shakespeare ou à Byron.

Plus qu’à Kim, je pense au jeune Chateaubriand…

Water – film de Deepa Mehta (DVD)

 

SAISON INDIENNE

Dernier film de la trilogie de Deepa Mehta : Fire, Earth et Water. Ce n’est pas du cinéma de Bollywood. Réalisé avec la télévision canadienne,  tourné en partie au Sri Lanka, hors des conventions habituelles du cinéma indien, il aborde le sujet douloureux des veuves.

Chuya, la petite veuve

Quel âge peut avoir la petite veuve dont on rase la tête et qu’on habille de blanc? Sept ou huit ans. Son père l’abandonne dans la maison-refuge des veuves parmi des femmes de tout âge. La plantureuse matrone qui règne sur la cour ne l’impressionne pas, Chuya de fureur, lui mord la cheville de ses jeunes dents de « petite souris ». Elle est pleine d’énergie et capable des colères puissantes des jeunes enfants.

Kalyani, la  seule qui soit coiffée d’une abondante chevelure, vit à l’écart à l’étage. Elle élève en cachette un chiot et consolera Chuya lui faisant partager ses dévotions à Krishna. Je ne comprendrai que plus tard son éloignement des autres femmes. Une autre veuve exerce une autorité naturelle : dévote, austère, elle est aussi la seule femme instruite de l’ashram. Certaines sont infantiles, mariées enfants, elles n’ont rien connu du monde et rêvent de sucreries…Dans la résignation et la dévotion l’énergie de Chuya explose.

Film d’eau qui commence dans un champ de lotus, se poursuit le long du fleuve où se déroulent crémations et ablutions.  Obsession des purifications, pureté des castes. Le contact fortuit avec une veuve apparaît comme une souillure. Film de pluie bienfaisante qui apporte une joie éphémère pendant l’averse.

Film bleu. Bleu, la couleur de Krishna, dit Kalyani. Une lumière bleutée baigne la cour aux murs grisâtres, les saris blancs des veuves. Traces de peinture bleue qui s’écaille sur les planches patinées de l’étage. Le rouge n’apparaît qu’en flash-back: images de ces noces funestes qui ont lié ces femmes à un homme autrefois. Jaune et rose de la fête de Holi, un instant de bonheur. Ambiance nocturne souvent.

Recherche esthétique : certaines scènes sont sublimes : la rencontre de Kalyani de de Narayan sous un ciel rosissant, le jeune homme joue de la flûte comme Krishna.

 

Lire également cette critique

 

 

 

La figure de Gandhi se profile : l’action se situe en 1938. Évoqué par les deux amis diplômés, par les veuves de l’ashram qui n’apprécient pas son action en faveur des Intouchables. Plus défavorisés que les veuves, les Intouchables, voire….Joie de la population quand Gandhi est libéré de prison,  la foule converge vers la gare où se trouve le train de Gandhi, porteur de tous les espoirs!

 

La Maison et le Monde – Satyajit Ray (DVD)

SAISON INDIENNE

 

1984, film en couleur d’après le roman de Rabindranath Tagore. Est-ce un film historique racontant un épisode de l’histoire de l’Inde ?
La partition du Bengale en 1905 par Lord Curzon entre Musulmans et Hindous entraîna une réaction des  nationalistes et le boycott des produits anglais par le mouvement swadeshi.
Est-ce un drame entre trois personnages dans un palais indien?
Nakhil, le mari, homme moderne et ouvert, veut que sa femme soit libre. Il lui offre l’instruction et surtout la conduit en dehors des appartements réservés aux femmes dans une scène magnifique : le couple progresse lentement sur une galerie, majestueusement. Bimala,  élevée dans la réserve convenant à une femme indienne, apprend vite. L’anglais, le piano et le chant, certes, mais aussi la politique. Quand Nakhil veut lui faire rencontrer Sandip, leader nationaliste, qui est également son ami, son opinion est faite et ce n’est pas celle de son mari! les deux hommes sont d’abord émerveillés de cette indépendance d’esprit. Sandip veut utiliser Bimala pour ployer Nakhil qui s’oppose au boycott sur son domaine. Leur collaboration ne restera pas longtemps dans le champ intellectuel pur. Il s’éprend de la jeune femme. Résistera-t-elle à la séduction de cet homme qui joue aussi de séduction (si ce n’est de démagogie) quand il manie les foules.? Le film tourne au « mélo flamboyant« (dixit Télérama). Ne pas spoiler!
L’art de Ray, que j’ai découvert dans le Salon de Musique en noir et blanc, s’est enrichi de  couleurs mais le soin des plans, du cadrage et surtout des jeux d’ombres et de lumières est toujours magistral. Merveilleuse scène de la sortie du gynécée, merveilleuse image des raies d’ombres des stores sur le visage de Bimala qui écoule le discours nationaliste à la fenêtre. Magnifique moment où Bimala plie son sari en chantant, d’abord la mélodie anglaise puis un chant hindou, le temps s’étire sur toute la longueur des 6 mètres de soie
Bimala et Nakhil
A la fin du film, je me pose des questions: est-ce que le rejet du démagogue intéressé est le rejet du nationalisme qui joue sur l’affectif avec des slogans simplistes plutôt que sur la réflexion?
Dans le boycott des produits importés on retrouve les campagnes de boycott de Gandhi, Gandhi serait-il dénoncé ici?
La trahison de Bimala vis à vis de son mari est-elle  fortuite ou est-elle une preuve de la faiblesse féminine?
Un excellent article analysant le livre de Tagore apporte des réponses.
Extrait

 

Révisions

Les peintures de Tagore au Petit Palais

SAISON INDIENNE

On connaît Tagore comme poète, écrivain, prix Nobel 1913 moins comme musicien et comme peintre. L’exposition du Petit Palais « Dernière Moisson » présente 85 œuvres sur papier, encres, pastels ou aquarelles de premier plan. Ce n’est pas la première exposition de Tagore à Paris : dans les années 30, Anna de Noailles avait parrainé une exposition du poète et écrit la préface du catalogue (visible dans une vitrine).

C’est sur le tard, passé  60 ans, que Tagore a fait œuvre de plasticien : d’abord en jouant avec les ratures sur ses manuscrits (merveilleuse calligraphie indienne) puis avec ces « gribouillis » sont arrivés des animaux monstrueux. Le bestiaire extraordinaire occupe la première salle. Fantastique? humour? on ne sait comment interpréter ces tableaux étonnants. La figure humaine est aussi largement présente : portraits presque des caricatures d’hommes et figures féminines très douces. Ses paysages sont souvent nocturnes, masses sombres tranchant sur un ciel jaune, temples ou feuillages. Un mur porte des fleurs d’une délicatesse rare…

Assez petits formats sous verre. Les encres ont des tons métalliques, les oranges sont dorés, les noirs épais et mats. Quand on s’approche on admire la finesse du graphisme.

A la fin de l’exposition une vidéo passionnante raconte la vie de Tagore : paysages du Bengale actuel, extraits de films de Satyajit Ray mais aussi interviews d’un poète de Calcutta et d’un peintre qui souligne les parentés entre l’œuvre picturale de Tagore avec la peinture occidentale de l’époque : fascination des primitifs mais aussi Art Nouveau, il évoque aussi l’expressionnisme et Emil Nolde. J’ai le grand plaisir de retrouver les musiciens Bauls dont j’ai récemment fait connaissance. Le fil conducteur de cette biographie est justement le récit  chanté qu’un artiste de rue fait de la vie du grand homme à la manière des épopées historiques ou des textes sacrés du Râmâyana ou Mahabarata, déroulant une toile naïve illustrant les différents épisodes.

http://www.dailymotion.com/swf/video/xoe1bx<br /><a href= »http://www.dailymotion.com/video/xoe1bx_rabindranath-tagore-au-petit-palais_creation &raquo; target= »_blank »>Rabindranath Tagore au Petit Palais</a> <i>par <a href= »http://www.dailymotion.com/mairiedeparis &raquo; target= »_blank »>mairiedeparis</a></i>

Ma « Saison Indienne » avait commencé dans ces mêmes salles au Petit Palais avec l’exposition photo, Elles Changent l’Inde, à 5 jours de notre départ, je suis contente de me retrouver dans ces lieux familiers avant le grand saut dans le dépaysement.

Les Vagabonds Enchantés – chanteurs bauls – Mimlu Sen

SAISON INDIENNE

Les Vagabonds enchantés sont les chanteurs Bauls. Chanteurs itinérants au Bengale, vivant d’aumône dans les villages, héritiers d’une tradition séculaire remontant jusqu’au 16ème siècle. Confluence, syncrétisme,  entre les adorateurs de Vishnou, de Shakti, les tantriques,  les yogis de village, les fakirs, les soufis. Poésie mystique mais aussi grande tolérance.

La narratrice, est une indienne anticonformiste. Ayant approché les communistes naxalites, elle se retrouve en prison. Dans le Paris de Mai68, « fief du sexe, de la drogue et du rock n’roll […] du féminisme, de la psychanalyse et de l’existentialisme…. »elle se pose quelques années jusqu’au coup de foudre pour la musique baul. Elle suit alors au Bengale un musicien Paban. C’est leur histoire qu’elle raconte. Festivals, vie rurale, rencontre avec des musiciens et des gourous,  aussi une histoire d’amour!

Comment cet oiseau inconnu

Peut-il ainsi à sa guise

Entrer et sortir de sa cage?

si je pouvais l’attraper

Je l’entraverais

Avec les chaînes de mon esprit.

Mais je ne parviens pas à le saisir,

Il continue d’entrer et sortir.

Sa cage a huit pièces et neuf portes,

Elle est couronnée par une galerie des glaces

Ô mon cœur, la cage dont tu rêves,

Faite de faible bambou

Peut se rompre à tout moment.

Ainsi dit Lallan, l’oiseau peut se libérer de sa cage,

Et s’enfuir, qui peut savoir où.

Lallan Shah Fakir (19ème siècle)

Rabinadrath Tagore a cité cette chanson au Musée Guimet en 1916

La figure de Tagore plane encore :le bungalow de Mimlu Sen, de ses enfants et de Paban se trouve dans la ville universitaire de Tagore : Shantiniketan, plus tard ils s’installeront dans une propriété évoquant les décors de Satyajit Ray…

 

Le livre foisonne de contes, de mythes, qui s’entremêlent avec le quotidien de ces musiciens comme la poésie, poèmes d’amour, épopée de Rhada et Krishna, mystique étrange

Une fille est Ganga, Jamuna et Saraswati :

Chaque mois, des marées montent en elle,

Forment le confluent de trois rivières de trois couleurs.

Le premier jour, il est noir, le lendemain blanc,

le troisième rouge nacré.

Qui peut sonder les profondeurs d’une femme?

Maheswara ne sait pas grand-chose d’elle

Étonnante chanson célébrant le flux menstruel, célébrations des déités féminines mais aussi statut arriéré de la femme dans la campagne bengalie.

Très éloignée de la philosophie hindoue ou de la musique ethnique, j’ai dévoré ce livre si riche! Il manque seulement un CD pour donner à entendre la voix de Paban!

 

 

Lectures indiennes : mon top10 et des sagas

SAISON INDIENNE

La littérature indienne contemporaine foisonne, le plus souvent anglophone, elle est facilement accessible et largement traduite. J’ai ratissé large dans les rayons de la Bibliothèque et emporté des piles de livres. Difficile d’effectuer un tri. Après deux mois de lectures exclusivement indiennes, je dresse ici un premier bilan.

 

Hors concours dans mon TOP10,

Les Enfants de Minuit de Salman Rushdie, lu autrefois, je mepropose de relire dès que je l’aurai retrouvé

 

 

 

Très intéressant, N°1 de ce classement personnel : Un océan de Pavots d’Amitav Gosh. Très riche, dense, varié. Premier volume d’une trilogie dont j’attends avec impatience la suite! Il n’est pas besoin d’aller en Inde pour apprécier ce gros roman captivant qui nous emmène sur les mers comme sur le fleuve. Lire la suite ICI

 

Une découverte, N°2 : Le Dieu des Petits Riens d’Arhundati Roy, une écriture intéressante,d’une écrivaine engagée. Lire la suite ICI

 

 

 

Un coup de cœur, N°3 : Les neuf visages du cœur d’Anita Nair. lire la suite ICI

 

N°4 : Noces indiennes de Sharon Maas, lire ICI

une copieuse saga qui fait voyager non seulement à Madras mais aussi dans la communauté indienne  de Guyane britannique  et à Londres

N°5 : Les collines du tigre de Sarita Mandanna

Je ne suis pas entrée dès le début dans cette saga. Exotisme garanti, très belle évocation des collines, de la jungle, des forêts..
Au début c’est l’histoire de Dévi, petite fille,  et de Dévanna le petit garçon si doué, élevés au village ensemble. Coup de foudre pour le Chasseur, si valeureux, si noble… cela m’a un peu agacé. Poursuivant la lecture, le roman a perdu sa tonalité  » à l’eau de rose » pour se teinter d’amertume et de tragique. Je me suis attachée à cette famille. J’ai un peu pensé à Autant emporte le Vent dans la ténacité dont Devi fait preuve en cultivant malgré tout ses caféiers..

N°6 : Un Atlas de l’impossible d’Anuradha  Roy

pris à la bibliothèque confondant Arundati Roy et Anuradha Roy. Très belle couverture bleue de cette collection Actes Sud

Une saga familiale, Trois générations, trois maisons.
Dans une petite ville provinciale , Songarth, Amulya installe sa fabrique de produits médicinaux tandis que Kananbala, sa femme, s’étiole insensible au charme du jardin, cloitrée et sombre dans la dépression et la démence.
Kamal, marié mais sans enfant, prendra la succession de son père.Tandis que son frère, Nirmal, vivra une vie errante après que Shanti, sa jeune femme ne meure en couches.
La deuxième partie du livre est centrée sur deux enfants, Bakul la fille de Nirmal, et Mukunda,  parrainé par Amulya, de naissance obscure et sans caste. Une histoire d’amour aurait pu s’ébaucher entre la jeune veuve qui s’occupe des enfants et Nirmal qui revient.
La troisième partie se passe à Calcutta. Mukunda jeune diplômé s’installe dans la merveilleuse demeure qu’un lettré musulman lui confie à la suite de la Partition et des troubles, il se marie, un fils nait. tous les espoirs sont permis.
Chaque génération reproduit le même schéma : espoirs de jeunesse, désillusions, enfermement dans les convenances, les préjugés et le système des castes. Les femmes paient le plus lourd tribut à la tradition.
Les maisons jouent le rôle de véritable personnages dans ce roman. La maison près du fleuve me fait penser à celle du film le Salon de Musique, il me semble la voir. Il me semble sentir les parfums du jardin de Songarth. Pas étonnant que les maisons soient si importantes: Mukunda devient agent immobilier, de la pire espèce…
C’est une lecture agréable.
J’ai été déçue,par les promesses du 4ème de couverture qui invitait à comprendre l’histoire de l’Inde de la colonisation à l’Indépendance. Cet aspect est plutôt escamoté.

N°7 : Râga d’après midi d’Amit Chaudhuri

Très beau titre, très belle couverture (Picquier) mais une légère déception.

Court roman, léger, délicat, presque trop délicat. Bien écrit. allers-retours entre Oxford où étudie le narrateur et Bombay et Calcutta où vivent ses parents. pages impressionnistes. Pas d’histoire : le héros hésite entre deux femmes, mais on ne sait ni pourquoi, ni comment.
Un peu inconsistant, joli, cependant.

Même en comptant Les Enfants de Minuit, mon top10 est bancal, il en manque deux. La pile de livre en attente est encore haute. Le classement sera-t-il bouleversé?