Amitav GHOSH- Un Océan de pavots –

MA SAISON INDIENNE

Un roman d’aventure, de marins, de pirates, roman historique… C’est un voyage sur l’Ibis, goélette construite pour le transport des esclaves qui quitte Baltimore pour Calcutta puis l’île Maurice. Voyage en Inde le long du Gange de Ghazipur près de Bénarès à Calcutta.

Foisonnement de personnages qui aboutiront sur l’Ibis :  Zachary Reid ; le charpentier américain, qui prendra le commandement de l’Ibis avec l’aide de Serang Ali, le chef des marins lascars (qui sont ces lascars, des marins indiens, mais pas seulement indiens ?),  Deeti, la paysanne de Ghazipur qui récolte les pavots, Neel, le Raja de Raskhali ruiné et déchu par son associé Anglais, Paulette, la fille d’un botaniste français et son frère de lait Jodu,  et de tant d’autres, anglais, indiens et même chinois, marins ou commerçants….paysans ruinés emportés comme esclaves dans les plantations de l’Ile Maurice.

Histoire de mer, mais aussi histoire de pavots. Le roman commence avec la floraison des pavots et nous assistons à la récolte. Le mari de Deeti  travaille à la factorerie qui transforme l’opium. La visite de cette factorerie est un tableau saisissant. C’est le pavot qui prend la place des cultures vivrières, ruinant ainsi les paysans obligés de ses vendre. C’est aussi l’opium qui a tué le mari de Deeti. Tous les aspects sont envisagés : aussi bien la culture, le commerce que la dépendance. L’opium s’exportera en Chine. L’histoire se déroule en 1837, à la veille de la guerre de l’opium en Chine. Tout au long du roman il est présent, dans l’enrichissement des colons anglais, comme dans la déchéance.

La traite négrière étant désormais bannie, un autre commerce triangulaire s’organise sur les mers d’Orient. L’Ibis, navire négrier transportera une autre cargaison humaine : les pauvres Indiens et l’opium vers la Chine.

Extraordinaire richesse de langages, on ne peut qu’admirer le travail du traducteur devant rendre compte des parlers exotiques, parler des marins lascars, expressions bengalies ou hindoustanis, anglais abâtardi des domestiques ou au contraire déformations méprisante des noms hindous par les britanniques . Le texte fourmille de mots indiens sans traduction, pas seulement de mots, de vers entier, de prières, de chansons. Aucun lexique n’est fourni,  pas de guillemets non plus ni d’italique. Le lecteur est emporté dans le mélange des genres, mélange aussi des histoires, mélange des langues. Le plan du roman est simple : Terre, Fleuve et Mer. Mais les histoires se mêlent, sans transition on  passe du champ de Deeti  à l’embarquement des lascars au Cap. Les chapitres sont tout simplement numérotés sans indication supplémentaire de temps de lieu ou de personnes. Si ce mélange ne m’a aucunement gênée à la lecture, il complique singulièrement mon compte-rendu. Impossible de retrouver tel ou tel épisode ! Extraordinaire complexité des rapports sociaux, métissages inattendus, amitiés improbables. Amitav Ghosh dépeint un personnage odieux, et vers la fin, il retrouve son humanité. Le Raja obsédé de pureté, imbu de sa personne et de sa caste, confronté à un opiomane en manque incontinent est d’une dignité admirable. La scène où il défie le fonctionnaire anglais en lui citant des vers de Shakespeare est tout à fait extraordinaire.

Le lecteur est donc emporté jusqu’à la fin étrange. On en voudrait encore ! Sans doute il y aura une suite…

 

 

L’Odeur de l’Inde – Pier Paolo Pasolini

 SAISON INDIENNE

C’est le livre jumeau de celui de Moravia: Une Certaine Idée de l’Inde, reçu dans le même paquet d’Amazon. Jumeau, puisque qu’il relate le même voyage en Inde des deux écrivains en 1961 à l’occasion de la commémoration de Tagore.

Deux courts ouvrages, pourtant très différents. Moravia s’attache à analyser ses impressions. Érudit, il analyse la religion, les relations avec le colonialisme. Pasolini livre une interprétation beaucoup plus personnelle.

Plus aventureux, il préfère les vagabondages nocturnes et les rencontres de hasard aux visites touristiques. Moravia jette un regard intéressé aux passants, aux paysans tandis que Pasolini donne une identité, un nom, une histoire, aux Indiens rencontrés pendant ses promenades, souvent des mendiants. Sardar et Sundar, attendent avec d’autres, que l’hôtel leur donne des restes de pudding, ils lui font penser aux jeunes calabrais montés à Milan chercher fortune. L’enfant Revi, qui refuse son obole parce qu’il sera racketté, l’émeut au point qu’il se décarcasse à lui fournir un abri. Muti Lal, le Brahmane qui dort sur le trottoir, éduqué,  lui suggère cette étrange conclusion de Pasolini… »c’est un bourgeois » et une analyse de la bourgeoisie indienne dans un océan de sous-prolétariat:

« Ils (les bourgeois) s’enferment ainsi dans la vie familiale à laquelle ils donnent une importance absolue : plein  d’enfant et ils en cultivent la douceur ».

L’Odeur de l’Inde qui a donné son titre au livre est décrite ainsi:

….« l’habituelle odeur, très forte , qui prend à la gorge. Cette odeur de pauvre nourritures et de cadavre qui, en Inde, est comme un continuel souffle puissant qui donne une sorte de fièvre. C’est cette odeur, qui, devenue, peu à peu,  une entité physique presque animée, semble interrompre le cours normal de la vie dans le corps des Indiens. son relent frappant ces pauvres petits corps couverts d’une toile légère et souillée, paraît les miner, les empêchent de croître, de parvenir à un achèvement humain »…

Contrairement à Moravia qui voit dans l’Inde le fait religieux partout Pasolini écrit :

« heureusement l’hindouisme n’est pas une religion d’état. . C’est pourquoi les saints ne sont pas dangereux; Tandis que les fidèles les admirent il y a toujours un musulman, un bouddhiste ou un catholique pour les regarder avec ironie ou curiosité…[…]Mais, à mes yeux, cela n’implique pas que les Indiens soient vraiment préoccupés par de sérieux problèmes religieux. »

Il est également beaucoup plus critique envers Nehru que son ami. Trop respectueux, selon lui, des formes de la démocratie parlementaire occidentale, Nehru n’est pas assez audacieux pour extirper la tradition des castes qui révolte les deux italiens.

J’ai  admiré P P Pasolini cinéaste, personnage de la biographie imaginaire écrite par Fernandez, Dans la Main de l’Ange, je le découvre ici écrivain.

 

 

Le mariage des moussons – film de mira nair

SAISON INDIENNE

Des six DVD indiens empruntés à la médiathèque, c’est celui qui est le plus proche du cinéma d’auteur. Récompensé à la Mostra de Venise par un Lion d’or 2001. je l’avais vu il y a une dizaine d’années et revu avec un égal plaisir.

Comme le cinéma de Bollywood, c’est un film festif et coloré, dominantes or, rouge et jaune, camaïeu de tentures, saris, et guirlandes d’œillets d’indes orange qu’un personnage croque sans réserves. Musical aussi, les jours précédent les noces se déroulent dans les danses et les chants. Exubérance des embrassades, des retrouvailles à Delhi des parents dispersés, de Californie, Australie, Dubaï ou Mascate.Comme toujours dans le cinéma indien il y aura des danses soigneusement chorégraphiées.

Mais Le Mariage des Moussons a un rythme beaucoup plus entrainant que les autres films de Bollywood que j’ai visionnés. Le film ne dure que 1h58.

Il bouscule aussi les traditions de pruderies bienpensantes. Il s’agit d’un mariage arrangé. Les deux fiancés ne se connaissent pas. Ils sont jeunes, beaux et de bonne famille. Mais Aditi, la fiancée a une relation avec un animateur de la télévision, elle renonce à cet amour, devinant que Vikram, marié ne divorcera jamais. Sa cousine Ria, sa confidente, est célibataire et elle met en garde Aditi contre les mariages sans amour. Tout au long du film on doute: le mariage aura-t-il bien lieu? Dans le cocon de la famille élargie, bienveillante, chaleureuse un autre soupçon s’insinue : l’oncle généreux n’abuse-t-il pas de la gamine effrontée? Ria, la célibataire fait éclater le scandale : avant sa petite sœur, elle aussi a été victime de l’inceste.

Au mariage des Pensabi riches se superpose une autre intrigue, celle de Mr Dubey, l’organisateur du mariage, personnage un peu bouffon, un peu pitoyable qui organise les noces des autres mais n’a pas trouvé l’âme sœur. Il tombe amoureux d’une servante, Alice, chrétienne, peut être Intouchable. L’entrepreneur hâbleur, frimeur, devient d’une timidité touchante quand il offre son  cœur : coussin d’œillets d’Inde dans un décor floral à) sa bienaimée.

http://www.dailymotion.com/swf/video/x8gquf<br /><a href= »http://www.dailymotion.com/video/x8gquf_le-mariage-des-moussons-ba-vost-fr_shortfilms &raquo; target= »_blank »>Le Mariage des moussons – BA – Vost FR</a> <i>par <a href= »http://www.dailymotion.com/_Caprice_ &raquo; target= »_blank »>_Caprice_</a></i>

 

 

La Famille Indienne – DVD

SAISON INDIENNE – FILM

Par un dimanche très pluvieux je me suis immergée dans ce sirupeux et interminable (3h30) film bollywoodien.

Pour le folklore, l’essentiel du film se déroule en intérieur dans un château mi-château de la Loire mi-manoir écossais, en grand. Pelouses impeccables, arrivée du fils en hélico, salons glamour, saris luxueux…. et cricket (l’Inde gagne invariablement le match contre l’Angleterre!).

Cette famille indienne a de la classe et ne veut pas de mésalliance. Le Rahul, le grand frère, un enfant adopté, est renié par son père parce qu’il est amoureux d’une fille charmante, ravissante, mais de basse extraction (et un peu gaffeuse) . Le couple, chassé de son palais émigre à Londres (dans les beaux quartiers quand même). Le départ de son grand fils brise le cœur de la mère. Le petit frère, dix ans plus tard tentera une réconciliation. L’intrigue est donc minimaliste, le rythme de l’action plus que lent.

Et pourtant cela fonctionne! Comme tous les films indiens, les danses et les chants occupent une place importante. Le comble du ridicule est atteint quand les deux amoureux se déclarent sur fond de pyramide et de désert blanc! Pire encore les séquences londoniennes! Mais les danseurs sont nombreux, les costumes variés, les chorégraphie élaborées, malgré tout retiennent notre attention. Plaisir de la VO : le mélange hindi et anglais! Je guette les expressions anglaise étonnée de ne plus rien comprendre à l’instant d’après

Cependant, s’il ‘avait fallu visionner qu’un seul film indien, Swades, vu samedi était beaucoup plus intéressant et exotique.

Slumdog millionaire – A revoir?

MA SAISON INDIENNE

 

j’ai vu ce film à sa sortie en salles il y a maintenant quelques temps. Il m’avait bien plu et nous avions même emmené les 5èmes. Les élèves avaient bien accroché. Je me souviens du retour au collège à pied, une bonne demi-heure, et des élèves qui ne participaient jamais ou qui faisaient des bêtises, devenant de véritables critiques tant le film les avait interpelés.

Voici ce que j’avais écrit alors dans mon blog Voix-Nomades :

Je ne regarde jamais Qui veut gagner des Millions, je ne suis jamais allée en Inde.

Ce film m’a donné l’occasion de découvrir Bombay, moderne: tours de béton, centraux d’appels et studios de télévision… misérable : bidonsvilles, décharges d’ordures, mendiants….bruyante, colorée, violente.

Course-poursuite effrenée entre les enfants jouant au base-ball sur la piste d’avion et les policiers armés de bâtons, course-poursuite encore entre les enfants musulmans fuyant des hindouistes dans un pogrom où la mère perd la vie, course encore entre les héros et des malfaiteurs. Le film a du rythme.

Une belle histoire d’amour, des danses sont les canons immanquables de Bollywood mais n’alourdissent pas l’intrigue.

J’ai cherché le DVD à la médiathèque mais il n’était pas disponible ce jour-là. entre temps à la suite de la lecture du livre d’ Arundhati Roy : Le Dieu des Petits Riens, j’ai trouvé en surfant le texte suivant tiré du Courrier International :

Je n’aime pas Slumdog  Arundhati Roy

Depuis que Slumdog Millionaire a été récompensé par plusieurs oscars, tout le monde revendique une participation à ce triomphe, même le Parti du Congrès. La formation politique se targue d’avoir présidé à l’émergence de “l’Inde qui réussit”. Mais l’Inde qui réussit quoi ? Dans le cas de Slumdog Millionaire, la principale contribution de notre pays et de nos partis politiques est d’avoir fourni un environnement authentique et dramatique de pauvreté et de violence en toile de fond du film. Vous appelez ça une réussite ? Et faut-il s’en féliciter ? Avons-nous de quoi être fiers ? Franchement, c’est au-delà du ridicule. Le film n’accuse personne, ne demande de comptes à personne. C’est pour cela que tout le monde est content. Et c’est bien ce qui me dérange. Slumdog Millionaire ne contredit pas le mythe de “l’Inde qui brille” [slogan électoral du BJP, le parti nationaliste hindou, en 2004], bien au contraire. Il se contente de “glamouriser” l’Inde qui ne brille pas. Ce film ne présente pas le même panache, l’humour ou l’aspect politique dont le réalisateur [Danny Boyle] et l’auteur du livre original [Vikas Swarup] témoignent dans leurs autres œuvres. Il ne mérite certainement pas le déchaînement de passion qu’il suscite actuellement. Le scénario est simpliste et les dialogues plus que médiocres, ce qui m’a étonnée car j’avais beaucoup aimé The Full Monty (écrit par le même dialoguiste [Simon Beaufoy]). L’accumulation des stéréotypes, des clichés et de l’horreur font de ce film une version cinématographique d’Alice au pays des merveilles, sauf qu’ici il s’agirait plutôt de “Jamal au pays des horreurs”. Ce film a pour seul effet d’aseptiser la réalité. Les “méchants” qui kidnappent et mutilent les enfants avant de les vendre à des bordels me font penser à Glenn Close dans les 101 Dalmatiens. D’un point de vue politique, le film décontextualise la pauvreté en en faisant un simple accessoire dramatique. La pauvreté est dissociée des pauvres, c’est un paysage, au même titre que le désert, une chaîne de montagnes ou une plage exotique. La pauvreté est traitée comme une fatalité, non comme le fait des hommes.

Tandis que la caméra se promène volontiers dans les bidonvilles, les créatures qui les peuplent sont sélectionnées avec soin. Choisir [pour les rôles principaux] un homme et une femme portant les marques physiques de leur enfance dans les bidonvilles, les séquelles de la malnutrition, de la violence et des épreuves qu’ils ont pu traverser n’aurait pas donné une affiche suffisamment attrayante. Le réalisateur a donc choisi un top-modèle indien [Freida Pinto] et un jeune Britannique [Dev Patel, qui joue dans la série Skins]. La scène de torture dans le commissariat de police est une insulte à l’intelligence du spectateur. La confiance émanant de ce jeune “chien des bidonvilles”, si manifestement britannique, dépasse largement le policier, si typiquement in­dien, alors que c’est lui qui est censé avoir l’ascendant sur le jeune garçon. La couleur de peau que les deux acteurs ont en commun ne suffit pas à masquer des différences plus profondes. Le problème n’est pas qu’ils soient bons ou mauvais acteurs, c’est une question de ton. C’est comme si les jeunes Noirs des ghettos de Chicago parlaient avec un accent de Yale. Bon nombre de messages sont ainsi brouillés dans le film.

Il ne s’agit pas d’ergoter sur le réalisme de la production, de dire que le film n’aurait pas dû être tourné en anglais ou d’affirmer sottement que des étrangers ne pourront jamais comprendre les mystères de l’Inde. Je pense que beaucoup de réalisateurs indiens tombent dans le même piège. Slumdog Millionaire n’est que la version bon marché du grand rêve capitaliste dans lequel la politique est remplacée par un jeu télévisé : une loterie dans laquelle le rêve d’un seul devient réalité tandis que celui de millions d’autres leur est refusé. Ces derniers se raccrochent à une chimère : travaillez dur, soyez gentils et avec un peu de chance vous pourriez devenir millionnaires. Selon certains spécialistes, le succès du film repose sur le fait que, à l’heure où de plus en plus de riches Occidentaux sont menacés par la misère, les histoires de pauvres qui réussissent sont autant de messages d’espoir auxquels se raccrocher. Voilà une idée terrifiante. L’espoir devrait se fonder sur des choses plus solides.

Cet article me donne à réfléchir!


Une certaine idée de l’Inde – Alberto Moravia

 SAISON INDIENNE

1961, Moravia, Elsa Morante et Pasolini ont fait l’expérience de l’Inde, rencontré Nerhu, visité des temples, traversé en voiture le sous-continent, dormi dans des rest-houses bâties par des Anglais pour des Anglais, eté frappés par la pauvreté.

Un curieux dialogue sert d’introduction à cet ouvrage :

–  « Donc, tu es allé en Inde. C’était bien?

         – Non.

         – Tu t’es ennuyé?

        –  Non plus.

      –  Que t’est-il arrivé là-bas?

      – J’ai fait une expérience .

       – Laquelle?

        –  L’expérience de l’Inde.

        –  C’est à dire?

        –  Comment t’expliquer? L Inde c’est l’Inde… »

Cette entrée en matière étonnante me faisait craindre une lecture sybilline. D’autant plus que quelques lignes plus tard il affirmait :

« L’Inde c’est le contraire de l’Europe » […]Disons que l’Inde c’est le pays de la religion. »

Et pourtant rien de plus clair, lumineux que ce recueil de 135 pages, racontant des rencontres. Nehru, bien sûr. Suivie par un chapitre analysant la position politique de Jinnah et la partition de l’Inde. Mais aussi, des rencontres avec des mendiants, des sadhus, des hôteliers, des paysans qui rentrent tranquillement sur leurs charrettes. Récit des bûchers de Benarès, de visites de temples…

Mais aussi analyses très intéressantes sur la religion « Le choc du Polythéisme« , « la Pauvreté« ,« Colonialisme et Symbiose », et pour finir « l’Impureté «  analysant le système des Castes.

Le chapitre « Cauchemars et Mirages » m’a fascinée

« Dans la pensée religieuse indienne, le monde des sens est Maya c’est à dire illusion.[…]le monde des sens serait donc un envoûtement, une comédie magique que l’Âme universelle se joue pour son seul et incompréhensible divertissement »

Moravia se réfère aux Védas et aux Upanishads dans l’histoire générale des religions, il cite Forster dans Passage to India « L’Inde est le pays des choses qui existent et qui n’existent pas, qui vont, qui viennent… » et raconte encore plus curieusement un Rope-trick de fakir  rapporté par Ibn Batuta ainsi qu’un  autre mango-trick, Prestidigitation?

Cet essai m’a donné beaucoup à réfléchir, il me tarde de lire la version de Pasolini : L’odeur de l’Inde qui est arrivé dans le même colis.

50ans ont passé après le voyage de ces illustres visiteurs. Que reste-t-il? Une Inde immuable, ou la modernisation de la Mondialisation?

Swades, nous le peuple – film d’Agutosh Gowariker (DVD)

SAISON INDIENNE- LECTURES ET CINÉMA

Avant de partir à l’aventure il faut savoir que le temps de Bollywood n’est pas tout à fait le nôtre : plus de trois heures avec de nombreux passages chantés et dansés, les danses aux chorégraphies minutieuses s’étirant parfois hors du décor où se déroule l’action. Il faut s’y faire, les conventions de Bollywood exigent ces intermèdes, incongrus pour un regard occidental.

 

Le jeu théâtral du jeune premier, les minauderies de la jeune fille sont également convenus. Ils me rappellent un peu le cinéma égyptien dont j’ai pu suivre l’action sans comprendre l’arabe.

mohan

Tous ces préambules ne sont pas désagréables : ils augmentent l’impression d’exotisme et le dépaysement. Sortant de la lecture de la biographie de Gandhi, je vois enfin comment on revêt le dhoti! Les allusions au Ramayâna très claires pour les Indiens, sont un peu floue pour moi. heureusement sur la Toile je viens de trouver un article les expliquant : Ici. Et j’ai pu visionner à nouveau les scènes où Gita, l’héroïne appelle Ram et rencontre Ravanna. Les fresques khmères de la pagode d’argent de Phnom Penh me sont revenues en mémoire!

Au delà de la romance et du folklore Swades est aussi un film affirmant le droit des femmes : Gita, l’institutrice, refuse le mari qu’on lui a choisi parce qu’il ne la laissera pas travailler, elle refuse également de suivre Mohan qu’elle aime en Amérique pour rester à l’école du village.

Swades dénonce aussi le système des castes, l’utilisation du prétexte de la culture et de la tradition pour justifier l’immobilisme politique des notables. Mohan, le jeune ingénieur, brahmane va vers les intouchables.

C’est enfin un hommage au cinéma. La séquence que j’ai préférée est la séance de cinéma en plein  air. Tout y est ! la réunion de tout le village, l’impatience de chacun pour voir un classique du cinéma mais aussi cet écran de drap blanc qui sépare en deux le public, les castes supérieures voyant le film « à l’endroit » tandis que les intouchables doivent se contenter de « l’envers de l’écran », la panne d’électricité réunissant tout le monde quand l’ingénieur de la Nasa montre à tous les étoiles dans une séquence dansée et chantée.

 

 

 

 

 

 

Le Dieu des Petits Riens – arundhati Roy

LIRE POUR L’INDE

Ayemenem, Kérala, dans les années 60 ou 70, deux jumeaux Estha et Rahel, 7ans assistent aux funérailles de Sophie Mol, 9 ans. Le roman s’ouvre sur ce drame et près de 400pages plus tard, le lecteur pourra enfin comprendre ce qui s’est passé.

Entre temps, l’auteur distille les indices, souvent minuscules, que le lecteur devra collectionner et la tragédie se construira comme un puzzle. Roman-puzzle. Roman impressionniste. Roman pointilliste. Par touches précises ces petits riens(?), l’atmosphère de moiteur, d’humidité, de chaleur envahit le roman. On croit sentir le parfum des mangues, des bananes, des confitures et des pickles des Conserves et Condiments Paradise, l’usine familiale. On voit voler les guêpes jaunes, les papillons blancs, les mouches et les entonnoirs de moucherons qui entourent les personnages. Étonnante précision de tous ces éléments si triviaux et si quotidiens qui nous transportent en Inde.

L’auteur a choisi d’égarer le lecteurs par des retours en arrières, flash back non datés encore que? Un chapitre raconte que la famille va voir la Mélodie du bonheur sorti en 1965, Estha porte une banane comme Elvis Presley Sophie Mol des pantalons pattes d’éléphant….A quelle époque les Naxalistes furent ils actifs au Kérala?

On se perd aussi dans les relation de parenté de la famille et les sauts dans le temps ne sont pas là pour nous aider. Cette saga familiale relate une série d’amours avortés, de couples brisés, quand Ammu, la mère des jumeaux a-t-elle disparu de la maison? Pourquoi cette mère si aimante qui aime pour deux ses jumeaux élevés sans leur père, pourquoi se sépare-t-elle de son fils en le « renvoyant-à- l’envoyeur » (son père) à l’autre bout du sous-continent? pourquoi les deux jumeaux, si proches, ont-ils perdu tout contact?  Aucune explication cohérente n’est offerte directement.

Il faut se contenter de tableaux, d’épisodes décousus et accepter de s’égarer, de prendre son temps pour renifler les odeurs, goûter les plats, faire des siestes prolongées. Essayer de comprendre comment Touchables et Intouchables cohabitent, voir les politiciens et les syndicalistes manifester ou organiser des luttes sociales, voir arriver les touristes…assister à une nuit de danse kathakali.

Qui est donc ce Dieu des Petits Riens , le Dieu du deuil, qui a donné son nom au titre? la famille des jumeaux est chrétienne, ce dieu n’est sans doute pas Karna, du spectacle kathakali, et si c’était Velutha l’Intouchable, à qui rêve Ammu, qu’aiment les enfants?  souvent l’expression revient dans le récit sans éclairer le lecteur. C’est une vraie manie, chez moi, je veux comprendre pourquoi un auteur a choisi le titre. Il me semble qu’en comprenant le titre je saisirai le sens du livre.

Livre de l’ambiguïté: ambigüité de Chacko, le patron marxiste, le lettré qui a étudié à Oxford mais qui met en bocaux des pickles, le libineux des Besoins Masculins qui est fidèle à la seule femme de sa vie. Ambiguïté des rapports sociaux. Le Kerala est communiste mais les naxalistes vont bouleverser l’orthodoxie. Communistes et chrétiens, mais acceptant le système des castes des hindous.

Livre d’amour aussi. Amours contrariées. Recherche de l’amour de leur mère pour les jumeaux, anxiété terrible à l’idée de le perdre.

Trois cent pages, je me suis laissée porter par le récit sans hâte. Vers la fin, la tragédie s’est précisée. Véritable tragédie. Vrai roman d’amour.

J’ai aussi découvert un auteur : Arundhati Roy n’est pas seulement une écrivaine . C’est aussi une activiste. Plusieurs articles du Courrier International témoignent de ses prises de position. A suivre!

 

 

Gandhi ou l’éveil des humiliés – Jacques Attali

SAISON INDIENNE- LECTURES ET CINÉMA

Aux vacances de Février, nous partirons pour Delhi! J’ai déjà les billets et le circuit. L’Inde est un sous-continent, un monde inconnu à explorer.

C’est à Angkor devant les bas-reliefs hindouistes qu’est venu le désir de ce voyage.

Mais comment aborder l’Inde d’aujourd’hui?

Gandhi est apparu comme une évidence : presque  un siècle de l’histoire de l’Inde.  La décolonisation s’est déroulée de façon exceptionnelle : la non-violence à travers la guerre des Boers et deux guerres mondiales. Le personnage de Gandhi est inséparable de la philosophie indienne, de sa culture. Dans le déchaînement de terrorisme et de violences cette démarche non violente est singulière.

Le gros pavé de Jacques Attali est très bien documenté : 190 titres figurent dans la bibliographie. L’auteur a le soin de replacer chaque événement dans son contexte géopolitique éclairant un fait local par une découverte, une œuvre, une référence occidentale. Ce parti pris alourdit parfois le récit mais il donne toujours une perspective  intéressante. C’est donc un  livre d’histoire que cette biographie. Histoire de l’Inde mais pas que. Histoire de l’Empire britannique, puisque la vie de Gandhi s’est déroulée au Gujarat où il est né, à Londres où il a étudié, en Afrique du sud où il a mené ses premières luttes. Les interlocuteurs de Gandhi furent le général Smuts mais aussi Winston Churchill et Mountbatten… En parallèle Attali fait voir la décolonisation d’une autre partie de l’Empire britannique au Moyen Orient et compare la situation de la Palestine avec la partition Inde/Pakistan.

Leçon d’histoire, mais aussi de philosophie. S’appuyant sur la tradition hindouiste et végétarienne, il lit  Tagore, Thoreau, Tolstoï et correspond avec Romain Rolland.  Il a construit sa démarche non-violente avec la certitude que la fin ne justifie pas les moyens. Le silence, le rouet et le dhoti seraient la réponse indienne à la colonisation, luttant ainsi contre l’influence occidentale, le commerce des textiles qui a ruiné l’artisanat indien et la consommation.Attachement à l’Inde dans son entièreté : opposé à ce divise les communautés  hindouiste, musulmane, ou sikhe tout en étant parfaitement religieux. Héritier de l’hindouisme des castes mais défenseur des Intouchables.

Attali évite de tomber dans l’hagiographie. On a alors comparé Gandhi à Jésus, le Mahatma fut révéré comme un saint de son vivant. Il n’hésite pas à soulever les sujets les plus discutables comme son ignorances des luttes des noirs en Afrique du sud, limitant sa lutte à sa communauté, sa visite à Mussolini et son attitude très ambiguë avec sa lettre à Hitler. Scabreuses aussi ces affirmations de chasteté alors qu’il dort avec de très jeunes filles!

La personnalité de Gandhi, sous tous ces aspects, est fascinante. Intelligence politique et même sens de la communication quand il brandit des symboles inattendus : le rouet ou la marche du sel. Charisme inimaginable quand ses jeûnes font plus que manifestations, violences ou bombes.

Cette lecture a été une rude initiation!

 

Elles changent l’Inde – Expo photo au Petit Palais


Quelle expo! quelle pêche! quelles couleurs!

Je suis sortie toute optimiste et ragaillardie de cette merveilleuse exposition au Petit Palais .

Loin de tout misérabilisme, des couturières, des PDG, des agent(es) de sécurité, des politiciennes,  des chauffeur(es) de taxi, une cinéaste,  des paysannes qui irradient de leur regard de braise, de leurs saris chatoyants, de leur énergie qui s’exprime sur les photos grand format.

Des photos de groupe, des portraits, des parcours individuels ou collectifs : ce ne sont pas des icônes, des modèles, ce sont des histoires racontées, dans toute leur complexité.Avec le soin de ne pas oublier les luttes sociales, les plus pauvres. De ne pas oublier une culture millénaire.

« en Occident, ils ont façonné la femme à partir de la côte d’un homme et lui ont attribué un rôle de tentatrice ou de vierge innocente. En Inde nous avons toujours été mieux inspiré. Elle est à l fois Devi, ou Shakti, la part féminine du divin, maîtresse de l’univers ; Durga, protectrice des dieux : Saraswati, déesse de l’art de la culture et de la musique ; Laxmi, la richesse, Kali, la destruction ; Parvati, la création ; Sita la dévotion ; et Radha, l’amour infini.

mais au fil des millénaires, nous l’avons oublié. par la force physique, nous avons écrit une piètre histoire de domination et d’oppression…. »Tarun J. Teipal