26. Sambor Prei kuk

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Poussière et krama

 Nous quittons la route secondaire goudronnée    vide et roulante, pour une piste de terre bien entretenue mais poussiéreuse ; toute la végétation est marron, couleur terre, les maisons, les manguiers et même le haut des palmiers. Je viens de me rendre compte de ce fléau qu’est la poussière. Khem nous en avait palé mais je n’avais pas relevé. Je vois une nouvelle utilisation au krama. J’aurais envie d’en avoir un pour le nouer comme un chèche dans un vent de sable au Sahara.

Devant chaque maison il y a un robinet, pompe ou borne-fontaine ? je vois également des antennes de télévision.

Dès la billetterie la voiture est assaillie par une horde d’enfant, le plus âgé a au maximum 87 ans. Ils vendent des krama à carreaux de toutes les couleurs 1$. Justement j’ai très envie d’un krama. Je sors mon billet d’un dollar et descend la vitre. Une dizaine de bras pénètrent dans la voiture. Je me fâche et sors. Je veux pouvoir choisir tranquillement celui qui me plait. J’en prends un vert assorti à mon pantacourt dans la pile de la plus petite gamine.

Temples de Prasat Sambor (7ème au 10ème siècle)

Comme nous n’avons plus de guide pour nous expliquer, je llis attentivement les panneaux qui citent deux rois Isanavarnam I et Rajandravarman .

On passe d’abord devant un linga symbole de Vishnou (phallus) sur un yoni (symbole féminin) sur un piédestal où peut s’écouler l’eau lustrale (Vu au musée avant-hier). Autour de la tour centrale que des archéologues japonais restaurant, il y a 4 petits édifices et deux arbres énormes. Dans la première tour, se trouve la statue de Durga – déesse féminine khmère – femme de Siva – tueuse du démon buffle

 

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Durga

 

Symétriquement Harihara occupe une autre tour  (L’original est au Musée de Phnom Penh).

Des petites filles ont surgi sans qu’on les voie venir. Elles portent aussi des écharpes à vendre et parlent très bien français.

          « Appris à l’école ? »

          « Non, avec les touristes »

Ce sont de vraies petites guides qui nous conduisent à la tour octogonale, écrin de la statue de Vajmuka, statue à tête de cheval, à qui il faudra rendre visite au Musée Guimet.

Notre escorte nous emmène au Temple du Lion (Prasat Tao)

          « Attention, les racines ! », dit la plus grande

C’est vrai, elles se cachent sous un tapis de feuilles. .

          « les méchantes termites »

           « pourquoi méchantes ?

           « elles mangent les arbres ! »

Les quatre petites ont 9 ans l’ainée 14, va au lycée

          « mais c’est dimanche » , explique-t-elle,

elle me montre les cratères qu’on fait les bombardements des B52 contre le Viet Cong. Les Américains n’ont eu aucun égard pour les antiquités. Déjà à MySon au Vietnam nous avions vu les destructions. Des garçons passent avec des rayons de miel qu’ils ont cueillis dans les grands arbres. Les gamines connaissent le nom des arbres : elles nous montrent les fromagers et l’impressionnnat ficus. Le Lagerstroemia a un joli tronc clair jaune tacheté de gris vert aec une fine écorce lisse.

Nous arrivons à l’enceinte extérieure à peine visible, puis au bassin sacré aux marches de brique. Deux lions gardent l’entrée de la tour. Leur crinière est torsadée. Autrefois il y en avait 6. De chaque côté de la tour deux fines colonnes sculptées et un fin linteau décoré de motifs floraux encadrent une fausse porte.

A la sortie du Temple des Lions nous achetons deux autres kramas et laissons 5$ aux petites guides

          « vous êtes sœurs ?

          « non ! amies »

Elles sont très brunes et ressembles plus à des Indiennes ou à des gitanes qu’à des chinoises oud es vietnamiennes ; Avec leur dollar chacune, elles nous quittent satisfaites. Cette rencontre nous a ravies. C’est un travail accompli, guidage et vente ; Elles ont bien mérité leur salaire. J’ai envie de leur faire un cadeau. J’offre à la plus grande mon stylo à bille à 4 couleurs qu’elle regardait avec envie

 

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Prasat Yae Pau

 

Le dernier ensemble de temples Prasat Yae Pau est plus difficile à cerner dans la végétation  dense. C’est un véritable arboretum : les arbres sont étiquetés Terminalia triptera, Dipterocarpus, Terminalia bi-allata, Garcina, espèces inconnues pour moi ainsi que l’énorme Irvingia malayena. Un temple semble dévoré entre les racines aériennes d’un grand arbre.

Nous rentrons  dans la poussière soulevée par le camion que nous suivons. On ne voit pas à 5m. Dans les villages, si un animal ou un enfant traversait la route on ne le devinerait qu’au dernier moment. Des buffles vont se baigner dans un lac ? Une moto est complètement couverte de sacs l’homme en est recouvert comme des bouées, il appelle dans un miro. C’est un camelot.

RN6 – 146 km Pour Siem Reap. La route traverse des étendues desséchées. Lac ou rizières ? Certains villages sont très misérables et les maisons ressemblent à des cabanes. Tout le long de la route le riz sèche sur ds bâches. Les meules de pailles aussi sont nombreuses. Un camion cherge de grands sacs remplis de paille. Certaines meules sont sur pilotis.

25. Kompong Thom

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la rivière Sen

13h, arrivée à Kompong Thom à notre hôtel Sambor village sur le bord de la rivière Sen, Joli cours d’eau qui paresse entre des berges herbues. L’eau est boueuse, beige. Des enfants jouent sur une bouée faite d’une chambre à air.

 

Une vingtaine de bungalows sont cachés dans un jardin fleuri. Les strelitzias jaunes Forment un buisson fourni sous notre fenêtre. De petits ananas s’alignent le long du sentier gravillonné. Devant le bungalow, il y a une terrasse avec deux fauteuils et une table de bois foncé. La chambre est très simple le bois de lit est monté à la chinoise, 4 montants de bois soutiennent moustiquaire  blanche délicatement nouée– décoration ou nécessité ? On ne la dépliera pas. Les tuiles ne sont pas jointives. La salle de bain en ciment beige est sobre. Sur un petit banc de bois patiné 4 serviettes sont pliées artistiquement. La déco se veut rustique, de très bon goût. Une gracieuse danseuse dans un cadre, un mobilier sombre.

La salle à manger se trouve dans une très belle maison  cambodgienne sur pilotis, bois noble ciré. De petits sets de paille bordés de tissu fleuri, une jolie vaisselle fleurie. Au rez de chaussée le bar donne sur la piscine. Nous déjeunons de nems et sauce pimentée et d’un curry de bœuf très doux. Les nems n’étaient pas une bonne idée : les légumes n’ont pas mijoté assez longtemps….

Il fait chaud, même très chaud. Jusqu’à présent nous n’avons pas du tout souffert de la chaleur. Il faisait une température délicieuse de 26° à 28°C. Ici, les 30° doivent être largement dépassés. Un après midi à la piscine nous rafraîchit et nous délasse du voyage en voiture

Cette piscine bleu nuit est une merveille.  Bananiers, hibiscus, coton arbustif poussant très haut, petits palmiers et deux magnifiques manguiers en pleine floraison. Les fleurs du manguier flottent à la surface ajoutant un charme spécial loin des bassins chlorés. De la maison voisine s’échappent des chants de la musique. On imagine un conteur.

Quai de Sen et chauve-souris

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les chauve-souris

16h30, le soleil a baissé, nous commandons un touktouk pour aller en ville. La ville est toute proche, moins d’un kilomètre. Le chauffeur fait des détours dans un marché et dans des rues tranquilles au lieu de prendre le chemin direct avant de nous emmener à destination : sous deux arbres énormes où nichent des chauves-souris géantes. Nous fixons rendez vous au touktouk à 18h, à la tombée de la nuit les chauves-souris seront réveillées. En attendant le spectacle, je pars explorer le « quai de Sen » jusqu’au double pont : l’ancien, le français, métallique, qui comme son homologue de Hanoï est interdit à la circulation automobile et parcouru par des cyclistes, le neuf en ciment, australien. Un peu plus loin, les halles sont en train de fermer. Sur les quais, des jardins publics, un pépiniériste. Je dépasse la « Maison du Gouverneur », longe l’hôpital et arrive dans des quartiers pauvres. On ensache du poisson. L’odeur me fait fuir.

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la maison du Gouverneur

En attendant le réveil des chiroptères, je dessine la « maison du gouverneur » bâtisse blanche coloniale dans un parc clos par un mur en briques peintes en jaune et blanc,  ajouré imitant des balustres. Réminiscences durassiennes : j’imagine un bal comme dans India Song.

Au dîner la Tom Yam Soup, soupe de poisson très claire dans laquelle nage un poisson blanc à chair serrée ressemblant à celle de l’espadon, des herbes ont été fraîchement coupées. Le bouillon est très parfumé, citronnelle, peut être ? C’est délicieux, très léger. Avec le poisson c’est

24. Collines jumelles : Colline des Hommes et Collines des Femmes, singes et hévéas

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les pagodes de la colline des hommes

Il faut revenir en arrière en direction de Kompong Cham pour trouver les collines jumelles. Dans ce Cambodge si plat, les collines sont sacrées. Elles représentent le Paradis.  Les prières y sont plus efficaces. Mais il faut d’abord gravir de raides escaliers pour mériter ce paradis.

Khem nous compte la légende de ces collines

          « Autrefois, les femmes demandaient les hommes en mariage et devaient payer la dot. Contestant cette dot, elles organisèrent un concours. Hommes et Femmes construiraient une colline séparément les vainqueurs seraient ceux qui ont construit la plus haute.  Les hommes, persuadés de leur plus grande force laissèrent les femmes travailler la nuit. Tandis qu’eux s’arrêtaient à la première étoile, les femmes allumèrent un feu. La colline des femmes est donc beaucoup plus haute que celle des hommes. »

Lonely Planet raconte une version plus œdipienne de la légende : un fils voulant s’unir de force à sa mère, cette dernière inventa un stratagème pour ne pas se soumettre à cette union incestueuse : le concours de construction des collines….

Khem a-t-il censuré la version scandaleuse ou Lonely Planet a-t- il cherché une version sexy, plus vendeuse ?

Les singes

Nous accédons en voiture au sommet de la Colline des Hommes coiffée de deux pagodes en ciment, la plus ancienne datant de 1970. Les singes sont l’attraction touristique principale. Des vendeuses tiennent une petite cantine où nous achetons pour 2500 riels un régime de bananes. Les macaques accourent à notre approche. Ils saisissent doucement les bananes qu’ils épluchent puis mordent sans conviction. Les femelles qui allaitent leurs petits ne se dérangent même pas. Pèlerins et touristes sont nombreux. Les singes ne sont pas affamés. Un jeune perché sur une glacière vide consciencieusement la poubelle des canettes de coca-cola. Avant de jeter chacune d’elle, il vérifie qu’il ne reste plus rien.

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l’escalier qui monte à la colline des femmes

Au bas de l’escalier raide qui monte à la colline des Femmes, une femme est assise sur une plateforme, son singe attaché à une chaîne. Elle l’a recueilli blessé et soigné et le considère comme son enfant. Comme il est apprivoisé on peut le caresser et jouer avec lui. Khem lui apporte un fruit du lotus qu’il épluche soigneusement ;

          « quand je pense que je t’ai filmée dans la voiture ! le singe fait cela beaucoup mieux ! »

Ses doigts sont déliés et experts. Blasé, il dédaigne les bananes mais c’est un vrai goinfre avec les graines de lotus qu’il fourre comme un hamster dans ses abajoues. Quand sa maîtresse fait mine de lui retirer la tige il lui montre les dents dans une horrible grimace.

Je compte les marches de l’escalier de ciment : 150, ce n’est pas franchement un exploit ! La vue sur les environ est étendue.

Hévéas

De Kompong Cham à Kompong Thom il reste encore deux heures de route. Nous traversons les plantations d’hévéas qui s’étendent sur 80.000ha. Un arbre peut être saigné dès 6 ans mais son meilleur rendement se situe entre 15 et 35 ans. Après 55ans l’arbre doit être abattu. Deux usines traitent le latex au Cambodge mais la fabrication de pneus se fait à l’étranger.

Les arbres sont plantés serrés, alignés à perte de vue. L’incision fait une trace noire, un récipient rond est fixé en dessous. Le sol est très propre.

En traversant des villages on devine la vie des Cambodgiens : de gros tas de pierres sont entassés destinés à être vendus pour faire des fondations aux maisons de ciment. De hauts dattiers dépassent des maisons. Un camion passe, chargé de tiges de manioc destinés à faire des boutures, justement à proximité, d’une usine de farine de manioc. Des gendarmes arrêtent des camions pour vérifier qu’ils ne transportent pas de planche. Le gouvernement a décidé de lutter contre l’exploitation illégale de la jungle.

23. Temple de Nokorbaty(11ème 12ème siècle)

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Le mur d’enceinte en latérite a subi de lourdes destructions du fait des bombardements américains. L’entrée était autrefois gardée par des nagas. Il reste un Garuda sur un naga. On devine l’emplacement des douves qui cernaient le complexe.

L’entrée est joliment sculptée avec des apsaras gracieuses sous un bel éclairage. La tour était accompagnée de deux bibliothèques où l’on conservait les « teck d’adoration » qui servent aussi de divination. Des bibliothèques, il ne reste pas grand-chose. La tour est au beau milieu d’une pagode moderne en ciment peinte de fresques colorées et naïves. Au 12ème siècle c’était un temple hindouiste puis bouddhiste. Les sculptures, principalement bouddhistes ont été dorées par les bouddhistes actuels.

Khem nous raconte l’assaut  où les démons veulent tuer Bouddha. Une mêlée de combattants est sculptée avec des éléphants. La Déesse qui essore ses longs cheveux fait tomber: l’eau : l’inondation noiera les éléphants.

Un Bouddha couché avec les bonzes qui le pleurent décorent un linteau.

Un  fronton triangulaire raconte comment le Prince Siddhârta à cheval s’est échappé du palais royal avec la complicité des dieux qui ont étouffé le bruit des sabots du cheval.

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un temple antique dans une pagode moderne

Sur un troisième fronton est représenté le père du Bouddha, occasion pour Khem de nous raconter la naissance du Bouddha, bébé extraordinaire, qui a marché dès sa naissance. Son père, le roi, ayant convoqué un devin pour savoir si ce fils lui succéderait, l’avait enfermé dans son palais pour qu’il ne connaisse ni la maladie, ni la misère ni la mort. Ce récit explique le fronton précédent/

Cette visite est aussi l’occasion d’observer la piété des gens ordinaires. La pagode récente contient une fresque de l’enfer qui rappelle étrangement l’enfer chrétien et les fresques que nous avons vues en Grèce ou en Roumanie. Si paradis, Réincarnation, Nirvana différent, il y a une étrange similarité dans la punition. Démembrement, cuisson dans l’huile bouillante, faire rôtir …

Un jeune couple a garé sa moto devant l’entrée, c’est gênant pour la photo, ce sont des fiancés qi vont se marier. Le garçon s’agenouille à côté du bonze tandis que la fiancée va voir une vieille femme (bonzesse). Khem nous dit que nous employons à tort ce mot, nous confondons moines et bonzes. Non loin de la pagode s’alignent les stupas en ciment – cimetière de village ?

22. Fruits et araignées sur la route de Kompong Cham

 

Fruits et araignées

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Les vergers d’anacardiers et de manguiers remplacent les rizières. Sur les bords de la route on vend des fruits. On vend également des mygales frites entassées dans une bassine. Je ne reconnais pas trop la silhouette de l’araignée, les pattes velues étalées de chaque côté. Pas appétissant du tout ! Les ananas sont empilés en pyramide. On propose aussi des canards entiers laqués d’orange. Des vieilles femmes enturbannées du krama à carreaux rouge et blanc traditionnel portent d’étrange cylindre : du riz gluant enroulé dans des feuilles de bananes qu’il faudra faire cuire dans le cylindre. Des petites filles apportent à la fenêtre de la voiture des fruits du palmier à sucre : décortiqués ils ressemblent à de petites méduses translucides élastiques.

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Kompong Cham

On s’approche de Kompong Cham, autrefois la troisième ville du Cambodge. Elle doit son nom : embarcadère des Chams, aux Chams venus autrefois du Vietnam, musulmans et souvent pêcheurs. La province de Kompong Cham du temps de l’Indochine française fut une province coloniale où fut introduite la culture de l’hévéa en 1920 (5000ha) 1921 (10.000 ha). La ville a gardé ses maisons coloniales au centre que nous ne traverserons pas.

21. lotus

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Nous passons devant des bananiers très hauts et des champs de lotus. Khem achète deux tiges portant des fruits. Il ne s’agit pas de décoration mais de friandises. On fait sortir les graines du fruit qui ressemble à la pomme d’un arrosoir, on décortique la graine en ôtant le tégument blanc et élastique. La gaine ressemble à une amande encore verte, juteuse et croquante. 

Je photographie les fleurs :

          « il y a deux variétés de fleurs de lotus : les blanches et les roses. Les roses sont pour la prière et le mariage, les blanches pour la prière et le deuil.

Khem casse la tige de lotus pour nous montrer les fines fibres élastique qu’on tisserait en Birmanie comme de la soie. 

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Dans une mare, se serrent de nombreux canards. Justement, un homme passe sur une moto portant des dizaines de jeunes canards vivants attachés tout autour de lui. Dans des nasses placées horizontalement sur le porte-bagage on entasse aussi de nombreux petits cochons.

20. De Phnom Penh vers Kompong Cham

 


La RN6 file vers la Thaïlande. 126km séparentKompong Cham de la capitale en longeant le Mékong qu’on aperçoit de temps en temps, brillant aux intersections. Les maisons sont perchées très haut sur leurs pilotis indiquant le niveau pendant l’inondation.

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Indra  sur son éléphant tricéphale

 l’inondation :

En septembre, le lac TonleSap quadruple, passant de 3 .000km2 à 13.000, envahit les terrains bas. Le Mékong s’y déverse en le faisant grossir. En Novembre le courant se renverse. Pour remercier Indra qui a donné l’eau vitale on célèbre la Fête des eaux avec des bougies flottante, nous raconte notre guide. La Fête des régates est également une fête aquatique. L’an passé un terrible accident a coûté la vie à des centaines de Cambodgiens dans une bousculade sur un pont où des milliers de spectateurs s’étaient rassemblés.

Les maisons sont traditionnellement orientées face à la rivière, la porte vers l’eau pour permettre aux ancêtres de revenir.

A la sortie de Phnom Penh, les champs de maïs sont florissants en saison sèche. Dans des cantines sur pilotis les habitants de la ville peuvent venir se délasser et manger le maïs cuit à la vapeur avec des brochettes. Sur le bord de la route on voit les beaux épis encore emballés de vert entassés et les grosses marmites dans lesquelles on les cuit. La terre est très fertile, avec l’eau pompée dans le Mékong tout proche on peut faire alterner la riziculture, le maïs puis les légumes. Pendant l’inondation, la circulation deviendra très difficile sur la route surélevée où le bétail se réfugie.

De nombreuses briqueteries se succèdent.

Certains champs sont labourés pour la deuxième récolte de riz. Dans d’autres on voit les pousses vertes du « riz précoce » qui se contente de peu d’humidité et qui aura des grains plus légers. Dans des mares on pratique la pisciculture. Dans les marchés de village, le troc a encore cours, on échange riz contre poisson, poisson contre légume.

19. RN4 – Sihanoukville – Phnom Penh

Encore les jets-skis!

Un rouge soleil sort des nuages. La frange mouillée de la plage prend des teintes orangées, roses. La mer est opaline. Il convient de savourer cet instant avant l’ardeur du soleil. Nager ou marcher ? Il faut choisir. Compromis : la marche rapide dans l’eau tiède.

7h30, les jets-skis sont déjà sortis. Sacrilège : ils agitent la surface sans une ride de l’eau. Pétaradant, ils restent très proches du rivage. Avec leurs casquettes à carreaux sur laquelle un tissu est cousu, sorte d’écharpe, je reconnais les loueurs cambodgiens. Ils s’amusent comme des fous avant le réveil des touristes et me gâchent le plaisir de la baignade matinale.

75cts pour la lessive : 2t-shirts et un pantalon. La laverie est au poids. A ce prix j’aurais dû donner tout.

Vu de la RN4

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ainsi s’en va la vaisselle au marché!

La RN4  est très fréquentée surtout par de gros camions qui transportent les marchandises du port à la capitale.

 Nous passons devant des terrains sommairement enclos de murs qui tombent ruine. Il s’agit de spéculation foncière. Le gouvernement cambodgien veut taxer les propriétaires des terrains inoccupés, ni construits, ni cultivés. Mais ces derniers sont souvent des gros bonnets du régime, ministres ou policiers qui ne paient pas d’impôts en toute impunité. J’émets l’opinion qu’il faudrait que des journalistes dénoncent cet état de fait. Mais la presse n’est pas libre !  me rétorque-t-on. Et les bloggeurs ? les gens ont peur de critiquer sur Internet.

Un camion passe chargé de paille de riz. Sur la paille sont accrochés des ustensiles de cuisine, bassines, passoires et des poteries rouges variées ; La paille ira ensuite faire du compost.

Une plantation de palmiers à huile de 5000ha. L’huile de palme est destinée à l’exportation. Khem nous montre aussi du bois de santal vendu en Chine pour son parfum. Nous traversons des collines, les paysage est très différent de la plaine que nous avons traversé pour aller de Phnom Penh à Kep.

Pieuse étape

 

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Remercier pour n’avoir pas d’accident sur cette route fréquentee

A un col la voiture s’arrête.

– « on s’arrête ici traditionnellement pour faire la prière »

Des enfants arrosent la voiture d’eau bénite. Un peu plus loin sous une gloriette nous voyons un orchestre d’enfant. Les gens mettent de l’encens.
le parc National Kiriron propose des bungalows et des promenades vers les cascades.

Avant d’arriver à Phnom Penh on voit le siège du tribunal qui  doit juger les khmers rouges. Le tribunal siège en ce moment.

18. Sihanoukville, une journée à la plage, quémandeurs, jets-skis et karaoké

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Promenade au bout de la plage: après les derniers parasols, des tamaris. Les Cambodgiens y accrochent des hamacs et pique-niquent sur des nattes. Il ne faut pas être trop regardant sur la propreté : barquettes de polystyrène et sacs plastiques jonchent le sol. Canettes et bouteilles en plastique, en revanche, sont soigneusement ramassés par de petits enfants qui les revendent. Un homme médite sous un paréo jaune. Au retour il sera dans un équilibre précaire dans une pose de yoga acrobatique, bras et jambe opposés en l’air. Des joggers me dépassent. Deux hôtels à colonnades surchargées de décors sont en construction. En attendant des vaches paissent. Des liserons géants sont en fleurs. Au bout de la plage un chenal est bordé de mangrove ; au fond un cap rocheux, de gros blocs de grès dans la mer et des paillotes cachées dans les grands arbres.

Pas de vent, pas une ride sur l’eau. Je pourrais nager de grandes distances comme en piscine mais il y a quand même du courant. Passé le gros iceberg en plastique portant un mur d’escalade, je fais retraite.

Dès onze heures la vendeuse de seiches me rappelle ma promesse de lui acheter des brochettes. Passent aussi les vendeuses de fruits, leur plateau rond posé sur un mouchoir à  carreaux, casquette à carreaux assortie vissée sur la tête. On promet qu’on achètera à 2 o’clock. Je dois lui serre le petit doigt pour conclure le marché. Le jeune des cigales frites repasse, puis les masseuses-manucures-épileuses. Elles insistent lourdement ; Nos jambes ne seraient pas nettes. Il reste des poils à épiler au fil. J’ai l’impression que la plus vieille va les tirer de force.Nos ongles non plus ne seraient pas présentables « on fait la manucure? »  Même le curé s’y met il passe en soutane avec un flacon à bonbons. On lui refuse l’aumône,  il nous bénit quand même. Devant les mutilés de guerre nous avons mauvaise conscience. Les gens d’Anglette avec qui nous avons sympathisé sont mieux organisés que nous.  Ils ont un  porte-monnaie en monnaie nationale et ne donnent qu’aux infirmes. A chacun ils donnent 1000 riels (25cts). Nous devrions les imiter. Quand les quémandeurs deviennent trop insistants, seul échappatoire : la fuite dans la baignade (on peut aussi feindre de lire).

Les jets-skis sont une véritable nuisance. Bruyants, malodorants, dangereux, ils ne respectent pas les couloirs balisés avec des drapeaux rouges. Quand on nage seul il faut être aux aguets. Ils rasent même les groupes d’enfants qui se baignent ainsi que les familles dans les chambres à air peintes.

La journée s’écoule entre grignotage et baignades, lecture et bronzette Vers 15 heures une sono retentit à plein volume. La paillote contigüe à notre restaurant est convertie en dancing. Ds tables recouvertes de nappes rouges ont été dressées, une piste de danse organisée, des chaises en plastiques alignées. Pendant que tout se met en place, les hommes jouent au foot sur la place ; Ils ont apporté des maillots. L’un d’entre eux porte le 11 de l’équipe de France !

Cette musique tonitruante me fait fuir à l’eau. 3 jets-skis font rage. A 16 heures je rentre à l’ hôtel et me plante une heure devant Internet de dépit. Nous avions pensé prendre un touktouk pour faire un tour en ville mais elle est si laide qu’on y renonce volontiers.

Dîner au Sea Dragon : soupe à la chair de crabes et aux champignons parfumés, un délice avec plein de crabe. Le repas de fête des Cambodgiens est terminé. Quand nous arrivons ils distribuent des cadeaux puis font un concours de danse par équipe. Un animateur réunit un groupe, fait une photo de l’équipe puis performance, applaudissements. Ils dansent maintenant le madison. Puis karaoké – très réussi. Pas une fausse note. Qui sont ces gens ? Une famille ? Un village ? ou une entreprise. On ne le saura jamais.

17. Sihanoukville – Réserve Ream : mangrove

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A 18 km de Sihanoukville, sur la route de Kâmpôt, après les usines et les vergers, il reste encore une mangrove protégée par un Parc National : la Réserve Ream. Le Roi Sihanouk revenu sur le trône en 1991 après son exil en Chine, a créé cette réserve en 1993. Il a aussi favorisé l’installation de l’aéroport ; la Route Nationale 4 qui permet aux camions de livrer les marchandises du port à la capitale, date du temps des Américains.  Le port est le seul port international du Cambodge mais il est peu profond. Les gros bateaux doivent être relayés par des plus petits. Draguer le port apparait impossible en raison des risques d’affaissement de la côte. Le sol est sableux et peu compact.

Un chemin de planches conduit au débarcadère ; dans une cabane,  des panneaux sur la faune de la Réserve. Pour que nous ne soyons pas trop déçues, Khem nous a prévenues : les oiseaux sont en voie de disparition, nous ne les verrons pas, ni les tortues décimées pour leur chair, braconnées et vendues très cher. Il nous laisse quelques espoirs pour les dauphins mais nous promet le pique-nique sur une île vierge.

Notre embarcation est la même que pour  l’île du Lapin : une grande barque de pêcheur, turquoise à l’extérieur orange dedans avec un auvent et un moteur. Le chenal est très large. Nous remarquons les flotteurs attachés aux filets et aux casiers des pêcheurs. Pas étonnant qu’on ne voit pas de dauphine : les filets encombrent toute la voie d’eau ! Nous observons les pêcheurs au travail ; ils sont vraiment très nombreux. C’est loin d’être une réserve intégrale ! Ca et là, une  maison est cachée.

          « abri temporaire » commente notre guide.

Il faut se rendre à l’évidence : la Réserve est bien habitée. Les maisons ont des citernes pour recueillir l’eau de pluie, des plantes décoratives dans de grosses potiches. La mangrove a été défrichée. On a planté des cocotiers et on cultive de petits jardins. On laisse les gens s’installer, pêcher. Ensuite ils vendent la terre aux promoteurs. Déjà une guest-house rudimentaire, au bout du chenal accueille ceux qui veulent jouer aux aventuriers et guetter les dauphins au crépuscule et à l’aube. Ils se montreront peut être ? Nous avons vu quatre de ces pionniers équipés de leurs moustiquaires et de provisions de bouche (inutile on sert de la nourriture sur place).

La promenade en barque dure près de deux heures.  Passant sous les palétuviers nous avons dérangé un martin-pêcheur et admiré quelques aigrettes. Par deux fois, un aigle-pêcheur a plané non loin de nous. Avec mes jumelles j’ai pu l’observer avec précision, impressionnée. C’est la deuxième fois. La première fois dans le Delta du Danube le pygargue était perché, immobile. J’aime ces moments tranquilles sur l’eau où il fait frais même par une chaude journée. L’esprit vagabonde pourtant, je reste aux aguets pour ne rien rater du spectacle.

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Nous abordons tout près de la mer prés d’un groupe de maisons devant une plage de sable avec des cocotiers. De gros rochers de grès semblent jetés là. A l’arrière, une colline couverte de jungle. C’est là que doit se dérouler notre « expédition », court trek d’une demi-heure. Escortée par un gardien de la Réserve en uniforme beige et chapeau de ranger, de Khem et du chauffeur, je n’ai rien à craindre des reptiles ! L’escorte avance trop vite à mon goût. Je n’ai pas le temps de photographier les impatiens mauves et les buffles des villageois. Nous grimpons à marche forcée. Au bout de 10 minutes je proteste :

          « marcher vite ne me pose aucun problème, mais je n’ai pas le temps de rien voir ! »

Khem ralentit l’allure et je peux observer le travail des termites, leur haute  termitière et les fins parcours le long de l’écorce des arbres vivants ;

 

Nous traversons un vaste couloir «pour les voitures » m’assure-ton. Pour les grumes des beaux arbres, je pense à part moi. D’ailleurs, d’où sortiraient des voitures sur une « île vierge » ? Nous atteignons une clairière fraîchement déboisée. Khem prend des photos avec son téléphone

          « quand je reviendrai il y aura un hôtel financé par les Chinois ! »

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C’est la dernière mangrove de Sihanoukville et peut être la dernière du Cambodge. Elle est bien en danger. Cet écosystème est pourtant essentiel. C’est ici que les poissons frayent, que les crevettes et les crabes vivent. Refuge des oiseaux, singes et tortues. C’est aussi la mangrove qui peut éponger les boues, retenir les limons à la saison des pluies. Sans parler de l’élévation du niveau de la mer à elle jouerait un rôle protecteur. Tout cela est sacrifié au développement du tourisme de masse qui défigure tout, pollue. Khem est conscient de la destruction des richesses que constituent la faune et la flore. Mais il est fataliste et ne voit aucun moyen d’enrayer cette évolution. L’autorité de l’Etat ne semble pas être mise au service de la Conservation de la Nature. Il n’y a pas si longtemps, les Khmers rouges tuaient els dauphines pour faire du carburant avec leur graisse. Un cheminement de planches descend vers l’autre côté de la colline. L’arrivée sur la mer est un spectacle merveilleux. Une plage de sable blanc immaculé, de l’eau turquoise, des cocotiers, casuarinas de des « joncs du Mekong » qui ressemblent à des yuccas qui auraient des feuilles molles.

Dommage que j’aie laissé mon maillot au débarcadère cela aurait été une baignade mémorable, il n’y aura que des regrets. Je me contente de marcher dans l’écume à la lisière de la vague. Après m’êrtre rassasiée les yeux de cette plage paradisiaque – une plage rien qu’à moi ! – nous prenons le chemin du retour pour croiser deux caravanes de touristes ; Je ne regrette pas ce retour, j’emporterai des images de plage vierge.

Le pique-nique est succinct. Khem a cru nous faire plaisir avec des sandwiches pain, salade, tomate et porc en lamelles randis que je louche sur son riz avec envie.

A défaut de baignade sur la plage déserte, j’essaie de nager dans le chenal qui est vraiment peu profond et un peu boueux.

Dernière attraction : « promenade » dans la mangrove. Un chemin de planches d’environ 50m conduit à un mirador. La mer est basse. J’essaie de trouver des crabes. Ils sont bien cachés ! La tour domine la canopée. Certains arbres portent des fruits ronds avec une épaisse peau vernissée.

Dans la barque du retour nous bavardons avec Khem. En plus d’être guide, il est informaticien. On parle piratage – Hadopi le fait sourire. D’après lui, changer une adresse IP est un jeu d’enfant. Télécharger un film en plusieurs épisodes avec une adresse IP différente permet de contourner le dispositif. C’est un garçon sérieux, très consciencieux qui paraît très honnête mais il ne voit aucun mal à télécharger un film ou de la musique et de même pour les vêtements contrefaits qu’il appelle copiés.

Nous retournons à « nos » lits de plage sous « notre arbre » et le soir à « notre restaurant » le Sea Dragon fried rice with shrimps. Nous avons vite fait de prendre des habitudes